‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 343 sur 467 · LIV, 1IX · texte numérisé non relu

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de la poussière qui les recouvre. La crasse détachée du corps de Fanimal trouve une issue par les deux petits côtés du coffre, ou l’on dispose deux morceaux de fer nommés mareaux, au moyen desquels, en frappant l’instrument sur le pavé, on lui imprime des secousses qui en font tomber la crasse. — Le manche de l'instrument est en bois et s'attache au coffre sur le bord opposé aux marteaux.

2° L’époussette (fig. 246) est ordinairement

Fig. 249. 247. 250. 246. 248.

une queue de cheval munie d’un manche en bois. Elle sert, après le jeu de l’étrille, à eniever la poussière qu’elle a détachée de la surface du corps, et la remplace dans les régions où la peau est trop fine pour en supporter les frottemens.

3° Le bouchon est un faisceau de paille ou de foin, dont les tiges sont tordues sur elles- | mêmes; on s’en sert pour frotter la surface des poils après le jeu de l’étrille et de lPé- | poussette.

4° La brosse { fig. 247) sert comme létrille à détacher la poussière de la surface du corps, elle est munie sur son dos d’une courroie destinée à loger la main du palefrenier.

5° Le peigne (fig. 248), qui peut être de fer, | de cuivre, d'os, de boiïs ou de corne sert à dé- | mêler les crins.

! 6° L'éponge est employée pour laver les yeux, | les naseaux, le pourtour de la bouche, le four- | reau de l'animal, etc.

7° Le cure-pied est une tige de fer aplatie et recourbée en crochet, au moyen de laquelle on détache de dessous le sabot les matières qui peuvent y adhérer.

| 8° Le couteau de chaleur (fig. 249) est une ! lame d’acier flexible, mince et non tranchante, | munie d’un manche à chacune de ses extré- | mités, avec laquelle on racle la surface de la |

peau pour en faire écouler Peau ou lasueur qui en humecte jes poils.

B. Du mode du pansage.

Le cheval de travail doit être panse chaque matin à l'écurie si le temps est trop froid ou ; trop pluvieux, et au dehors préférablement si | la saison le permet.

| Dans ce dernier cas, le palefrenier lui met | un bridon et le sort de l'écurie. Puis, la main droite armée de l’étrille, il se place du côte droit de l’anñnal et un peu en arrière, saisit la queue de la main gauche, et promène son instrument sur sa croupe et sa fesse droite, en

cHaP. 8°.

le faisant agir avec rapidité et vigueur, et en embrassant dans chaque mouvement de son bras une assez grande étendue de la surface du corps; par les mouvemens rapides qu’il effectue à poil et à contre-poil, il détache la poussière de la surface cutanée, et en enlève une partie avec son étrille dont il la détache en frappant de temps à autre les marteaux sur les pavés. Il manœuvre ainsi successivement et de chaque côté sur toutes les régions du corps, à l'exception de la tète, du tranchant de l’encolure, de la base de ja queue, de l’épine dorsale, du fourreau ou des mamelles, et enfin de la face interne des cuisses sur lesquelles la peau est trop fine pour souffrir sans dowleur le contact de l’étrille. Puis après, il secoue avec l’époussette la poussière que l’étrille a détachée, et enfin, saisissant la brosse, il la promène successivement à poil et contre-poil sur touie la surface du corps, en ayant soin, pour la débarrasser de la crasse qu’elle ramasse et enlève, de la frotter à chaque mouvement sur les dents de l’étrille dont il tient le manche d’une main, pendant que de l’autre il fait manœuvrer la brosse.

Après avoir ainsi étrillé et brossé tout le corps, le palefrenier donne du luisant aux poils, en les frotiant dans le sens de leur direction avec le bouchon de paille ou de foin légèrement humecté ; puis il se sert de l’éponge pour laver les yeux, les naseaux, la vulve ou le fourreau, en ayant soin de changer l’eau fréquemment.

