‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 342 sur 467 · LIV. iif · texte numérisé non relu

LIV. iif

encore une sourcede bénéfices pour l’éleveur. Toutefois, celui-ci comprendrait mal ses intérêts s’il voulait abuser de son ardeur. Quel que soit le service de trait auquel les jeunes animaux de quatre ans doivent être employés un jour, l’expérience a démontré qu’on peut indistinctement les soumettre tous au même travail.

Le régime du cheval de quatre ans est le même que celui du cheval de service ; seulement il serait peut-être bon de lui donner encore du vert à l’écurie en même temps que des grains ; par là on facilitera son entier développement.Cependant l’éleveur devra s’abstenir de soumettre à cettealimentation Îles animaux d’une constitution éminemment lymphatique; pour eux le régime des grains et des fourrages secs est le seul qui puisse combattre leur prédisposition aux maladies adynamiques.

Le cheval propre, par sa race et ses formes.

au service de la selle, a pu, nous. l'avons déjà dit, être employé sans préjudice depuis l’âge de 3 ans au travail du trait. C’est à 4 aus et demi qu'on doit commencer son éducation pour la selle lorsque préalablement il a été employé comme cheval de trait; mais, dans le cas contraire, on a dû commencer dès l’âge de 3 ans à le dresser au service qu’il fera plus tard. Il serait bien tard de commencer à 4 ans et demi; la liberté dont il aurait joui jusqu'alors rendrait trop difficile sa sujétion, et il faudrait avoir recours à des moyens extrêmes qui souvent tarent les chevaux. De bonne heure donc le cheval sera habitué à se laisser brider, seller et monter par un jeune garcon qui le promènera au pas, au trot et au galop. Négliger ces soins, c’est faire perdre aux poulains &@e selle uae très grande valeur ; les acheteurs ne veulent donner qu’un moindre prix d’un animal resté oisif depuis sa naissance et que son caractère sauvage rendra difficile à maitriser.

Lorsque le cheval de selle a été habitué aux mouvemens de l’homme, soit dans les travaux de la ferme, soit par l’espèce d'éducation qu'on lui a donnée depuis l’âge de trois ans, il est apte à entrer au manége et à en recevoir les enseignemens.

Le poulain propre à la course par 5a conformation, sa force et son énergie musculaire doit y être préparé dès l’âge de trois ans et demi. Plus tôt il n’a pas encore acquis assez de force; plus tard, c’est-à-dire passé quatre ans, il y a perte de temps pour lui, puisque depuis plus de six mois il aurait pu acquérir l’habitude de la course, habitude dont l'influence est telle qu’à force et énergie égales, celui des deux poulains qui a souvent couru l'emporte nécessairement sur l’autre. Pour habituer le cheval à l'allure et aux fatigues de la course. on le fait monter par un Jeune garcon léger de corps et intelligent, qui tous les 2 jours d’abord, et tous les jours ensuite, le Jance à l'allure rapide du galop. Les premières courses doivent être de peu de durée. Le coureur doit d’abord s'occuper à bien diriger et à maitriser le cheval, et puis il cherchera successivement à augmenter la longueur et la rapidité des courses. Au bout de peu de temps il sera facile de juger, en comparant la longueur par-

‘ courue avec le temps mis à la parcourir, si le

cheval est doué d'assez de vitesse pour paraître dans l’arène et disputer le prix. Obser-vons bien que dans tous les essais de ce genre le coureur ne doit point lancer son cheval au train le plus rapide dont il est susceptible, toujours il doit le retenir, car celui-ci doit sentir qu'il est capable de faire plus qu'il ne fait. C’est seulement dans l'arène et vis-à-vis ses concurrens qu'il doit déployer toutes ses forces.

Les allures du galop et du pas allongé sont les seules qu’on doive laisser prendre à un cheval de course. Il faut donc l’habituer à passer immédiatement du repos au galop sans l'intermédiaire du trot. Les chevaux de course qui trottent avant de galoper perdent toujours un peu de temps lorsqu'il s’agit de les lancer à l'allure de la course, et cette perte peut leur être préjudiciable lorsqu'ils en disputent le prix. En outre, les trotteurs ont rarement un galop franc et allongé.

