‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 28 sur 467 · DE LA PISTACHE DE TERRE · texte numérisé non relu

DE LA PISTACHE DE TERRE

all. ÆErdnuss; it. Arachidna où Arachide

americana ) { fig. 11), appartient à la famille Fig. 11.

des Légumineuses, et croît en Asie, en Afrique et en Amérique. Elle porte une tige simple, velue; ses feuilles sont alternes, ailées ; ses fleurs jaunes, axillaires, solitaires ;— sa graine ressemble à un gros haricot.

Les Espagnols l'ont tirée de Santa-Fé de Bogota.et l’ont acclimatée ,même dans les parties les plus septentrionales de leur pays. La féve de cette plante donne une huile abondante, limpide, inodore, moins grasse et presque aussi bonne que celle d'olive; elle ne rancit presque jamais, et donne un savon très-sec et inodore; elle est connue par ses qualités précieuses, non seulement en Espagne, mais même en Italieeten France, et,sielle n’est pas appréciée et cultivée autant qu’elle le mérite, c’est parce que, dans le département des Landes où elle fut premièrement introduite, on s’est découragé par la difficulté de se défaire de ses produits, encore inconnus dans le commerce,

Sa culture est aussi facile que celle des haricots : elle demande une bonne terre, légère, bien labourée et bien fumée. On sème cette féve au printemps à la volée, ou une à une comme les féves ordinaires, à un pied d'intervalle. Or hâte la germinalion de la graine en la trempant dans de l’eau pendant deux ou trois jours avant de la semer; mise en terre au mois de mai, elle fleurit en août, et on la récolte en novembre.

Cette plante a une particularité singulière, c’est d’enterrer ses gousses pour les faire mürir. À cet effet il est essentiel de tenir la terre bien meuble, en Ja binant plusieurs fois avant la floraison, afin que ces gousses,

ui s’enfoncent à mesure qu'elles se dévelopdent. puissent y pénétrer sans obstacles. — C’est à plus d’un pouce de profondeur qu'il faut aller les chercher.

Taou dit dans son Cours de culture: « Le

16 CULTURES INDUSTRIELLES : PLANTES TEXTILES ET FILAMENTEUSES. Liv. 11.

fruit de cette plante précieuse donne une granae quantité d'huile préférable à la meilleure huile d'olive. ses graines font partie de la nourriture des habitans du royaume de Grenade... Cette plante rapporte de 400 à 600 pour un. » Thouin veut dire aux Indes; car, dans les pays les plus méridionaux de l'Europe, elle ne donne pas le tiers de ce produit; mais, quand même elle ne donnerait que

50 pour un, ce produit serait immense: elle rapporterait, d'après cette proportion, une uantité de semences qui contiendraient une livre d'huile par toise. On peut donc affirmer sans crainte que la culture de cette plante offre plus d'avantages que bien d’autres plantes oléifères, et qu'on devrait en propaser laculture, surtout dans les contrées méridionales de la France. L'abbé BEBLÈSE.

CHAPITRE II. — bES PLANTES TEXTILES OU FILAMENTEUSES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE.

Secrion 1'°. — Du lin et de sa culture.

Le Lin (Linum usitatissimum ; en anglais Flaz; en allemand Flache; en italien et en espagnol Lino (fig. 12), appartient à la famille des Caryophylilées.

Fig. 12.

Cette plante, cultivée depuis un temps immémorial, principalement dans le nord de l’Europe, a donné naissance à diverses variétés locales qui dégénèrent promptement en changeant de climat et de terrain.

Le lin de Riga, grand lin, lin froid de quelques auteurs, est un de ceux qui s'élèvent le plus; sa graine est fort estimée dans le commerce. Depuis 15 à 20 ans on a commencé à le cultiver avec succès sur quelques points de la France.

Le lin de Flandre est originaire de Riga.

Les Belges en renouvellent fréquemment la semence en Russie ou en Zélande. Quoiqu'il s'élève moins que le premier, beaucoup dé cultivateurs le préfèrent à cause de la fipesse de sa filasse; sa culture semble aussi devoir prendre une certaine extension en France, ainsi que je le dirai bientôt.

Le lin de Chalonnes-sur-Loire acquiert encore moins de hauteur. Rarement dépasset-il 26 à 30 po. (0* 702 à 0% 810), souvent même il ne les atteint pas; cependant, la qualité de son brin est telle que, dans les bonnes années, les fileuses le préfèrent à tout autre pour les fils d’une grande finesse, et que, des départemens voisins de celui de Maine-et-Loire, on vient en acheter la graine à des prix fort élevés. Ce lin qu’on peut considérer comme une des bonnes races du type francais, a l’avantage de donner beaucoup plus de semences que les lins de Riga et de Flandre.