Pour laver les extrémités des membres, on se sert avec avantage d’une brosse longue nommée passe-partout (fig. 250), que l'on trempe fréquemment dans l’eau, et avec la quelle on enlève la boue adhérente aux poils des canons et des pâturons. Après le lavage on absorbe avec l'éponge l’eau qui imbibe les poils, ou bien on la fait écouler avec le couteau de chaleur.

Enfin, pour faire le complément au pansage, ou peigne les crins du toupet, de la crinière et de la queue, on Îes lisse avec l'éponge humectée, et on détache avec le cure-pied de la face plantaire des sabots les matières qui peuvent y adhérer ou être interposées entre la corne et le fer.

Après ce, le pansage est terminé, on recouvre l’animal et on le remet à sa place à l'écurie.

$ II. — Du repos.

Le repos est plus que le pansage encore, pour le cheval de travail, une condition essentielle de conservation, dont il est d'autant plus important de bien apprécier l’influence, que les conséquences des excès de labeur ne se manifestent qu'à la longue et que leurs rapports avec les causes qui les produisent sont difficilement saisissables.

Ainsi, pour mieux faire comprendre ma pensée, prenons pour exemple une entreprise

exploitée par un nombre donné de chevaux | ue |

dont l'alimentation soit aussi salubre possible, les conditions hygiéniques d’habitation et de pansage rigoureusement observées, le travail modéré, et chez lesquels enfin Ja santé n’ait jamais été troublée. Qu'arrivera- Lil si, je suppose, les travaux de cette exploi-

DES SOINS À DONNER AU CHEVAL

tation venant à augmenter, on n’augmentait pas en proportion ie nombre des animaux de travail, et si conséquemment, toutes les autres conditions restant du reste les mêmes, on les soumettait à des fetigues au-dessus de leurs forces ? D'abord l'influence du surcroît de iravail sur les chevaux serait tout-à-fait inaperçue ; pendant longtemps encore ils conserveralent toutes les apparences de la santé, l'appétit serait aussi avide pour l’avoine, le poil aussi luisant, l'œil aussi vif, les formes aussi énergiques : et les calculs d’économie paraîtraient alors d’autant mieux fondés, que leur justesse serait en quelque sorte démontrée par l’expérience. Les choses pourront rester dans cet état pendant 4, 5, 6 mois, un an même, sans aucun changement, sans aucun signe de dépérissement dans les animaux ; mais passé ce laps de temps, rien ne sera moins rare que de voir d’abord chez un ou deux chevaux les poils se hérisser et se ternir, les muqueuses se décolorer, les ganglions de l’auge se tuméfier, et l’appétit pour lavoine diminuer : peu à peu les accidens se multiplieront ; et l’on sera tout étonné de voir çà et là [dans les attelages, et à des époques rapprochées, un grand nombre de chevaux présenter successivement les mémes signes maladifs. Puis, après l'apparition de ces phénomènes, témoignages indubitables d’une modification fàcheuse survenue dans l’économie de ces animaux, on verra le jetage se déclarer par un des naseaux, la pituitaire s’ulcérer, et enfin la morve apparaître avec toute la série de ses symptômes. Enfin, plus tardles mêmes phénomènes se manifesteront successivement dans tous les attelages.tous les chevaux, jusqu’au dernier, deviendront morveux ou farcineux ou succomberont à des maladies adynamiques.

Tous les accidens dont nous venons de dérouler la série se lient d’une manière évidente pour les hommes observateurs, au défaut d'ur repos suffisamment réparateur accordé aux animaux de travail.

Le repos est donc pour le cheval ure condition essentielle de santé et de conservation. Et pour étre suffisamment réparateur, il doit avoir une durée double au moins de La durée du travail.

A. De l'habitation du cheval.

L’habitation du cheval recoit le nom d'écurie. Nous renvoyons, pour ce qui a rapport à son orlentation et à son emplacement, au chapitre de cet ouvrage qui traite des construcüons rurales (voy. vol. 1v, page 408) ; nous ne voulons parler ici que de ses conditions hygiéniques.