Les alimens qu’il convient de donner au cheval de course sont ceux qui, sous le plus petit volume, contiennent en plus grande proportion des principes nutritifs. Car il est essentiel qu'un cheval de course ait le ventre aussi petit que possible, pour la double raison que moins le ventre est volumineux moins il pèse, et que, plus petite est la masse des viscères abdominaux, plus libres sont les mouvemens du diaphragme, et plus facile est la dilatation des poumons. C’est donc surtout l’alimentationavecles grains qui convient au cheval de course. Dans le but encore de diminuer l'ampleur du ventre on a conseillé de fractionner les rations des animaux de course, de ne leur donner que peu de nourriture à la fois, mais de leur en donner plus souvent. De cette manière la digestion est plus rapide et le séjour des matières alimentaires moins long dans le canal intestinal, L'on a raison aussi de ne pas les exciter à boire en mettant du son ou de la farine d'orge dans leur boisson. Les autres soins à donner au cheval de course sont de le panser au moins deux fois par jour, de le bouchonner fréquemment et d’exciter encore l’action de la peau par l’usage des couvertures de laine.

Lorsque l'éducation du cheval de course est achevée et qu'il est prêt à courir, il est presque indispensable de le préparer au terrain sur lequel il doit être lancé. Jamais les Anglais ne négligent ce soin, parce que l’observalion leur a démontré qu’un cheval se lance avec plus de hardiesse sur un terrain qu'il connaît déjà.

Tels sont les soins bien simples qu’il est nécessaire de donner au cheval que l'on prépare à la course. Nous ne parlons pas ici des moyens que mettent en usage les gens qui font métier de dresser des chevaux à cet exercice; les suées auxquelles ils condamnent ces animaux, les drogues qu'ils leur administrent, les recettes mystérieuses qu'ils ont en leur possession pour leur donner l'aptitude à la course sont toujours inutiles el impuissantes, et quelquefois nuisibles.

Les éleveurs doivent bien se convaincre

u'il suffit, pour entrainer un cheval, des soins discret et de régime que nous venons d'indiquer. Il est important qu'ils se chargent eux mêmes de ces soins. ils augmenteront

DES SOINS À DONNER AU CHEVAI

ainsi leurs bénéfices, parce que la plus grande valeur qu’ils donneront à leurs chevaux compensera et au-delà les frais de leur éducation,

P.-Tu. CoLLiGNoN, vétérinaire à Mantes.

SECTION XI.—Des soins hygiéniques à donner au cheval de travail.

A l’âge de cinq ans le cheval est arrivé à son entier développement, et peut rendre les services auxquels il est apte par sa conformaton; mais son utilisation efficace, et surtout durable, dépend de certaines conditions sans l'observation desquelles l’épuisement et la ruine l’auraient bientôt mis hors d’usage. Il n’en est pas, en effet, des êtres vivans comme des machines inertes, qui exécutent leurs mouvemens sans discontinuité, et ne se détériorent qu’à la longue par les frottemens de leurs rouages. Les animaux ne peuvent.

par leur nature, suffire à un mouvement con tinu ; il faut qu’èntre leurs momens d’action, il y ait des temps de repos, pendant lesquels ils réparent par la nutrition la perte de leurs forces, conséquence inévitable de leurs mouvemens : enfin, il faut que par les soins de l’homme, la surface de leur corps soit entretenue dans un état de poli et de luisant z24d1spensablement nécessaire à l'exercice de leurs fonctions et à la conservation de leur santé.

Nous traiterons des trois conditions indispensables à la conservation du cheval de travail, le pansage, le repos et l'alimentation.

