‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 339 sur 467 · LIV. iii · texte numérisé non relu

LIV. iii

mouvemens du fœtus plus apparens, on fait boire à la mère de l’eau très fraiche. Il est d'observation que, lors de l'introduction de ce liquide dans lestomac, le fœtus exécute des mouvemens plus prononcés qui semblent accuser l’état de malaise où on le met par l’abaissement de la température. Il ne faut donc pas abuser de ce moyen qui pourrait devenir nuisible au jeune animal.

Dans le cas où, après cet examen, on aurait encore queiques doutes sur l’état de la jument, on pourrait alors avoir recours à l’exploration directe, soit en appliquant la man sur les parois du flanc droit, soit en l’introduisant dans le rectum. Dans l’exploration du flanc, on doit avoir la double précaution :

1° de ne pas exercer une pression trop forte, qui pourrait être préjudiciable au fœtus, 20 de se mettre hors des atteintes des coups de pied ou des morsures de la cavale qui, assez souvent, cherche à se défendre de ces attouchemens. L’exploration rectale est une opération extrêmement délicate qui exige de la part de celui qui la pratique des connaissances qui ne se rencontrent que dans les hommes de Part.

Dans les derniers mois de la gestation, d’autres signes viennent s'ajouter à ceux que nous venons d’énumérer ; la jument devient plus lente dans ses mouvemens, elle ne se livre plus à des allures rapides, ou, si elle y est contrainte, elle écarte, dans la progression, ses membres postérieurs l’un de l’autre. Enfin, lorsqu'approche l’époque du part, ses mamelles se développent, se tuméfient, et laissent suinter par l'extrémité de leurs mamelons des gouttelettes laiteuses.

Ces changemens physiques ne sont pas les seuls qu’éprouve la cavale dans l’état de plénitude; son caractère subit aussi des modifications. Elle, naguère si ardente,si fougueuse, si impatiente du frein, supporte maintenant avec douceur les contraintes de la domesticité. Si elle est abandonnée dans des pâturages avec d’autres jumens, elle s’isole, recherche la solitude et le repos, et instinctivement s’abstient de tous les mouvemens qui pourraient exercer une fatale influence sur son pelit.

L'état de plénitude de la jument ne la rend cependant pas impropre à Loute espèce d’exercice ou de travail; bien au contraire, le travail, lorsqu'il est modéré et continu, ne saurait que lui convenir. Il la tient toujours un peu fatiguée , l'empêche par là de se livrer à res mouvemens brusques et désordonnés par lesquels les chevaux manifestent leur gaité au sortir de l’écurie, et la préserve ainsi des conséquences fàcheuses qui peuvent en résulter tant pour elle que pour son petit. Le travail modéré a, en outre, l'avantage d’exciter l'appétit et d'activer l’énergie des forces digestives, qui doivent suffire, dans Ja jument pleine, au double entretien de la mère et du petit. Aussi est-il nécessaire de bien nourrir les jumens pleines qui travaillent, surtout lorsque la jument pleine allaite un poulain.

Une nourriture qui convient très bien aux jumens pleines, c’est ce que les Anglais appellent mash; c’est un mélange de deux proportions d’orge et d’une d’avoine concassées, sur lequel on a versé de l’eau bouillante et

cHaAP. 8°.

ue l’on donne aux animaux à la température üède. On se sert aussi des féveroles concassées pour le même usage. Ces alimens, d’après M. Huzard fils, dont l’ouvrage nous fournit souvent des matériaux, sont moins stimulans que l’avoine, mais n’en sont pas pour cela moins nourrissans.

Tout ce que nous venons de dire sur le travail et l'alimentation, n’a rapport, bien entendu, qu'aux cavales qui vivent dans une stabulation permanente ; car pour celles qui habitent toujours les herbages, l'exercice auquel elles se livrent dispense de les soumettre au travail, et d’ailleurs la nourriture peu swbstantielle qu’elles prennent ne suffirail pas aux perles. Quant aux jumens soumises à un régime mixte, c’est-à-dire tantôt à l'écurie, tantôt aux pâturages, pour elles le travail doit être plus léger encore que pour les premières.

Le travail doit aller en diminuant pour les jumens à mesure qu’elles approchent du terme de la gestation, et il doit cesser quelque temps avant la mise-bas. On doit se contenter alors de promener souvent la jument pleine au pas, afin de lui permettre de respirer un air pur, car il est souvent vicié et malsain dans les écuries ; mieux vaudrait encore, si la saison et les localités le permettaient, l’abandonner libre dans un enclos ou dans un pàturage. Mais si la saison était trop froide, ou si l’on n’avait pas d’enclos à sa disposition, on devrait alors la laisser libre dans une écurie assez chaude et bien aérée.

Enfin, une dernière indication à donner qui n’est pas moins essentielle, bien qu'elle soit souvent négligée, c’est d'apporter le plus grand soin au pansement des bêtes pleines. Personne n’ignore l’heureuse influence qu’exerce un pansement régulier et bien fait sur la santé des chevaux, et ie négliger, c’est se priver à plaisir d’un moyen puissant pour donner à la cavale des qualités précieuses, telles que la finesse et le lustre de la peau, la sécheresse des articuiations, etc., qualités qu’elle doit léguer en héritage à ses descendans.

SecrTion VIII. — De la mise-bas.

La mise-bas, le part ou la parturition, est l’acte par lequel le fœtus, développé pendant la période de la gestation dans l'intérieur de la matrice, en est expulsé avec ses annexes au terme de cette période.

Le terme le plus ordinaire de la gestation dans les jJumens est de 330 jours, le plus faible de 287 et le plus fort de 419.

L'époque de la mise-bas s'annonce dans la cavale par des signes non douteux et faciles à saisir. Quelques jours avant le part, le ventre est entièrement avalé, les flancs sont creux, la colonne vertébrale tout-à-fait voussée en contre-bas; les mamelles gonflées sont dures et sensibles, et laissent écouler à la pression un liquide gluant, visqueux, sans couleur; c’est le premier lait ou colostrum. La vulve gonflée et dilatée donne écoulement à une humeur muqueuse quelquefois sanguinolente.

Souvent la Jument se pose comme pour uriner, mais les efforts qu'elle fait n’aboulissent qu’à l'expulsion de quelques gouttes d'urine qui sortent avec le liquide visqueux dont nous venons de parler.

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