DE LA MISE-PAS
sont engorgés, sa marche est pénible et chancelante.
Lorsque l’acte de la mise-bas va s’opérer, la jument est dans une agitation presque cortinuelle qui dénonce un grand malaise; elle change souvent de position, se couche, se relève pour se coucher encore; puis sa queue, qui d’abord était agitée de mouvemens continuels, est bientôt maintenue droite. Alors commencent les efforts par lesquels le produit de la fécondation, arrivé à l’époque où il peut vivre de sa vie propre, doit être expulsé de l’organe qui le renferme. Le premier effet de ces efforts expulsifs est de faire apparaître à l'ouverture de la vulve un corps de forme arrondie, sorte de vessie formée par les membranes qui enveloppent le fœtus et renfermant les eaux dans lesquels il nage. C’est à celte vessie qu'on donne vulgairement le nom de bouteille. On la voit souvent sortir et rentrer à plusieurs reprises. Bientôt elle se crève et les liquides qu’ellerenferme, s’écoulant au dehors, lubrifient les parois du détroit vulvo-utérin. Les voies étant ainsi préparées, on ne tarde pas à voir apparaître les membres antérieurs du fœtus, puis le bout de sa tête qui est allongée sur ces membres. Par cette position, les . parties antérieures du jeune sujet représentent assez bien un cône qui, poussé toujours vers l’ouverture extérieure par les efforts expulsifs de la mère, doit successivement dilater et agrandir cette ouverture et se frayer une issue. Ainsi l’on voit successivement apparaître les sabots antérieurs, puis les phalanges, puis les métacarpes, puis le bout du nez. Au moment où le thorax et les épaules se présentent à l’orifice de la vulve, on voit la bête redoubler d'efforts pour faire franchir le détroit vulvo-utérin à ces parties dont le diamètre est considérable et disproportionné à l'ouverture par laquelle elles doivent passer. C’est là le temps le plus long de la parturilion, celui qui exigele plus d’efforts dela part de lamère et lui cause le plus de douleur; une fois cette diffi-
: culté surmontée, toutes les parties postérieu-
res sortent sans efforts, et le jeune sujet glisse jusqu’à terre sur les jarrets de sa mère. Le cordon ombilical se rompt ordinairement au moment où le jeune sujet arrive à terre.
Si cette rupture n’a pas lieu de cette manière, ou bien elle seffectue par les mouvemens qu’exécute le poulain en se débattant, ou bien la mère le coupe avec ses dents, ou bien, enfin, les personnes présentes au moment du part le déchirent en le tordant.. Dans aucun cas l’hémorragie n’est à craindre , et la ligature du cordon est toujours inutile. Quelquefois la jument pouline étant couchée, cette position est peut-être moins favorable à l’exéculion prompte du part, mais n'y met cependant pas obstacle.
C’est ainsi que s'effectue le plus ordinairement l'acte de la parturition; mais quelquefois les seuls efforts de la nalure sont impuissans à la produire , et les femelles ont besoin de secours étrangers pour mettre au Jour le produit de leur conception ; mais ces secours doivent être éclairés. Nous ne les décrirons pas ici (Voir art. Chirurgie). Il nous suffit de dire que , toutes les fois que le part se prelonge, on doit avoir recours aux lumières d’un
Ses membres postérieurs | Y‘térinaire,
416 ANIMAUX DOMESTIQUES : DES CHEVAUX ET DE LEUR ÉLÈVE. iv. mi.
Toutefois, ilest quelques indications que, sans être vétérinaire, on peut remplir pendant et après l'acte de la parturition.
Lorsqu'on s'aperçoit que les efforts expulsifs sont plus violens qu'ils ne devraient l'être, on peut donner à la jument quelques lavemens d’eau tiède qui déterminent le rejet des matières que contenait le rectum. Il peut être ban quelquefois de faire dans le vagin des injections adoucissantes qui calment la douleur dont cette région est le siége lors d’une première parturition.
Après la mise-bas naturelle, la jument bien bouchonnée doit être revêtue de couvertures; on lui donne de l’eau blanche tiède, pour calmer la soif ardente dont elle est ordinairement dévorée, et puis on la laisse tranquille et seule dans sa stalle. Les jumens qui vivent dans les pâturages exigent moins de soins.
Toutefois, c’est une bonne précaution que de construire au milieu des pâturages, soit de petites écuries, soit des murs qui protégent les mères et les petits contre l'intempérie des saisons.
S£crion IX. — De l'avortement.
