‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 344 sur 467 · LIV, II · texte numérisé non relu

LIV, II

L’avoine doit se donner au cheval de travail à la dose d’un boisseau par jour {12 litres), et même d'un boisseau 1/2 s’il est de forte taille et si ses travaux sont rudes.

Le cheval de travail doit faire trois repas par jour : un le matin, le second à midi, et le troisième le soir. Les repas du matin et du soir consistent en une botte de paille, 1/2 botte de foin et 1/3 de boisseau d’avoine; et celui de midi, en une botte de foin et 1/3 d'avoine.

Telles sont les substances qui de tout temps ont servi à l'alimentation du cheval, et y servent de nos jours encore. Ces substances semblent, en effet, être les plus convenables, non-seulement parce qu’elles sont riches en principes nutritifs, mais encore parce que, sé- Journant longtemps dans le tube intéstinal, elles maintiennent ses fonctions toujours en activité, empêchent le sentiment de la faim de s’y manifester, et le Zestent pour ainsi dire jusqu’à ce qu’elles aient subi une complète élaboration. J’explique ma pensée : — le tube intestinal des animaux herbivores jouit de la propriété de convertir en substances animales les produits du règne végétal qui servent à l'alimentation. Mais comme par leur nature ces produits résistent longtemps à l’élaboration digestive, le canal intestinal des herbivores présente de nombreux replis, de vastes réservoirs dans lesquels ils doivent longtemps séjourner pour y subir cette élaboration, en vertu de laquelle ils sont chymufiés et animalisés. Il est donc dans les lois naturelles que les intestins des herbivores soient toujours remplis et en quelque sorte lestés par les matières qui servent à leur alimentation. Si cette condition n’était pas satisfaite, l’état de vacuité du tube intestinal donnerait naissance au sentiment de la faim et à la faiblesse musculaire qui l'accompagne. -

Ceci étant posé, examinons si l’alimentation panaire est susceptible de remplacer la paille, le foin, l'avoine et le son dans lalimentation du cheval de travail.

B. De l’alimentation panaire proposée pour les chevaux.

On a proposé l’alimentation panaire pour le cheval, parce que dans les années stériles ou pluvieuses, lorsque les récoltes d'avoine et de fourrages sont peu abondantes ou de mauvaise qualité, la hausse du prix de ces denrées est pour le propriétaire de chevaux la source d’un très-grand surcroit de dépenses.

C’est donc dans un but économique qu’on a tenté s’il ne serait pas possible de substituer à l’avoine, dans l’alimentation du cheval, des substances qui pussent jouir de ses propriétés nutritives sans être aussi dispendieuses.

Les pains proposés pour remplir ce but sont composés de différentes farines de graminées, de légumineuses ou de solanées, associées à un condiment dont on forme une pâte fermentée et que l’on cuit au four. ;

On a dit 1° que ces pains présentaient l’avantage d’être beaucoup plus digestibles pour l'estomac du cheval, parce que la fermentation panaire avait rendu plus facilement assimitables les substances qui entraient dans leur composition ; 2° qu'ils renfermaient dans un poids donné plus de substances nutritives

que dans le même poids d’avoine en grain, et que conséquemment il y avait avantage à remplacer 12 livres d'avoine par 8 livres de pain; 3° enfin qu'ils étaient aussi excitans que l’avoine, puisqu'il entrait du sel dans leur composition; et à tous ces avantages on a ajouté celui de l’économie.

L'économie est évidente, comme on le verra lus loin, mais 1l n’en est pas de même pour a réalité des avantages que nous venons de

citer.

Et, en effet, si on se rappelle ce que nous avons dit tout à l'heure sur la nécessité de la présence continuelle, dans le tube intestinal des herbivores, d’une certaine quantité de matières alimentaires qui lui servent de lest, on verra qu'il y a plutôt inconvénient qu'avantage à donner au cheval des alimens qui, peu volumiseux et rapidement digérés, laisseront les intestins vides et inactifs. Le sentiment de la faim se développera rapidement, et fera perdre au cheval de sa force et de son courage. Celte assertion est si vraie, que, dans ces pays où l’alimentation panaire est depuis longtemps en vogue, les chevaux doivent être alimentés sur les routes à des intervalles trèsrapprochés pour être capables de suffire à leurs services.

Disons maintenant que le sel est loin de jouir des propriétés specifiques du principe stimulant de l’avoine, et qu’à cet égard le pain ne saurait la remplacer ; ajoutons enfin que si le pain renferme sous un volume donné plus de principes nutritifs que l’avoine (chose qui est loin d’être prouvée), il contient aussi une quantité d’eau beaucoup plus considérable (dans le rapport de 4 et même de 5 à 1), et qu'a cet égard 1l doit être considéré comme un aliment aqueux et débilitant pour l’économie du cheval.