L'écurie doit être spacieuse, salubre et convenablement disposée pour permettre au cheval d'y prendre commodément sa nourriture et d'y jouir du repos réparateur deses forces :

. 1° Spacieuse. Pour satisfaire à cette condi üon, il faut que l'écurie ait au moins 12 pieds de hauteur et que son étendue permette d'accorder à chaque cheval, qui doit y être logé un espace de 60 pieds carrés, dont 5 en largeur et 12 en longueur. Dans une place qui présente ces dimensions le cheval peut jouir de la liberté entière de ses mouveinens, s’é-

tendre sur sa litière sans gêner ses voisins et sans être gêné par eux, eufin manger sa ration, sans avoir rien à redouter de leur avidité. te

Lorsqu’au contraire la limitation des places est trop bornée, les chevaux, entassés les uns sur les autres, se gênent mutuellement, les plus forts font la loi aux plus faibles, mansent une partie de leur ration et les empéchent de se coucher et de se reposer.

L'influence de cette exiguité de l’espace sur Ja santé des animaux est plus grande qu'on ne le pense généralement. La gêne continuelle qu’elle occasionne pour tous, ja privation de repos et souvent d’une partie de la ration qu'elle entraîne pour quelques-uns, sont des causes d’épuisement qui agissent puissamment surlout sur ces derniers, et concourent au développement de maladies redoutables. Dans les régimens de cavalerie, l'exiguité de la place que l'étendue des écuries permet d'accorder aux chevaux n’est peutétre pas la cause la moins influente de l'invasion des fléaux (r7orve et farcin) qui les déciment (voir Rec. Vétér.).

2° Salubre. La salubrite des écuries dépend de leur aération, de l’état de leur sol et de leurs murs; et enfin des soins de propreté qu'on leur donne.

A. Aération. Mélangé avec les produits de la transpiration cutanée et pulmonaire, infecté par les vapeurs qui s’exhalent des matières excrémentitielles, enfin, échauffé par, le contact des animaux, l’air des écuries leur deviendrait tout-à-fait nuisible et serait bientôt même impropre à entretenir leur vie, s’il n'était sans cesse renouvelé.

Pour prévenir ces fâcheux résultats, il est nécessaire que les murs des écuries soient percés, à leur partie supérieure, de nombreuses ouvertures, opposées les unes aux autres, à travers lesquelles puissent s'établir des courans dépurateurs.

Au moyen de cette disposition, l'atmosphère intérieure de l'écurie est dans un mouvement perpétuel ; l’air qui s’est échauffé el vicié au contact des animaux, devenu spécifiquement plus léger, tend à occuper les régions supérieures où il est entrainé par les courans, tandis que l'air plus pur et plus dense qui le remplace, obéit au contraire à un mouvement descendant, et vient occuper les régions inférieures, où il baigne les animaux , Jusqu'à ce qu'échauffé par leur contact, il s’éleve à son tour et soit remplacé par un air nouveau.

Dans les vastes écuries destinées à abriter un grand nombre de chevaux, il est inutile que les ouvertures des murs soient défendues par des châssis ou des vitraux. La santé des aniinaux ma rien à redouter des courans qui s’établissent au-dessus de leur corps, et leur présence suffit pour maintenir l’atmosphère à un degré detempérature assez élevé, malgré le renouvellement continuel de l'air.

Dans les grandes chaleurs il est cependant utile de fermer les ouvertures pendant le jour, du côté du midi, soit avec des toiles épaisses, soit simplement avec des nattes de paille, pour empêcher l'entrée des insectes.

Dans les écuries plus petites, destinées à loger seulement quelques chevaux, les châssis

ANIMAUX DOMESTIQUES : DES CHEVAUX ET DE LEUR ÉLÈVE

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de toile ou de verre, sont nécessaires aux ouvertures, parce que la présence des animaux ne serait pas suffisante pour maintenir l’atmosphère à un degré de chaleur assez élevé.

