‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 100 sur 467 · CHAPITRE XII. — DEs ARBRES ET ARBUSTES A FRUITS OLÉAGINEUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DEs ARBRES ET ARBUSTES A FRUITS OLÉAGINEUX

SECTION 1°. — De l'olivier et de sa culture,

$ 1°", — Espèces et variétés.

L'Olivier (en latin, Olea; en anglais, Olivetree; en italien, Ulivo; en allemand, Oelbaum ) appartient à un genre de plantes de la famille des Jasminées, dont les fleurs ont un calice et une corolle d’une seule pièce, à 4 découpures, 2 étamines et un ovaire surmonté d'un style simple, devenant un drupe arrondi, contenant ordinairement un noyau monosperme. Ce genre comprend des arbres ou des arbrisseaux à feuilles entières, opposées, toujours vertes, et à fleurs disposées en grappe ou en panicule. On en connaît aujourd'hui 16 à 17 espèces, toutes exotiques, mais dont une a été transportée depuis une époque si reculée dans le midi de l'Europe, que son origine se perd dans la nuit des temps, et elle est d’ailleurs si bien acclimatée dans plusieurs parties des régions méridioñales, qu'elle y est devenue en quelque sorte indigène,el que les botanistes lui ont donnéle nom d'Olivier d'Europe. Celte espèce étant d’un grand intérêt pour l’agriculture des pays daus lesquels elle peut être cultivée, il va en être trailé en détail dans cet article.

L'Olivier d'Europe (Olea europæa, Lin.; angl., European Olive ; ital., Ulivo; all., Gemeiner ælbaum ) (fig. 65: est communément,

Fig. 65.

dans le midi de la France, un arbre de 3 à 6 pieds de circonférence, sur 20 à 25 pieds de hauteur; mais, dans les contrées favorisées par un chimat plus chaud, comme les parties méridionales de l'Espagne, de l'Italie, en Orient et en Afrique, il atteint des dimensions plus que doubles. Ordinairement sa üge principale ne s'élève guère au-delà de 6 à 10 pieds; olus haut, elle se divise en vlu-

crap. 12°. DE L'OLIVIER ET sieurs branches, lesquelles se subdivisent en un grand nombre de rameaux formant rarement une iête arrondie et régulière. Ses feuilles sont coriaces, lancéolées, vertes en dessus, blinchâätres et comme argentées en dessous; ses fleurs sont petites, blanches, disposées en grappes axillaires, dont une ou deux, rarement davantage, deviennent des fruits ou drupes connus sous le nom d'olives, d’une forme ovoide, contenant un noyau ovale-oblong, enveloppé dans une pulpe d'abord verdâtre, ensuite d’un violet foncé ou noirâtre lors de la maturilé, molie et oléagineuse. Cet arbre fleurit en mai ou juin, et ses fruits sont mürs en novembre.

Comme presque toutes les espèces dont la culture est très-ancienne, l'olivier d'Europe a élé beaucoup modifié par les différentes influences des climats, du sol, des expositions el des cultures diverses auxquelles il a été soumis, et cela lui a fait produire de 70mbreuses variétés, parmi lesquelles nous indiquerons les suivantes.

Olivier sauvage ; en Provence, Aulivier fer, Aulivastré; en Languedoc, Oulibié soubagie.

La variété, ou, pour mieux dire, les variétés de celte sorte sont nombreuses en Provence, en Languedoc et dans le Roussillon; elles sont dues en général aux olives des variétés cultivées, dont les oiseaux mangent la pulpe, et dont ils disséminent les noyaux dans les bois et les lieux incultes ; leurs feuilles sont plus petites, et leurs fruits, également bien plus petits, sont toujours plus nombreux sur chaque grappe. Ces individus sauvages peuvent avantageusement êlre transformés par la greffe en variétés domestiques, et alors rapporter de bons fruits.

Olivier bouquetier ; en Provence, Rapugan, Caïon à grappe; en Languedoc, Oulibié bouteillau. Ses feuilles sont grandes, d’un vert sombre, et ses fruits un peu alongés, sont presque toujours plus où moins irréguliers ; dans plusieurs des grappes, il noue plus de fleurs que dans les autres variétés, mais alors les olives restent petites.

Olwier à petit fruit panaché; en Languedoc, Oulibié pigaoü ou pigale. Dans cette variété, les feuilles sont pressées, et les fruits, un peu oblongs, deviennent en mùrissant d’un noir violet, avec des points rougeàtres. Ces olives mürissent tard et fournissent de très-bonne huile.

Olivier d’Entrecasteaux. Il est plus bâtif pour les fleurs et pour les fruits ; ceux-ci se colorent peu et restent d’un blanc verdâtre lorsqu'il y en a beaucoup sur l’arbre.

Olivier à fruit blanc. Ses rameaux sont peudans; ses olives mürissent tard et ne commencent à prendre de la couleur qu'après les autres, mais elles finissent par se colorer à peu près de la même manière.

Olivier à fruit odorant. Cette variété est plus commune en Languedoc qu’en Provence; ses fruits sont alongés, odorans, ils sont de ceux qu'on emploie à confire.

Olivier à petit fruit long, Olive picholine.

Cette variété est plutôt cultivée pour en confire les fruits que pour en retirer de l'huile.

Olivier pleureur, O.de Grasse ; en Languedoc, Oulibié courniaoü. Ses rameaux sont

{53 longs et pendans, comme ceux du saule pleureur. Ses fruits sont noirs, oblorgs, d'une grosseur moyeune, plus gros à leur sommet qu’à leur base, et l'huile qu’on en retire est d’une excellente qualité. L'arbre est d’ailleurs très-fécond.

Olivier à bec; en Provence, Aulivo becu.

L'olive se distingue facilement dans cette variété, parce que son sou;:met se termine en une pointe inclinée, formant une sorte de bec; elle donne une huile très-fine. L'arbre produit d'abondantes récoltes,

Olivier caillet-blanc. Ses fruits sont peu colorés, restant souvent d’un vert blanchätre, avec une teinte très-faible de rouge; ils fournissent beaucoup d'huile, et il est fort rare que leur récolte manque.

Olivier royal; en Provence, Aulivo tripardo.

Ses olives sout arrondies, grosses, souvent inégales et comme raboteuses à leur surface. La récolle de cette variété manque rarement ; mais elle est peu productive.

Olivier à fruit arrondi ; en Provence, Aulivo redouro; en Languedoc, Ampoulaoü. Ses fruits sont les pius gros de ceux de ce genre, arrondis et noirâtres; ils donnent une huile de première qualité.

Olivier à fruit doux.Cette variété, qui a été observée dans le royaume de Naples, produit des olives assez grosses, d’une saveur douce, qu'on peut manger, dit-on, sur l'arbre sans aucune préparation.

