DÉPENSES
Docation. Mu RESSMArT HEURE, Graine, 1 hectolitre 1/4 et semage. (La graine de Riga vaut 50 f.
l’hectolitre; celle qu’elle produit ne se vend plus que 36 f., et il s’établit ainsi une diminution proressive en rapport avec le nomre d’années d’importation, de manière qu'après 4 ou 5 ans, la graine ne vaut plus que 15f.). .
Féatipinage ess Ha: 41,6 2 50 Sarelagenen. Mao De En SET TR Démarches et pour-boire que nécessitent la location, l’euüsemencement, le sarclage et la ventes a Mialirens STE ae Si ro
Le linier locataire a donc par arpent un bénéfice brut de. . . 45 50
D’après ce rapide extrait, on voit que la graine de Riga est de beaucoup préférée à celle du pays dans le département de l'Aisne. Dans celui de la Sarthe, depuis les importantes expériences de M. VÉTILLART, il en est de même. En i814, cet habile industriel fit venir de Russie plusieurs bariis de cette graine, qu'il répartit entre les meilleurs cultivateurs de ses environs. « Avant cette époque, dit-il, la récolte était si peu assurée que l’on comptait à peine une bonne année sur cinq, et quelquefois la récolte manquait totalement... La réussite de la graine de Riga a été telle que nos lins, qui ne s’élevalent qu’à 18 pouces, se sont élevés jusqu’à 3 et 4 pieds. Outre cette grande amélioration en quantité, le lin a beaucoup augmenté en qualité ; ces deux ayantagesontétésuivis d’un troisième non moins précieux; les graines venant d’un pays froid nous ont donné une plante beaucoup plus robuste et moins sen-
a assuré nos récoltes pour tous les ans, plus ou moins abondantes à la vérité, mais toujours capables de dédommager le cultivateur de ses frais. »
Un journal de deux tiers à l’arpent produit, en lin du pays, 400 livres de graines, qui
valent 30 f. le 100, ci. . . . 120f. » c.
500 livres delin broyé, qui vaut 12 sols la livre, ou 60 f. lecent . 300 >»
Total brut d’un journal de lin du pays. 420 »
Un journal de lin de Riga produit 400 livres de graines à 40 f.
lecent a es ADM} T
700 livres de lin broyé à 85f. 595 »
Total brut d’un journal de lin de Riga (1). 755 »
En portant pour le soin que ce lin exige de plus que le lin du pays, et pour l'achat de la graine dont le prix est plus élevé, une
somme de 55 f., ilrestera . U#7O00"E Py'c:
Le lin du pays ne donnant que. 420 »
La différence en faveur du lin
de: Riva. est, de Se M 20e
Afin d'éviter en partie le surcroît de dépense dont parle M. VÉTiILLART, un excellent agriculleur des Ponts-de-Cé, M. Bouron-L’'Evé- Que, a cherché à cultiver le lin de Riga sans le ramer.—Pendant cinq ans ilfit, àcetégard, des essais qui le convainquirent que la graine venant directement de Riga ne peul soutenir, dans la vallée de la Loire, la concurrence avec celle de Chalonne. Mais il n’en fat pas de même de la graine de Flandre; celle-là réussit beaucoup mieux, puisque M. Bourox put vendre, après quelques années, sa récolte sur pied un tiers plus cher queses voisins. — D’après lui, le lin de Flandre convient dans presque tous les terrains, et vient partout beaucoup mieux que celui de Chalonne. Dans les terres bruiantes, où ce dernier peut à peine végéter, il vient à 30 ou 32 po. (0® 812, ou 0 * 866 ). Dans les terres fortes et fertiies, où le lin vient ordinairement très-tendre, et se couche à la moindre pluie, il parvient à la plus haute taille, donne une forte filasse; sa tige, peu chargée de graines, ne se couche pas.
