‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 101 sur 467 · DU NOTER · texte numérisé non relu

DU NOTER

i4i $ 11. — Multiplication des noyers.

Quoique très-importante pour les arts et pour l’économie domestique, la culture du noyer est loin d’être aussi répandue qu’elle mériterait de l'être. En 1809, la Société d'encouragement, pénétrée de toute son inmportance, a proposé un prix pour sa plapiauon et pour sa greffe.

À l’époque désastreuse de notre tourmente révolutionnaire, on a abattu un grand nombre de ces arbres, et depuis que nous jouissons de temps plus tranquilles, on est bien loin d’avoir réparé le mal qui s’est fait alors, peut-être même qu’il ne pourra jamais l’être. L’accroissement de la population qui, depuis que nous jouissons des douceurs de la paix, a une marche si rapide, fait que l’on trouve bien plus d'avantages à s'occuper des cultures qui ont pour résullat direct la nourriture des hommes, qu'à faire des plantalions qui ne présentent qu’un produit éloigné. Après 15 et 20 ans de plantation. le noyer ne donne pour ainsi dire que des espérances, car la récolte en est encore si faible, qu’à peine si on peut en calculer lä valeur; ce n’est que de 30 à 60 ans que cet arbre peut offrir chaque année un produit capable d'augmenter le revenu du propriétaire. Il faut un siècle et plus pour que le bois soit bon à employer dans les arts.

Ce qui devrait encourager à faire des plantations de noyers, c’est que peu d’arbres sont moins difficiles que lui sur Ja zature du terrain, car il vient bien presque partout; ii ne craint ni la sécheresse ni l’humidité, à moins qu’elle ne soit extrême; sa croissance est seulement plus rapide dans un bon sol que dans celui qui sera sec et pierreux; mais dans ce dernier, son bois sera plus beau et de meilleure qualité.

On ne multiplie le noyer que par les semis de ses fruits, qu'il ne faut preudre qu’au moment de leur parfaile maturité, c'esta-dire lorsque leur brou s’entr'ouvre pour laisser passer la noix, ou au moins lorsque celle-ci s'en détache avec facilité. On peut également semer les noix à l'antomne immédiatement après leur chute spontanée des arbres, et jusqu'en novembre et décembre, ou à la fin de l’hiver. Dans le cas ou le semis ne devrait être fait qu'à la fin de l'hiver où au commencement du printemps, il faudra avoir soin de conserver les noix à la cave ou dans un cellier, et de les stratifier dans du sable. Toutes les fois qu'on aura du terrain libre, il sera mieux de faire le semis à l'automne. On recommande de semer les noix avec leur brou, parce que c’est, dit-on, un moyen de les préserver d’être mangées par les rats et autres animaux de ce genre, qui, quelquefois, en font un grand ravyage pendant l'hiver. J'en ai fait plusieurs semis assez nombreux, toujours avec des noix dépouillées de leur brou, et je n’ai pas essuyé de perte remarquable.

On a dit que le noyer n'était pas difficile sur la nature du terrain ; cependant, quand on veut semer cet arbre pour en former des pépinières , il est à propos de choisir une bonne terre qui ait du fond, qui soit bien labaurée et hien amendée, afin que le pivot

i49 CULT. INDUSTRIELLES : DES ARBRES ET ARBUSTES OLEAGINEUX.

de l'arbre, qui dans le principe eat bien plus gros que la tige elléinéine, n6 Wouve aucun obstacle pour se former el s'enfoncer pro.

fondément, On ne doil semer les noix ni h la volée, ni au plantoir, mais il faut faire de petits sillons, à 1 pied les uns des autres, aux quels on donne ? pouces de profondeur dans les terres fortes, et 8 pouces dans celles qui sont légéres, et on place les noix au fond, en laissant 6 pouces d'intervalle de l'une à l'autre, Une chose qui n'est pus à népliger, en plaçant chaque noix au fond du sillon, c'est que les sutures dé sens valves soient tous jours perpendiculaires à l'horizon: cnr, lors. qu'elles se trouvent placées horizontalement, la gernination se trouve gênée par celle dise position des coquilles qui empêche d'une avt la radicule de descendre perpendieue airement dans la lerre, et de l'autre la plus mule où jeune tige de s'élever verticale.