Indépendamment de ces vartétés et de quelques autres dues également à des circonstances locales, il en existe deux dont les botanistes n'auraient pas plus de raison de s’occuper que des précédens, mais que les cultivateurs ont grand intérêt à ne pas confondre , car les marchands font souvent une différence de plus d’un tiers dans la valeur des uns et des autres: je veux parler des lins d'été et des lins d'hiver. — Les seconds se distinguent des premiers, non seulement par leu» plus grande rusticité et la rudesse de leurs filamens, mais par la grosseur considérable, la forme arrondie, la couleur foncée et l'aspect général de leurs graines, qu’il est impossible de ne pas reconnaitre au premier coup-d’œæil.

Le sol de la France ne produit pas à beaucoup prés tout le lin qui Se consomme sur son territoire, soit pour le tissage des toiles, soit pour la filature des fils à coudre. La nécessité dans laquelle nous nous trouvons de nous approvisionner en partie en Belgique, n’est pas un des moindres obstacles à la prospérité de nos fabriques de toiles fines, et la cherté plus grande de la filasse rend toute concurrence avec nos voisins du Nord de plus en plus difficile.

$ 1°7.— Du choix du terrain.

Cette plante, assez délicate, est loin de donner partout de bons produits. -- Pour les lins d’été, on peut dire, d'une manière absolue, qu'il n’y a de l’avantage à les culiliver que dans les terres très-meubles et très-feriles.

Les sols d’alluvion d'une consistance moyenne, doux, plutôt sablo-argileux qu’argilo-sableux, et cependant substantiels et frais; —Zes défriclies de vieilles prairies ; les trefles rom-

char. 2°.

pus; — enfin toutes les terres franches facilement divisibles, profondément ameublies, et richement fumées pour les récoltes précédentes, sont propres à la culture du lin.

Toutes choses égales d’ailleurs, les terres ur peu fortes, crasses, humides, donnent, au

o 5 ; moins dans les années de sécheresse, de plus

beaux produits en apparence; le brin y acquiert de la longueur; mais la filasse en est.

grosse. — Les terres légéres au contraire, lorsque les pluies printanieres viennent à marquer el qu'on ne peut les remplacer par des irrigations, produisent du lin plus court, souvent même si court qu’on doit renoncer à en tirer aucun parti. Cependant , en général, vers le centre, et à plus forte raison dans le nord de la France, elles donnent les produits sinon les mieux assurés, au moins de la meilleure qualité.

Dans certaines terres, non-seulement les lines dégénérentpromptement, maisonne peut les faire revenir avec profit sur les mêmes soles avant 6 ou 7 ans et plus, même avec la précaution de renouveler la graine. — Dans d’autres, ils peuvent se conserver sans altération ou réussir à des époques rapprochées, pendant fort long-temps. Telles sont, dit-on, aux environs de Riga, les linières destinées plus spécialement à la production des graines de semence; telles, dans le département de l’Aisne, celles du voisinage de Chauny et de Coucy,où, d’après M. Apr, les lins, renouvelés de loin en loin de Riga, se succèdent tous les trois ans avec un succès égal, et telles encore les fertiles vallées de Chalonnes, où celte plante fait presque partout, avecle froment,la base d’un assolement biennal dont l’origine remonte à plusieurs siècles, et où l’on a cependant, jusqu'à ces dernièresannées, évité avec un soin, à mon gré, trop scrupuleux, d'introduire la moindre quantité de semences étrangères. — Toutefois, des cas semblabies sont exceptionnels, et je les cite comme tels.

Le din d'hiver est moins difficile que celui d'été sur le choix du terrain. En effet, dans les contrées où on cultive l’un et l’autre, comme aux environs d'Angers, il n’est pas rare de voir le premier donner de beaux et utiles produits dans les champs où l’on oserait à peine risquer le second.

On a cru remarquer aussi que la variété de Flandre résiste mieux qu’une autre à la sécheresse, el qu’elle peut, par conséquent, donner des récoltes plus assurées dans Les sols tréslégers et brülans.

Cet avantage, fort grand pour les cultures méridionales et même pour celles des contrées de l’ouest, où la rareté des pluies printanières est trop souvent le plus grand obstacle à la réussite du lin, est cependant compensé par quelques inconvéniens que nous aurons plus tard à examiner.

On cultive le lin, non seulement pour la filasse qu'on retire de ses tiges, mais pour l'huile qu'on exprime de ses graines, et, dans quelques parties du midi de l’Europe, pour le Jourrage qu'il procure aux herbivores.

