‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 445 sur 467 · CHAPITRE XV. — DE LA CHÈVRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. — DE LA CHÈVRE

La chèvre est la vache du pauvre et des montagnes arides ; cela est exactement vrai pour l’espèce commune, qui a toujours été élevée en vue du laitage qu’elle peut produire, bien plus que dans l'intention d'utiliser sa chair ou sa toison. Abandonnée de l’homme, elle pourrait fort bien se suffire à elle-même ; elle a conservé dans la domesticité l'intelligence, la vigueur, la sobriété de l'état sauvage; elle nous est attachée plutôt que soumise : à vrai dire, elle ne nous obéit que quand elle le veut. Si l'on essaie de la conduire en troupeaux, elle court à droite et à gauche, bravant les chiens et échappant au conducteur par mille bonds capricieux ; aussi fait-elle le désespoir des bersers, ef de tous ceux dont elle traverse les champs. Nül auimal n’est plus redoutable pour les bois, les vergers, les champs cultivés; ses ravages l’ont fait souvent proscrire par les lois, et son parcours est tout à fait intolérable, si ce r’est dans quelques pays montueux sans bois et sans culture, inaccessibles à tous autres animaux domestiques.

La chèvre doit donc être mise en dehors de la £rande culture, et son éducation ne peut être encouragée qu'autant qu'elle sera soumise aux lois de Ja plus sévère domesticité, comme cela se pratique dans le département du Rhône, sur le Montd'Or si renommé par ses excellents petits fromages. La méthode suivie dans ce pays peut servir de modèle à tous ceux qui veulent élever des chèsres et en tirer tout le profit possible.

« Dans douze communes du “anton du Montd'Or, dit M.Grognier, on possède près de 12,060 chèvres. Leur taille n’est pas élevée, elles ont 2 pieds 8 pouces de hauteur, sur 4 pieds de longueur et une grosseur égale. Les unes sont à poil ras, les autres à poillong. La plupart ont des cornes (fig. 315);

Fig. 315.

on préfère celles qui n’en ont point, parce qu'elles ne dégradent pas les murs des étables et qu'elles sont plus douces. On ne coupe jamais les mâles, mais on les vend jeunes pour la boucherie: il suffit d’en garder quelques-uns d'entiers pour étalons, car un bon suffit dans un été pour 400 chèvres, et couvre en un jour jusqu’à 40 femelles,

» La nourriture des chèvres du Mont-d’Or pen: dant l'hiver se compose en très-grande partie de feuillages de vigne, que l’on cueille après Ja vendange; on les jette dans des fosses bétonnées, situées pour l'ordinaire dans le cellier eu sous un hangar, et toujours dans un lieu couvert.

Ceux qui ne peuvent en nourrir qu'un très-netit nombre conservent les feuilles dans des tonneaux défoncés, où elles sont foulées et pressées avec la plus grande force. Vingt individus descendent dans les citernes bétonnées, et trépignent sans cesse, tanais qu’on y jette cette provision d'hiver, onsv verse de l’eau en p tite quantité, et lorsque la fos € est remplie, on la recouvre de planches, sur lesquelles on place des pierres énormes. Au bout d’erviron deux mois, on découvre la fosse pour en tirer les feuilles, qui alors ont contracté un goût acide, mais sans putridité ; leurtexture est entiere elles sont très-vertes et très-agclutinées entre elles ; l’eau qui surnage est roussätre, d'une odeur désagréable, d’une saveur acide, les chèvres la boivent avec plaisir. Cette nourriture singulière est pendant l'hiver. presque la seule qu’on donne à ces animaux, elle se prolonge dans le printemps. Depuis quelque temps on leur donne aussi les résidus des brasseries de Lyon.

. » Ces animaux font pendant l'été lour. Chacun d'eux consomme 25 ou 96 livres de fourrage vert. Hors de la monte, les boucs ne con- Somment pas plus que les chèvres, et nième, dans ce temps,ils absorbent moins de nourriture solide Mais on leur donne du vin et de l'avoine. Les mères Dourrices ne mangent pas plusqueles laitières ; c’est pendant la gestaiion que les chèvres mangent le moins. Les chevreaux consomment, jusqu'à un ap, le quart de nourriture qu'on donne aux mères. .» En général, ces animaux passent leur vie dans l'étable, et ils n'en sortent guère qu'au moment de la monte. Dans certaines communes, néanmoins, on les fait sortir pendant quelques jours dans les champs après la moisson, pourvu qu'on les garde avec Je plus grand soin ; le maire de Saimy-Didier ne donne cette permission qu’à la condition expresse qu'on les conduira muselées depuis la bergerie jusqu’au pâturage. Ces chèvres ainsi renfermées Jouissent d’une santé robuste. L'école vétérinaire n'a point connaissance qu'elles aient été affectées de maladiés épizootiques; les indispositions les plus communes parmi elles ont un caractère nerveux et sont rarement mortelles, leur Lestation et leur mise-bas ne sont presque jamais accompagnées d'accidens. Autrefois leurs ongles S’allongeaient dans l’étable au point de les priver de la faculté de marcher, on est actuellement dans l’usage de leur faire la corne de temps en temps. La plus grande propreté règne dans leur habitaüon, et les femmes qui en ont soin les traitent avec douceur ; elles les peignent souvent, ce qui contribue à les maintenir en santé.

