‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 404 sur 467 · SECTION · texte numérisé non relu

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$ I. — De la garde des moutons.

Quand le mouton ne serait pas le plus délicat de nos animaux domestiques, le plus faible, le plus sujet à une foule de maladies, ce serait encore celui qui devrait être soumis à la plus active surveillance pour mettre les champs cultivés à labri de ses ravages. Dans les pays où l’agriculture est un peu soignée, les bêtes à laine sont toujours conduites par un homme raisonnable, aidé d’un, ou plusieurs chiens bien dressés : dans les pays d’une culture négligée, les troupeaux, au contraire, sont abandonnés à la négligence de jeunes enfans incapables de se conduire eux-mêmes, et les animaux n’en souffrent pas moins que les récoltes, les soins convenables n’étant accordés ni aux uns ni aux autres. Et si l’on n'avait aucun égard à la conservation des champs, la conservation même du troupeau exigerait qu'il füt dirigé par un bou berger. Sans berger point de troupeaux productifs, c’est là un principe incontestable.

Un berger, pour être capable de rendre les services qu'on attend de lui, doit être doué de plusieurs qualitésimportantes et doit avoir quelques connaissances dans la partie qui nous occupe; il lui faut de la patience et de la douceur, car les animaux qu'il dirige ont peu d'instinet et retombent sans cesse dans la même faute: il lui faut une vigilance soutenue qui s’étende non-seulement sur tout son troupeau en masse, mais encore sur Chacune de ses bêtes en particulier; son œil se promène sans cesse de l’une à l’autre, il voit celle qui ne mange pas d’un bon appétit et celle quimange avec trop d’avidité, il s’en approche, les examine de plus près et leur donne des soins particuliers s'il le Juge nécessaire; il ne laisse échapper aucun de ces signes par lesquels se manifeste l’état de sante ou de maladie chez les moutons; il étudie sans cesse les causes du bien-être ou du malaise qu’éprouvent ces animaux; enfin, il met avant tout le soin de son troupeau, il en fait son unique occupation, son seul plaisir. L'activité, surtout dans l'hiver, lui est également indispensable pour préparer et distribuer les diverses rations de nourriture que l’on distribue plusieurs fois chaque jour dans les bergeries bien entretenues. Le courage, pour coucher seul au milieu des champs, et la force, pour transporter le parcqui renferme ses moutons, doivent aussi être recherchés dans le berger.

Voilà pour ses qualités principales.

Ses connaissances doivent être d’autantplus étendues, que le troupeau qui lui est confié est plus précieux.

Il est indispensable qu’il sache reconnaître l'âge des moutons et l’état de leur santé; il doit duroir aider les brebis à mettre bas quand le part est difficile, et donner aux agneaux les secours que réclame leur faiblesse.

Liv, Ii.

Les symptômes des maladies les plus ordipaires doivent lui être familiers, ainsi qué les moyens que l’on emploie pour les combattre.

Si on ne lui confie que des animaux de race commune, il lui suffit d’être bien pénétré des règles générales d'hygiène que nous développerons dans les deux paragraphes suivans:

mais s’il est à la tête d’une bergerie remarquable pour sa finesse ou sonaptitude à l’engraissement, il ne peut ignorer les principes à l’aide desquels on maintient la perfection acquise de la toison ou des formes. Il faut qu'il soit capable de diriger l’accouplement des mâles et des femelles selon les vues de son maître, et de préjuger sainement de l'avenir des Jeunes élèves, afin de conserver tou- Jours pour la reproduction ceux qui rempliront le mieux le but vers lequel on tend.

Les opérations chirurgicales, telles que la castration, la clavelisation, la saignée, appartiennent au berger. Quand l'animal est mort, c'est encore le berger qui doit lui enlever sa dépouiile et la conserver jusqu’à la vente :

c'est lui aussi qui abat et dépèce les bêtes destinées à la consommation.

Aucune phase de l'existence du mouton, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, n’est donc en dehors de l'influence du berger, et ce serait une haute imprévoyance de choisir à la légère celui qui doit remplir une fonction si importante.

Après le choix du berger, le logement du troupeau doit occuper sérieusement l’éleveur de bêtes à laine. Dans certaines parties de l’Europe et même de la France, ies moutons, lorsqu'ils ne sont point aux champs, restent enfermés dans une cour où ils trouvent de la litière pour se coucher, maisoùü ils ne sont abrités par aucune espèce de couverture : la plupart des cultivateurs français ne suivent point cette méthode qui présente en effet des inconvéniens assez graves. En général, l'usage des bergeries est regardé comme indispensable dans notre pays; leur construction, leur ameublissement méritent donc d’être traités avec quelques développemens.