$ IL. — Préparation du sol.

La préparation du sol doit varier selon sa AGRICULTURE,

DU LIN ET DE SA CULTURE

propre nature et l’état dans lequel ilse trouve par suite des cultures précédentes.

En Flandre, dans les terres fortes où on ne sème habituellement le lin que sur jachère, conrme aux environs de Courtrai, d'Anvers, de Gand, de Bruges, etc., on trouve indispen-

sable de donner au moins trois labours dont

le dernier est suivi de hersages et de roulages. — Ailleurs, après ur seul labour d'automne, on ameublit la surface du sol à 3 ou 4 po. (0066 à 0"088) de profondeur, par deux ou trois cultures à l’extirpateur, qui n’excluent pas les hersages répétés.

En Zélande, où les Hollandais récoltent la majeure partie des beaux lins qui alimentent leurs manufactures, et où les terres sont grasses, assez fortes et un peu humides, on donne aussi trois ou quatre labours, et même plus pendant l’année de jachère, ou bien on ne fait venir le lin qu'en troisième récolte, après le froment et la garance. Dans ce cas, voici, d’après PARMENTIER, les façons nécessaires : après avoir bien fumé le sol et l’ayoir labouré deux fois, on y jette du grain; l'année suivante on plante de la garance qui y reste deux ans; la quatrième année on y sème le lin. Par ce moyen, il est impossible de ne pas avoir une terre bien meuble; car, outre les deux ou trois labours donnés avant l’'ensemencement du grain, outre la fermentation du fumier et les autres labours qu’on répète quelquefois jusqu’au nombre de cinq pour la garance, 1l y a encore des façons continuelles pour recouvrir de terre les racines de cette plante.

Aux environs du Mans, on laboure une première fois vers le mois d’août ou de septembre, dès que le champ est débarrassé de la moisson; une seconde fois dans le courant d'octobre pour enterrer le fumier, et on profite des premières journées favorables de février ou de mars pour donner les dernières facons. Le mode le plus certain et le meilleur est incontestablement de les donner à la pelle, à la bêche ou à la houe; mais la dépense étant beaucoup plus considérable, dans la grande culture on se contente, pour le dernier guéret, de deux labours en sens croisé.

En Maine-et-Loire, pour les lins d'hiver qui succèdent presque toujours au froment, on laboure aussi le plus profondément possible, en billons de 4 raies, sitôt que la récolle est enlevée; on herse ensuite, et, peu de temps avant de répandre la semence, on se contente de briser les mottes et de redresser le terrain à l’aide du hoyau.— Dans les momens de presse, j'ai même vu assez souvent semer immédiatement sur le hersage; et quoique cette dernière méthode ne me semble pas de nature à être recommandée, il est certain que parfois elle laisse peu à désirer. — Pour les lins d'été, dans les métairies, la préparation du terrain jusqu’au moment du semis est à peu près la même.

Rarement on donne plus d’un labour à la charrue, d’un hersage, et d’une facon au hoyau; mais, dans les fermes de la vallée, où tous les travaux se font à bras d'hommes, on a dû adopter un mode différent : /à, Le labour de déchaumage s'opère au moyen de la houe décrite page 30, /g. 22 du livre premier. On

sOME Il, — 3

18 CULTURES INDUSTRIELLES : PLANTES TEXTILES ET FILAMENTEUSES. iv. mn.

lui donne de 10 à 12 et 15 po. (0* 271 à 0® 325 et 0" 406) de profondeur, en faisant passer deux fois l'instrument dans la même tranchée. — Assez rarement il est nécessaire de herser. — Immédiatement avant le moment des semailles, on Aäle la terre, c’est-à-dire que, pour détruire les mauvaises herbes et pour ameublir la surface sans favoriser l’évaporation de la masse inférieure, on détranche , toujours à la houe, à environ 2 po. (0" 054). Le résultat de cette opération, lorsque la saison se comporte favorablement, est de procurer un guéret qui se répandra bientôt après sur la semence finement comme de la cendre.

Dans le département de l'Aisne, on suit à peu près partout le même assolement triennal, qui consiste à faire succéder le lin au chanvre et le blé au lin. Les cultivateurs fument pour le chanvre, retournent la terre après la récolte, l’ameublissent dans les premiers jours du printemps suivant par are bersages et roulages, sèment immé-

iatement le lin sans nouvelle fumure, et emblavent ensuite un froment qui vient trèsbien après cette plante.

Quand la terre a été suffisamment ameublie, il faut encore parfois lui denner une dernière façon avant de lui confier la semence.