Depuis les premiers essais de M. BouToN- L'EVÈQUE, c’est-à-dire depuis 1827, le lin de Flandre gagne de proche en proche du terrain aux environs des Ponts-de-Cé, où il réussit généralement. Plusieurs fermiers ont aussi cherché à l’introduire dans l'ile de Chalonne ; deux des miens, entre autres, ont répété, l’un pendant deux ans, l’autre pendant trois années consécutives, des expériences qui n’ont malheureusement pas répondu à mon attente. Chez tous, cette variété de lin est restée très-peu féconde, inconvénient fort grave dans la localité, et eile a végété, malgré la bonne culture, avec une telle irrégularité qu’on n’a pu en retirer que de mauvais produits. Toutefois, je suis loin de croire que ce non-succès sur un point soit
sible aux intempéries du printemps, ce qui | de nature à empêcher de nouvelles expé-
(1) Daus cette évaluation on voit que M. VÉTILLART parle du prix de la filasseetnon plus du iin dans son état brut, comme je l’ai fait jusqu'ici. — Pour comparer les résultats, il faudrait donc porter en déduction les frais assez considérables du rouissage, du broyage, etc.
cHaAP. 2°. DU CHANVRE ET
riences. Les saisons ont été pen favorables, et je crois en avoir d’ailleurs assez dit dans le cours de cet article,pour faire voir combien les essais sont nécessaires en pareille matière, et combien le changement de localité peut apporter de différence dans les résultats.
Oscar LEcLERC-THOUIN.
Section 1. — Du chanvre et de sa culture.
Le Chanvre (Cannabis sativa, en anglais Hemp, en allemand Hanf, en ïtalien Canapa, en espagnol Canomo) (fig. 13) est une
des conquêtes les plus utiles que nous ayons faites sur le règne végétal. Cette plante se cultive pour sa filasse, dont on fabrique les cordes et cordages et les trois quarts des toiles employées dans l'économie domestique et dans les arts ; on la cultive aussi pour l'huile contenue dans les graines que portent les pieds femelles, cette plante élant dioïque ou ayant les deux sexes sur des individus différens.
$ 1°*.— Usages du chanvre.
Outre ses usages dans la lingerie, le chanvre trouve encore un débouché bien plus considérable dans la corderie et la marine.
Aucune plante textile ne peut jusqu’à présent l’y remplacer pour la voilure et les cordages.
On extraitdeses graines une huile employée à la peinture, à l’éclairage, à la fabrication du savon, et propre à beaucoup d’autres usages. On en nourrit aussi les oiseaux de basse-cour et de volière. Elle rend la ponte des poules plus hâtive et plusabondante. On réduit le marc des huiles en tourteaux, dont les animaux domestiques sont avides.
$ 11. — Terrain convenable .
La culture du chanvre intéresse tous les pays maritimes, et plus particulièrement, en France, la Bretagne où elle réussit très-bien; eneffet,elle y est favorisée: 1°par un climat humide ettempéré, dont la latitude correspond à celle de l'Ukraine, qui fournit au commerce de Riga des chanvres si renommés par leur souplesse, leur élasticité et leur longueur ; 2° par le sol de ses vallées et de ses plaines, formées d’une argile mêlée de sable, recouverte d’une forte couche d’humus, et où la plante est protégée contre la violence des vents par l'abri excellent des collines, ainsi que par des haies et des berges garnies d’arbres ; 3° par le bas prix de la main-d'œuvre ; 4° par l’immense consommation de voiles, cordages et filets, que font dans cette contrée, sur une étendue de près de 140 lieues de côtes, les grands et les petits établissemens de la marine.
Le chanvre demande une terre humide, forte, argileuse, recouverte d’une couche d’humus très-épaisse, ameublie par de profonds et fréquens labours, fumée par des engrais substantielsetabondans. Lorsque toutes ces conditions se trouvent réunies, on peut le cultiver à perpétuité sur le même sol, qu'il suffira de défoncer à la bêche et de fumer convenablement. Ceci ne forme pas précisémentune exception à la règle de l’assolement alternatif, puisque le sol est entièrement et complètement régénéré par l’abondance de l’engrais; et, dans beaucoup de pays, où la culture du chanvre, quoique florissante et étendue, est cependant morcelée comme le sont en plaine les héritages, il n’en peut pas être autrement, chaque petit propriétaire n'ayant que le même terrain à consacrer à la même culture, et le couvrant de chanvre chaque année sans jamais y intercaler aucune autre semence.
