‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 356 sur 467 · DE L'ÉLÈVE DU MULET · texte numérisé non relu

DE L'ÉLÈVE DU MULET

moins que lui, plus sobre, plus robuste, moins sujet aux maladies que le cheval, il ne redoute pas comme lui la chaleur et les brusques changemens detempérature;il résiste aussi mieux à la fatigue qu'aucun d'eux, conserve plus longtemps sa vigueur, et est doué de plus de longévité. 11 dure, dit-on, de quarante à cinquante ans,et l’on en cite même un dans Athènes qui vécut jusqu’à quatre-vingts ans.

Comme chez les ânes et les chevaux, l’âge du mulet se juge par les dents. Il est très-rarement malade et ne devient jamais poussif, ce qui tient sans doute à ce qu'il est plus sobre et moins ardent que le cheval.

Les Hébreux, les Grecs et les Latirs ont connu le mulet. Mais où et quand a-t-il paru pour la première fois? D'où procède-t-il, du fait de l’homme ou du caprice du hasard?

Voilà des questions qu'il ne nous est pas donné de résoudre. En produisait-on en France avant l'introduction des baudets d'Espagne, au xvrr° siècle ? C’est ce que nous ne savons pas davantage. Tout ce que nous pouvons affirmer, c’est que cette industrie n’a pris du développement qu'a dater de cette époque.

Il est fort difficile de reconnaitre dans le mulet la race de ses producteurs. Aussi dans le commerce ne s’enquiert-on pas de la race des ânes et des jumens dont sont issus les mulets, et ne considère-t-on communément en eux que la taille, le corsage, la force et la bonne conformation des membres; et comme ces diverses qualités tiennent le plus souvent aux localités, c'est aussi d'ordinaire d'après leur provenance qu’on les désigne, et on les distingue en mulets de Poitou, mulets de Gascogne, etc. On préfère les premiers pour le trait et la charge, comme plus gros, plus matériels, plus robustes, parce que, dans ce pays, on s'applique à avoir de beaux ânes et de fortes jumens bretonnes, tandis que pour la selle on préfére les seconds, parce que, comme leurs parens, ils ont une taille plus haute. plus élancée, et des formes plus gracieuses.

Il faut donc, seion qu'on veut obtenir des mules de somme, de trait, de selle ou de voiture, prendre des poulinières svelles et légères, où de grosses et fortes cavaies.

Ainsi que. des chevaux, on rencontre des mulets sous presque toutes les robes. Le pelage le plus commun est le bai-brun et noir mal teint. Les mulets ont parfois, comme les ânes, la bande cruciale; mais,de même que chez eux, on ne la rencontre que dans les animaux de couleur claire. Quoique provenant de baudets à longs poils, ils ont en général le poil ras. Ceux qui, dans leur jeunesse, ont le corps couvert de soies longues et pendantes, eomme les ânes, sont plus.estimés que les autres, mais ils sont rares ailleurs qu’en Poitou, où ils sont presque tous ainsi, du moins ceux qui proviennent des jumens maraichères. Du reste, cela disparait au bout de la première année ou quand ils cessent de téter, et ils ne diffèrent alors en rien des autres ; mais ils deviennent, dit-on, plus forts et plus beaux.

$ Il. — Propagation et élève du mulet.

Quoique les mulets se distinguent en mâles

et lemelles, et que chez tous, les organes de la génération sojent parfaitement conformes,

quoiqu’ils aient, ainsi que leurs parens, beaucoup d’ardeur pour le coït, il est reconnu aujourd'hui qu’à l'exception de quelques cas ien rares, ils sont incapables de se reproduire, et que leur fécondité n’est jamais transmissible. Le seul moyen de lesmultiplier, c’est l’accouplement de l’âne et de la jument.

Lorsque l'Espagne permit l'introduction en France des beaux ânes dont elle avait Jusque-la prohibé la sortie avec un soin jaloux, le gouvernement, désireux de faire des essais comparatifs, plaçca des baudets - étalons dans différentes provinces du royaume. Mais, soit ignorance, soit incurie, soit enfin vice inhérent aux localités impropres à ce genre de produit, la Gascogne et le Poitou sont restés seuls en possession de la propagation des belles mules. Eux seuls ont couservé pure la race des baudets d’Espagne, et se livrent d’une manière fructueuse, et sur une grande échelle, à l’élève et au cominerce des mules.

En Poitou ce n’esi que dans les quarante cantons désignés à l’article 42e que la production et l’élève de la mulasse est exploité.

Là se trouvent, à des distances fort rapprochées, des haras composés des plus beaux individus de l’espèce; la les propriétaires et les riches fermiers ont de belles et fortes jumens bretonnes au poitrail, au coffre, à l'abdomen et à la croupe bien développés; en un mot, et en termes du métier, des jumens bien membrées, bien corsées, et qui, bien pansées, bien nourries, ne sontemployées qu'a produire.

Celle qu’ils préfèrent surtout est une race de jumens dites maraichères, parce qu’elles sortent des marais Saint-Gervais; ce sont des bêtes bien allongées, bien ouvertes, bien croisées, mieux coftrées que toutes les autres, et ayant le poil souvent long de six pouces.

La monte de ces jumens a lieu dans les mois d'avril, mai et juin, et la durée de la gestation est de onze mois à un an. Pendant tout ce temps on a d’elles un soin tout particulier, et on les entoure de toutes les précautions indiquées pour les ânesses.

Durant l'allaitement, les premiers jours surtout,on les nourrit mieux et plus abondamment encore. Les plus gras pâturages en été, les fourrages les mieux choisis en hiver, le son, l'orge, l’avoine et souvent même le pain, telle est la nourriture qu’on leur prodigue pour entretenir leur embonpoint et augmenter leur lait. On nourrit de même leurs petites mules dès qu’elles sont en état de manger quelque chose, ce qui a lieu au bout de quelquesjours; aussi n’est-il pas rare de voir vendre quelquesunes de ces mules, à l’âge de huit à dix mois, 700 francs et au delà, et la moyenne de leur valeur est-elle toujours de 4 à 500 francs. Le sevrage a lieu au bout de sept à huit mois et s'opère le plus souvent par la mère elle-même. C’est le moment de nourrir fortement les jeunes mules, si l'on ne veut pas les voir périr.

Dans les autres parties de la circonscription plus éloignées du centre et placées en dehors de la limite désignée, il s'élève aussi bon nombre de ces animaux; mais il s’en faut de beaucoup que l’élève des mules soit aussi bien traitée que dans la partie centrale. Il n’existe que de chétifs haras placés à de grandes dis-

ANIMAUX DOMESTIQUES : DE L’ANE ET DU MULET

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