C’est ainsi que dans les contrées septentrionales, sur les fonds qui seraient disposés à retenir l’eau outre mesure, on sépare les planches par de petits fossés d'écoulement, d’une largeur et d’une profondeur calculées d’après les besoins locaux. En Nort-Hollande, on donne à ces sortes de planches de 30 à 60 pieds (10 à 20 mètres) de large. Les fossés ont un peu plus d’un mètre de profondeur sur un pied et demi (0487 ) de largeur. J’ai retrouvé une disposition analogue non loin d'Anvers; mais, en général, en Belgique et mieux encore en France, à moins de cas parüculiers, au lieu de donner au sol les moyens de s’égoutter, on cherche au contraire à lui faire conserver l'humidité nécessaire, et pour cela on le laboure uniformément à plat, ou en planches larges dont les côtés sont à peine indiqués par de légers sillons d'écoulement.

$ II. — Des engrais. 4

Si on semait le lin sur une terre nouvellement couverte de fumiers de litière, quel que soin qu'on eût pris de les répartir également, il en résulterait nécessairement une inégalité de végétation plus préjudiciable pour cette plante que pour toute autre ; tandis qu'un certain nombre de pieds prendraient le dessus et se ramifieraient de bonne heure, parce qu'ils auraient trop d'air, les autres seraient étouffés, et la récolte perdrait ainsi sa plus grande valeur. En général, c’est donc sur la culture préparatoire à celle du lin, qu'on répand les engrais, en assez grande quantité pour que cette culture n’en enlève qu’une partie, mais de manière que, l’année suivante, ce qui en reste soit complètement et également réparti dans la couche labourable.

Dans le département du Nord, cependant, non seulement on fume le trèfle cu le blé auquel on veut faire succéder le lin, à raison

de 30 à 36 voitures de bon fumier et on y ajoute assez communément une dizaine de voitures de cendres de tourbe par hectare ; mais on emploie en quelques lieux une quantité de fumier à peu près égale pour le lin lui-même. En pareil cas on a soin de répandre et d’enterrer l’engrais avant l’hiver, afin qu'il se consomme, qu’il se divise par les labours subséquens, et que son action soit uniforme autant que possible.

Aux environs du Mans, M. VÉTILLART à adopté une méthode analogue; en effet, vers le mois d’août ou de septembre, il donne un premier labour; le mois suivant, il répand sur le terrain une quantité d’engrais double de celle que l’on-mettrait pour le froment , et la fait enterrer par un second labour. — Sur les terres fortes il préfère le fumier de cheval, pour les terres légères celui de bœuf et de vache.

Toute espèce d'engrais convient au lin.

Ceux en poudre sont d'autant plus avantageux que leur décomposition est uniforme et qu’on peut les répandre fort également. En Hollande et en Belgique on emploie assez souvent la poudrette; je ne doute pas que l’on ne puisse obtenir un égal succès avec le noir animal en l’utilisant à propos, c’est-àdire sur les terres d’une certaine consistance, naturellement plus froides que chaudes.

L’engrais liquide auquel les Flamands donnent le nom de purin et qui se compose de tourteaux oléagineux, pilés et dissous dans l’urine des bestiaux, après qu’il a été étendu d’une grande quantité d’eau et qu’on l’a laissé fermenter plusieurs mois dans les citernes dont il a été parlé dans une autre partie de cet ouvrage, est un des meilleurs dont on puisse faire usage pour le lin. A la vérité il ne dispense pas absolument des autres fumures, mais il ajoute sans danger à leur énergie; et comme on ne le répand que peu de jours avant le semis, il pénètre la terre d’une fraicheur qui favorise la germination et qui active puissamment la première végétation des jeunes plantes.

$ IV. — De l’époque des semis et du choix de la graine.

Les lins d’hiver, semés dés les premiers jours de l'automne, ont moins à redouter l'effet des froids. — Les lins d'été se mettent en terre de la fin de mars a la première quinzaine de mai, vers le centre et le nord de la France. En semant trop tôt, on aurait à vedouter les dernieres gelées ; — en semant trop tard,on devrait craindre l'insuffisance des pluies, indispeusables au développement de la végétation. Du reste, selon que se comportent les saisons, il peut arriver, sans qu'on puisse malheureusement le prévoir, qu'il y ait de l'avantage à semer plus tôt ou plus tard; car la croissance du lin est rapide; il ne prend que très-difficilement du développement en hauteur lorsque sa première pousse est maigre et coriace, et il cesse d'en prendre tout-à-fait aussitôt que la floraison commence, de sorle que les pluies ne lui sont vraiment indispensables que jusqu’à cette époque. Si elles viennent de bonne heure, les semis précoces réussissent; si

les viennént plus tard, ils ne peuvent plus brofiter, aussi bien que les semis tardifs, de eur heureuse influence. |