Outre ces variétés, nous trouvons encore les suivantes, indiquées dans le catalogue de MM. les frères AunigerT, dont la pépinière est située à Tonelle, près de Tarascon sur le Rhône : Olivier aniygdalin ; O. burruguet; O. de chien; O. long-poul; O. moureau; ©. petitnoir; O. de Salon; O. petit-vermilluu et grosvermillau.

Les noms que portent les variétés d'olives leur ont été donnés tantôt d’après leur grosseur, tantôt d’après leur forme ou leur couleur, quelquefois d’après des différences observées dans les feuilles ou dans les rameaux, et aussi d’après le pays où elles sont cultivées. En général, les dénominations locales des olives sont très-multipliées et trèsdiverses, souvent dans la même province.

M. FavanriI a cherché à établir une classification plus régulière en employant, comme caractères distinclifs, la forme du noyau, les variations que présentent la base ou le sommet des fruits, enfin la configuration des valves et la direction des sutures. (V. 4nnal. de l’agric. franc. 1820, 2° série, t. XI, p. 371- 381)

$ IL. — Origine, introduction , sol et climat de l'olivier.

L'olivier est un arbre très-célèbre dans l'antiquité; c’est le premier qui soit nomme dans la Genèse ; après le déluge, la colombe apporte un rameau d'olivier à Noé encore renlermé dans l'arche. Dans la mythologie grecque, c’est Minerve, la déesse de la sagesse, qui, pour produire la chose la plus utile aux hommes, frappe la terre de sa lance et fait naître l'olivier. Si l’on consulte les anciens historiens, cet arbre fut apporte

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dans l’Attique par Cécrops, fondateur d’Athènes; selon d’autres, il fut introduit en Grèce par Hercule qui le plauta sur le mont Olympe. Chez les Grecs, une couronne d’olivier était le prix que recevaient les généraux qui s'étaient signalés par d’éclatantes victoires. Noble symbole de la gloire et des triomphes, cet arbre était aussi l'emblème de la paix chez toutes les nations de l’antiquité. Les Athéniens avaient pour lui un respect religieux, et chez eux, il était défendu à un propriétaire d’en arracher plus de deux par an, sous peine d’une forte amende. Chez les Romains, l'olivier n’était pas moins révéré; il n’était pas permis de s’en servir à des usages profanes; on ne pouvait le brüler que sur les autels des dieux.

On ne doit point s'étonner de voir l'olivier cousacré dans l'antiquité comme un des arbres les plus précieux, et même comme étant le premier de tous (Olea prima omnium arborum est, a dit CoLumMELLE). En effet, il fait l’une des principales richesses des pays dans lesquels on le cultive. Un auteur italien, qui a écrit sur l’économie politique, a dit que les oliviers étaient des mines sur la surface de la terre. Ils sont la source d’un commerce élendu pour les peuples de lOrient et du Midi avec ceux du Nord. À une époque reculée, où leur culture n’avait pas encore pénétré en Espagne, les Phéniciens faisaient d'immenses bénéfices en portant de l’huile aux habitans de cette contrée; ARISTOTE nous apprend qu’en échange de l'huile qu'ils livraient aux Espagnols, ils recevaient des barres d'argent. Aujourd’hui encore, ce commerce est un des principaux moyens d'échange pour les habitans d’un

rand nombre de cantons du Languedoc, de a Provence, du pays de Gênes, de plusieurs parties de l'Italie, de la Sicile, des côtes d'Espagne et de Portugal.

Les mêmes parties de l’Asie qui furent le berceau des hommes, paraissent être également celles d’où l'olivier tire son origine.

Les Plhocéens, qui fondèrent Marseille environ 600 ans avant l’ère vulgaire, enrichirent, dit-on, la Gaule de ce précieux végétal, et c'est de ce dernier pays qu'il se répandit probablement dans l'Italie, qui, du temps de Tarquin le Superbe, c’est-à-dire près d’un siècle plus tard, ne le possédait pas encore. L'olivier ayant trouvé un climat favorable dans les environs de Marseille, s’y est naturalisé au point de s’y multiplier spontanément, et, de proche en proche, il s’est répandu dans plusieurs des provinces voisines où il a rencontré une température convenable. La situation maritime de la plupart des pays de l’Europe où l'olivier est cultivé, a fait croire aux anciens et à plusieurs modernes que cet arbre ne pouvait pas vivre à plus de 12 ou 15 lieues de la mer; mais celte opinion n’est nullement fondée.

En Espagne, on cultive l'olivier dans plusieurs provinces du centre de ce royaume, et cet arbre y est aussi beau que dans iles parties du littoral. DEsFoNTAINES a vu l’olivier croître naturellement dans les montagnes de l'Atlas, à la distance de 30 et 40 lieues de la mer. Enfin Ozrvier, dans son Voyage

dans l'empire Ottoman, la observé dans l’ancienne Mésopotamie à 100 lieues de la Méditerranée.

Un climat tempéré, plus chaud que froid, est cependant nécessaire à l'olivier; il n’a jamais pu être cultivé avec succès en Europe, au-delà du 45° degré de latitude, parce que plus loin vers le nord, l'été est trop court et la chaleur trop faible pour lui faire rapporter du fruit el surtout pour l’amener à maturité.

L'olivier craïnt toutes les températures ex:

trêmes ; il devient bien un grand arbre dans la zone torride, mais il n’y fructifie pas. M. pe HumBoLpT a fait cette observation dans plusieurs parties de l'Amérique méridionale, et M. Poireau en a également fait la remarque

à Saint-Domingue et à Cayenne.

Originaire des parties les plus tempérées de l'Asie, si l’olivier n'a jamais pu s’accoutumer aux climats froids du Nord et aux ardeurs brûlantes de la zone torride, peu d'arbres sont d’ailleurs moins difficiles que lui sur la zature du terrain; car il peut croître dans les sols les plus ingrats. Il réussit également dans les terres calcaires, comme dans celles qui sont sablonneuses: il ne craint que celles qui sont marécageuses. C’est donc moins Ja nature du sol qu’il faut choisir qu'une exposition convenable. Dans les pays chauds, où l’ardeur des rayons du soleil est extrème, l'olivier doit être planté de préference sur le penchant des montagnes ou des collines inclinées au nord; mais en France, où les parties dans lesquelles cet arbre est cultivé ne sont pas à l'abri des froids qui quelquefois même ne se fout sentir que trop vivement pour lui, il faut au contraire le placer dans les expositions les plus chaudes,

au midi surtout, toutes les fois que cela est

possible.

$ HI. — Multiplication de l'olivier.

