LIV. IV
gnol, la laine est simplement soumise à Taction de Teau chaude sans addition d'aucune matière alcaline ou savonneuse. On eslime que la température du bain, qui est beaucoup trop élevée, est d'environ 60*' R-, et que la laine des mérinos du pays ainsi trailée, et qui est alors dite en surge, perd />0 p. 0,.^) de son poids et conserve encore 15, 20 et 25 p. 0/0 de matière grasse qu'il lui faut enlever par le lavage en âbrique.
2° Lavage français.
En adoptant en France le lavage espagnol, nous l'avons amélioré sous le rapport de la santé des ouvriers, perfectionné sous celui de la pureté et qualité des produits, et simplifié relativement aux manipulations et à la mise de fonds. En effet, il suffit aujourd'hui, pour entreprendre le lavage des laines fines, d'avoir un magasin pour les lames en suint, uu
bangard {fig, 103) pavdou dallé, placé au bord d'une eau courante, légèrement en pente vers l'eau, et sous lequel est placée une chaudière montée sur son fourneau et munie d'un robinet, quelques cuviers, et des paniers ou corbeilles. Des baguettes de bois lisses on des petites fourches, des brouettes, des toiles à sécher et une chambre ou magasin à empiler, emballer et conserver la lame jusqu'à la vente, sont encore nécessaires.
Pour opérer le lavage tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, on commence par remplir la chaudière d'eau piire.Cette eau est porlde à la température de 30* à 40** R. ; lorsqu'elle y est parvenue on en fait écouler une partie dans une cuve placée au-dessous, et on y plonge de la laine qu'on laisse ainsi tremper pendant 18 à 20 heures sans la remuer. Une partie du suint de cette laine se dissout, et cette première eau (fui est, à proprement parler, une dissolution de savon à hase de potasse,devienl le principal agent dndcssuintage. Cette dissolution est versée dans des cuves, et on y ajoute autant d'eau chaude qu'il en faut (un quart environ) pour porterie bain à une certame température (jue la main par l'exercice apprend facilement à mesurer. On eslime que cette température ne doit pas dépasser 45"* R. pour les laines primes , 40** pour la r* qualité, 30** pour la 2* , 25° pour la 8* , etc., et que pour les laines communes elle doit à peine être tiède , parce que ces dernières contiennent moins de suint et sont
plus faciles à épurer. Le bain étant à la température fixée, ony plonge la laine à dessuinter par petites portions, et on l'y soulève continuellement à l'aide d'une petite fourche ou de baguettes lisses, afin d'en ouvrir les mèches et de les pénétrer de liquide. Si on la retournait, elle se cordonnerait. Au bout d'un demi-quart d'heure, ou un quart-d'heure au plus, la laine est suffisamment dessuintée; on l'enlève alors avec la petite fourche ou les baguettes, parilocons d'un sixième délivre chacun, pour la déposer dans des mannes, paniers ou corbeilles d'osier qu'on tient suspendus un instant au-dessus des cuves, afin de perdre le moins possible d'eau saturée de suint; là elle s'égoutte pendant quelques momens, puis elle est transportée dans les corbeilles au lavoir placé sur lesbords d'une eau courante. Depuis quelque temps les laveurs font usage de mannes en cuivre perforées de trous, ce qui prévient la pt-rte assez notable de laine qui s'échappait quelquefois par les ouvertures des paniers d^osicr.
Les avis paraissent partagés sur le moment où il iaul plonger la laine dessuintée dans les eaux de lavage. Les uns assurent que plus la laine est encore chaude quand on la lave à l'eau courante, plus elle s'épure. Des laveurs et filateurs m'ont assuré au contraire Qu'ils laissaient constamment refroidir la laine avant de la laver, parce que, disent-ils , elle devient plus blanche, et que n'ayant pas été saisie par la différence de
LAyA.GE A CHAUD DES LAUVES.
température, elle a plus de douceur et se file pins nîsënient Ce qn*il y a dp coHain, et ce qui parait avoir élc conslnfr^ par M. Ciie- VRCL'L, c'est que l«'s laines qui ne sont lavées qu'après avoir l'ié refroidies complètement prennent mieux la teiDtur<? et ne blanchissent pas par le froUemeot et l'usure lorsqu'elles sont confectionnées en draps et en habits.
Quoiqu'il en soit, les paniers remplis de laine sont passés aux laveurs placés soit sur le bord de l'eau, soit dans un bateau, soit dans un tonneau défoncé d'un bout et enterré dans le massif du quai ou au milieu même du courant; ceux-ci prennent les paniers, les plongent dans l'eau jusque près des bords, les tiennent ainsi suspendus au moyen de cordes accrochées au bateau ou au tonneau, puis, à l'aide de la fourche ou des baguettes lisses, ils promènent vivement la laine , la soulèvent et l'ouvrent le plus possible, mais sans jamais la retourner , la brouiller ou en déterminer le feutrage.