Quelle que soit la variété dont on aura fait hoix, on reconnaît la bonne qualité des graines \ leur grosseur, à leur pesanteur relatives t à leur éclat luisant. — Si leur maturité v’était pas complète, elles seraient à la fois noins luisantes, moins pleines, conséquemnent moins dures et d'une couleur brune auancée de verdâtre. — Si elles avaient müri rématurément sur des pieds d’une faible ‘égétation, elles seraient plus petites que de -outume. — Quoique ces graines conservent ssez longtemps leur propriété germinative, es plus fraiches doivent être préférées comme es meilleures.

Le soin que l’on met à obtenir de bonnes raires n’est pas d’une faible importance our le résultat futur des cultures de lin. On ssure que c’est en partie à une pareille préaution que les lins de Riga doivent leur iaute stature, et je suis convaincu qu'on les jerrait dégénérer moins vite si l’on Jugeait à >ropos de la prendre ailleurs. Dans ces conrées, c’est-à-dire dans la Livonie, la Courande et même l’Estonie et la Lithuanie, our renouveler les semences de choix dont )n fait usage sur chaque exploitation, on reherche les meilleures terres; on les travaille plus soigneusement que d’autres; on les fume lavantage ; on sème moins dru, afin d'obtenir les plantes plus vigoureuses, et surtout on aisse mürir complètement sur pied. — Cevendant, à moins que la variété de Riga ne soit plus féconde ià qu’en Belgique et en France, ce qui paraît peu probable, il faut “onsacrer à cette cullure un espace considéable; car on ne doit guère espérer de récolter plus de 2 ou 3 fois la semence, et un semblable semis ne peut produire ni autant, ai d'aussi bonne filasse qu'une culture ordinaire. — Les variétés françaises étant plus zrainantes, le sacrifice serait moins grand.

et le résultat probablement tout aussi assuré dans celles de nos terres qui conviennent le mieux au lin.

$ V.— Des divers modes de semis.

La méthode la plus ordinaire est de semer le lin à la volée sur un dernier hersage ou an roulage, et de l’enterrer à la herse ; mais cette méthode est loin d’être la plus parfaite.

En Maine-et-Loire, même pour les lins d'hiver, auxquels on accorde moins de soins qu'aux autres, à la herse on préfère un large réteau qui recouvre infiniment mieux la semence; encore juge-t-on nécessaire, quand pn opère ainsi, de répandre une plus grande quantité de graines, parce qu’on suppose qu’une partie lèvera mal ou sera détruite par les oiseaux. — Pour les lins d’été, on les sème en quelque sorte sous raie de la manière suivante : quand on juge que la surface du terrain précédemment dl, c’esta-dire labouré à une faible profondeur, est dans un état de division convenable, à l’aide de la houe dont j'ai déjà parlé, par un mouvement des bras en quelque sorte analogue à celui que fait un faucheur, le semeur ou-

DU LIN ET DE SA CULTURE

vre sur l’un des côtés de la planche un sillon ou une tranchée profonde tout au plus d’un pouce (0% 027), et large de 3 pi. 1/2 à 4 et 5 pi. ( de 1 à près de 2 mètres), selon sa taille et la perfection qu’il cherche à apporter à l’opération. Le fond de cette tranchée se trouve ainsi plombé de la manière la plus régulière par le fer de l’instrument, et présente une surface parfaitement unie sur laquelle les graines reposent toutes à une même profondeur. Dès qu’elles y sont placées, on les recouvre de la terre enlevée de la tranchée suivante. Le grand art de l’ouvrier consiste à répandre cette terre également, ce qui devient d’autant plus difficiie que, pour économiser le temps, on fait des sillons plus larges. — Un homme exercé à ce genre de travail, en ne rayonnant que d'environ 4 pi. (1 299), peut semer ainsi de 6 à 7 ares par jour.

La quantité de graines employée est d’un peu moins de 3 mesures de 4 au boisseau, par boisselée cadastrale de 15 15/100 à l’hectare, ou le boisseau comble de graines de lin équivalant au décalitre, d'environ 1 hectolitre par hectare.— Le décalitre pèse de 13 à 14 kilogrammes.—Cette quantité, bien suffisante d’après la méthode que je viens d’indiquer parce que toutes les graines sont mises dans une position également favorable à la germination, cesserait de l’être en des circonstances moins heureuses; aussi, en résumant un assez grand nombre de documens pris dans la pratique, trouve-t-on que, suivant les diverses destinations des semis, la manière de les effectuer et le choix des variétés, elle s'élève communément jusqu’à 175, et même dans quelques cas au-delà de 250 kilog. lorsqu'on veut obtenir des lins très-fins.—Dans le but principal de récolter de belles graines, on ne doit pas semer, terme moyen, plus de 125 kilog. à l’hectare.