Il existe peu d'arbres qui aient autant de moyens de multiplication que Polivier; ses branches et ses rameaux, divisés en brins d'une certaine longueur et mis en terre, donnent des boutures qui reprennent facilemient ; ses racines, pariagées par morceaux, et plantées dans un terrain convenablement préparé, poussent bientôt de nouveaux plants ; son écorce même, coupée en frasmens et répandue en manière de semis, roduit aussi de jeunes tiges ; les vieux ur- LE donnent à la base de leur tronc de nombreux rejets qui, étant arrachés et plautés à part, peuvent encore servir de moyen de propagation; bien entendu qu'on peut faire très-facilement des marcoites en couchant des branches ou des rejets ; enfin, le semis des noyaux, quoiqu'il soit peu en usage, est cependant le seul que la nature emploie, et il donne de nombreux produits; car M. RoBERT, directeur du Jardin de la Marine à Toulon, nous écrivait, il y a quelques années : « La dissémination des oliviers se fait ici naturellement par les grives et les merles qui remplissent leur jabot d'olives, et s’en vont ensuite au loin, à l’abri de quel-

que rocher ou d’un buisson, pour digérer la ! pulpe et rejeter le noyau qu'ils ne rendent point par l'anus, comme le croient quelques personnes. Les coteaux où croissent les oliviers sauvages disséminés par ce moyen, et où les pépiniéristes vont les arracher pour en faire des plantations, sont, pour ainsi dire, inépuisables ; car, en les arrachant, ils laissent toujours en terre des racines plus ou moins grosses qui bientôt donnent de nouveaux rejets. »

L'olivier croît lentement ; cependant Hésiope a beaucoup outré la chose en disant que jamais homme n'avait vu le fruit d’un olivier qu'il eût planté. C’est ordinairement au bout de dix à douze ans que les arbres venus de noyau commencent à rapporier des fruits, mais alors ils ne donnent encore que de faibles produits ; il faut attendre jusqu'à vingt-cinq ou trente ans pour avoir des récoltes satisfaisantes. La lenteur que lolivier venu de semis met à devenir productif, fait qu'on l'élève fort rarement de cette manière ; on préfère, pour s’en procurer du plant, faire arracher des sauvageons venus naturellement dans les bois, et plus souvent encore prendre des rejetons extraits du pied des vieux arbres, ou en faire des boutures.

On plante en pépinière, dans une terre bien labourée et profondément défoncée, les sauvageons tirés des bois ou lieux incultes el les drageons extraits du pied des vieux arbres, en les mettant à 2 pieds d'intervalle l’un de l’autre, et lorsqu'ils ont bien repris, on les greffe. L’olivier peut recevoir toutes les espèces de greffe; mais celle qui est la plus avantageuse et celle qu'on pratique le plus souvent, c’est la greffe ex écusson, faite rez-lerre, tout près du collet de la racine, parce que, dans le cas où la tige viendrait à périr par un accident quelconque, et surtout par la gelée, on a bien plus d'espérance de voir repousser de nouveaux rejetons qui n’ont pas besoin d’être greffés. Le moment le plus favorable pour pratiquer la greffe en écusson, est le mois de mai, parce que c’est l'époque où les arbres sont en sève. La greffe en fente et celle en couronne ne conviennent que pour les vieux arbres dont on veut changer la qualité du fruit; ces deux dernières espèces ne se pratiquent qu’à la fin de i'hiver.

On élève sur une seule tige les oliviers greffés près du collet de la racine, en leur supprimant toutes les branches latérales jusqu'à la hauteur de 6 à 7 pieds, et ce n’est que lorsqu'ils ont atteint cette élévation qu'on leur laisse pousser les branches qui doivent former leur tête. Des arbres élevés de cette manière ont un beau port, et 3, 4 à 5 ans après être restés en pépinière, ils sont bons à mettre en place,

La méthode des boutures pour former une olivette est très -employée, parce qu'elle donne le moyen de se procurer avec cerütude toutes les différentes variétés qu’on peut désirer, sans avoir ensuite besoin de grelfer les jeunes plants qu'on a oblenus, ce qui est un avantage. CATON et PLINE, en parlant de la manière de faire des boutures d’olivier, recommandent de leur donner 3 pieds de longueur ; mais nous ne croyons pas qu'il

DE L'OLIVIER ET DE SA CULTURE

soit nécessaire de prescrire d'autre règle à ce sujet, si ce n’est que la longueur de la bouture doit être proportionnée à sa grosseur.

Caton prescrit de l’enfoncer en terre en la frappant avec un maillet, et cette méthode est encore employée par quelques cultiva- Leurs ; mais, quelque ie Jlabouré que soit le terrain, cette pratique a l’inconvénient de blesser très-souvent l'écorce, ce qui nuit à la reprise; il est bien préférable de faire des trous de trois pieds en carré sur deux de profondeur, et d’y placer la bouture perpendiculairement, en l’enfoncant de manière que, lorsqu'elle sera recouverte de terre, il ne s’en trouve que le quart ou tout au plus le tiers en dehors; il faut d’ailleurs avoir l'attention que la terre qu’on remet dans le fond du trou, surtout celle qui recouvre immédiatement la base de Ja bouture, soit aussi meuble que possible. Si la terre est sèche au moment où l'on fait les boutures, on arrosera tout de suite, el si le printemps est sec, on continuera à arroser tous les 8 ou 10 Jours, jusqu'à ce que la reprise soit assurée. Quand les boutures se font dans un terrain qui n'est pas arrosable, il faut avoir soin de les enfoncer très-profondément de manière à ue laisser qu’un seul œil hors de terre; c’est le moyen d'empêcher que la portion qui sera exposée au contact de j’air ne soit pas desséchée avant que la partie inférieure ait poussé des racines. l’époque la plus fa vorable pour faire les boutures est le mois de mars.

Quoi qu’on soit peu dans l’usage de rultipler les oliviers par les semis, nous croyons cependant devoir indiquer ici les moyens de les pratiquer avec succès, d’après les documens qui nous ont élé communiqués par M. pe Gasquer, ancien officier de cavalerie, retiré dans ses terres, à Lorgnes (Var), où il s’est beaucoup occupé de la culture de l’olivier. « Voici la méthode qui m'a le mieux réussi pour faire des semis d’olivier : Il faut prendre, au mois de mars, des olives bien mûres, produites par les plus belles et les meilleures variétés ; on les dépouille de leur pulpe, et on fait tremper les noyaux, pendant 24 heures, dans une forte lessive qui les nettoie parfaitement. Cela étant fait, on sème, dans un endroit abrité, ces noyaux assez près l’un de l’autre dans de petites rigoles, éloignées d'environ un demi-pied, profondes de 2 à 3 pouces ou à peu près. Le terrain doit avoir été défoncé d’avance à 3 pieds de profondeur, et amendé par de bons engrais. Dans le courant du printemps et de l'été, il faudra avoir soin d’arroser de temps en temps, et d’arracher avec précaution toutes les mauvaises herbes sans leur donner le temps de croître. Les petits oliviers commenceront à pousser vers le mois d’octobre ; il sera alors à propos de ficher, dans l'intervalle des rangées, de petits rameaux d'arbres verts, comme pin, lentisque ou chêne yeuse, afin d'abriter les jeunes oliviers qui ne cessent de pousser pendant le reste de l'automne, et même presque tout l'hiver, lorsqu'il ne fait pas froid. S'il survient des gelées, on garantit le jeune plant en le couvrant avec des feuilles sèches, de la paille ou de la litière. Comme dans ce