Si Le terrain est trop humide, on facilite l'absorption des eaux par une addition de sable et par des labours profonds; on lamende avec du fumier peu ou point fermenté, provenant des fientes de porcs, de brebis, de chevaux, avec des composts de gazon et de chaux, avec des matières fécales; pour donner de lacompacitéet dela fraicheur à un s0/ calcaire ou sablonneux, on emploie des fumiers très-fermentés et consommés, composés de feuilles el de fientes de bêtes à cornes, de boues d’étangs, de substances végétales et animales très-putréfiées, de muriate de soude et de plantes marines.
Dans les terres fertiles du Bolonaïis, on fait entrer le chanvre dans les rotations de culture et on le fait alterner avec le blé, parce qu'une partie de l’engrais donné au chanvre sertencore pour le grain. On labourele champ en juillet, et, en septembre, on le fume avec des débris de laine, des plumes, des cornes, des rognures de peaux et d’autres substances animales qu'on recouvre par un second labour ; on pourrait encore enfouir des lupins ou des fèves. En novembre, on donne une troisième façon, et l’on dispose le champ en planches de 2 mètres environ, divisées par un sillon profond. Au printemps on répand
24 CULTURES INDUSTRIELLES : PLANTES TEXTILES ET FILAMENTEUSES. 1iv. n1.
encore sur le champ un engrais bien consommé, tel que de la poudrette ou des chrysalides de vers-à-soie; on sème ensuile le chanvre que l’on enterre immédiatement avec le soc, après quoi on égalise le terrain avec une herse de fer. On sème dru, si l’on veut un fil fin. On sarcle quand la planche a cinq doigts de haut. Si elle est exposée à souffrir de la sécheresse, on arrose le champ parirrigation.
Dans les parties de la Bretagne où la culture du chanvre est le plus florissante, on donne généralement trois labours. Le premier est retardé jusqu’en février, mais il serait mieux placé à la fin de l’automne; la terre, exposée tout l'hiver aux influences de l'air, s’ameublit, s'imprègne des gaz atmosphériques, et recoit de l’action alternative des météores aqueux une plus grande force de végétation. — Tnouix et Bosc recommandent de donner ce labour en octobre ou en novembre. Ces agronomes veulent aussi qu'on répande les fumiers avant le premier labour. En Bretagne, on le répand à la miavril, au moment du second labour qui sert à l’enfouir, à raison de 25 et 30 charretées de la force de deux bons chevaux chacune, par hectare. On brise les mottes, soit à la houe. soit à la herse, et, du 1° au 10 mai, on donne le dernier labour, sur lequel on sème par
lanches de 4 pieds de largeur, après avoir bien ameubli et régalé la terre.
$ II. — Espèces et variétés.
L'espèce commune est une planteannuelle, herbacée, dioïque, de la famille des urticées. Les fleurs sont paniculées, axillaires et termivales dans le chanvre mâle. Le calice a cinq divisions et porte cinq étamines dont les filamens sont courts et les anthères oblongues.
— Dans le chanvre femelle, les fleurs sont axillaires et sessiles. Leur calice alongé, étendu seulement sur le côté, couronne un ovaire portant deux styles avec leurs stigmates. Une petite capsule arrondie à deux valves renferme une petite graine d’abord blanche, et qui brunit en vieillissant.
On a obtenu, en Italie, une variété appelée Chanvre de Bologne où Chanvre de Piémont, qui s’élève quelquefois dans les bons terrains jusqu’à 10 pieds; elle donne généralement peu de graines et de médiocre qualité; son exportation est défendue. M. Carros en avait essayé la culture dans la pépinière royale de Valence en 1789, et elle avait été presque aussitôt oubliée. Mais, en 1829, M. CazENAvVETTE a rappelé l’attention de la Société linnéenne de Bordeaux sur celte variété, que la Société a nommée CAanvre gigantesque (Cannabis sativa gigantea ), et il lui en remit deux livres de graines qu'il était parvenu à se procurer, et qui furent distribuées aux cultivateurs. Depuis cette époque, de nombreux essais ont réussiet démontré les avantages de l'introduction de ce chanvre. En 1833, M.nE Mara, de Blanquefort (Gironde), a obtenu les résultats suivans d’un semis comparatif :le chanvre du Piémont a levé 15 jours plus tard, quoique semé en même temps, et sa maturilé a aussi été plus tardive de 15 jours; il s’est élevé de deux
pieds plus haut que l'autre et a donné une filasse qui n’a pas paru inférieure. L’#mides champs de Bordeaux a annoncé en 1834 que, dans des terrains de landes et d’assez mauvaise qualité, celte plante s'était élevée à 7, 9, 11 et même 13 pieds de hauteur; que ce chanvre demande une terre légère et sablonneuse ; qu'il s’accommode tres-bien du sol des landes de Bordeaux; enfin, que, cultivé sur une terre qui n’a reçu aucun engrais, il y devient aussi beau que le chanvre ordinaire.