ment, parce que l'une éË l'autre peuvent se trouver arrêtées dans leur chemin par les valves: de sorte que presque tous les piedy qui résultent de celle germination pénée restent en reélard des autres, él même quel.

quefois sont trés rabougrin,

Plusieurs agronomes ont recommandé de laser plus d'intervalle entre les plants du jeune séinis, ais jé puis bien assurer que la distance que j'ai indiquée est trésesuttie sante, puisque les plants d'un semis ainsi dispoñé, que j'avais laissés en place jusqu'au mois de novembre de la seconde année, avaient alors pour la plupart & «7 pieds de hauteur, |

Comme le noyer est toujours destiné à

être transplanté, et comme il forme dès la première année du semis un gros el lonk pivot qui tend ensuite à s'entoncer proton.

déient les années suivantes, él que si on le laissait à la méme place, il ne donnerait que peu où point de racines latérales, qui lui sont cependant nécessaires pour faciliter sa reprise lors de la transplantation, on est dans l'usage, à la Gin de l'automne de la preinière année du semis, où seulement en 16 vricr et mars, de relever tout le plant pour lé replacer en pépiniére, après avoir race courei son pivot à la longueur dé 8 à 0 pou ces, afin de le forcer à pousser des racines latérales, On a conseillé de né pas couper le pivot, mais de le coucher dans la trans laniation, Ce moyen ne donnerait pas d'are res Laciles à trausplanter, et le pivot cons tinuanut à s'alonger dans le sens où il aurait élé couché, eimpécherat dé pousser des racines latérales qui facilitent Loujours bien plus la reprise des arbres qui sont trans plantes à l'âge de 4 ou & ans ou plus,

n'est pas besoin de dire que la terre de la pépinière doit avoirété bien DRE REX Lü distance à leur donner dépend de Fespace dont on peut disposer, si l'on en a beaucoup, on devra les placer à 8 pieds en tous sens ; mails, si on est plus resserré, on pourra, saus beaucoup d'inconvéuient, les rappro:

cher davantage, Ainsi, j'ai élevé plusieurs milliers de noyers en les plantant par ran

ées à 2 pieds l'une de l'autre, el en mele

ant seulement 18 pouces d'intervalle entre les plants.

La première année du semis, les noyers

doivent d'abord être sarclés dés qu'on y voit dés mauvaises herbess et, dans le reste de la belle saison, on leur donne deux bina- Een. À moins d'une sécheresse extraordi.

naire, on peut se dispenser de les arroser, Quand les noyers ont élé transplantés en épiniére, on leur donne chaque année un abour dans 1e courant de l'hiver et deux binages pendant la belle saison,

Les noyers élevés en pépinière sont bons à meltre en place lorsqu'ils ont acquis 9 à 10 pieds dé hauteur, ce qui leur arrive à l'âge de 3 à 5 ans, selon que le terrain de la pépinière est plus où moins favorable, Jusque 14, comme ces arbresont de la tendance à pousser un asñez grand nombre de branches latérales, il faut avoir soin, deux fois dans le cou rant dé la belle saison, dans les mois de juin et d'août, de leur couper trés-près de la be principale Lous ces rameaux secondaires.

Le noyer dans la pépinière, où quand on le transplante à demeure, ne s upporte pas d'étre étélé ainsi qu'on le fait ordinairement pour plusieurs autres espèces d'arbres ; il faut au contraire avoir grand soin de lui conserver son bourgeon terminal, parce que son bois élunlt trèéstendre dans sa jeunesse él ayant beaucoup de moelle, l'eau et pluies, en s'introduisant dans le trou qui ne larde pas à 86 former par suite de l'amputation de la tête dé l'arbre, endommage bientôt cette partie, et y développe une pourriture qui, en s'élens dant par la suile, peut causer la carie de tout lé tronc, Cependant, lorsque par l'effet de la gelée, où autrement, de jeunes noyers ont perdu leur bourgeon terminal, on répare añsez facilement cette perte en coupant bien nél, avec une serpette parfaitement tranchante,la tige morte et flétrie, Le plus près possibledu premier bourgeon qui parait se développer avec vigueur; de celte manière il se forme ordinairement, avant la fin de la belle saison, assez d'écorce pour recouvrir la plaie.