semis les Jeunes oliviers, lorsqu'ils ont bien réussi, ont cru très-près les uns des autres, on arrache les pius faibles dans le courant du second printemps, ou, si l’on ne yeut pas les perdre, on les tire de terre pendant le mois de mars, pour les replanter ailleurs. Sile semis a été bien soigné, les pius beaux sujets, au mois de mars du troisième printemps, auront 5 pieds et plus de hauteur sur 18 à 20 pouces de tour à leur base, et un pivot de 28 à 30 pouces. Ce moment est celui: de la transplantation en pépinière, à 3 pieds lun de l’autre en tous sens, deux ans après, ils pourront être greffés, et 4 à 5 années suffiront ensuite pour leur faire acquérir la grosseur convenable pour les planter à demeure. »

Les oliviers venus de semence ont toujours un pivot très-long, des racineslatérales nombreuses, une tige bien droite, parfaitement lisse, ce qui annonce la vigueur et la force ; tandis que les plants produits par les zutres moyens de multiplication n’ont aucun de ces avantages. Une autre considération importante, c’est que par le semis, un olivier commence sa vie, tandis que les drageons qu'on a détachés du pied des vieux arbres, de même que les boutures, ne sont pour ainsi dire qu’une extension de la vie de l’individu dont on les a séparés. Deux origines aussi différentes l’une de l’autre ne peuvent manquer d’avoir une grande influence sur la vigueur des arbres et sur leur durée.

Outre ces avantages, qui appartiennent aux oliviers venus de semis, on peut encore espérer qu’il en proviendra de nouvelles variétés. À ce sujet, M. pe GAsQuET avait déjà remarqué dans des plants, produits par des olives de Ja même sorte, des différences dans le feuillage qui paraissaient annoncer que les fruits pourraient aussi en présenter dans leur forme et dans leur qualité. N’est-il pas encore permis de croire qu’on pourrait trouver, dans les semis, des variétés qui seraient moins sensibles à la gelée P

$ IV. — Plantation, entretien des oliviers.

La distance à donner aux oliviers plantés à demeure dépend de la fertilité du sol et de la nature du climat. Dans les terrains fertiles et dans les pays qui jouissent pendant l’hiver d'une douce tempéralure, ce n’est pas trop de mettre 30 à 40 pieds d'intervalle entre deux arbres. Dans ceux dont la fécondité est beaucoup moindre, et dans les cantons où ils sont plus souvent frappés des gelées, il suffira que Îles oliviers soient espacés à 20 pieds ou environ. Quelle que soit la distance observée entre ceux-ci, les bénéfices à espérer d’une nouvelle plantation d’oliviers sont toujours un peu tardifs; mais si le propriétaire ne voit pas fructifier tout de suite les arbres qu'il a plantés, leur présence sur le terrain ne diminue que de bien peu de chose la fertilité du sol, et les produits qu'il pourra en relirer par la culture ordinaire des céréales et autres plantes alimentaires ou propres à divers usages dans l’économie domestique, lui donneront le temps d’attendre les fruits de ses arbres. Il devra seulement avoir la précaution de ne pas faire

CULT. INDUSTRIELLES : DES ARBRES ET ARBUSTES OLFAGINEUX. eiv. 1.

semer trop près du tronc des arbres, mais de laisser toujours vide un espace de quelques pieds autour de chacun d’eux.

Une fois que l'olivier planté à demeure a acquis une certaine force, c’est un des arbres qui demandent le moins de soins ; Coru- MELLE le dit formellement, et beaucoup d'auteurs modernes sont d'accord avec lui.

M. BerNarp, dans son Mémoire pour servir à l’histoire naturelle de l'olivier, dont nous avons emprunté beaucoup de choses, dit expressément que lorsqu'on a étudié l'olivier dans les climats chauds, et lorsqu'on a eu occasion d’en voir un grand nombre de fort beaux et de très-productifs sur les bords des chemins, entre les fentes des rochers, dans des terres incultes et même au voisinage d’autres arbres forestiers, on est forcé de reconnaître que si les labours sont propres à favoriser le développement de cet arbre nouvellement planté, ils cessent d'être essentiels lorsqu'il a pris son essor, et qu'il a acquis dans les campagnes une certaine élévation.

Dans l’ile de Corse, dans certaines parties du royaume de Naples et de la Sicile, en Afrique et dans plusieurs contrées du Levant, on Dondbnte les oliviers à la nature, peu après les avoir plantés ; on les laisse croitre en liberté sans jamais ies tailler, ni les fumer, et souvent même sans les labourer au pied. Mais si l'abandon où on laisse ces arbres ne leur est pas préjudiciable dans ces contrées favorisées par la douceur du climat, on ne pourrait les traiter de même dans des pays moins chauds où ils sont trop souvent exposés à l’intempérie d’hivers plus ou moins rigoureux. Ainsi, dans les parties les plus chaudes des départemens français, formés des anciennes provinces de Provence, du Comtat Venaissin, du Languedoc et du Roussillon, les seules où les oliviers puissent être cultivés en France, on laboure ces arbres à des époques déterminées, on les fertilise par des engrais et enfin on les taille.

La première de ces opérations, celle des labours se fait deux fois chaque année, au printemps et à l'automne. Comme une grande partie des oliviers qu'on cultive est venue de boutures ou de rejets, et que leurs racines rampent près de la surface de la terre, ou au moins n’y sont pas beaucoup enfoncées, les labours doivent être peu profonds; autrement on blesse et on détruit beaucoup de ces racines superficielles, ce qui affaiblit et épuise les arbres. Les oliviers venus de noyaux demandent à être labourés plus profondément, parce que leurs racines pivotantes s'enfoncent davantage dans le sol, ce qui leur donne un grand avantage sur les premiers pour supporter les sécheresses qui arrivent en éle.

Les engrais de toute sorte sont convenables à l'olivier, et les plus chauds sont ceux qu’on doit préférer. La fiente de pigeon et les crottins de brebis peuvent être employés dans tous les terrains; mais, pour les arbres plantés dans un sol sablonneux et caillouteux, comme est celui de la plupart des collines de nos départemens du midi, nul engrais ne vaut mieux que celui des excrémens de l'homme. Dans les terres calcaires et argi-

cuAP. 12°, leuses, les vieux chiffons de laine, les rognures de corne et de cuir sont aussi un très-bon engrais; mais ils ne conviennent pas dans celles qui sont légères et sablouneuses.