Pour les lins de Riga, M. VÉTILLART recommande d'employer de 150 à 160 livres de graines par arpent de la Mayenne, et de passer sur tout le semis un rouleau léger, trainé par deux hommes, ou une herse faite de branchages enlacés en mañière de claie.

« Si l’on veut semer des carottes ou du trèfle dans le lin, ajoute-t-il, on attend huit jours après le semis du lin; on choisit une belle journée, eton passe sur le terrain ensemencé une herse très-légère de branchages ou d’épines, et qui ne fait qu'égratigner un peu la surface au sol : on sème alors la graine de trèfle ou de carotte sans la recouvrir. La quantité de ces graines dépend de la nature du sol; dans les Lerres bien amendées et bien cultivées, en Belgique, on sème 10 livres de trèfle par arpent, ou 2? livres et demie de carottes. Cette pratique a souvent des inconvéniens : dans une année humide le trèfle pousse trop vite et fait pourrir le pied du lin. C’est pour éviter en partie cet inconvénient qu’on sème le trèfle huit jours après le lin, pour que celui-ci ait ie temps de iever le premier et de prendre le dessus. »

$ VI. — De la culture d'entretien.

La culture qui suit le semis et précéde la récolte est parfois nulle pour le lin; — sou-

20 CULTURES INDUSTRIELLES : PLANTES TEXTILES ET FILAMENTEUSES. &rv. #1

vent elle se borne à des sarclages que les bons cultivateurs ont soin de répéter, au besoin, plusieurs fois.— Mais, dans les pays où les lins s'élèvent à une grande hauteur, on est obligé de les ramer, et cette opération, dans quelques lieux, commence immédiatement après les semailles. — On répand sur la surface du terrain des rameaux de bruyère

ui ont le double avantage d’empêcher le sol

‘être battu par les pluies, et de soutenir les jeunes plantes contre les vents qui pourraient les coucher pendant leur première croissance; plus tard on ajoute des piquets de distance en distance, et on attache des uns aux autres des perches, ou des branches d’arbres, à environ 1/3 de mètre de hauteur. Ce travail, qui nécessite de grands frais, est regardé comme à peu près indispensable dans presque tout le Nord

Le plus grand obstacle à la culture du lin, dans la majeure partie de la France, c’est /a sécheresse du printemps. Sur un sol susceptible d’être arrosé par submersion ou par infiltration, on pourrait regarder presque toutes les récoltes de lins de mars comme bien mieux assurées. — La cuscute (Cuscuta minor), en frappant de mort tout ce qu’elle enlace dans ses longs filamens, occasione cependant aussi de grands dommages, si on n’a le soin de la détruire aussitôt qu’elle parait; — et, parmi les insectes, /e ver blanc n’est pas moins redoutable. J’ai vu des linières et des chenevières presque décimées par lui, sans que le cultivateur püt y apporter le moindre remède. Espérons que les circonstances atmosphériques mettront bientôt un terme à l’extension toujours croissante d’un tel fléau. — Resteront encore à craindre les effets de la grêle qui, en coupant la filasse, CESCRS de tirer parti même des plus beaux ins.

$ VII. — De la récolte.

Si on ne visait qu'à la récolte des graines, on aurait grand soin de les laisser mürir complètement sur pied, mais alors la filasse serait de moins bonne qualité. En acquérant de la force, elle perdrait de son moelleux. Il faut donc choisir avec discernement le moment où les tiges prennent une teinte jaune dorée, et où les semences, brunissant dans la plupart des capsules, sont déjà müres complètement dans celles qui ont paru les premières.

On arrache le lin par poignées; — on en forme des bottes d'environ 1/3 de mètre de circonférence; — on le laisse ainsi sécher quelques jours, et on en forme ensuite une espèce de muraille, en posant alternativement chaque botte en sens inverse, c’est-àdire , la graine ou les racines en dehors. — Quelque temps après, on procède au battage.

En Flandre, on enlève les tétes à laide d’un peigne d’un pied (0%: 325 ) de long à 2 ou 3 rangs de dents de fer, et qui peut se fixer sur un chevalet. L'ouvrier prend une poignée de lin du côté des racines, il en fait pénétrer les tiges entre les dents et les retire ensuite vers lui Jusqu'à ce que toutes les graines soient tombées. Il ne reste plus qu’à les battre sur des draps et à les vanner. — En d’au-

tres endroits on bat, sans séparer la graine de la tige, au moyen d’un battoir ordinaire et d’un bi/lot sur lequel repose la partie grenue de la poignée ou de la botte de lin.