$ IV. — Semis : préparation.
L'époque des semailles varie en France, du 15 mars au 1°° juin, et, en général, on peut semer immédiatement après les premières gelées que le chanvre redoute beaucoup. La graine est recouverte très-légèrement avec des râteaux ou une herse garnie d’épines. Il est à propos de répandre sur le semis des débris de chénevotte, de la fougère, de la vieille paille, qui tiennent la surface de la terre fraiche et meuble, en protégeant le jeune plant. On répand aussi des composts de boues bien consommées, mais c’est une addition d'engrais qui ne remplit pas aussi bien le but qu’on se propose.
Le choix de la semence est toujours une condition de la bonté des récoltes ; il influe particulièrement et d’une manière remarquable sur celle du chanvre. — En Bretagne, on n’y apporte aucune attention; aussi les plus belles tiges y dépassent-elles rarement 6 pi. En Alsace elles atteignent communément 8 pi. Elles sont beaucoup plus élevées en Italie, où l’on est parvenu, à force de soins, à créer la nouvelle variété dont il a été parlé plus haut.
Lorsqu'on veut avoir de la graine de qualité supérieure, on sème plus clair, environ 5 hectolitres par hectare, et on arrache ensuite les plants les plus faibles, de manière à ce que ceux qui restent soient espacés entre eux de 8 à 10 pouces et plus. Les tiges grossissent davantage, étant mieux exposées au soleil; elles deviennent rameuses et portent plus de graines, mais elles ne peuvent donner qu'une filasse propre à être employée dans la corderie. Il y a des cultures spéciales pour cet objet. La graine de la dernière récolte étant la seule qui puisse germer, on ne conserve que la quantité nécessaire aux semailles de l’année ; il faut aussi que la graine soit changée souvent ; autrement elle dégénère. La bonne graine doit être nette, d'un grain foncé, luisante, pesante et bien nourrie. — Plusieurs de nos départemens en fournissent de très-bonne, sans qu’il soit nécessaire de la tirer du Piémont ou de Riga.
Quantité de semence nécessaire. Ordinairement il en faut 8 hectol. par hectare; on sème plus épais et plus tard dans les terres légères et sablonneuses que dans les terres humides et fortes; on sème aussi beaucoup plus épais (environ 12 hectol. par hectare) lorsqu'on veut obtenir une filasse blonde, bien douce, facile à teiller et à filer, avec laquelle on fabrique ces belles toiles de ménage, qui pour la force et la durée sont si supérieures aux toiles de lin. On voit donc
cap. 2°.
que la quantité de la semence dépend de
l'emploi auquel on destine le chanvre, et de | la nature du terrain auquel on fe confie. |
$ V. — Soins d'entretien.
Il faut béner et sarcler le plant deux fois, et arroser même si la sécheresse était trop prolongée. Quand on a semé très-dru, le sarclage et le binage sont inutiles, parce que la
lante croissant rapidement, ses feuilles ont
ientôt recouvert la surface du sol et étouffé les herbes parasites; mais alors les labours doivent être plus profonds, parce que les tiges étant très-rapprochées, les racines ne peuvent s'étendre latéralement ; il faut donc, pour se bien nourrir, qu’elles trouvent à pénétrer une couche épaisse de terre végetale.
Lorsque le plant est modérément espacé, il donne d'autant plus de filasse, dont la tenacité est d'autant plus grande, qu'il a acquis plus complètement sa croissance à l’air libre. Sa graine mürit mieux et esl infiniment plus abondante.
$ VI.— Maladies et remèdes; plantes et animaux nuisibles , moyens d’en préserver.
Quelque bien couverte qu'ait été la graine, il ne faut pas la perdre de vue jusqu’à ce qu’elle soit entièrement levée; car les oiseaux, et les pigeons surlout, en sont extrêmement friands. I! faut les en écarter souvent, soil par le bruit de quelques coups de fusil, soit par des mannequins de paille ; il est bon de veiller aussi sur /es campagnols, les mulots et autres quadrupèdes rongeurs.