On ne peut révoquer en doute que la fécondité de l'olivier ue soit augmentée par des engrais abondans, et que la végétation de l'arbre ne soit plus brillante; mais la quilité du fruit n’y gagne pas, au contraire, car on peut assurer que l'huile la meilleure et la plus fine est fournie par les olives sauvases. Quoi qu'il en soit, comme les propriétaires et les cultivateurs ont intérêt à oblte-

que l’usage de fumer les oliviers se conservera; d’ailleurs, selon M. Bernarp, l'arbre bien fumé craint moins la sécheresse que celui qui ne l’a pas été; ce dernier n’a que des pousses faibles et des feuilles dures, tandis que l’autre a des rameaux plus longs, chargés de feuilles plus herbacées, el par conséquent plus propres à aspirer pendant la nuit l'humidité de l'air.

L'usage est assez généralement, dans l’ancienne Provence, de ne fumer les oliviers que tous les deux ans; cependant, les propriétaires et les cultivateurs qui pourront Île taire tous les ans feront encore mieux; c’est trop attendre que d’en laisser plus de trois, comme cela se pratique dans le pays de Gênes, où l’on ne fume ces arbres que tous les 4 à 5 ans.

Les anciens ont conseillé de fumer les oliviers à la fin de l'automne ou au commencement de l'hiver, et presque tous les agronomes modernes ont été du même avis, se fondant sur ce que, lorsque les fumiers sont enterrés avant l'hiver, les pluies, qui surviennent presque toujours pendant cette saison, décomposent les engrais et charrient par infiltration les sucs nourriciers jusqu'aux racines, tandis que, lorsque les fumiers ne sontrépandus qu'a la fin de l'hiver, ils devienpent inutiles aux arbres, si même ils ne leur sont nuisibles, quand il ne pleut pas un peu abondamment au printemps. Cependant le Marquis DE SUFFREN, qui a laissé sur l'olivier et le figuier de bonnes observations, fruit de recherches assidues, faites pendant sa longue carrière, est d'avis que la méthode de fumer les arbres pendant l’automne ne doit pas êlre généralement suivie dans tous les pays indistinctement, parce que si elle peut avoir des avantages dans les climats où ies rigueurs de l'hiver ne se font que bien rarement sentir, et où l’on à peu à redouter les accidens causés par le froid, elle a de grands inconvéniens dans tous ceux qui sont exposés à des gelées assez fortes, et surtout à celles qui sont tardives et qui surviennent à la fin de l'hiver ou au commencement du pr'utemps. À l'appui de son opinion, le marquis de Suffren dit qu’en janvier 1810, un froid de 6 degrés au-dessous de glace a gelé toutes les menues branches de tous les oliviers qui avaient élé abondamment fumés pendant l'automne, et dont la sève avait pour cette raison été mise en mouvement. Au | lieu de fumer ces arbres avant l'hiver, daos | tous les pays où les gelées sont assez fortes | et assez fréquentes pendant cette saison, le |

DE L'OLIVIER ET DE SA CULTURF

nir des récoltes abondantes, il est probable

même agronome couseille de chausser je pied des oliviers avec de la terre, afin d'empécher le froid de pénétrer jusqu'à la souche.

Ce n’est que depuis 69 à 80 ans qu'on a soumis les oliviers à une taille régulière dans l’ancienne Provence, et selon M. BEr- NaRD, cela a beaucoup contribue à en augmenter les produits; aujourd'hui tous Îles cultivateurs sont d'accord sur l'utilité d’une taille modérée et bien entendue, qui ne consiste pour ainsi dire que dans un simple élagage. Aucune des branches principales ne doit être supprimée, à moins qu'elles ne soient placées de manière à géner la culture du terrain. On doit se borner à couper le bois mort, à retrancher les rameaux dont la végétation est languissante, ainsi que Îles branches gourmandes, et, enfin, à diminuer le nombre des rameaux trop pressés ou mal placés, qui, en rendant l’arbre trop touffn, empécheraient la libre circulation de l’air et de la lumière. L'époque la plus favorable pour la taille est le mois de février ou de mars, parce qu'a cette époque la sève ne tarde pas à se mettre en mouvement, et que les plaies faites par la serpette sont bientôt cicatrisées.

$ V.— Récolte des olives.

Les auteurs latins qui ont écrit sur l'olivier, CATON, VARRON, COLUMELLE et autres, avaient déjà remarqué que cet arbre ne donnait de récoltes que tous les deux ans, et les modernes ont fait la même observation. Les premiers croyaient que les gaules dont on se servait pour abattre les olives, en brisant plusieurs rameaux, empéchaient l’arbre de se charger de fruits l’année suivante. Il existait même de leur temps une loi qui défendait aux ouvriers de gauler les arbres sans la permission expresse du propriétaire.

Quelque pernicieuse que soit cette méthode, nous sommes fondés à croire qu’on ne doit pas lui attribuer la cause des récoltes alterues; car, dans quelques cantons du midi de la France, quoiqu’on y cueille les olives à la main, cela n'empêche pas les récoltes d'être également alternes.

Quelques auteurs ont regardé la taille à laquelle on soumet les oliviers. conime la cause de la périodicité des récoltes, mais nous venons de dire plus haut qu'il y a tout au plus 80 ans qu'on a adopté en Provence l'usage de la taille, et avant ce temps on n’oblenait pas des récoltes tous les ans; d’ailleurs, la taille ne se fait pas partout de la même manière, quoique dans tous les différens cantons les récoltes alternes soient constantes; il faut donc en chercher la cause ailleurs. Ocrvrer, membre de l'Institut et de la Société d'agriculture de la Seine, qui était en même temps propriétaire de plantations d'oliviers en Provence, après avoir recherché les causes qui font que ces arbres ne donnent de bonnes récoltes que tous les deux ans, croit (4nnales de l’agric. franc., t. XXXVII, p. 223-240) devoir les attribuer à deux causes principales. La première, c’est que lorsque l'arbre est très-chargé de fruits, la nouvelle pousse n’a lieu que faiblement, parce que toute la sève est portée sur les

138 CULT. INDUSTRIELLES : DES ARBRES ET ARBUSTES OLEAGINEUX. Lav.ux,

fruits, et que les boutons à fleurs ne peuvent se préparer ou ne le font qu’en petit nombre, ce qui fait que le printemps suivant ne développe que peu ou point de fleurs. La seconde cause, c'est qu'on esil trop généralement daus l’usage de ne faire la récolle des olives que dans les mois de décembre, janvier et février, quelquefois même encore plus tard ; alors les arbres, chargés pendant si long-temps de leur fruit, se trouvent épuisés par la grande quantité d'olives qu'ils portent; enfin, tourmentés par les coups de gaules réitérés qu’on leur donne pour les abattre, ils ne peuvent donner que très-peu de fleurs au printemps. Pour remédier en partie à ces inconvéniens, Olivier conseille de cueillir les olives au mois de novembre; alors les arbres auront le temps de se refaire pendant 4 à 5 mois de repos.