— La diversité qui existe à cet égard dans la pratique me parait de peu d’importance.

$ VIII. — Des frais de culture et de produits.

L'un des livres de cet ouvrage étant destiné à faire connaître,avec tous les développemens que comporte cet important sujet, Les divers arts agricoles parmi lesquels le rouissage tient nécessairement une place, je n’aurai à m'occuper ici que des frais de culture et des produits bruts du lin. Cependant, c’est ordipairement le cultivateur lui-même qui Le fait rouir, qui le broie, le teille et le livre au commerce sous forme de flasse, et cette industrie, qui exige peu d’autres frais que ceux de la main-d'œuvre, et qui a l'avantage, le rouissage à l’eau excepté, d'occuper tous les bras de la famille, même ceux des femmes et des enfans, grâce à un surcroît d’activité dans la ferme, ajoute nécessairement beaucoup au bénéfice de la récolte. ;

En cherchant à indiquer le rapport qui existe entre les dépenses et les produits de cette culture, je ne me dissimule pas que l’eslimation approximative que j'en ferai pour quelques localités seulement, n’est pas applicable à toutes les autres, et, qu’à ne considérer même que les contrées qui me sont Île mieux connues, je courrais risque d’induire le lecteur en une grave erreur, si je ne le prévenais d'avance que nulle récolte n’est peutêtre plus variable, selon les années, dans ses résultats, que celle du lin. J'espère néanmoins que ce qui suit pourra être utilement consulté par les personnes qui voudraient se livrer à des essais sur cette culture dans les lieux où elle n’est pas encore pratiquée.

Sion n'avait en vue que la quantité, la grosseur, et par conséquent la qualité oléagineuse des graines, il serait souvent avantageux de préférer le lin d'hiver à celui d'été. — Plus robuste que ce dernier, il craint peu les gelées ordinaires du Sud et du Sud-Ouest de la France dans les terrains qui ne sont pas sujets au déchaussement; — il donne encore quelques produits alors que les sécheresses précoces détruisent presque entièrement Îles autres; — il mürit communément de la fin de juin à la mi-juillet, ordinairement une quinzaine de jours plus tôt que le lin d’été; — enfin, et c’est son plus grand avantage, il s’accommode de terrains moins riches; mais, d’un autre côté, il donne, comparalivement, une filasse de qualité bien inférieure.

À tout calculer, dans les années médiocres, en labourant d’une manière aussi dispendieuse qu’on le fait dans la plus grande partie du Maine et de la Bretagne, à peine peuton compter que la culture du lin d'hiver donne un bénéfice.

Rente d’un hectare au prix de Ar460)é#la)boisselée,,:.,,).,,:.4%

Labour et hersage, quatre journées et demie de 6 bœufs, d’un garcon de charrue et d’un toucheur. 47 75

cirAP, 2° #16/fr./»°c:

Façon à la houe; une boisselée environ par jour, à 1 f. 25 c. la Journée, pour un hectare . . + + .

Un hectolitre deux décalitres de graines, au prix moyen de 4o f.

Pheeloire : 1 "Pret" Semis à la volée enrepassantirois fois sur le même terrain ; — râlelage au râteau de 10 dents de fer pour recouvrir la semence, et de plus, pour relever à la pelle la terre qui tombe dans les raies de séparation et la rejeter également sur les billons, 7 journées environ à PAM RCA MEN US AE, & Récolte, battage,etc., 25 Journ.

Un tiers au moins du compost de l’année précédente à raison de 1 charretée et demie ou de 15 charges, à 60 c. la charge par boisselée, ce qui fait un peu plus de 155 fr.

Our NheECLAre: CLP Me «

Total des frais.‘ . 267 75

Dans une année médiocre, on ne peut guère compter sur une récolte de plus de 12 douzaines de poignées par boisselée cadastrale.— 6 douzaines font une grosse; ainsi on oblient deux grosses par boisselée, ou environ 30 grosses par heclare. — La grosse ne pèse pas dans ce cas plus d’uz poids 1/2 ou 19 livres 1/2; elle vaut en lin brut, non dépouillé de sa graine, environ 10 fr.

PLOdUI SR EN CS 00 "> C.