Lorsque la laine est suflisammeut épurée, ce que Ton juge par sa teinte uniforme dans tons les bnns,parsa blancheur , par l'eau qui en découle lorsqu'on la soulève et qui ne doit pas être colorée , ou parce que cette lame 'surnage à la surface sous forme de nuage, on l'enlève par poignée au mo^en des baguettes, et on la jette dans des paniers ou sur des claies oii elle s'égoutte, ou bien on la dépose sur des brouettes qui servent à la transporter au lieu où doit se faire le séchage.
Ce séchage s'opère ordinairement à l'air libre. Pour cela on étend la laine sur un gazon bien propre et bien fourni , ou bien sur un lit de canloux de rivière de moyenne grosseur lavés avec soin , ou enfin sur des claies. Dans un çrand nombre de lavoii*b des environs de Pans, les laines fines sont secbées sur des toiles étendues sur le gazon ou sur des filets suspendus par les extrémités. Cette dernière méthode donne la faculté de rassembler et rentrer très-promplement la laine sMl survient une pluie ou un orage. La plupart des agronomes conseillent d'étendre la laine mouillée à l'ombre, parce que, disent-ils , le soleil gâte et durcit le brin en le desséchant trop promptement; cependant des laveurs des environs de Paris, qui font sécher les laines les plus belles au soleil , ne paraissent pas en avoir épi'ouvé d'inconvénient; et sont peu disposés h renoncer à une méthode qui accélère le travail et le rend plus complet.
Pendant que la laine est sur les cailloux ou sur le gazon, on la retourne souvent avec des fourches de bois et on la rentre le soir pliée dans de grandes toiles. Si une journée d'exposition sur le séchoir ne suffit pas, on retend de nouveau le lendemain ; ainsi de suite tous les jours jusqu'à parfaite dessiccation.
Qaaiia les laines ontété enlevées des cuves, on recommence une 2' opération, en ajoutant de l'eau de suint pour remplacer celle qui a été entraînée par la laine, et de l'eau chaude pour faire remonter au degré voulu 1^ température du bain ; seulement quand l'eau devient trop bourbeuse, on la soutire et on la remplace par de nouvelle eau de suint.
Pour sécher promptement la lahie, surtout dans la saison avancée , et en même temps la rendre plus blanche en exprimant la plus grande quantité possible dreau de lavage qui entraîne toujours avec elle i^uelque saleté, on peut la tordre dans des toiles, la fouler dans les paniers, ou la mettre dans des caisses percées de trous, et la soumettre ainsi à l'action d'une petite presse. Les instrumens de ce genre que nous avons fait connaître dans les figures 45, 46, 47, 50 et 53 du tome III, et dont la forme est très-simple, pourraient être employés à cet usage.
Après que la laine est bien sèche, on peut encore Vêplucher à la main pour en retirer les pailles ou autres saletés qui n'ont pas été enlevées parle lavage et qui altèrent encore sa pureté. Alors on la transporte dans le magstsin, où elle est empilée dans de grandes cases en planches jusqu'à ce qu'elle soit emballée et expédiée. Par le lavage français, la laine fine ae mérinos, dépomllée de son suint et d'une grande partie de sa matière grasse, perd 66 à 75 p. 0/0 de son poids, et conserve encore 4, 5 , 6, 7 p. 0/0 et au-delà de matière grasse, suivant la nature de la laine et le soin apporté dans les manipulations, ou les habitudes du laveur.
Un bon laveur n'est pas une chose commune, et un ouvrier qui est habile dans cet arl doit livrer des laines propres et bien purgées , blanches , non cordées , nouées ou cas* sées, et d'une nuance uniforme.
Depuis bien long-temps on fait usage dans le midi de la France, et surtout dans le Languedoc, d*un excellent mode d'échaudage pour les laines, sans avoir recours à d'autre moyen de dessuintage que le suint lui-même, parce ou'on a reconnu que tous les autres agens durcissaient le brin et altéraient sa qualité.
Pour cela on emploie une grande chaudière remplie d'eau qu'on fait chauffer de 40 ou 60** R. suivant que la laine est plus ou moins difficile à nettoyer. An-dessus de 60'^la laine serait altérée. On se sert de 2 filets à mailles serrées comme ceux emplovés par les teinturiers en Igiue. Lorsque leau se trouve au degré de chaleur convenable à la laine <|u'on veut dcfçraisser, on jette dans la chaudière un des filets chargé de 30 kilog. de laine en suint. Ou commence ordinairement la 1" jetée avec les basses qualités , soit patins, ou cuisses, pour garnir le bain de suint. Le bain ainsi garni, on commence une r* mise de laine fine, et on juge s'il est au <legré nécessaire par le prompt dépouillement du suint. Lorsque la laine est dans la chnudière on la remue avec un bâton, et après 5 ou 6 minutes de séjour on relève le filet avec lin tour placé sur la chaudière et semblable à celui des teinturiers. Pendant que cette l"mise égoutte, on jette le 2* filet, dans lequel on met autant de laine que dans le 1"; et durant Tintervalle que cette laine reste dans la chaudière, on porte la 1*^* mise aux laveurs.