Ce qui fait que l’usage de cueillir plus ou moins tard les olives prévaut dans la plupart des cantons, c’est que d’un même poids de ces fruits, cueilli en novembre, en décembre, en janvier ou plus tard, c’est toujours le dernier récolté qui donne le plus d'huile proportionnellement à son poids. Mais OLr- VIER, qui a vérifié ce fait, croit que le produit

lus considérable qu’on obtient des olives es dernières cueillies n’est qu'apparent, parce que celles-ci se rident, perdent leur eau de végétation et finissent par occuper moins de place, de sorte qu'un sac rempli par un nombre déterminé d'olives cueillies en novembre, quand elles ont toute leur grosseur et n’ont encore rien perdu par l’éyaporation, ne pourrait plus être rempli par la même quantité de fruits dont le volume est diminué, ayant été cueillis 2 ou 3 mois après. On ne doit donc pas croire que ces derniers fruits fournissent une plus grande abondance d'huile; ce qu’on paraît obtenir en plus dans ce cas n’est qu’une fausse apparence, et ne tient qu’à l’évaporation de la partie aqueuse des olives.

La quantité de celles-ci se trouve d’ailleurs singulièrement diminuée par tous les animaux qui s'en nourrissent tant qu'elles restent sur lesarbres, dans les champs. Ainsi, les rats, les grives, les merles, les étourneaux, les petits oiseaux de toute espèce, les corneilles surtout, en font une consommation considérable et un grand dégât. Une raison encore plus déterminante pour engager a cueillir les olives de bonne heure, c’est la qualité bien supérieure de l'huile qu'on en retire. Ainsi, l'huile d'Aix doit moins sa bonne qualité à l'espèce d’olivier qu'on y cultive, qu'à l'usage de cueillir les olives en novembre, et de les porter sur-le-champ au moulin. Il est étonnant que le préjuge de laisser long-temps les olives sur les arbres se soit conservé encore aujourd'hui, car déjà les agronomes anciens avaient recommandé le contraire. CATON, COLUMELLE et PLINE s'accordent à dire que pour avoir de bonne huile il fallait ue les olives quand elles commencaient à noircir, et qu’il fallait aussi en exprimer l'huile le plus tôt possible après qu'elles étaient cueillies.

$ VI.—Usages et préparations des olives.

Dans tous les pays où l'olivier est cultivé, on sale ou l'on confit ses fruits de diverses manières, afin de les conserver pour les manger. Les olives cueillies sur les arbres ont presque toutes une saveur insupportable, et ce n'est qu’à l’aide des préparations qu’on leur fait subir, qu’on les rend mangeables.

Le moment favorable pour confire les olives est la fin de septembre ou le commencement d'octobre, un peu avant leur maturité et quand elles sont encore vertes. On a sain de choisir les plus belles et les plus saines. De plusieurs préparations en usage pour confire les olives, nous n’indiquerons que celle dite à la picholine, c’est-à-dire à la manière de PrcuoLinr: c'est celle en usage pour les olives qui se vendent dans le commerce. Elle consiste à mettre les olives, après les avoir cueillies, dans une lessive faite avec une parlie de chaux vive et six parties de cendres de bois neuf, tamisées. Après les avoir laissées une demi-journée dans cette lessive, on les retire pour les mettre dans de l’eau fraiche, où on les laisse plongées pendant 8 jours, en ayant soin de renouveler l’eau toutes les 24 heures. Au bout de ce temps, on leur prépare une saumure avec suffisante quantité de sel marin dissous dans l’eau, et dans laquelle on ajoute quelques plantes aromatiques. Les olives peuvent se conserver dans cette saumure pendant un an et plus.

Les pays du midi font une grande consommation des olives ainsi préparées, et c’est un mets qu’on sert sur les meilleures tables dans les villes du Nord. Dans tout le Levant, et surtout dans plusieursdesiles de l’Archipel, Orivier dit qu’on sale une énorme quantité d'olives qui sont envoyées à Constantinople, où les Grecs, les Arméniens et les Juifs en mangent toule l'année.

Le bots de l'olivier est un des plus durs et des plus pesans de France; il pèse par pied cube, selon VARENNES DE FENILLE, 69 livres 7 onces 4 gros. Il est jaunâtre, marqué de veines plus foncées; son grain est fin, serré, susceptible de recevoir un beau poli, et il n’est point sujet à se fendre ni à être attaqué par les vers. Ces précieuses qualités l'avaient fait choisir par les anciens pour faire les statues de leurs dieux, avant qu'ils se servissent du marbre et de l’airain. Le bois des racines, par la variété des nuances qu'il présente, est surtout propre aux ouvrages de iour:on en fait des tabatières, des boites, des manches de couteaux, etc.

Dans les pays où l'olivier est commun, Îles wenuisiers emploient son tronc, scié en planches, à faire divers meubles, comme tables, lits, comimodes, eic. Le bois de l'olivier brüle fort bien, même encore vert, parce qu'il contient une assez grande quantlité de résine, et il donne en brülant beaucoup de chaleur.

$ VII. — Des produits des oliviers Nous avons dit que l’olivier croissait lente-

ment; M. Bernarp a mesuré des arbres de cette espèce âgés de 80 ans, qui n'avaient

cHaAP. 12°,

guère que 27 à 30 pouces de circonférence dans la partie inférieure de leur tronc. La lente croissance de l'olivier annonce une longue vie ; effectivement, on ne sait pas encore à quel âge il peut parvenir.PLINE affirme qu’on voyait encore de son temps, à Linterne, ville de la campagne de Rome, les oliviers que Scipion l'Africain y avait plantés 250 ans auparavant. M. DE CHATEAUBRIAND, dans son Voyage à Jérusalem, dit que les oliviers du jardin de ce nom, près de cette ville, sont au moins du temps du Bas-Empire, et en voici la preuve : en Turquie, tout olivier trouvé debout par les Musulmans, lorsqu'ils envahirent la Syrie, ne paie qu’un médin au fisc, tandis que l'olivier planté depuis la conquête doit au Grand-Seigneur la moitié de ses fruits; or, les 8 oliviers dont il est question ne sont taxés qu'à 8 médins. M. Srmonn rapporte, dans son voyage en Italie et en Sicile, qu'ayant rencontré entre Florence et Rome de très-gros oliviers, et ayant demandé à un paysan combien ces arbres pouvaient vivre, celui-ci répondit : sezzpre, sempre (toujours, toujours). M. Piccow: cite un olivier de l’état de Gênes qui a plus de 23 pieds de circonférence (il ne dit pas à quelle hauteur), et que M.DE CANDOLLE estime avoir un peu plus de 700 ans. M. RANTONNET, d'Hyères, nous a communiqué la mesure d’un olivier des environs de Villefranche dans le comté de Nice, qui paraît être plus gros que celui du pays de Gênes, puisqu'il a 38 pieds 2 pouces de circonférence à Lite et19 pieds 3 pouces à hauteur d'homme. Beaucoup de voyageurs parlent d’oliviers d’une taille colossale, sans préciser leur mesure, ce qui rouve suffisamment que les exemples de a longévité des oliviers ne sont pas rares, et nous en trouvons même en France où ces arbres ont été si sSuvent victimes de l’intempérie des saisons. M. RoBEnT, directeur du jardin de la marine à Toulon, nous a envoyé dernièrement la mesure d’un très-vieux olivier qui se voit à Hyères dans la propriété de madame de Beauregard; cet arbre n'a pas moins de 36 pieds de tour à sa base, el 20 pieds à hauteur d'homme.

