MANUEL OPÉRATOIRE DE LA FERRURE
des éponges qui sont aussi apparentes. Reste maintenant à fixer définitivement le fer sous le sabot. ;
Les clous qui servent à cet usage sont dits clous à ferrer. On les distingue en grands, moyens et petits, que l’on emploie suivant les dimensions des pieds, et dans le même pied, suivant la position des étampures, en pinces, mamelles, quartiers où talons. En général, la grosseur des clous qu’on emploie varie suivant la profondeur des étampures qui varie elle-même suivant l'épaisseur du fer. Plus l’'étampure est profonde, plus le fer est épais et conséquemment pesant, et plus gros doivent être les clous destinés à le maintenir.
Les petits clous sont représentés de grandeur patureile (fig. 213 et 214).
Ondistingue dans uv Fig. 214 et 213.
clou à ferrer la téte A, le collet B et la Zame où tige C. On y reconnait en outre deux parties distinctes, le droit E et l'inverse D du clou. Cette distinction doitétrenotée,parce que c’est d’après elle que l’on se guide pour donner au clou ce qu'on appelle de l’afflure. Le droit du ciou est la partie polie de la lame qui posait sur l’enciume lorsque le eloutier Ja forgeait ; l'inverse est celle qui se trouve un peu marquée de l'empreinte du marteau dont elle supportait les coups. C’est toujours l'inverse du clou qui se trouve du côté des parties vives, parce que c’est de ce côté de la lame que l’on ménage l’affilure. On entend par ce dernier mot la préparation que le maréchal fait subir au elou pour le rendre propre à pénétrer dans la corne sans fléchir. Les clous à ferrer, tels qu'ils sortent de la main du cloutier, ne pourraient vaincre la résistance du sabot; pour rendre leur pointe plus pénétrante et leur tige moins flexible, les maréchaux ont soin de les roidir à l’aide du brochoir sur une petite enclume qu’ils nomment affiloir ; puis, lorsqu'ils ont roidi la lame, ils donnent à la pointe une forme telle que du côté de l’inverse sa face fait continuité avec celle de la tige, tandis que du côté du droit le clou se trouve taillé en talus F jusqu’à sa pointe. C’est dans cette forme particulière de la pointe du elou que consiste principalement l'affilure. Elle a pour immense avantage d’éloigner le elou des parties vives lorsqu'il pénètre le sabot, et de le diriger vers le dehors.
Les clous étant affilés, le maréchal fait lever le pied, et, avant d'y placer ie fer, il arrondit à l’aide de la râpe le bord inférieur de la paroi, afin de lui donner plus de régularité, et surtout de le rendre moins susceptible d'éclater; puis après il pose le fer sous le pied. C’est lorsqu'il est arrivé à cette partie du manuel de la ferrure, que l'opérateur doit surtout se tenir à l’observation des règles; car la gêne des pieds et les claudications qui en sont le
résultat, les piqüres si fréquentes et si graves sont le plus souvent les conséquences d’une mauvaise position du fer sous le pied.
Pour qu’un fer soit bien placé (fg. 205 et 206), 1l faut que sa rive interne se trouve exactement au niveau du bord correspondant de la paroi, depuis le milieu à peu près de l'éponge interne jusqu’à l'étampure externe de la pince, tandis que du côté externe, la paroi doit être débordée par le fer depuis l’étampure externe de la pince jusqu’en talons.
On donne le nom de garniture à toute la partie du fer qui dépasse ainsi la paroi. Elle doit augmenter graduellement, d’avant en arrière, et avoir une ligne à peu près dans sa plus grande étendue : en talon, du côté interne, le fer doit aussi avoir de la garniture.
Cette position du fer n’est point arbitraire ou de pure convention; elle est nécessaire à la facilité de la marche et à la régularité des aplombs.
Que si, en effet, le fer ne se trouvait pas du côté interne au niveau de la paroi, et qu'il vint à la déborder, l'animal serait exposé à se blesser et à s’ertretailler dans la marche:
que si le fer se trouvait du côté externe au niveau de la paroi, la base d’appui serait diminuée de toute la largeur de la garniture, et le pied pourrait être serré par la ferrure ; que si, enfin, le fer se trouvait tout à fait en decà du bord plantaire de la paroi, les maréchaux courraient plus de chances encore d’estropier les chevaux en les piquant avec leurs clous.
Le fer étant piacé convenablement sous le pied, l'opérateur le maintient définitivement dans cette position en le fixant au moyen des clous qu’il implante dans le sabot. En terme de ferrure, on désigne par les mots brocher un clou l’action de le faire pénétrer dans la corne. Pour brocher un clou, le maréchal le saisit avec le pouce et l'index de la main gauche, par le milieu de sa lame, en ayant toujours la précaution indispensable de placer l’affilure du côté des tissus vivans. De cette façon, et par le fait de l’obliquité de sa pointe, le clou se trouve toujours dirigé vers l'extérieur. Lorsque l'opérateur a placé le clou dans la direction convenable, à l’aide de son brochoir, il frappe sur sa tête trois ou quatre coups peu violens, et juge par la sonorité de ces coups et par la résistance qu'il rencontre, si le clou tend à pénétrer dans les parties dures de la corne, ou si au contraire il s’approche des parties molles. Lorsque de cette manière il a pu se convaincre que le clou suivait une bonne direction, il assène alors avec son brochoir un ou deux coups rapides et bien perpendiculaires à sa tête, et détermine sa pénétration dans la paroi et sa sortie sur sa surface externe.
Quelques maréchaux ont l'habitude, pour donner plus de fixité au pied lorsqu'ils brochent leurs clous, d'appuyer les mors de leurs tricoises entr'ouvertes contre la paroi du sabot, et de le soutenir ainsi de la main gauche, pendant que de la droite ils manient le brochoir. Les ouvriers expérimentés n’ont recours à cette manœuvre que lorsque la lame du clou menace de fléchir sous le coup qu’ils frappent. Il arrive quelquefois en effet, lorsque le brochoir n’est pas tombé bien d’a-
ANIMAUX DOMESTIQUES : DE LA FERRURE