‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 293 sur 467 · LIV. II · texte numérisé non relu

LIV. II

épaisseur, afin qu'après l'application du fer à chaud on puisse immédiatement enlever toutes les parties carbonisées par son contact, et s’opposer ainsi à la pénétration dans le pied du calorique qu’elles recèlent. Si la sole était déjà trop amincie, le contact du fer chaud pourrait devenir irritant pour les tissus vivans et y causer de graves altérations.

Quant à la fourchette, il est nécessaire de lui laisser toujours le plus de volume possible. La plupart des maréchaux ont l'habitude d’enlever jusqu’au vif la corne de cette partie du pied. C’est une pratique très-vicieuse; en la suivant, on prive le sabot d’un des appareils les plus importans de son élasticité, l'appui se fait alors principalement en talons, dont les mouvemens de dilatation sont par ce fait même tout à fait bornés, les parties sous-Jacentes s’irritent, et des claudications surviennent. Il ne faut donc, régle générale, en parant la fourchette, qu’enlever une pellicule très-mince de corne à sa surface.

Ainsi, en résumé, pour parer un pied convenablement, il faut lui conserver sa forme naturelle et enlever au sabot toute la portion de corne qui peut nuire par son excès à la justesse des aplombs, en se gardant bien toutefois d’amincir l'enveloppe cornée au point de la rendre incapable de protéger les parties qu'elle renferme.

$ IV. — De l’adaptation du fer

Le pied étant convenablement préparé, le maréchal forge le fer qui peut lui être adapté, ou bien, comme il arrive le plus usuellement, le choisit dans les magasins de l'atelier. Pour avoir un fer qui ait exactement les dimensions du pied, les maréchaux qui n’ont pas le coup d'œil assez exercé ont coutume de le mesurer sur la déferre. Pour ce, ils appliquent l’une contre l’autre les éponges externes du vieux et du nouveau fer, puis ils les contournent l’un sur l’autre, suivant leur rive extérieure, de facon que successivement éponges, quartiers, mamelles, pinces et éponges internes, viennent se trouver en contact. Si les fers sont réellement égaux, ces différentes parties sont exactement correspondantes. Si au contraire les dimensions ne sont pas les mêmes, la différence se trouve indiquée par le manque de rapport entre les éponges internes des deux fers.

Le fer étant choisi, le maréchal le met au feu, refoule les éponges ou lève les crampons, puis le met au feu de nouveau et lui donne la tournure et l’ajusture du pied; mais il est rare qu'on ait assez de justesse dans le coup d'œil pour arriver à donner au fer, à première vue et sans tâtonnement, une forme telle qu’il puisse être définitivement fixé sous le pied. Le plus souvent il est nécessaire de l'appliquer préalablement sous le sabot, pour examiner s’il ne pèche pas dans sa forme et dans ses contours : c’est ce que l’on appelle faire porter le fer. Dans ce but, le maréchal fait lever le pied, ct saisissant avec ses tenailles à forger le fer tout chaud encore, il le pose sur la face plantaire du sabot et l'y maintient avec les manches de ses tricoises dont il fixe les extrémités dans les étampures correspondantes de l’une et l’autre branche, Pendant

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que de sa main droite l’opérateur maintient ainsi le fer, il examine rapidement, en portant la tête à droite, à gauche, en avant et en arrière, s’il porte bien dans toute l’étendue du bord inférieur de la paroi, s'il n’est pas en contact avec la sole, si les éponges ne sont pas trop longues ou trop courtes, si le fer luimême n’est pas enfin trop large ou trop étroil; puis, après cet examen rapide, il pose immédiatement le fer sur le sol avec ses iricoises et ses tenailles, et, s’armant de son boutoir, il se hâte d'enlever les portions de corne carbonisées par le contact du fer chaud.

Ce nivellement de la face plantaire du pied est alors d'autant plus facile que la corne échauffée, devenue plus molle, offre moins de résistance à l’action du boutoir, et que les parties les plus saillantes, ayant le plus supporté le contact du fer, sont en quelque sorte marquées à l'instrument de l’opérateur par la couleur plus foncée qu’elles réfléchissent.

L'application du fer chaud sous le pied du cheval ne doit étre qu’instantanée; si cette règle n’était pas si souvent oubliée, on ne verrail pas tant d’accidens survenir à la suite de la ferrure. Beaucoup d'ouvriers trouvent, en effet, moins fatigant d'opérer à l’aide d’un fer incandescent la combustion de tout l’excédant de la corne qu’ils devraient abattre à l’aide du boutoir : ils se rendent aussi par là moins pénible le maniement de leur instrument dans une corne ramollie par l’action du feu ; mais il résulte de cette pratique vicieuse que la corne, rapidement desséchée, devient facilement conductrice du calorique qui pénètre jusqu'aux tissus vivans, agit sur eux à la manière d'un violent irritant, et y détermine de graves inflammations. Ajoutons comme conséquence nécessaire de ceite pratique funeste, le desséchement de l’enveloppe cornée qui, en se resserrant, comprime les parties vivantes et les rend douloureuses.

Nous ne saurions donc trop recommander aux maréchaux d'appliquer le fer sous le sabot avec la plus grande rapidité possible, et de l'appliquer peu chaud. il est à regretter que la longueur de temps nécessitée par l’application plus rationnelle du fer à froid oblige de renoncer à celte dernière méthode. Toutefois, c'est la seule à employer, lorsque les pieds sont sensibles et délicats, si l’on ne veut courir les chances d’estropier les animaux.

Lorsqu’à la suite de l'examen du fer sous le pied on a pu reconnaître qu’il se trouvait dans toutes les conditions nécessaires pour être définitivement adapté, on le trempe alors dans l’eau pour le refroidir, puis, à l’aide d’un poincon, on le débouche, c’est-à-dire qu’on désobstrue les contre-perçures que le martellement de l’ajusture avait bouchées.

Cette opération doit être pratiquée, soit sur les mors d’un étau entr'ouvert, soit sur un biliot de bois, en ayant l’utile précaution de ne pas fausser l’ajusiture par des coups mal dirigés. Enfin une dernière préparation que l’on fait subir ordinairement au fer avant de l'adapter, mais qui est purement de luxe, consiste à polir avec une lime Ja rive externe qui doit garnir un peu le sabot, le pinçon qui se replie sur la paroi, et enfin les extrémités

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