Ces arbres gigantesques sont une petite fortune pour les propriétaires; car celui de Villefranche, selon M. Risso, produit ordipairement, dans les bonnes années, 100 kilo-

rammes d'huile, et il en a même donné jusqu'à 150; la récolte de celui d'Hyères est estimée, d’après M. RonrrT, à 250 litres d'huiie. Mais des produits aussi considérables font exception, car le revenu net d’un arpent d’oliviers, estimé en 1817, par la commission royale du cadastre, n’a été porté dans 7 départemens, où cer arbre est cultivé, qu'aux évaluations suivantes :

Dans le département de Vaucluse. . 321.93 Dans les Pyrénées-Orientales. . . . 38 71 DANS ACTOR RE LES, DT 41-02 Dans les Bouches-du-Rhône... . . . 50 »

Dans les Basses-Alpes.. . . . . . .. 54 24 DANNIL AP ÉCRER AREAS QE 169" :62 DANS AE VAR NL RE ERERRCNS 152 : 87

A ce sujet, M. DE GaAsquEr (Annales de | d'agric. franç., 2° série, t. XXXIII, p. 187- | 199) fait de vives réclamations sur l’évaluation, selon luj, beaucoup trop élevée, à la-

DE L'OLIVIER ET DE SA CULTURE

quelle son département (celui du Var) a été taxé, et il s'engage à prouver que les oliviers de ce département, pris en grande masse, avec cette distinction de bons et de médiocres, ne rendent annuellement, en revenu el, qu'environ 1 frauc les premiers, et 50 cenlimes les seconds; comme 1 arpent métrique n'en contient que 90 à 100, il est facile de juger de la différence. Ces considérations ou d’autres engagèrent par suite la commission à ne porter le revenu net d'un arpent d'oliviers, dans le Var, qu'à 90 francs.

$ VIII.—Des influences atmosphériques et des animaux uuisibles aux oliviers.

Ce qu'il y a de certain, c’est que nul revenu n’est sujet à autant de chances défavorables que celui des plantations d'oliviers, et aucune nature de produits n’est soumise à plus de fléaux et d’intempéries.

Le plus cruel de lous ces fléaux est le froid rigoureux de certains hivers, auxquels ces arbres ne peuvent résister. Dans son Mémoire sur la culture de l'olivier dans le midi de la France (Bibliothèque universelle de Genève, t. VI, p. 49), M. DE GASPARIN fait l'énumération des grands hivers qui, depuis et y compris celui de 1709, ont causé la perte d’un plus ou moins grand nombre de ces arbres, et il en compte 12, savoir : Ceux de 1709, 1745, 1748, 1766, 1768, 1775, 1776, 1788 à 1789, 1795, 1802, 1811 et 1820, auxquels il faut ajouter l’hiver de 1829 à 1830; ce qui fait 13 hivers rigoureux en 120 ans, qui ont été funestes à l'olivier, où, en terme moyen, cet arbre a gelé 1 fois tous les 9 ans. C'est moins d’ailleurs par leur intensité que les froids rigoureux sont nuisibles aux oliviers, que par les circonstances qui les accompagnent. On a vu ces arbres supporter sans en souffrir 12 degrés au-dessous de 0 au thermomètre de Réaumur, tandis que, d’autres fois, 7 degrés ont suffi pour les faire périr en totalité ou en partie; ainsi, les oliviers supportent assez bien les gelées sèches, surtout lorsqu'ils ne sont pas en sève ; mais lorsqu’un froid subit succède à de la pluie ou à un dégel,et surtout lorsque, par l'influence d’une douce température qui a précédé, ou d'une exposition chaude, la sève s’est déjà mise en mouvement, alors un degré bien moins fort suffit pour leur faire éprouver de grands dommages. we

Les funestes acciäens auxquels l'olivier est sujet dans nos déparlemens du midi sont cause que la culture de cet arbre n'est pas aussi florissante qu’elle pourrait l'être, et M. pe GaspariN assure méme que celle cul- Lure, loin d'y être en progrès, y est décroissante, et que la vigne et le mürier envabhissent au contraire une partie des terrains qui naguère étaient couverts d’oliviers. Ce qu'il y a de certain, c'est que la France ne produit pas assez d'huile pour sa consommation; car il résulte du relevé fait sur le Tableau général du commerce de France pendant les années 1831, 1832 et 1833, que, terme moyen, il a été importé dans le royaume ét mis en consommalion, pour 23,264,000 francs d'huile d'olive pour les fabriques, et pour environ 7,000,000 d'huile comestible.

Lorsque l'olivier est atteint par la gelée, ou l’arbre entier (nous voulons dire le tronc et les branches) a été frappé de mort, ou seulement ses branches et ses rameaux ont élé victimes de l’intempérie. L'observation a, en général, appris que les vieux oliviers résistaient mieux au froid que ceux qui sont plus jeunes. Ainsi M. RaïBauD-L’ANGE (Votice sur les oliviers frappés de la gelée, etc., Ann. de l’Agr.franc., 2° série, T.22) dit que dansun verger de ces arbres (a Digne,Basses- Alpes }, dont 76 âgés d'environ 80 ans, et les autres de 25 ou au-dessous, tous ayant été atteints par la gelée de 1820, aucun des premiers n’a péri, tandis qu’il est mort 3 des derniers. Pour réparer le dommage, les branches mortes de tous ces arbres furent coupées à quelque distance du haut du tronc, selon qu'elles paraissaient encore saines.

Ces mêmes oliviers furent d’ailleurs cultivés avec soin ; on ne ieur épargna ni les labours, ni les engrais : on eut soin d’arracher les rejelons qui se développèrent à leur pied ou au bas des branches. Par ce moyen. le dégât fut en partie réparé trois ans après, puisqu'en 1822 la récolte faite sur ces arbres a été environ du quart de ce qu’elle produisait avant le froid. Ce qui prouve encore que les vieux oliviers supportent mieux les grandes gelées, c’est que celui d’'Hyères, de madame de Beauregard, cité plus haut,

orte des traces indiquant qu'il a été raattu 3 et mème 4 fois sur ses maitresses branches.

