‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 446 sur 467 · LIV. III · texte numérisé non relu

LIV. III

Le poil des chèvres d’Angora, celui du moins dont on tire parti, est constamment blanc ; quelquefois, et surtout dans les femelles, le poil court qui recouvre immédiatement leur peau en tout temps est de couleur ventre de biche; il ne varie ni en été ni en hiver, mais la toison qui le recouvre et qui devient si iongue dans le courant de l’année, est toujours du plus beau blanc. “

Les différentes parties de la toison donnent différentes qualités de poil; aussi lorsqu'il s’agit de les travailler on commence touiours par en faire un triage exact, chaque partie formant différentes qualités de fils, par conséquent de différens prix.

La quantité du poilque ces animaux peuvent fournir, peut être évaluée à 4 livres de fil. La toison des boucs entiers en donne beaucoup plus, mais elle est plus grossière ; la chèvre en donne moins, mais elle est très-fine. Le bouc coupé réunit la finesse à l’abondance.

$ IT. — De la chèvre de Cachemire.

La taille des chèvres de Cachemire (fig. 316) est Fig.316.

AA THIEBAULT,

moÿenne. Presque toutes ont des cornes droites, noires et rondes. Les toisons sont épaisses, fourrées, blanches dans la majorité des individus, brunes ou noires, ou tachées dans plusieurs. Elles sont formées de poils longs et durs, qui couvrent en partie les jambes, et d’un duvet très-doux ; plus celui-ci est fin, plus le long poil l’est aussi ; par l’un on reconnaît la qualité de l’autre. Ce duvet naît auprès de la peau, il s’en sépare et se met en flocons, qu’on peut retirer par le moyen d’un peigne, ou avec Ja main, lorsqu'il tombe. Leur chair est égale à celle des chèvres ordinaires; et leur lait contient plus de parties butireuses et caséeuses,

C’est à M. Teraaux que l’on doit l'introduction en France des chèvres de Cachemire : il avait reçu, par la Russie, assez de duvet pour fabriquer des châles; ses succès lui donnèrent l’idée de faire venir les chèvres qui produisaient ce duvet. L'entreprise n'était pas facile; il fallait pour l’exécuter un homme ardent et instruit, incapable de se rebuter des obstacles ; il trouva tout cela dans M. Amédée Jaubert, professeur de langue turque à la Bibliothèque royale. Ce savant avait déjà voyagé dans le Levant, et pouvait se faire entendre chez différentes nations. M. le duc de Richelieu, alors ministre des affaires étrangères, reconnut lutilité du projet, ct promit que si l'expédition avait du succès, le gouvernement achèterait 100 chèvres à un prix élevé.

M. Jaubertpartit de Paris au mois d’avril 1818, et se rendit d’abord à Odessa, Tangarok et Astracan. Là, on lui dit qu'il existait chez les Kirghiz, peupie nomade qui vient en Boukarie, sur les bords de l’Oural, une espèce de chèvres, presque toujours d’une blancheur éclatante, portant tous les ans, au mois de juin, une toison remarquable. Les échantillons qu’on lui donna le convainquirent de ja conformité de ce duvet avec celui qui venait-en France par la Russie. Cette découverte lui parut d'autant plus intéressante, qu'elle pouvait lui épargner du temps et un trajet embarrassant pour pénétrer dans le Thibet par la Perse et le Cachemire, On ne l’avait

pastrompé; iltrouva en effet, au milieu des steppes qui séparent Astracan d'Orembourg, des flocons épars de duvet qui lui firent connaître qu’il n’était pas nécessaire qu'il ailât plus loin. Il avait remarqué d'ailleurs que, dans la langue du pays, on donnait à ces chèvres le nom dechèvres du Thibet.ilacheta 1289 bêtes, qu'il embarqua à Caffa, et qui arrivèrent au lazaret de Marseille au mois d'avril 1819. Elles avaient beaucoup souffert du voyage, tous les jours il en périssait quelques-unes ; mais une bonne nourriture et des soins intelligens les rétablirent bien vite. Le 6 mai j'arrivai à Marseille par ordre du ministre, pour les examiner. Je choisis

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