& 1‘7.—Du pansage

Le pansage est une des conditions les plus influentes sur la santé du cheval, condition trop souveni négligée et dont l’inobservation est souvent la cause du dépérissement de beaucoup de chevaux et quelquefois même du développement de maladies redoutables. Les fonctions de la peau exercent sur toute l’économie une grande influence. Sans entrer ici dans des considérations théoriques pour démontrer les étroites sympathies qui unissent les fonctions de la peau à ceiles des organes internes je dirai seulement que la peau est continuellement le siége d’une transpiration dont les produits vaporeux, inapercus dans l’état de repos, deviennent sensibles pendant l'exercice, lorsque, sécrétés en grande quanüité, ils se condensent à sa surface et mouillent les poils qui la revêtent : en sorte que cet organe peut être considéré comme un emonctoire destiné à l'élimination en dehors de l’économie vivante des matériaux du sang qui ne peuvent plus servir à la nutrition des organes. Mais pour remplir celte importante fonction, il faut que la peau soit maintenue dans un état parfait de propreté, et que les pores dont elle est percée soient toujours béans pour donner passage aux matériaux de la transpiration. S'il n’en était pas ainsi, si, comme on le voit souvent, la surface de la peau était recouverte d’une couche de matières concrétées, résultat du mélange avec les produits de la sécrétion, des poussières en suspension dans l’air où contenues dans les fourrages, cette sécrétion serait, sinon toutà-fait tarie, au moins de beaucoup diminuee, et l’on verrait surgir des accidens bien graves

422 ANIMAUX DOMESTIQUES . DES CHEVAUX ET DE LEUR ELÈVE

Aünsi, il n’est pas rare de voir les animaux pour lesquels on néglige ces simples précautions hygiéniques, affectés de gale, de dartres, quelquefois même contracter la morve ou le farcin.

Du reste, pour bien apprécier l'utilité du. pansage et son heureuse influence sur la santé des chevaux, 1l suffit d'examiner les effets qu’il produit. Voyez, en effet, la différence qui existe, toutes conditions étant d’ailleurs supposées égales, entre un cheval régulièrement pansé chaque jour et celui pour lequel on néglige ces soins. Chez le premier, le poil est luisant et fin, la peau souple, les extrémités saines et bien déliées, l'œil vif, et tout témeigne de sa santé. Chez le second, au contraire, le poil devient terne, désuni, hérissé, les extrémités s’empâtent, la peau se dénude par place des poils qui la revêtent, et souvent la maigreur et l’abattement sont la conséquence des démangeaisons faligantes que lui fait éprouver le contact irritant des matières qui séjournent sur sa peau.

Les Anglais ont si bien compris l'utilité du pansage pour la conservation de la santé et de la beauté des chevaux, qu'ils l’emploient comme un moyen de les perfectionner; et c’est en apportant à son exécution l'attention la plus minutieuse, qu’ils sont parvenus à donner à leurs chevaux ces formes si nettes et si bien dessinées, caractéristiques de leur race.

A. Des instrumens du pansage.

Les instrumens qui servent au pansage sont l'étrille, Vépoussette, la brosse, l'éponge, le bouchon, le cure-pied, le peigne, les ciseaux et le couteau de chaleur.

1° L’étrille (fig. 244 et 245) est l'instrument

Fig. 245.

Fig. 244.

essentiel du pansage. On y distingue le coffre, plaque de tôle rectangulaire, dont les deux grands bords sont infléchis à angle droit et dentés en scie sur toute leur longueur. Du côté de cette inflexion, on remarque cinq lames de fer disposées verticalement et parallelement à ces bords, et toutes dentelées comme eux, à l’exception de celle du milieu qui forme le couteau de l’étrille, et dont le

ord uni se trouve un peu en dessous du niveau des dents.

Les quatre autres lames constituent, avec les bords recourbés du coffre, les rangs de l'instrument. Les dents des rangs sont destinées à pénétrer à travers les poils de l'animal jusqu'à la surface cutanée, et à enlever à cette surface la crasse adhérente; le couteau a pour usage de lisser les poils et de les dépouiller

Page 1