RAS EN EU 2090670775 Bénéfice tar 006927 95

En diminuant le nombre d'animaux de labour, en semant sur un simple hersage comme on le fait ailleurs, et en enterrant le semis à la herse de branchages, on obtiendrait sur les frais une diminution sensible.

Dans les bonnes années, non seulement au lieu de 12 douzaines par boisselée on récolte jusqu'à 18 douzaines, mais la grosse donne plus de filasse en poids. — On trouve alors les résultats suivans :

45 grosses par hectare, à environ 11 fr.,

égalentenpraduit.... 1.4. +: 495f.» c.

ErAS CRUE. 12670075 Bénébicetts te. 7297 95

Pour les lins d'été cultivés dans les êles et vallées de la Loire, évaluation est quelquefois fort différente.

Rente d’un hectare au prix de RODMBIEMAIDONSEIEE "ONE

Labour dit ez plein rang, de 10 à 12 p. (0 "271 à 0" 325 ), 5 journées, terme moyen, par boisselée (un peu moins quand lesolest doux et propre, un peu plus quand ilest rude ou sali de mauvaises herbes); ou 75 Journées pour 1 hectare, à

1120 C0 [d'JOREREEP ALAN ENS 175 Hâlage et râtelage de la terre avant le semis, une journée par boisselée . . . . . . . . . 18 75 312 950

DU LIN ET DE SA CULTURE

Un hectelitre environ de semences !ù HP RME re Et 80e Semis, une journée par boisselée 18 75 Sarclage, 2 journées par boisselé RC, ju ER SRE 17.270800 Arrachage et mise en tas nommées mouches, idem. . . . . . 37 90 Battage et vannage, une journée par boisselée..…. . .'.:.1ntos181t. 179 Engrais à 50 c. la charge (on n’emploie pas de chaux), pour le tiers, ün peu.plus de. . . . 1032440 Total des frais. . . 542 »

Dans une année moyenne, la boisselée donne environ 14 douzaines ou 2 grosses 173 à l’hectare, par conséquent elle produit 35 grosses du prix de 15 f. chacune, ou 525 f. » c.

35 décalitres de grains à7 f. . 245 »

Produit. 770 »

Frais: 25 1.0P 54962»

Bénéfice . 228 »

La graine valait en 1834 8 à 9 f. Soit 8, le bénéfice se trouverait ainsi porté à 290 fr.

Dans les bonnes années, on peut compter

45 grosses al Or ben 244710 C.

45 décalitres degrainesà 7 f. . 315 »

Produit. . . 1080 »

Eraiss four a42 Bénéfice. . . 538 »

Ce calcul n’est point exagéré. Toutes les terres de la vallée ne sont même pas affermées au taux que j'ai indiqué comme terme moyen;et le prix de la graine, que la fraude a fait baisser sur le marché, s’est au contraire élevé chez les fermiers, auxquels on s'adresse en confiance, jusqu’à 10 f. et plus; et pourtant les printemps sont si rarement favorables, etlesrécoltes nulles ou presque nulles sont devenues si fréquentes depuis un certain nombre d’années, que la culture du lin perd annuellement de son importance, tandis que celle des chanvres, qui exige des pluies moins fréquentes, s étend dans les mêmes proportions.

Les lins d'été, récoltés ailleurs que dans la vallée, ont une valeur moindre de 3à4f.

par grosse. Leur graine s’est élevée par extraordinaire, l’année précédente, jusqu’à 6f. le décalitre.

Depuis une vingtaine d'années, la culture des lins s’est propagée dans le département de l'Aisne. Là, d'après M.ANDRÉ, qui a publié sur {a culture, le travail des lins et la fabrication des toiles, un Mémoire assez étendu dans le n° d'avril 1832 des Annales de l’A4griculture française, dans la crainte de ne pas réussir, beaucoup de cultivateurs n’ensemencent point eux-mêmes la terre destinée à porter le lin ; ils la louent. D’un autre côté, les personnes qui s'occupent du teillage (les liniers exploitans) traitent rarement avec les cultivateurs; ne faisant valoir que le produit de quelques arpens qui exigent souvent l'emploi de la majeure partie de leur avoir, le

| manque de récolte leur ferait un tort trop considérable et d'autant plus sensible qu'ils

22 CULTURES INDUSTRIELLES : PLANTES TEXTILES ET FILAMENTEUSES. Liv. 11,

n'auraient aucun moyen de subvenir à leurs besoins pendant l’année. Cet état de choses nécessite l'intervention d’un spéculateur désigné sous le nom de /irier locataire. Le cultivateur traite avec Le linier locataire, à raison de 150 fr. par an pour un arpent du pays (en-

viron 1/2 hectare ), Ci. + + « 150f. »c.

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