B. £tat du sol et des murs. Le sol des écuries doit être solide, tout-à-fait imperméable et légèrement incliné sous les animaux. Solide pour résister aux percussions de leurs pieds et ne pas former, en s’excavant, des trous qui présentent le double inconvénient de servir de réservoirs à l'urine et de fournir aux animaux une surface d'appui inégale sur laquelle leurs aplombs tendent à se fausser : imperméable, pour ne pas s’imprégner de matières excrémentitielles qui y fermentent, s’y décomposent et donnent naissance à des produits miasmatiques : enfin , légèrement incliné pour permettre l'écoulement des urines.

Le pavage avec le grès ou la brique, ou le planchéiage avec de forts madriers, peuvent remplir ces trois conditions. Mais pour les grandes écuries, le pavage de grès serré et solide est de beaucoup préférable aux briques par sa solidité, aux madriers par son prix moins élevé: seulement il faut l’entretenir avec soin et réparer Jes détériorations qui résultent de la désunion des pavés.

La terre battue et salpètrée, qui‘forme le sol de beaucoup d’écuries, est loin de remplir les conditions que nous venons d'indiquer; il faudrait, pour qu’elle devint assez résistante, qu'elle füt revêtue d’un béton de chaux, de sable et degravier.

Les écuries doivent être le moïns humides possible, et pour remplir cette condition, la brique, substance sèche et imperméable à l'humidité, doit être employée préférablement à toute autre matière dans leur constraction. Lorsqu'elles sont construites en pierres où en moellons, il faut, pour parer à l'humidité, avoir soin de revêtir de planches, ou, ce qui est moins coûteux, de paillassons nattés, ceux de leurs murs qui avoisinent les places occupées par les chevaux.

Cette précaution, utile pour les écuries élevées au nivean du sol, est indispensablement nécessaire pour celles qui sont souterraines.

C. Propreté des écuries. Les soins de propreté sont, pour la salubrité des écuries, des conditions essentielles, mais trop souvent négligées dans les campagnes, où l’on a l'habitude, afin de s’assurer de meilleurs engrais,

de laisser les famiers fermenter longtemps

sous les chevaux: cette pratique est mauvaise. parce qu'elle est préjudiciable à la sante de ces animaux, et qu'on peut obtenir d'aussi bons ämendemens en faisant fermenter les fumiers dans des trous creusés en terre.

Ainsi,chaque matin, les palefreniers devront enlever avec leurs fourches et faire sortir de l'écurie toute la litière convertie en fumier par le contact des urines et des excrémens:

ils relèveront sous l’auge celle qui placéesous le devant du cheval, n’a pas été mouillée et peut encore servir; puis, avec un balai de bouleau, ils nettoicront à fond sa place. Si les chevaux restent le jour à l'écurie, les palefreniers devront balayer de temps à autre les ruisseaux qui donnent écoulement aux urines et enlever avec une pelle et une vannelte les crotns dont les vapeurs infectent l'air.

OBAP. 8.

Enfin, le soir, lorsque les animaux reviendront du travail, on étendra sous eux la paille fraiche relevée sous l’auge qui doit leur servir de litière pendant lanwt.

d Disposition des râteliers et des mangeoires. Les râteliers et les mangeoires sont les meubles disposés à la place de chaque cheval, pour recevoir les alimens.

1° Le râtelier est une grille en bois de2 pieds et 1/2 à peu près de hauteur, destinée à iormer avec le mur devant lequel elle est placée une espèce de cage dans laquelle on met la ration de fourrage.

Dans la plupart des écuries, les ràteliers sont placés au-dessus de la mangeoire et inclinés en avant par leurextrémilé supérieure; mieux vaut, lorsque l’espace le permet, qu'ils soient disposés parallèlement au mur etsous un plan postérieur à celui de la mangeoire; dans ce cas, on les fait, reposer par leur extrémité inférieure sur la paroi postérieure de l’auge, et l’espace qu'ils interceptent entre eux et le mur est fermé par un autre grillage plus serré, el disposé transversalement, qui livre passage à la poussière des fourrages et la laisse tomber en arrière même de l’auge.

