‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 393 sur 467 · DU PORC DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

DU PORC DOMESTIQUE

$ II.— Cochon du Cap.

Cette espèce (fig. 282) est remarquable par la Fig. 282.

petitesse de sataille, qui ne surpasse point celle de nos porcs ordinaires à l’âge d’un an. Elle jouit d’une grande disposition à s’engraisser ; sa chair est fort délicate; son pelage est noir ou marron foncé; les oreilles sont droites; la queue est pendante et terminée par une mèche de soies un peu gaufrées. On la rencontre dans toutes les parties méridionales de l’Asie, dans toutes les îles de la mer du Sud, daus l’Australasie, Afrique méridiopale et l'Amérique du Sud. Nous devons sa connaissance à M. le baron des Ecotais qui l’a ramenée du Cap de Bonne-Espérance. Il y a lieu de croire que les porcs chinois, les pores de Siam, etc., descendent de la même souche que ceux du Cap, et qu'ils sont moins éloignés de leur origine que les porcs européens ne le sont de la leur.

Le croisement de ces espèces avec la nôtre a produit en Angleterre plusieurs variétés importantes.

$ IV. — Babiroussa.

Cet animal (fg. 283) paraît avoir été connu Fig. 283.

des anciens, mais fort imparfaitement, et il n’esthien cownu des naturalistes modernes que depuis le voyage de découvertes exécuté sur l'Astrolabe par M. Dumont d'Urville, qui ramena des babiroussas vivants. Danssa jeunesse il est difficile de le distinguer des autres races de cochons; ce n’est que dans l’âge adulte que sa physionomie devient totalement disüincte, surtout chez le mâle, dont les défenses supérieures percent la peau du museau et se recourbent au point de s’enfoncer quelquefois dans les chairs du front. Leur tête est petite: les oreilles pointues, droites et dirigées en

arrière; la queue grèle, nue, terminée par un peiit bouquet de poils, ne se tortille point. La forme générale du corps est trapue et arrondie ; le mâle, dans un état complet d’embonpoint, est comme cylindrique; la chairest aussi savoureuse que celle des meilleurs sangliers d'Europe. Cet animal mériterait donc d’être soumis à la domesticité, qu’il subirait sans doute fort bien après quelques générations, car il s’apprivoise facilement dans son pays natal et témoigne de l'affection et de la reconnaissance à ceux qui le soignent. Dans les Moluques, où le babiroussa vit à l’état sauvage, il n’a jamais été fait de tentatives pour le soumettre au joug de l’homme. l’entreprise serait cependant fort intéressante et nous semble d'autant plus facile qu'il a été constaté que le babiroussa mâle s’allierait volontiers à des truies domestiques. Du reste, il se nourrit comme le cochon d'Europe, mange de tout, même de la viande dont il ronge des os en les tenant entre ses pattes comme font les chiens. La longueur de son corps est d'environ 1 mètre et la hauteur de 70 centimètres; sa peau est rude et épaisse ; tout le corps est parsemé de poils assez rares, très-courts, sortant de petits tubercules et de plis qui contribuent à donner à la peau sa rudesse, et la font ressembler un peu à celle de l’hippopotame ou de l'éléphant.

$ V.— Le pécari.

Le pécari (fig. 284), dont le rapport avec les Fig. 284.

cochons de la mer du Sud est évident, endiffère par la dentition, le manque de défenses, par l'absence de queue, et surtout par un organe singulier placé à la partie postérieure du dos, et qui laisse suinter assez abondamment une liqueur fétide à odeur ammoniacale.

M. Cuvier.qui a observé cet animal vivant au Jardin des Plantes, le cite comme une preuve frappante des qualités domestiques que peut acquérir la race des porcs. Je suis convaincu, dit-il, que l'intelligence est, chez les cochons, bien supérieure à celle dont nous les croyons capables : ils se placent, sous ce rapport, bien au-dessus des rongeurs et des ruminans, et même d’un grand nombre de carnassiers ; à cet égard, ils nous paraissent égaler les éléphans, avec lesquels ils ont d’ailleurs tant d’autres rapports; et si l’on pouvait les placer dans la même situation que ces animaux, leur demander les mêmes services, nous pe serions point étonnés qu'ils les surpassassent. C’est dans nos colomies des

LIV, Ils

Antilles que l’on pourrait surtout essayer avec succes l’éducation de cet animal; nous ne l'avons mentionné que dans cet espoir.

Puisse quelque colon zélé nous entendre!

Rentrons dans notre sujet.

$ VI. — Education des porcs.

Le premier soin à prendre quand on veut se livrer fructueusement à l’éducation des porcs, consiste dans le choix des mâles et des femelles devant servir à la reproduction. Tout animal de faible constitution ou de santé chancelante sera repoussé par l’éleveur, de peur qu’il ne donne naissance à une race faible ou maladive et par conséquent d’une éducation difficile et coûteuse. Parmi les verrats et les truies d’une santé robuste, on devra choisir ceux qui réuniront le plus de qualités utiles ; les qualités utiles d’un animal destiné uniquement à la table de l’homme sont :

1° Disposition à prendre facilement la graisse;

2° Charpente osseuse petite et moins développée que les parties musculeuses ;

3° Poitrine large, épaules bien écartées;

4° Peau five.