Deux plantes parasites font encore beaucoup de tort aux chenevières ; ce sont la cuscute et l’orobanche ; on ne peut les détruire qu'en les arrachant avant leur floraison; et, pour le faire, il ne faut pas craindre d’arracher un peu de chanvre; car cette perte est un gain pour l’année suivante.
Aucun insecte n’attaque le chanvre, mais une chenille vit dans l’intérieur de sa tige et le fait souvent périr.
$ VII. — De la récolte.
Pour récolter le chanvre, il faut saisir l'instant de sa maturité. Si on tarde trop, il pourritou devient ligneux,et,dans les deux cas, il est impropre à la filature et au tissage. Si on se hâte de larracher, on n’obtient qu'une filasse dont les fils ont peu de résistance, et la toile qu'on en fabrique s’use promptement. :
L'époque de la maturité est différente pour Jes deux sexes. Le chanvre mâle est mr lorsque son pollen est dissipé et que ses sominités Jaunissent. On l’arrache, en Bretagne, vers la mi-Juillet. Il faut cent dix ouvriers pour cette opération sur l'étendue d'un hectare. Ils ont l'attention de marcher dans les allées qui séparent les planches, afin de ménager le chanvre femelle, qui n’est mûr qu'environ 6 semaines après le mâle. On l'arrache, en septembre, lorsque ses feuilles jaunissent et tombent, que ses sommités se fanent et s’'inclinent, et que la graine com-
DU CHANVRE ET DE SA CULTURE
mence à brunir. Soixanle ouvriers suffisent pour ce travail sur un hectare. On a conseillé de scier avec la faucille, ce qui occasionerait moins de frais.
Au fur et à mesure qu’on arrache le chanvre, soit mâle, soit femelle, on le lie en petites bottes que l’on dresse en faisceaux. Le mâle reste 3 ou 4 jours exposé au soleil; la femelle y demeureplus long-temps, parce que la graine achève ainsi demuürir. Il faut veiller a ce qu’elle ne soit pas dévorée par les oiseaux qui en sont très-friands. S'il pleut, les faisceaux doivent être déplacés et retournés pour les faire sécher.
Pour extraire la graine, on frappe avec des battoirs sur les têtes des bottes, ou bien on les passe sur un gros peigne ou seran en fer qui arrache les sommilés, qu'on pourrait méme couper, ainsi que les racines, sous un hache-paille. Ensuite les graines, enveloppées de leur calice et mêélées avec des feuilles, etc., sont exposées au soleil et vannées ou criblées comme le blé. On les porte au grenier, pour y être étendues par couches tres-minces, et régulièrement remuées,de crainte qu’elles ne s’échauffent. On sait que toutes les graines oléagineuses sont de difficile conservation, etqu'elles perdent promptement, en s’échauffant, leur faculté germinative. IL faut aussi veiller aux souris. La bonne conservation des graines demande une extrême attention ; quand elles sont bien sèches, on peut, au bout d’un mois, les mettre dans des sacs ou dans des tonneaux défoncés par un bout.
Il est assez difficile de déterminer exactement le moment le plus convenable pour l'extraction de l'huile, à cause des différens degrés de maturité des graines, provenant d’une même récolte. Si on les porte trop tôt au moulin, on a moins d'huile; trop tard, il y a beaucoup de graine rancie qui altère la bonne qualité de l'huile. 2 à 3 mois sont un bon terme moyen.
$ VIII. — Du rouissage.
Le rouissage a pour objet de dissoudre une gomme résine qui maintient l’adhérence des fibres de l'écorce entre elles et à la partie ligneuse de la planté, s’oppose à leur subdivision en fibrilles plus ténues, ainsi qu’à la blancheur et à la durée des tissus. Elle est généralement dans la proportion de 5 à 148, puisque 148 livres de chanvre ne pèsent plus que 143 livres après le rouissige; mais cette proportion varie en raison de l’état de siccité où se trouve le chanvre lorsqu'on le dépose dans les routoirs.
Le chanvre que est roui le plus promptement donne une meilleure filasse, des fils plus élastiques, plus forts, plus durables.