Dans le Midi, les paniers de lavage sont ronds, en fer ou en chêne; d'autres sont en carré long entourés d'un filet à mailles serrées. Le tond de ceux-ci est en planches de chêne pour que la laiuene puisse s'échapper. T. m. -M
106 A.RTS AGRICOLES :
Pour bien épurer une laine, 3 laveurs ayant chacun un panier devaiik eux se placent au milieu d'un courant d*eau. La aistance entre eux est de 8 pieds, et ils sont séparés Fun de Tautre par un plateau sur lequel ils se passent la laine successivement. Chacun tient une fourche bien polie à 3 cornes recourbées, dont le manche a 4 pieds de long. Le V laveur prend une ou 2 livres de laine à la fois , la met dans son panier, la retourne et la remue avec sa fourcne, faisant en sorte de nt; pas la cordonner, et lorsqu^il Ta remuée un certain temps, il la remet au 2' qui la lave, la remue à son tour, puis la passe au 3*" ^ui la lave encore jusqu'à ce qu*elle soit bien épurée et que Teau en découle claire *, alors il la jette sur le gravier. Chaque laveur donne à peu près à la laine 3 à 4 tours à droite et autant à gauche. Dans te midi on lave aussi à la jambe dans la belle saison; les laveurs sont dans les paniers et font faire avec la jambe 3 ou 4 tours à gauche , puis autant à droite, à la laine qu'ils se passent de Tun à Tautre. Le 3* laveur achève le lavage en mettant la laine lavée par lavée dans un grand panier ovale qui peut en contenir 60 environ et que 3 hommes portent à Tétendage.
Le séchage ne dilTère pas de la méthode
espagnole que nous avons décrite ci-dessus.
Quand la laine est sèche, on la met en piles,
puis en balles.
On voit que dans le lavage français c'est le
LAVAGE DES LAirŒS. Ltv. ir.
bain d*eau de suint qui est l'agentle plus actif de cette épuratioa, et un laveur attentif doit veiller avec soin à la conservation de ce liquide , pour former le bain soit quand on manque de laines en suint, soit pour dégraisser celles manquées au 1*' lavage , donner un supplément de suint aux agnelins, aux laines mal nourries ou lavées par la pluie, pour laver les pelures à la chaux, auxquelles il rend de la aouceuret dumoelleux, soit enfin pour achever le déjg^issage chez le fabricant avant la mise en teinture, oupour le foulage des draps et autres étoffes de laine. Au reste , l'opération de Téchaudage exige qu'on la fasse avec intelligence, et ie laveur se rappellera que les laines offrent plus ou moins de résistance à Faction du bain, suivant qu'elles sont plus ou moins chargées de suint, que cette matière a plus ou moins de consistance, que la laine est restée un temps
f>lus ou moins long en balles, et a fait un plus ong voyage ; il observera aussi que le oaio de suint varie suivant son activité et sa force; qu'il y a un degré de température variable pour chaque espèce de laine, etc.; tous détails dans lesquels nous ne pouvons entrer ici, mais que la pratique enseignera aisément.
3** Lavage Russe ou Davallon.
En 1828 M. Davallon a introduit en France un lavoir qu'il avait déjà établi à Odessa, et qui paraît offrir de notables avantages.
Fig.104.
Ce lavoir ^/^. 104) est composé l*" de 2 réservoirs supérieurs A, ayant 1 toise cube chacun, placés en tète d'un canal-lavoir. L'un de ces réservoirs contient de l'eau propre, et l'autre de l'eau de suint, dont il est alimenté par une pompe D qui la puise dans une citerne B aumoyen d'un tuyau d'aspiration descendant àpeuprès jusqu^au milieu de sa profondeur. Tous deux versent les liquides qu'ils contiennent dans le canal par les robinets £.—2^ Un canal-lavoir F,K, long de 36 pieds, de 4 1/2 à 5 de profondeur, et d'une largeur de 22 pouces, construit en bois, solidement établi sur des charpentes, et fortement a rebouté par des liens. Ce canal est divisé en 6 parties. La division F ou d'amont reçoit des réservoirs A l'eau propre et celle de suint qui s'y mélansrcnt Une vanne qu*on peut élever ou abaissera volonté sert à introduire dans le reste du canal ces eaux mélangées qui cou*
lent par la partie supérieure de cette vanne. Ce canal est divisé en 4 cases G, H , I , J formées par des enclayonnages en osier assez serrés pour que la laine ne passe pas facilement à travers. Ces cases ont laformedetrémies ; chacune d'elles est de la largeur du canal et de la longueur de 6pieds. A()rès1a case Jeu en aval du canal, dans la division K. est placée une 2* vanne par-dessus laquelle se déverse le trop- plein des eaux qui s'écoulent dans une rigole oui fait le tour du lavoir et les conduit en C aans la citerne B. Les vannes sont placées pour que l'eau ne trouve pas d'issue dans le fond du canal, parce que son écoulement, au moins en forte quantité, par-dessous les vannes ou sur les cotés, relèverait les boues du fond, et troublerait la propreté du bain. —S** Deux ou trois chaudières L placées sur les bords du canal et en aval à droite contenant au moins chacuQS
CSAF. 5*.