‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 357 sur 467 · LIV, HIT · texte numérisé non relu

LIV, HIT

mens. Là, des ânes de 2°, 3° et 4° choix ne reçoivent que tout juste ce qu’il faut pour leur donner une vigueur et une santé moyenne.

Les uns sont gardés constamment à l’étable, les autres n’y sont tenus que pendant la durée du saut et les temps de neige et de fortes gelées, et sont envoyés au pacage dans de mauvaises landes le reste de l’année.

Dans quelquesautres localités, au contraire, lorsque la monte est faite, on les emploie à divers genres de travaux, et alors on jes nourrit un peu mieux à l’étable. Nous pensons que cet usage, loin de leur être nuisible, leur est profitable. En effet, en leur continuant une nourriture forte et abondante, un travail modéré ne peut qu'être propre à leur donner de la force et de la santé, tandis qu’une constante oisiveté les use el les énerve.

Daus les domaines environnans sont placées une ou deux poulinières de race quelconque, le plus souvent des bêtes usées, petites ou grandes, tantôt bonnes, tantôt mauvaises, dont on n’a d'autre soin que de les mener chaque matin, sans précaution, dans les landes, dans les plus mauvais pâtis, et seulement après que les bœufs et les vaches ensuite les ont éprt més et foulés, et de les rentrer le soir dans une étable garnie d’une couche de fumier d’un pied d'épaisseur où elles ne sont l'objet d'aucun soin; aussi leur robe est-elle toujours salie de terre et de fumier, et leur crinière enchevêtrée au point qu'on ne saurait la deméler sans la couper. C'est ainsi qu’en hiver comme en été, par mauvais comme par beau temps, sont pansées ces malhenreuses bêtes, si ce n’est pourtantlorsque la neige qui couvre la terre, ou la glace et ia gelée qui arrètent toute végétation, ont flétri et brûlé l'herbe au point qu'il est impossible à lanimal de la saisir et de la pincer; alors on leur donne à l’écurieles balles, graines et poussière (vulgairement sezice) qui tombent du foin en le secouant, ou les balayures et immondices de la grange, et ce n’est qu’au jour de Paccouchement, où encore tout au plus le lendemain, qu'on leur donne un peu de foin pur.

Enfin la mulaise n’est guère mieux traitée et elle est envoyée avec les mères dès qu’elle peut marcher, ce qui a lieu presque immédiatement, Ces jeunes mulets n'ont pour tout aliment dans les premiers temps que le lait de la mère, peu abondant lui-même, vu la mauvaise pâture qu'elles reçoivent, et plus tard quelques poignées de foin qu'on leur donne à grand regret, quand ils peuvent le broyer sous leurs jeunes dents; aussi n'obtient-on jamais que de faibles produits, et la moyenne des ventes, au bout du même temps que les premières, est-elle, année commune, de 75 à 80 francs au plus. Mais les paysans, en général, n'aiment pas les chevaux, les soignent mal, et regretteut même la mauvaise nourriture qu’ils leurs donnent.

Aussi ferons-nous observer encore que tandis que dans les cantons où l’on soigne l’étéve la réussite annuelle est au moins de quatrevingt-dix sur cent jumens saillies, elle n’est dans ces localités que de cinquante au plus, ce qu’il faut attribuer : 1° à linfériorité, au mauvais choix et à la faiblesse des étalons, trop surchargés et mal pansés ; 2° au peu de

tances, et par cette raison surchargés de ju- ! disposition et d'aptitude à la conceplion des

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poulinières affaiblies et refroidies par le manque d’alimens et l’allaitement; 3° à la fréquence de l'avortement produit par ces causes et par l'absence des soins indiqués pour les ânesses pleines et nourrices.

Néanmoins, et malgré -un si mince succès relatif, a-t-on encore un immense avantage à élever des mules de préférence à des chevaux, car, 1° Landis que la mulasse réussit presque toujours et ne coûte aucune peine, les poulains, quoique bien soignés, sont souvent emportés par la gourme ou n’ont qu'une Jeunesse souffrante et maladive, et sur cent à peine en échappe-t-il cinquante; 2° quand au bout de huit à dix mois, au plus, un inulet se vend aisément de 60 à 240 francs, difficilement parvient-on à vendre, au bout d'un an, un poulain de 40 à 80 francs, encore faut-il qu’il ait de la taille et des formes assez belles. Est-il défectueux ou malingre, ou n’en trouve le plus souvent rien du tout.

Il n’en est point ainsi d’une mule, qui se débite toujours, si pauvre, si mince qu'elle soit.

Le Languedoc, le Périgord, le bas Limousin, le Jura, l'Isère, l'Aveyron élèvent aussi quelques mules, mais de qualité et en nombre bien inférieurs. Enfin par toute la France, dans le midi surtout, il s’en fait quelques-unes; néanmoins, hors les pays ci-dessus désignés, ce n’est qu'une industrie accessoire.

Cette production devient d'autant plus précieuse aujourd’hui, que l'Espagne, abrutie par ses moines, déchirée par les dissensions civiles, semble avoir abandonné une spéculation pour elle jadis si avantageuse, et tire de nous maintenant les mules qu’elle nous vendait autrefois.

$ III. — Usage, utilité, avantages.

Les mules ei les mulets sont susceptibles d'être appliqués aux mêmes usages que les chevaux ; comme eux on peut les employer soit à porter l’homme, soit à recevoir la charge, soit à trainer la voiture, la charrue, etc.; seulement il s’agit de choisir pour chaque travail l'animal qui lui est propre.

Les mulets qai conviennent au bât, à’ la charrette, à la charrue, etc., sont ceux dont l’encolure est courte et forte, les formes carrées, le corps épais, le dos et les reins larges et droits et plutôt bombés que concaves, le flanc petit, les membres forts, parallèles et bien dans leur aplomb, le jarret bien développé, le canon ou métacarpe gros, égal, sain el uet, le fanon saillant et recouvert d’une forte houppe de poils ou bien moustaché, le pàäluron moyen, plutôt un peu court que trop long, le sabot gros, arrondi en pince, large et ouvert du talon.

Ceux qui sont destinés, au contraire, à être montés doivent avoir une conformation moins malérielle, plus élégante, la tête plus haute, plus fine, l'oreille plus courte, l’encolure plus dégagée, le corps plus allongé, le garrot plus relevé, les reins droits (jamais voussés), afin qu'ils aient plus de souplesse dans leurs mouvemens que leurstructure rend naturellement un peu durs. On exige du reste que, comme les premiers, ils soient bien établis, qu'ils aient des aplombs réguliers, mais les membres plus fins, l’épaulé plate, l'avant - bras

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