Donc, moins le chanvre a macéré dans l’eau, mieux il vaut; donc, plus le mode de rouissage s'éloigne de la fermentation, plus les fibres textiles conserveront de qualité. C'est sur cetle théorie que sont fondées les tentatives que l’on a faites pour débarrasser l’ecorce du chanvre de ses sucs concrels sans le secours de l’eau. De là les projets de broyes mécaniques. Mais des expériences suivies pendaut longtemps ont fait conclure que si les
rocédés mécaniques détachaient bien réel-
26 CULTÜRES INDUSTRIELLES : PLANTES TEXTILES ET FILAMENTEUSES. zav. 1.
lement une partie des sues concrets, il en restait de très-adhérens à la fibre qu’on ne pouvait détruire que par la macéralion.
Quant aux procédés chimiques qu’on a proposés pour exécuter celte macération, quoiqu'on puisse dire que les recherches à cet égard ne sont pas épuisées , la dépense plus considérable que le rouissage ordinaire qui en résultail, les a fait rejeter ; il en a été de même de la macération dans l’eau chaude.
On submerge ordinairement le chanvre après que le soleil l’a séché quelques jours ; /e mäle séjourne dans les routoirs de 8 à 12 Jours, et la femelle 15 jours au moins, parce que l’endurcissement de sa tige, par une plus lorgue maturité, rend la dissolution de la gomme plus difficile. L'eau courante est préférable. Le chanvre mâle, cueilli à un degré de maturité convenable, peut y être complètement roui en cinq jours, la température de l’atmosphère étant à 20° Réaumur. Le plus important et le plus difficile est d’obtenir la dissolution de la gomme avant que les fibres soient endommagées par la macération.
Au sortir du routoir, on délie les bottes et on les met sécher sur un pré. Si le vent est favorable, c’est l'affaire de 7 à 3 jours. Ensuite, on fie le chanvre par grosses bottes bien séchées qu’on entasse dans les granges.
On réserve pour l'hiver les préparations subséquentes dont il sera traité dans le livre des Arts agricoles. Elles consistent : 1° dans le teillage, opération dans laquelle, après avoir brisé l'extrémité de chaque tige, on enlève à la main, d’un bout à l’autre, l’écorce qui recouvre la partie ligneuse ou chenevotte: on ne le pratique que sur les chanvres fins ; 2° Le broyage, qui brise parfaitement la chenevotte et dégage la filasse d’un reste de résine qu’elle contenait encore; la filasse qui en résulte, pour être bien assouplie et dégagée de petites parties ligneuses très-adhérentes, a encore besoin d’être battue avec des espades ou pilée dans des mortiers; 3° enfin /e petgrage, qui a pour objet de diviser les fibres g. de séparer les diverses longueurs de
rins.
$ IX. — Des frais et produits.
On a vu, par ces détails rapides, combien les frais sont multipliés et considérables ; Les produits sont au contraire assez faibles, et il arrive souvent que les frais sont à peine remboursés avec un bénéfice suffisant par la vente des produits. Les calculs donnés dans la section précédente pour le lin, pourront servir jusqu’à un certain point pour la culture du chanvre. Cette petite industrie semble devoir être surlout dévolue, sous ce rapport, aux populations chez qui la maind'œuvre est peu élevée, et qui peuvent, par conséquent, donner à très-bas prix le produit de leur travail. Elle serait susceptible, sans doute, d'améliorations que ce n’est pas ici le lieu de rechercher,mais qui méritent d’occuper les agronomes et les hommes d'état.
Cependant, lorsque /e chanvre est converti en toile à voile par le premier producteur, sa culture donne deux fois plus de bénéfices qu'aucune autre qui soit connue. Elle a l'a-
vantage de faire vivre un très-grand nombre d'ouvriers, et de les occuper dans les jours pluvieux et dans les longues soirées d'hiver durant lesquelles on peut renvoyer toutes les opéralions qui suivent le rouissage.
SOULANGE Bopix.
SECTION It. — Du Cotonnier, ses espèces et variétés, et sa culture.