On n'est pas dans l'usage de greffer le noyer, dans beaucoup de pays où cet arbre est d'ailleurs assez répandu ; cependant, l'observalion à appris que les récoltes de noix soul bien plus abondantes dans lous les canions où celle pratique est én usage, que dans ceux où l'on n'élève cet arbre que franc de pied, Dans le Dauphiné et dans plusieurs arties du Midi, on greffe principalement es noyers avec la variété dite nor de méange, qui se charge proportionnellement de plus de fruits que les autres variétés, el dont l'amande de la noix produit aussi une plus grande quantité d'huile.

Où peut grelfer le noyer en fente, à la fin de l'hiver où dans les premiers jours du printemps, el en écusson lorsque les arbres commencent à entrer en sève; mais la greffe qui réussit le mieux sur celle espèce , est celle dite ex Aldte où en sifflet, Come il a été traité de celle dernière à l'article du mürier, il devient inutile d'y revenir ici, 1 suffira de dire que c'est le plus souvent dans les pépinières qu'on greffe en flûte les jeunes uoyers âgés de 2 ans, en plaçanteomme pour le mûrier la grelle au-dessus du collet de la racine ensuite le jet qu'elle produit est traité, pour en former une tige droite et élevée, comme l'est celle d'un noyer venu de semis.

cnAP. 12°. DU

& III. — Plantation, culture des noyers.

Le noyer ne s'élève que pour le plern vent, et on le plante ordinairement sur le bord des roules el en avenues ; rarement en fait-on des plantations entières disposées en quinconce.

Comme il s'élève beaucoup et forme une large tête, on ne peut guère mettre moins de 24 pieds d'intervalle entre deux de ces arbres dans les terrains les plus médiocres ; mais, dans les bons fonds, ce ne sera pas trop de laisser 36 à 40 pieds entre eux.

Quand on plante des noyers on ne peut pas les mettre dans des trous qui aient moins de 4 pied en carré, mais la profondeur à leur donner variera selon la nature du sol. Si le fond est bon et que les arbres aient conservé leur pivot, ce n’est pas trop de faire faire des trous de 3 pieds de profondeur ; mais, lorsque le pivot a été retranché dans la pépinière et que les noyers ont beaucoup de racines latérales, 2 pieds de creux suftiront : si mème le terrain est mauvais, ce sera assez de donner 18 po. aux trous, Au surplus, lorsqu'on

lantera les arbres, il ne faudra pas placer eurs racnes à cette profondeur, mais remplir d’abord les trous avec 6 à 8 pouces de la meilleure terre retirée la première ; mettre ensuite le pied des arbres sur cette terre meuble, dans laquelle il pourra plus facilement former un nouveau chevelu ; on recouvrira ensuite les racines avec le reste de la bonne terre, et enfin on comblera le trou avec la terre qui en a été tirée la dernière et avec les pierres.

Une fois que des noyers ont été plantés à demeure, on ne leur donne que peu de soins; on laboure, autour de leur pied, une fois tous les ans, dans le courant de l'hiver ou au commencement du printemps, et même, lorsqu'ils ont un certain âge, on néglige souvent cette pratique. On ne taille jamais ces arbres, et ils ne doivent pas l'être; on se contente d'enlever le bois mort qu'ils peuvent avoir, et encore on néglige assez souvent de prendre ce soin lorsqu'il n'y a pas assez de ce bois pour dédommager des frais qu’il faudrait faire; aussi la négligence que l’on met à les soigner est-elle fréquemment la cause qui fait que le tronc de beaucoup de vieux noyers est attaqué par la carie, tandis que si on retranchait convenablement et en temps utile les branches mortes, on conserverait le tronc plus sain. Dans plusieurs cantons où les noyers se plantent sur les bords des champs cultivés, on est dans l'usage de rabattre tous les 7 à 8 ans leurs branches principales jusque près du trone, afin de les empêcher, dues part, de donner trop d'ombre, et ensuile parce que les fruits qu'ils rapportent les années suivantes sont plus beaux. Cela est encore une des causes qui contribuent pour beaucoup à faire pourrir le tronc de ces arbres.

L'ombre du noyer passe pour être préjudiciable aux autres arbres qui sont dans son Voisinage ; quelques agronomes pensent que c'est moins son ombre qui est nuisible que son egout, c'est-à-dire l'eau des pluies qui, après être tombée sur ses feuilles, retombe ensuite à terre ou sur les autres végétaux qui sont à sa promixité.

Page 1