Les râteliers inclinés en avant el proéminens au-dessus de la tête des animaux, présentent l’iuconvénient de laisser tomber dans la mangeoire et sur leur crinière la poussière des fourrages qu’ils contiennent; ils sont en outre moins commodément disposés pour le cheval. Ils ne doivent donc être employés que lorsque l’exiguité de l’espace force de renoncer aux premiers.

2° L’auge de la mangeoire est une espèce de canal de 15 pouces de profondeur sur 1 pied de largeur et fermé par ses 2 bouts. Le bord supérieur de sa paroi antérieure est élevé audessus du sol de 3 pieds 3 ou 4 pouces environ. On peut la construire en bois ou en pierre; les auges de bois sont les plus ordinaires, les planches qui les forment doivent être épaisses, dures, résistantes et tellement bien assemblées qu'il n’y ait entre elles aucun espace dans lequel les alimens mouillés puissent séjourner et fermenter., Il est aussi nécessaire que le bord supérieur de la paroi antérieure soit garni d’une plaque de fer ou de zinc qui le protége contre la dent des che- Vaux.

Les auges de pierre ont sur les premières l'avantage d’être tout d’une pièce, d'offrir plus de resistance à la dent des chevaux, d’imperméabilité aux liquides, et enfin d’être plus faciles à nettoyer. Mais le prix trop considérable que demande leur construction leur fait le plus souvent préférer les auges de bois.

Le plus orainairement les mangeoires se trouvent soutenues contre le mur de l'écurie au moyen de pieds-droits ou de consoles espacés de distance en distance; en sorte qu’entre leur faceinférieure et le terrain ilexiste un espace libre dans lequel les palefreniers rangent chaque matin la litière des chevaux.

Cette disposition des mangeoires peut avoir des résultats fâcheux. Il arrive quelquefois, en effet, que les chevaux étendus sur leur litière engagent leur tête dans cet intervalle vide, et qu'en serelevant ils la heurtent avec violence contre le bord inférieur

DES SOINS A DONNER AU CHEVAL

de la mangeoire, et se donnent sur la région de l’occipital des contusions dont les conséquences peuvent être très-graves.

Pour prévenir les accidens possibles il suffit de combler l'intervalle vide de dessous l'auge, soit avec de la maçonnerie, soit avec des planches disposées verticalement au niveau de la face antérieure de la mangeoire.

Du reste, que les auges soient de bois ou de pierre, il est nécessaire que les palefreniers aient la précaution de les laver tous les jours, et en outre, à chaque repas qu'ils donnent au cheval, de les nettoyer avec un bouchon de paille des restes du repas précédent. Sans cette précaution, les matières a demi mâchées et imprégnées des sucs salivaires pourraient séjourner dans la mangeoire, y fermenter, lui communiquer une odeur infecte et dé:

goûter les animaux.

$SIII.—De l’alimentation du cheval de travail.

Pour les animaux dont on utilise les forces motrices au déplacement des résistances, l’alimentation n’est pas seulement une conditioni d'existence, mais bien encore une condition d'aptitude à rendre le plus de services possible : elle doit avoir pour but de fournir à la machine vivante les matériaux nécessaires à son entretien, et de donner, peur ainsi dire, à ses ressorts, le degré de trempe et de solidité en rapport avec les forces qu'elle doit développer pour mouvoir les résistances.

La question que nous avops à résoudre est donc celle de savoir quel est le mode d’alimentation le plus convenable au cheval de travail, pour l’entretenir en état de santé et lui douner les forces et l’énergie nécessaires à l'exécution des services qu'on exige de lui.

Nous allons examiner si le mode d’alimentation actuellement adopté est convenable, et s’il en est un autre qu'il faille lui préférer.

A. De l'alimentation actuelle du cheval.

L'alimentation actuelle du cheval de travail a pour base la paille, le foin, le son et principalement l’avoine.

1° La paille. De loutes les pailles des gramipées, celle du froment est la plus usitée pour la nourriture du cheval, parce que de toutes elle est réputée la plus alimentaire et qu'il la préfère à toutes les autres.

