LIV. if
CHAPITRE PREMIER. — DES PLANTES OLÉAGINEBUSES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE.
En nous conformant au plan de cetouvrage, nous avons dà nous borner dans ce chapitre, auquel l’article Assolement doit servir de complément comme à la plupart des autres, à traiter des cultures oléagineuses proprement dites, sans nous occuper de l’extraction, ni même, à proprement parler, de l’emploi des diverses huiles végétales. C'est ainsi que nous renverrons le lecteur, pourle Zen et le Chanvre, au chapitre des Plantes filamenteuses ; — pour la Gaude, à celui des Plantes tinctoriales; — pour les Courges, aux Végétaux fourragers; et que nous ne citerons Ici que pour mémoire : l’Olivier, le Noyer, le Hétre, le Prunier brianconnais, V Amandier, le Voisetier, la Vigne, les Pins, etc., dont il sera parlé plus tard dans la division de ce livre consacrée aux Arbustes et Arbres.
SEcTion r°. — Du colza.
Le Colza {en anglais, Rape ou Cole-seeà ; en allemand, Raps; en italien Colza) (fig. 1),
Fig. 1.
est une plante de la famille des Crucrféres, du genre Brassica et du groupe des Choux (Brassica oleracea). Elle a été désignée par les botanistes sous le nom de Brassica oleracea campestris. — Il en existe deux variétés principales : l’une d'hiver, l’autre de printemps.
Le colza ou colsa, que l’on confond encore dans quelques lieux avec la Navette, à les feuilles lisses et d’un vert glauque, les aspérités et les poils épars qu’elles présentent dans leur jeunesse disparaissant plus tard; les radicales sont pétiolées et légèrement dé-
coupées, et les caulinaires sont entières, ses-
siles et cordiformes.
La variété que l’on cultive le plus commu-
nément, est connue en Flandre sous le nom de colza froid, désignation qui correspond presque partout à celle de co!za d'hiver. — Elle a les fleurs ordinairement jaunes ; — ses tiges sont plus branchues, plus élevées ; — ses siliques, par conséquent, plus nombreuses; —ses feuilles à la fois plus épaisses et plus larges que celles du colza de mars où de printemps, dont le principal mérite consiste dans sa précocité. — Le colza d’hiver occupe le sol du commencement d’un été à l’autre ; — celui de mars, au contraire, semé au printemps, mürit ses graines dans le même été, particularité assez remarquable dans un Chou.
La production du colza en France est'loin d'équivaloir, dans la plupart des années, à la consommation qu'on fait de ses graines ; aussi pensons-nous que sa culture est une de celles qu'il importe le plus de répandre, tant à cause des bénéfices qu’elle peut présenter, que parce qu’elle se combine fort bien avec les meilleurs systèmes d’assolement.
Cette plante ne donne pas seulement une huile que la Flandre et la Belgique fournissaient naguère , presque sans rivalité, à Paris et au reste de la France; — on la cultive aussi, comme nous le verrons ailleurs, pour fourrage; — les tourteaux ou le marc qu’on obtient du résidu de ses graines, procurent une excellente nourriture aux animaux de la race bovine, et un engrais puissant pour les terres ; — ses tiges sèches peuvent être utilisées à défaut d’autres litières : — enfin, on les emploie pour chauffer le four.
Comme toutes les plantes à graines abondantes, qui mürissent entièrement sur le sol, le colza, malgré les opinions contraires qui ont été émises récemment, doit être considéré comme une culture épuisante.
Ainsi que les autres Choux, il aime une terre franche, substantielle, suffisamment ameublie et richement fumée. Cependant ii peut douner des produits avantageux en des circonstances moins favorables, et nous nous croyons fondés à croire, d’après des observations réilérées, qu'il réussit sur des sois plus variés et de bien moindre qualité qu'on ne le croit généralement.
Le colza d'automne, qui est facilement détruit par l'hiver dans les localités humides ou mal égouttées, résiste, au contraire, à de fortes gelées sur les terrains qui ne retiennent pas l’eau. Celte circonstance explique pourquoi, dans le Nord, ses récoltes sont parfois, sinon plus belles, au moins plus assurées sur les terres médiocres, naturellement sèches, que sur des terres plus substantielles et plus fécondes; et de là vient sans doute que, dans plusieurs parties de la Flandre, on ne craint pas de confier cette variété à des sols légers, crayeux ou graveleux, tandis qu’on choisit rigoureusement la variété de printemps pour les terrains de meilleure qualité.
À Oncultive en grand le colza par le moyer | des semis a demeure ou de la transplantation.
Selon l’un ou l’autre de ces modes, dont nous traiterons successivement en nous occupant d’abord du colza d'hiver, le sol exige une préparation différente.
ART. 1°%.— Du Colza d'hiver, $ 1°7.— Des semis,
A ne considérer que la main-d'œuvre et les frais de culture, les semis pourraient paraitre plus économiques que la transplantation, mais il n’en est pas toujours ainsi dès que l'on compare les deux méthodes dans l’ensemble de leurs résultats.
Comme la terre doit être préparée par plusieurs facons, et comme les semailles réussissent incomparablement mieux, année commune, dans nos climats, lorsqu'elles sont faites dès la fin de juillet, ou, au plus tard, dans le courant d’août, il arrive trop souvent que les semis en place ne sont possibles que sur jachère.— Dans ce cas peu favorable, le compte de la récolte se trouve
chargé de deux années de loyer. —Il est.
de plus à remarquer que si, dans la pratique habituelle, les semis n’exigent pas plus d'engrais que les transplantations, ils épuisent davantage la terre, attendu que tout l'accroissement du colza se fait sur le même sol, tandis que, d’après le 2° mode, il se fait réellement sur deux sols différens. — Des faits nombreux semblent même attester, quelque étrange que cela puisse paraitre, que le terrain qu'on emploie en pépinière et qui n’est guère, à la vérité, pace destiné à être planté, est épuisé au moins autant que celui dans lequel le colza porte ses graines.
Le semis à la volée est le plus simple, mais aussi le moins productif. Voilà, d’après M.
HoTrTon, comment on le pratique le plus ordinairement en Belgique: «Aussitôt après l’enlèvement de la récolte qui a précédé le co!za, on donne à la terre un labour qui, quelque temps après, est suivi de la herse. Un second labour a lieu immédiatement, puis on sème après avoir encore passé la herse. On couvre ensuite par deux dents, c’est-à-dire en passant deux fois une herse légère sur le semis. Enfin, on roule en long et en travers. — Aussitôt qu’on a semé, hersé et roulé, on tire à la charrue des rayons espacés de 8 en 8 pieds, ayant soin de les diriger vers la pente pour favoriser l'écoulement des eaux pluviales. La terre, ainsi divisée en planches, est laissée dans cet état pour le moment. — Mais, lorsque le coïza a atteint un certain degré d’accroissement, ce qui arrive ordinairement deux mois et même plus après la sémination, on procède au buttage en creusant un fossé à la place de chaque rayon et dans le rayon même, et en jetant les terres qui en proviennent à droite et à gauche entre les plants de colza. — Ce fossé a ordinairement un pied carré, et on a soin, en le creusant , de conserver, autant que possible, les mottes de terre dans leur éntier, afin de mieux abriter le colza. Ce travail fini, on n’ajoute plus rien à laculture jusqu’à la récolte.»On remarquera qu'il s’agit ici de la Belgique, oùlesterres sont hebituellement dans un état parfait d’ameublissement et de propreté.
w’un sixième de l’es-