Le Colonnier(Gossypium; en anglais, Cotton; en allemand, Baumwollenstaude; en italien, Cotone)( fig. 14) est une plante de la famille
Fig. 14.
des Malvacées, à tiges ligneuses et à racines pivotantes. Elle croît spontanément dans les contrées les plus chaudes de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique. On est parvenu à l’acclimater en Europe, par degrés, à des latitudes dont la température, quoique assez chaude, n’égale pas celle de la zone torride. Le fruit de cette plante contient un duvet précieux qu’on appelle coton.
Le Cotonnier présente quelques espèces et un assez grand nombre de variétés qui sont souvent confondues entre elles par les botanistes. Linné admet 6 espèces de cotonbiers; Lamark, 8; Rohr, 29. Dans le nombre de ces dernières, Rohr pense que les espèces les plus avantageuses pour les planteurs américains peuvent être portées à six. Ce
| Sont :
1° Le Cotonnier Feard rounel;
2° Le C. sorel rouge:
3° Le C. de la Guyane ;
4° Le C. du Bresil ;
5° Le C. indien ;
6° Le C. siam blanc.
Notre but étant d'introduire le cotonnier en France ou dans la colonie d'Alger, nous croyons que les espèces les plus convenables
| pour ces contrées seraien£ les suivantes :
cxHaAP. 2°.
1° Ze C. Lerbacé. I] est annuel en Europe, vivace en Afrique, et forme un arbrisseau qui s'élève à 1 pi. et demi ou 2 pi. de terre. Sa tige est ligneuse et velue. Elle se partage en courts rameaux garnis de feuilles à 5 lobes arrondis vers leur milieu et pointus à leur extrémité. Ces feuilles ont sur le dos une glande verdâtre peu remarquable. Elles sont dures au toucher et soutenues par d’assez longs pétioles, au-dessous desquels se trouvent 2 stipules ordinairement lancéolés et un peu arqués. Les fleurs naissent dans les aisselles des feuilles, et toujours en plus grande quautité vers l'extrémité des branches. Le fruit de ce cotonnier est de la grosseur d’une noix, divisé en 4 compartimens couverts de valves, qui s'ouvrent lorsque le colon, qui y est renfermé, est parvenu à sa maturité.
2 Le C. de l'ile Bourbon est une espèce précieuse, transportée de cette île aux îles Lucayes en Amérique. Ce coton, dit M. DE LasTEyRIE, ne redoute ni les vents, ni la pluie, ni le froid. Son fruit ne se détache jamais de ses rameaux qu’à sa parfaite maturité. Il a une croissance rapide et fructifie plutôt que les autres. Ses fruits mürissent tous à peu près à la même époque : ses filamens sont d’une grande finesse, et son produit est double en quantité, quoique ses capsules soient extrémement petites. Il s’élève peu. Lorsque ses capsules commencent à grossir, elles penchent vers la terre.Il exig le même terrain et la même culture que les autres. Il préfère cependant les bords de la mer.
3° Le C. de Georgie à graines noires. Cette espèce est annuelle, ou demande au moins à être semée de nouveau chaque année. Son coton, connu dans le commerce sous le nom de coton de Georgie, se vend en Angleterre à un prix double de celui des meilleures espèces à semences vertes. Il donne par acre, sur les bords de la mer, dansun terrain meuble et fertile, 200 à 210 livres de coton nettoyé.
4° Le C. bush cotton. Cette espèce est annuelle; ses graines sont vertes, petites. Ce cotonnier s'élève d’1 à 2 pi. de terre tout au plus. C’est celui qui réussit le mieux vers le nord. Les fruits arrivent à maturité jusque sous le 40° degré de latitude en Amérique.
Le climat du midi de la France lui conviendrait parfaitement. Son coton est d’une qualité inférieure et a des filamens trèscourts.
5° Le C. santorin. I] vit plusieurs années, supporte les gelées de l'hiver, pourvu qu’on ait soin de couper sa tige rez-lerre à l’entrée de celte saison.
6° Le C. d’Lvica, à tiges demi-frutescentes.
Il est assez rustique, il supporte les gelées sèches et rapporte beaucoup. Sa récolte se fait communément en octobre.
Quoique les botanistes ne soient pas d'accord entre eux sur le nombre des espèces et des variétés du cotonnier, tous cependant distinguent les cotonniers en ligneux et en herbacés. Les premiers sont vivaces de leur nalure, comme les arbres et les arbrisseaux ; les autres ne le sont qu’accidentellement, quand, semés dans un pays où les hivers