Les propriétés alimentaires de la paille de froment sont démontrées par l'expérience, contradictoirement à l'analyse chimique. Les chimistes n'ont en effet trouvé dans la paille que 2 pour 0,0 de principes nutritifs, et cependant, en Angleterre, on nourrit exclusivement avec de la paille les vaches qui ont cessé de donner du lait. En Pologne, et dans le midi de l'Europe, elle est l'unique aliment des chevaux, des ânes, des mulets et des bœufs qui ne travaillent pas; ce qui Jmplique évidemment la fausseté de l'analyse. Enfin, en 1830, on a renouvelé les essais faits au siége de Carcassonne du temps de la ligue par Envert de Chamipaigne, et on est parvenu à extraire. par la mouture, de la paille de froment une farine bise analogue, par sa saveur el par ses propriétés, à la farine des grains de ble.

La paille se donne en botte, broyée où ha-

chée. En botte, la paille n’est jamais mangée en totalité par les animaux dont elle n’est pas l'unique aliment. Ils choisissent parmi les tiges les plus succulentes ou les plantes fourragères dont elles sont toujours entremêlées, et foulent aux pieds le reste pour leur servir de litière ; broyée par les procédés d’égrenage, elle est d’une mastication plus facile et mangée en plus grande quantité; enfin, hachée et mêlée au son ou à l’avoine, elle est mangée en

resque totalité, et fournit à l'appareil digestif

ien plus de matériaux nutritifs, car elle y est soumise à une élaboration beaucoup plus parfaite; c’est donc sous cette dernière forme qu'il convient de donner la paille. Sa quantité par Jour est de deux bottes ou environ 15 livres.

2° Du foin. Le foin est pour le cheval de travail un excellent aliment dont il est fort avide. Il est très-riche en matériaux nutritifs et présente en outre l’avantage de servir de lest aux organes digestifs.

On le donne à la dose de 15 à 20 livres par jour.

3° Du son. Le sonest de tous les alimens du cheval de travail le moins propre à entretenir ses forces, parce qu’il est peu riche en principes nutritifs, depuis que par lamouture etle blutage actuels, la proportion de farine que lui laissaient les anciens procédés n’est plus que de 20 pour 0/0; aussi les animaux qui s’en nourrissent principalement sont-ils mous, et peu capables de suffire à de pénibles travaux.

Ajoutons que cet aliment est susceptible de fermenter facilement dans l’intérieur du tube intestinal, de s’y agglomérer en pelotes et d’occasionner des indigestions très-redoutables. Pour ces motifs le son ne doit entrer qu’en très-petite proportion dans la ration journalière du cheval de travail, et la quantité qu'on lui accorde doit toujours être mouillée ou tenue en suspension dans les boissons. Mêlé avec l’avoine ou la paille hachée, le son est d’une digestion plus facile.

4° De l’avoine. L’avoine est l’aliment par excellence du cheval de travail, celui dontilest le plus avide, et qui, par les propriétés excitantes dont il jouit à l’état de crudité, est le plus propre à lui donner de la force et de l’énergie; aussi, de tout temps, ce grain a-t-il été employé presqu’a l'exclusion de tout autre pour l'alimentation des chevaux destinés à des services qui exigent un grand déploiement de forces.

L'action de l’avoine sur l’économie du cheval est une action toute spéciale, dont on a cherché l'explication par l’analyse chimique. Elle a démontré dans ce grain une proportion peu considérable de principe féculent eu égard aux propriétés nutritives dont il jouit (59 pour 0/0 seulement), de la gomme, du sucre, et en outre 6 pour 0/0 de gluten, et dans son écorce un principe aromatique auquel on attribue les effets qu’il produit sur l'organisme du cheval.

Peut-être que les propriétés de l’avoine doivent être attribuées, non-seulement au principe stimulant qu’elle contient, mais aussi à ce que le sucre que l'analyse y démontre éprouve, dans l’appareil digestif, une véritable fermentation en vertu de laquelle il est converti en alcool ?

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