Il est donc inadmissible de croire que le pa puisse remplacer l’avoine dans l’alimentation du cheval, puisque, loin de favoriser comme cette derniere le développement musculaire, il agira comme tous les alimens aqueux et nutritifs en portant son aclion sur le développement de la graisse.

Examinons, du reste, les résultats de l’expérience.

Déja depuis plusieurs années en France et dans plusieurs autres pays, l'alimentation panaire avait été tentée pour les chevaux avec plus où moins de succès; en 1826, M. Dar- BLAY proposa, pour nouvelle nourriture des chevaux, un pain composé de 1/3 de farine bise de froment, 1/3 de farine de féveroles, 1/3 de farine d'orge; il le donna à la dose de 4 kilog. par jour pendant deux mois à deux chevaux de poste, déja vieux et usés, et sous ce régime ils purent résister au travail le plus rude de la poste; enfin, en 1829, on essaya a l’écoie d’Alfort de nourrir trois chevaux de troupe avec du pain composé de parties égales de farine de féveroles, de seigle, et de froment de quatrième qualité; le pain était donné à la dose de 4 kilog. par jour, moitié le matin, moilié le soir, et au bout de plusieurs semaipes, il rendit les chevaux plus mous et plus aptes à suer.

Mais ce n’est qu’en 1834 que l'expérience a élé faite en grand à Paris et d’une manière tout à fait décisive.

DES SOINS À DONNER AU CHEVAL

Les pains qui servirent pendant quelques mois à l’alimentation des chevaux dans plusieurs grands établissemens de Paris, n’avaient pas tous la même composition.

Les plus employés furent les pains dits feu lard, du nom du boulanger qui les fabriquait.

Ils étaient composés avec beaucoup de farine d'avoine, un peu de farine d'orge, un peu de farine de féveroles, de la farine de iroment de bonne qualité, et un peu de sel.

Ces farines, non biutées, étaient mouillées, manipulées pour former une pâte fermentée, que l’on cuisait au four sous la forme de pains convenablement desséchés. Ces pains ou tour-

. teaux pesaient 4 kilog. Pour les donner aux

chevaux, on les coupait par morceaux et on les leur faisait manger, soit isolément, soit avec de l’avoine; quelques chevaux les refusaient les premiers jours, puis ils finissaient par les manger avec plaisir et avidité, surtout lies vieux chevaux qui les préféraient aux grains d'avoine.

Un tourteau du poids de 4 kilog. devait remplacer la ration de 12 livres d'avoine de première qualité ou un boisseau.

L'économie que le propriétaire obtenait de celte alimentation était évidente : le boisseau

d'avoine élait vendu Pense il rie 0Ve;:

Les 4 kilog. de tourteaux coùfaientre et St mis SUN O 72

L'économie élait par jour de O0 fr. 48 c.

en supposant la ration journalière d’un boisseau.

M. Dailly, maitre de poste de Paris, fit fabriquer des pains qui étaient composés de 1/3 de résidu de marc de pommes de terre et 2,3 de farine quatrième qualité, avec un mélange de balles de blé ou de paille hachée et un peu de sel.

Deux livres de ce pain coupé en morceau remplaçaient un quart de la ration d'avoine, et un autre quart de cette ration était remplacé par un quart de boisseau de seigle gonflé dans l’eau et conséquemment plus volumi ueux. En sorte que la ration de chaque cheval consistait en 1/2 boisseau ou 6 livres d’avoine, 2 livres de pain, et 1,4 de boisseau de seigle, plus une botte de foin et une botte de paille.

L'économie était pour chaque cheval de 30 C. par Jour et de 109 fr. 50 €. par an.

Ces pains associés à une partie de la nourrilture ordinaire ont formé pendant plusieurs mois, dans quelques grands établissemens de Paris, l’alimentation des chevaux employés à leur exploitation, mais les effets qu'ils produisirent bientôt sur leur constitution ne tardèrent pas à déjouer les espérances qu’on avait pu concevoir tout d’abord. Dans les premiers mois, en effet, où l'alimentation panaire fut essayée, le succès parut en couronner Ja tentative : sauf quelques signes de mollesse que donnèrent les animaux dans les premiers Jours, ils conservèrent pendant longtemps sous ce régime la vigueur et l'énergie nécessaires à l'exécution de leurs services, et les propriétaires eurent à se louer de notables économies dans le budget de leurs dépenses.

Mais lorsqu’à la longue la constitution des chevaux eut élé profondément modifiée sous

cette influence alimentaire, ils tombèrent alors dans nn tel état de faiblesse et de maigreur, qu'ils se trouvèrent dans l'impossibilité absolue de continuer leurs services jusqu’à ce qu’ils eussent recouvré leurs forces sous l’influence de l’ancien mode d'alimentation. Tous, cependant, ne revinrent pas de l'atteinte profonde portée à leur constitution; il y en eut un grand nombre chez lesquels ie mal fut

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