Lorsque le tronc même des oliviers a été frappé par la gelée, il faut le couper 7ezterre, et comme presque jamais les racines n’ont été atteintes, on voit bientôt repousser, tout autour de la souche, de nombreux rejets, dont on conserve les plus beaux, 2 à 4, et même plus si l’on veut, pour former de nouveaux arbres ; les autres sont arrachés pour être transplantés ailleurs. Ces rejets poussent avec beaucoup de vigueur, et il ne leur faut que 6 à 7 ans pour rapporter des fruits de nouveau. M. ROBERT m’écrivait, en mars 1834, qu'il venait de mesurer de ces oliviers repoussés sur souche depuis la gelée de janvier 1820, qui avaient 20 pouces de circonférence à leur base.En général, beaucoup de propriétaires se pressent trop après les fortes gelées d’arracher leurs oliviers qui en ont été frappés. M. RarBauUD-L’ANGE dit qu’après le froid de 1709, qui fit périr unsi grand nombre de ces arbres dans le midi de Ja France, un agriculteur de Toulon conserva beaucoup des siens, par les soins qu’il lear donna, tandis que ses voisins perdirent tous les leurs. Le fail est consigné dans les archives de la ville.

Outre le froid, qui est contraire aux oliviers, et qui trop souvent, dans nos départemens du Mate devient funeste, les cultivateurs ont encore à craindre les ravages de certains insectes. M. BERNARD a fait connaître en détail, dans son Mémoire déjà cité, toutes les espèces qui attaquent ces arbres; nous allons les énumérer brièvement. La larve du Scarabée moine, et celle du Bostriche Rene: que M. Bernard nomme Scarabée de l'olivier, sont peu à craindre parce qu’elles ne vivent que sous l'écorce des

CULT. INDUSTRIELLES : DES ARBRES ET ARBUSTES OLÉAGINEUX. ziv. nr.

branches mortes et languissantes. Le Bostriche de l'olivier, désigné par M. Bernard sous le om de vrillette, peut produire plus de dommage, parce que sa larve se nourrit aux dépens de l’aubier. La Psylle vil aux aisselles des feuilles et nuit principalement au développement des fleurs. Mais les dommages causés aux oliviers le sont principalement par la Cochenille adonide, la Chenille mineuse et la Mouche de l'olivier. La première,connue vulgairement sous le nom de Pou de l'olivier, s'attache à la partie inférieure des feuilles et aux pousses les plus tendres, ce qui produit uue extravasation de sève très-préjudiciable aux arbres. La CAenille mineuse vit dans l’intérieur des feuilles et des bourgeons naïssans ; elle fait beaucoup de mal en détruisant les jeunes pousses et en même temps l'espoir des boutons à fleurs. La mouche de l'olivier altaque l’olive elle-même peu de temps avant qu’elle soit parvenue à sa maturité ; elle dépose dans son iotérieur un œuf, dont nait bientôt une larve qui se nourrit de la pulpe.

Aucun des moyens proposés jusqu'à présent pour remédier aux ravages de ces différens insectes n’ont pu avoir un succès réel; les fumigations et les aspersions de diverses substances sont en général longues et dispendieuses à pratiquer, sans remédier complètement au mai, et M. BERNARD croit que la chose la plus raisonnable qu'on ait prescrite est d’émonder les arbres tous les ans, de les débarrasser soigneusement des branches qui sont couvertes d'insectes, et de livrer ces branches aux flammes. Un autre moyen, pour s'opposer en général à la propagation des insecles, consiste à favoriser celle des petites espèces d'oiseaux insectivores.

SECTION 11. — Du Noyer.

$ I. — Espèces et variétés de noyers.

Les noyers sont de grands arbres à feuilles ailées, dont les fleurs femelles sont terminales, solitaires ou réunies plusieurs ensemble, tandis que les mâles forment des chatous alongés ; leur fruit est un drupe charnu, contenant une noix monosperime el à deux valves. Ils appartiennent à la grande faille des Amentacées, et M. DE CANDOLLF en fait le type d’une famille particulière à laquelle il donne le nom de /uglandees.

Il esl question des noyers exotiques dans la partie forestière de cet ouvrage (7. le tome IV); mais on va traiter ici du noyer commun, arbre d'un intérêt assez majeur pour la France, sous le double rapport du produit que fournissent ses fruits oléagineux, et de celui qu'on retire de l’exploitation de son bois.

Le Noyer commun (Juglans regia, L.; en angl. common alnut; en ital. Noce commune;enall. gemeine Walnuss, fig. 66 )est un arbre de première grandeur, dont les branches forment une tête étalée et touffue; ses feuilles sont grandes, composées de 7 à 9 folioles; aux fleurs femelles succèdent des fruits ovoides ou globuleux, enveloppés d'une pulpe nommée brou, renfermant une noix à deux coques ligneuses, contenant une

car. 12°,

amande blanche, divisée en 4 lobes. Le noyer est originaire de l’Asie, mais il a été transporté depuis un si grand nombre de siècles dans les parties méridionales de l’Europe, qu'il y est maintenant parfaitement acclimaté et comme indigène. Cultivé depuis les temps les plus reculés, il a produit beaucoup de variétés parmi lesquelles nous citerons les suivantes :

Noyer à très-gros fruits, où noër de jauge, dont les noix sont moilié plus grosses que les communes. Les arbres de cette variété croissent avec plus de rapidité, mais leur bois est moins bon.

Noyer à gros fruit long, une des meilleures variétés à cultiver pour le produit.

Noyer a coque tendre, Où noir de mésange, dont la coquille est si tendre qu’elle se brise facilement entre les doigts.

Noyer à coque dure, Où noix anguleuse, dont la coque est si dure qu'il faut un marteau pour la casser. Le bois de l’arbre est meilleur et plus agréablement veiné que dans les autres variétés.

Noyer tardif où de la Saint-Jean. Cette variété ne commence à pousser ses feuilles qu’en juin, et ne fleurit que vers la fin de ce mois. Son fruit n’est bon à manger que frais, parce qu’il ne mürit pas si bien. L’arbre offre l'avantage de n'être pas sujet aux gelées.

Noyer a grappe. Cette variété n’est pas assez cultivée ; ses noix, aussi grosses que dans l’espèce commune, sont rassemblés 12 à 15, et jusqu’à 20 ensemble,

Noyer bifere. Cette variété est très-rare; elle n’est guère connue qu'aux environs d’Aix en Provence.

Noyer à petit fruit. Ses noix ne sont pas 2e grosses que des noisettes, mais les ar-

res en portent en grande quantité.

Noyer hétérophylle, dont toutes les folioles dans la même feuille, sont dissemblables les unes des autres ; variété curieuse et rare qui se distingue encore par ses branches inclinées vers la terre, et par ses noix ayant Ja coque tendre et fragile.

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