L'avortement est l’expulsion hors de la matrice d’un fœtus qui ne se trouve pas dans les conditions nécessaires pour vivre de sa vie propre. Ainsi, d’après cette définition, quelle qu’ait élé la durée de la gestation, si le fœtus sortant du sein de sa mère n’est pas. viable, ou s'il est déjà mori, il y a avortement, tandis qu'il y a parturition s’il réunit toutes les conditions pour vivre. fl est donc utile d’établir une distinction entre l'avortement et la parturition prématurée.
L'étude des causes de lavortement est d'une haute importance, car elle trace aux cultivateurs la marche qu’ils doivent suivre pour en éviter l'influence. Cependant la plupart de ces causes sont ignorées dans nos campagnes et chez les éleveurs, où l’on regarde encore l’avortement comme un de ces malheurs qu'il faut attribuer à quelque chose de surnaturel, parce qu'on ne peut saisir Île rapport qui existe entre les causes réelles et leur effet est rarement immédiat.
Nous essaierons dans ce chapitre de mettre ces causes en évidence.
Les causes qui occasionnent l’avortement sont généraleset particulières. Sous l'influence des causes générales, l'avortement est enzootique où épizootique; sous l'influence de causes particulières, il est sporadique.
$ I. — De l’avortement enzoolique et épizootique, et de ses causes.
Les causes générales de l’avortement sont :
1° les années pluvieuses, 2° une alimentation insuffisante, ou de mauvaise qualité, 3° une alimentation trop substantielle, 4° un mâle trop fort pour les femelles, 5° la contagion.
1° Années pluvieuses.
C’est un fait d'observation qu’à la suite des années pluvieuses les femelles sont fréquemment exposées à avorter; en voici la raison.
On sait que les effets appréciables d’une atmosphère humide sont la faiblesse généraie de l’économie, la mollesse et la pàleur de
tous les tissus. Les éliminations aqueuses sont à peu près nulles sur les surfaces pulmonaire et cutanée; l'air est moins vivifiant et le principe aqueux qui surabonde dans l'atmosphère et dans les plantes agit sur la constitution des animaux par toutes les surfaces, par toutes les voies. De toutes parts donc le sang, déjà peu vivifié, reçoit ou retient des molécules aqueuses qui le délaient,
Je rendent plus séreux, moins excitant et
moins réparateur pour les organes. Or, si tel est l’effei produit sur les animaux en général, combien ne doit-il pas être plus marqué suY les femelles dans l’état de plénitude, lorsqu'il s'ajoute à la cause puissante de débilitation et d'appauvrissement qu’elles portent déjà en elles. Voyons maintenant comment la débilitation de toute l'économie peut expliquer lavortement. Si tous les organes scnt privés de leur tonicité normale, l'utérus, participant de cet état général de relâchement et de mollesse, perdra ses connexions intimes avec le fœtus qui s’est développé dans sa cavité. Si tous les organes ne trouvent pas dans le sang les matériaux suffisans pour leur réparation, à plus forte raison ces matériaux manqueront à l’utérus pour la composition du nouvelétre qu'ilrecèle. Qu’arrive-t-11alors ? tantôt, avant le terme ordinaire, le fœtus est rejeté hors de la matrice, tantôt c’est à terme que cette élimination a lieu, mais le fœtus n'est pas viable. Dans le premier cas, les connexions et les adhérences des enveloppes fœtales avec les parois de la matrice ont été rompues par suite de la laxité générale des organes de la mère; dans le second cas, le fœtus n’a putrouver dans un sang appauvri el alléré des matériaux suffisans pour la composition de ses organes, et n’est pas encore assez développé.
20 Alimentation insuffisante ou mauvaise.
Cette cause agit dans le même sens que l’autre et produit les mêmes effets. Le sang, se trouvant incomplétement réparé, ne possède pas les propriétés nécessaires pour la composition et la nutrition des organes; de là la pâleur, la mollesse des tissus, leur nutrition incomplète, de là enfin l’avortement.
3° Alimentation trop substantielle et trop abondante.
Cetie cause, bien que tout-à-fait contraire à celle que nous venons d’examiner, peut comme elle produire l'avortement.
Lorsqu'un animal est nourri avec des alimens riches en principes nutritifs, le chyle, résultat de la digestion, abondant et riche lui-même en principes excitans, communique au sang les proprietés dont il jouit et le rend plus épais, plus rapidement coagulable et d’une circulation moins facile. De là un surcroit d’excitation et de vitalité dans toute l’economie, mais aussi une prédisposition aux inflammations et aux congestions, surtout dans les organes où le système vasculaire est très développé, comme l'utérus et le placenta. Dans ce cas, pour peu que la congestion soit violente et s'accompagne d’apoplexie, il s’opèrera une désunion entre l’utérus et le pla-
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