LIV. I
démarcation bien tranchée entre ces deux regions.
Dans le gros cheval de trait de belle race, l'épaule, comme toutes les autres régions du corps, lourde, massive, présente, comme elles, ce développement musculeux qui n’est que l'expression saillante de sa force et de son poids.
L’excès de volume des masses musculaires, qui n’est jamais un défaut dans le cheval de ürage, nuit dans le cheval léger à la célérité des allures. Maïs dans l’un et l’autre, surtout dans le premier, on doit considérer comme uue défectuosité bien grave l'état de maigreur, d'émaciation ou d’atrophie des muscles de cette région. :
Que si nous envisageons maintenant cette région sous le double rapport des dimensions et de la direction qu’elle doit avoir, nous verrons que, dans le cheval destiné aux allures rapides,les conditions essentielles de sa beauté sont sa grande longueur et son obliquité. La longueur de ses rayons osseux implique nécessairement celle des muscles qui les recouvrent, et conséquermment la grande étendue de leurs mouvemens ; son obliquité favorise la perpendicularité des puissances musculaires sur les bras de leviers que les os représentent. Nous empruntons encore ici à M.RiGor la démonstration géométrique par laquelle on peut prouver cette asserlion.
Soient A (/g. 89) la direction du scapu-
Fig. 90.
Jum dans une épaule longue et oblique, et € la direction de ce même rayon dans une épaule courte droite.
La seule inspection de cette figure nous démontre que les muscles représentés par les lignes AB et CB, qui s'étendent du sommet de l’'omoplate aux tubérosités internes et exter-
nes de l'humérus,ont une disposition bien plus favorable dans la direction AB que dans la direction CB.
Dans un cheval de trait, les considérations tirées de la longueur et de la direction de lépaule sont peu importantes.
Enfin, la 3° condition de la beauté de cette région est tirée de la liberté des mouvemens dont elle jouit. C’est d’elle que dépend la franchise de la progression. Dans toute action progressive, en effet, l'épaule, soulevée par les muscles qui du sommet du garrot agissent sur le scapulum, fournit ainsi un point d'attache
lus élevé aux agens fléchisseurs de l’avant-
ras. Que sinous supposons que ce mouvement d’élévation soit limite ou nul, en admettant même une grande étendue de contraction de la part de ces agens fléchisseurs, leur point d’attache n'étant pas assez haut placé, ils ne pourront soulever assez l'extrémité inférieure du membre au-dessus du sol, et l'animal sera sujet à butter contre les inégalités du terrain. C’est surtout encore dans le cheval de selle que cette considération est d’une haute importance.
Lorsque les épaules sont peu libres dans leurs mouvemens, on a coutume de dire qu’elles sont chevillées au thorax, expression énergique qui indique assez l’état d’immobilité dans lequel elles se trouvent ; et il est remarquable, comme l’observe M. RiGor, que cette manière d'être se rencontre principalement dans les animaux étroits de poitrail; car la nature ne fait pas le contre-sens d’allier des membres déliés pour la course à des poumons qui ne peuvent y suffire. Dans les chevaux anglais, les épaules sont ordinairement froides, c'est-à-dire peu mobiles, génées dans leurs mouvemens au sortir de l'écurie; mais elles se dénouent en quelque sorte pendant l’exerice, et bientôt leur jeu devient facile et étendu.
L’épaule peut être tarée par l'application du feu ou des sétons. On a recours à la cautérisation sur toute la surface de l’épaule, lorsqu’après une maladie très-grave d’une des régions de l’extrémité inférieure, les muscles scapulaires, condamnés à une immobilité presque complète, sont tombés dans la maigreur et l’atrophie.
Onapplique quelquefois le feu ou des sétons à la pointe de l'épaule, dans le cas de claudication dont on suppose le siége à l'articulation scapulo-humérale. L'expérience a quelquefois prouvé l’heureuse efficacité de ces moyens. Il faut cependant, lorsqu'on en voit les traces, se défier du mal qui en a nécessité l’application. On ne les emploie, en effet, que dans le cas de maladies dont la guérison est souvent problématique.