$ IE. — De la bergerie.

La bergerie est le bâtiment destiné à proteger les bêtes ovines contre l’intempérie des saisons : elle doit être assez vaste pour contenir à l’aise les animaux que l'on veut y renfermer, assez aérée pour que la chaleur ne s’y maintienne point à un degré trop élevé, et convenablement ventilée pour que les gaz méphitiques ne puissent jamais y séjourner ; enfin, elle doit être meublée de râteliers et d’auges propres à recevoir la nourriture du troupeau dans les mauvais jours.

Pour des moutons en bonne santé, la chaleur est beaucoup plus à craindre que le froid; c’est une vérité que l’on ne doit point se lasser de redire en voyant combien est enraciné chez une foule de cultivateurs routiniers le préjugé contraire : par crainte du froid, ils entassent leurs bêtes dans des bergeries étroites dont ils bouchent hermétiquement toutes les ouvertures, et qu’ils ne curent qu'une fois l’année afin d’en augmenter la chaleur. Entrez dans ces étables, une vapeur épaisse et humide vous étouffe, les gaz délé-

teres attaquent vos yeux par des picotemens aigus et vous suffoquent, vous êtes forcé d’aller chercher à la porte l’air qui vous manque. Et l’on pourrait croire qu'un logement pareil est convenable au bien-être du mouton, cei animal dont le tempérament délicat demande plus qu'aucun autre de Pair pur, doux et sec! Ne vaudrait-il pas mieux ne leur donner aucun abri, que de les.forcer à vivre dans ce cloaque empesté au milieu des miasmes putrides dont l'aspiration suffit pour ruiner leur santé? Aussi Daubenton n’a-t-il point hésité à soutenir que les étables fermées étaient le plus mauvais logement que l’on püût donner aux moutons. La vapeur qui sort de leur corps, dit-il, et celle du fumier, infectent l'air et mettent ces animaux ensueur. Iiss’affaiblissentdans ces étables trop chaudes et malsaines; ils y prennent des maladies. La laine y perd sa force. Lorsque les bêtes sortent de l’étable, Pair du dehors les saisit, arrête subitement leur sueur et les met en danger. M. Huzard père pense qu'il ne faui point attribuer à d’autres causes iesrhumesetla morve dontles bêtes blanches sont souvent affectées:: par suite, il recommande de faire en sorte que la température des bergeries ne diffère guère de la température extérieure. Il est évident qu'on ne peut aiteindre ce but qu'avec de nombreuses fenêtres qui permettent à l'air du dehors de venir sans cesse se mélanger avec l'air intérieur. Mais ce moyen, suffisant contre l’excès de la chaleur, ne garantirait poirt encore complétement les moutons contre le danger qu'ils courent dans une étable fermée; car il resterait toujours autour d'eux, dans les parties au-dessous des fenêtres, des gaz malsains dont la respiration attaque directement leurs poumons. On sait, en effet, qu'après avoir été respiré, l'air vital sort des poumons tout différent de ce qu’il était en y entrant ; la décomposition qu'il a subie lui a enlevé ses propriétés vitales; il ne peut plus servir une seconde fois à la respiration ::en même temps, il est devenu plus pesant, et ne peut guère s'élever au delà d’un mètre; l'air qui entre par les fenêtres passe au-dessus de ces gaz inférieurs sans les renouveler, de sorte que s'il n'existait point d'ouvertures plus basses que les fenêtres, les animaux se trouveraient au bout d’un certain temps comme plongés dans une atmosphère épaisse, irrespirable, et ils périraient asphyxiés par le manque d’air vital, comme périssent trop souvent les hommes qui descendent dans des puits profonds où l'air n’a point été renouvelé depuis longtemps. Il est donc nécessaire, pour entretenir un air pur dans toutes les hauteurs de la bergerie, de pratiquer, outre les fenêtres, des ouvertures au niveau du sol, afin d'établir des courans qui emportent les gaz méphitiques et qui assainissent les parties les plus infectées. C’est ce que font aujourd’hui les éleveurs instruits, bien convaincus que plus une bergerie a d'ouvertures, mieux les moutons s’y maintiennent en bonne santé. pourvu toutefois qu'ils soient à l'abri de l'humidité, de la bise et des rayons directs du soleil.

On doit à Daubenton le modèle d’une bergerie où tous ces avantages se trouvent réu-

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