IL est facile de comprendre quelle est la valeur réelle des qualités que nous venons d'indiquer, et combien il est important de les trouver réunies dans les mâles et les femelles reproducteurs. La disposition à l’engraissement est le point le plus important, celui sur lequel doit se porter la plus sérieuse attention, Car de là dépend le bénéfice ou la perte de l'éducation. Il est tel animal, qui avec une égale quantité de nourriture, produira moitif moins de graisse quetel autre soumis au même régime : l'ampleur de la poitrine est ordinairement un des meilleurs signes indicateurs de cette disposition. Tout le monde sait qu’une poitrine large dénote la vigueur des principaux viscères ; mais ce que tout le monde ne sait pas, et ce que tous les éleveurs doivent savoir, c’est que la capacité de cette partie importante du corps est en proportion de la propension qu'a l’animal à prendre beaucoup de graisse de bonne nature. La prédominance du système musculaire sur le système osseux ne doit point être négligée ; car ce ne sont point des os, mais de la chair qu’il s’agit de produire; on devra, par conséquent, rechercher les animaux à petites têtes, à cou peu allongé et à train de derrière très-développé, car les os dominent dans la tête et dans le col, tandis que c’est la chair qui prédomine dans le train de derrière. Une peau fine et souple sera toujours préférable à un cuir épais, qui ne se laisse point aussi facilement distendre par la graisse, et qui du reste ne se mange qu'avec difficulté. Ces signes sont les garans d’un bon choix ; une truie ainsi conformée donnera naissance à de beaux et bons élèves, et l'on pourra la considérer comme un type parfait, si, avec tous ces avantages, elle possède assez de douceur pour recevoir volontiers les soins dont elle aura besoin en devenant mère. ;

En suivant ces principes, pendant plusieurs générations, dans le choix des animaux destinés à la reproduction, les cultivateurs anglais ont prouvé que l’on pouvait créer des variétés qui dépensaient souvent 1/4 de nourriture de moins pour arriver au même point que les races élevées sans prévoyance. Aussi l'éducation du porc est-elle considérée comme fort productive en Angleterre.

En France, où jusqu’à présent l'éducation du porc a été fort négligée, on attache beaucoup trop d'importance àla grosseur du mâle et de la femelle ; c'est pour ainsi dire la seule qualité qui semble déterminer la plupart des cultivateurs dans le choix de ces animaux : et cependant un gros porc dévore souvent autant que deux petits, sans donner un plus grand produit que ceux-ci. Ne nous laissons donc point aller à des apparences sans réalité et u’oublions jamais que les formes qui doivent le

plus plaire à notre œil sont celles qui nous permettront d’obtenir le plus grand profit aux moindres frais possibles.

$ VII. — De l’accouplement.

A peine séparés de leurs mères, les porcelets sont déjà capables d’engendrer ; 11 est rare qu’on leur permette d’user de ces dispositions précoces qui se manifestent quelquefois avant l’âge de :0 semaines : ilest probable, en effet, qu'un accouplement si prompt ne donnerait naissance qu'à des produits chétifs et userait inutilement tes forces du jeune mâle et de la jeune femelle. Trop de précipitation dans ce cas conduirait bien vite à l’abàtardissement de la meilleure race. On ne doit cependant pas non plus tomber dans l'excès contraire, en éloignant trop la première portée des jeunes truies : tout le temps que le mâle et 1a femelle passent sans procréer ou élever des petits est un temps perdu: la précocité de désirs qui leur a été donnée par la nature n’indique-t-elle pas qu’on doit se hâter de les mettre à protit ? En Normandie où le verrat saillit à 8 mois des truies du même âge, on n’a point remarqué de dégénérescence dans la race qui est peut-être la plus belle de France : d’ailleurs le mâle devient souvent féroce dès sa deuxième année ; la truie devient aussi plus intraitable à 3 ans; elle se laisse diflicilement manier, et dès lors il n’est guère possible d’en tirer parti pour la multiplication de l’espèce.

Le rut de la truie se manifeste par un mouvement désordonné ; elle saute sur les autres pores ; sa bouche est baveuse et écumante ; les lèvres de la vulve sont rouges et enflées ; elle recherche et provoque le verrat. Ordinairement on les enferme ensemble quelques jours pour assurer la fécondation ; cependant des expériences souvent répétées ont montré qu'il était rare que le preurier saut ne füt pas suflisant ; néanmoins il est sage, toutes les fois qu’on le peut, de laisser répéter le saut, surtout quand le verrat a eu depuis quelque temps beaucoup de femelles à servir.

Aux époques de l’accouplement le verrat doit recevoir une nourriture choisie, mais pas trop abondante ; car il ne s’agit point de l’engraisser, mais de développer sa vigueur et sa gaieté : un peu de grain, de l’avoine, du sarrasin, du seigle, produisent fort bien l'effet désiré. Quand on le tient enfermé il peut saillir jusqu’à quatre truies par jour ; il rendrait beaucoup moins de service, sionlelaissait vaguer librement avec le troupeau ; ses forces se perdraient dans des luttes inutiles, et Von n’aurait pas le moyen de constater avec certitude l’époque de l’accouplement des truies, ce qui est indispensable à savoir, attendu qu’elles exigent beaucoup de surveillance quand approche le temps où elles doivent mettre bas. Quoique le verrat soit fort lascif, l’accouplement se fait avec lenteur : le coït se prolonge 3 à 4 minutes avant l'émission dela semence : on reconnaît que l’animal a accompli son œuvre à l'interruption soudaine de ses mouvemens, et à l'étourdissement subit dont il semble frappé.

$ VIIL. — De la gestation.

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