» Quelques personnes prescrivent de jeterun peu

‘ de sel dans l’eau dont on les abreuve. ou de leur

neuf repas par

en faire prendre en nature; mais it faut que la dose n'excède pas 3 gros par semaine pour chaque chèvre. »

Les chèvres peuvent être livrées à l’accouplement dans tous les mois de l’année :elles sont toujours disposées à entrer en rut quand la présence du bouc les y provoque; ordinairement on les fait saillir dans le mois de novembre, parce que, leur gestation durant cinq mois, elles peuvent commencer à trouver de l'herbe fralche quelque temps après le part. Ces animaux mettent souvent bas plusieurs petits à la fois, ordinairement deux, quelquefois trois; cependant leur part est presque toujours fort laborieux, et dans cette circonstance elles ont besoin d’être plus aidées que la brebis. Quelques jours avant et après la délivrance, il est bon de leur donner une nourriture choisie. On les prépare à l’accouchement, comme les brebis, par des boissons fortifiantes ou émollientes, selon le cas.

La chèvré est meilleure mère que la brebis, elle accueille toujours bien ses petits à leur naissance, et l’on n’a pas besoin d’user d’artifices pour l’engager à se laisser téter par eux; on ne doit pas craindre qu’elle les rebute, il faut plutôt redouter d'abuser de sa bonne volonté en lui laissant plus de nourrissons que ses forces ne lui permettraient d'en élever, surtout lorsqu’elle n’a pas encore atteint sa troisième année.

Les chevreaux peuvent être élevés à boire comme les agneaux, et par les mêmes procédés; en cas de maladie on doit leur appliquer les mêmes remédes; ordinairement on leur laisse téter leur rère pendant six semaines ou deux mois, mais on peut les sevrer plus tôt,si l’on a besoin du lait de la mère.

Le chevreau peut être engraissé pour la table sans avoir été châtré, pourvu qu’on ne le laisse pas dépasser l’âge de six mois; plus tard, sa chair contracterait un mauvais goût, deviendrait coriace et resterait toujours maigre.

Nos chèvres communes ne sont utiles que par leur lt et leur chair, mais il existe deux variétés exotiques qui, tout en offrant les mêines avantages, fournissent en outre un poil très-fin et trèsprécieux : ce sont les chèvres d’Angora et de Cachemire. Des expériences nombreuses ayant démontré qu’il était fort possible de remplacer nos races européennes par ces races plus perfectionnées, on nous permettra d'en dire quelques mots.

$ I. — De la chèvre d’Angora.

Les chèvres d’Angora, originaires des montagnes de PAnatolie, dans l'Asie mineure, furent introduites en Europe dans le siècle dernier.

On élève ces troupeaux avec le plus grand soin dans ces contrées, parce qu’ils en font la richesse ; leur toison y est teujours préparée et n’en sort que filée ou fabriquée en étoffe connue sousle nom de camelot d’Angora, étoffe si belle qu’elle n’est destinée, par son prix, qu’à lhabillement des plus riches personnages du pays. La toute se fait à la fin de mars : si le ciseau n’enilevait pas la toison, elle tomberait bientôt d’elle-même, comme si la nature voulait débarrasser l’animal d’un poids qui lui deviendrait incommode pendant l'été.

La chair de la chèvre d’Angora forme la principale nourriture des habitans, ils la préfèrent à celle des moutons ; quant à son cuir, on le convertit en maroquin ; enfin tout est utile dans ces animaux, jusqu’à la barbe des boucs, qui est longue, forte et luisante, et dont les perruquierssavent tirer parti.

On à souvent fait venir de ces animaux dans quelques-unes de nos contrées, mais seulement par pur motif de curiosité. Cependant il n’est pas douteux qu'ils ne puissent réussir aisément dans d'autres climats que celui d’Angora. On les a vus prospérer en Suède et en Toscane; M. de La Tourd’Aigues en à, pendant longtemps, élevé dans les Alpes ; et ces chèvres, sans y recevoir jamais aucun traitement particulier, s’y sont toujours soutenues en bon état, et à nourriture égale, ont toujours été plus en chair queles chèvres du payse

ANIMAUX DOMESTIQUES : DE LA CHÊVRE

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