CHAPITRE VI. — DE LA FERRURE
La ferrure est une des parties les plus importantes de l'hygiène des grands animaux domestiques employés comme bêtes de tirage ou de somme, car elle est tout à la fois un moyen de les conserver et de les utiliser,ou du moins de les rendre le plus utiles possible. Sans le fer protecteur dont on garnit le sabot de nos chevaux, seraient-ils en effet longtemps capables de suffire à leurs travaux, dans les rues
pavées de nos villes, et sur les routes pierreuses de nos campagnes? Non, sans doute :
les frottements de la marche auraient bientôt usé l'enveloppe cornée de leurs pieds et les rendraient pour longtemps incapables de satisfaire aux services qu'on en attend. Voyez pour preuve de cette assertion l'impossibilité où se trouvent de continuer leur marche les chevaux dont les pieds sont accidentellement
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dégarnis de leurs fers, et les accidens si fréquents dans les nombreux troupeaux de bœufs qui approvisionnent les marchés des grandes villes. Combien ne voit-on pas de ces animaux dont les pieds usés et endoloris par une longue marche ne leur permettent pas de continuer leur route !
La ferrure n’est pas seulement un moyen conservateur des pieds des animaux ; par son secours on parvient encore à obvieraux défectuosités de leurs sabots, à la fausseté de leurs aplombs et à rendre aptes au service ceux qui, par suite d’une mauvaise conformation naturelle ou acquise, lui seraient tout à fait impropres. Enfin, parune ferrure appropriée, on peut arriver directement ou indirectement à la guérison de certaines maladies des pieds qui sans elle seraient incurables. Ainsi une ferrure raisonnée a pour importants résultats de conserver les pieds dans leur intégrité, de pallier leurs défectuosités et enfin de guérir leurs maladies.
Mais un art aussi utile ne doit pas être considéré comme un art tout manuel ou de pratique; il nécessite dans les hommes qui l'exercent ou dans ceux qui les dirigent.
certaines connaissances sans lesquelles, loin d’être un moyen utile, il est au contraire nuisible et ruineux même pour les pieds des animaux. On ne doit pas ignorer, lorsqu'on applique un fer sous le sabot d’un cheval, que cette enveloppe cornee, que l’on étreint ainsi par un métal inflexible, contient des parties vivantes, douées d’une exquise sensibilité, et qu’elle jouit elle-même des mouvements et de l’élasticité nécessaires à lexercice des fonctions des parties qu’elle renferme. Ces connaissances une fois acquises, le but auquel on doit tendre dans l’acticu de ferrer est de restreindre le moins possible la liberté des mouvements du sabot et de lui conserver autant que possible l'intégrité de sa forme et de ses fonctions. C’est parce que ces principes sont tout à fait méconnus ou ignorés dans nos campagnes et dans la plupart des villes, que tant de chevaux sont, dans un âge même peu avancé, rendus tout à fait impropres aux services auxquels ils promettaient de suffire longtemps par leur constitution.
Puisque c’est sur la connaissance de la structure du sabot du cheval et de son élasticité que sont basées les règles fondamentales de la ‘ferrure, nous sommes nécessairement conduits à faire précéder l'exposé de ces règles d’une description succincte du pied du cheval et du mécanisme de ses mouvements.
SECTION 1". — Du pied du chevat.
Deux ordres de parties entrent dans la composition du pied : les unes, intérieures, sont vivantes; les autres, extérieures, sont des produits cornés qui enveloppenñt el protégent les premières.
$ 1°".— Des parties extérieures.
Les produits cornés forment dans leur ensemble une boite désignée soûs le nom d’'ougle ou de sabot. On y distingue quatré parties : la paroi, la sole, la fourchette, el le périople. La