‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 57 sur 467 · DU PAVOT · texte numérisé non relu

DU PAVOT

l'odeur et la saveur vireuse qui sont propres au véritable opium en larmes. On en prépare encore par décoction une troisième sorte qui est d’une qualité très-inférieure aux deux autres.

Déjà, avant nous, plusieurs médecins et pharmaciens avaient essayé en France, en Allemagne, en Italie et dans plusieurs autres contrées de l’Europe tempérée, de retirer lopium de la même plante dont on l'extrait dans l'Orient, et leurs tentatives avaient toujours eu plus ou moins de succès; mais les expériences à ce sujet ne nous paraissant pas assez connues el assez multipliées, nous avons jugé à propos en 1808 et 1810 d'en faire de nouvelles et de les varier de plusieurs manières. D’après ces expériences, dont on pourra voir les détails dans notre Manuel des plantes usuelles indigènes, 2° partie, page 81 à 124, nous avons prouvé qu’on pouvait retirer du pavot sompifère, soit du véritable opium en larmes, ayant toutes les propriétés de celui d'Orient, soit céxq espêces d’extraits qui, à des doses différentes, sont tous propres à suppléer l’opium d'Orient et ses différentes préparations.

On distingue, dans le pavot somnifère, deux variétés principales, Yune à capsules ovoïdes, très-grosses et à semences blanchâtres, c’est le pavot blanc ; l'autre à capsules plus petites, globuleuses et à graines noirâtres ou brunâtres, c’est le pavot noir.

La première varieté* est, selon les auteurs, la seule qu'on cultive dans l’Orient pour en récolter l’opium, et c’est aussi celle qu’on devra préférer lorsqu'on voudra essayer la culture de cette plante que nous ne censeillons que dans les parties les plus chaudes de la France, non pas qu’on ne puisse retirer aussi de l'opium du pavot dans le nord, mais sa récolte n’y sera pas aussi assurée et sa qualité n’égalera pas celle qu'il aura dans les climats plus méridionaux. On peut de même retirer de bon opium des petites capsules du pavot noir. puisque cette espèce nous en a fourni; mais les capsules du pavot blanc, qui sont trois à quatre fcis plus grosses, produiront trois à quatre fois plus de suc et par conséquent une récolte triple ou quadruple d’opium.

Ce qui prouve d’ailleurs qu’on pourra retirer de très-bon opium des pavots cultivés en France, c’est qu’en Angleterre MM. Cowiey et Staines se sont livrés avec profit à cette culture, quoique le climat de ce pays n’y soit certainement pas aussi favorable

ue le nôtre. En 1893, ils ont reeu le prix

e la Société des Arts de Londres, pour avoir recueilli 196 livres d’opium sur une surface de 12 acres (environ 6 hect.) de terre, et cet opium s’est vendu 2 shillings (2 fr. 50 c.) par livre au-dessus du cours du meilleur opium étranger. La dépense pour la culture et l’extraction de leur opium s’est élevée à 6,157 fr. 20 c., et ils ont vendu le produit de leur récolte 9,166 fr. 70 c., ce qui fait par conséquent un bénéfice net de 3,009 fr. 50 c.

Nous pensons qu'il est inutile de revenir sur la culture du pavot qui a déjà été indiquée (pages 12 et 13 de ce volume), parce que la manière de cultiver cette plante pour retirer l’opium de ses capsules est la même

que celle qu’on emploie quand on ne la sème que pour récolter ses graines et en extraire de l'huile. Nous insisterons seulement pour que la graine de pavot soit semée avant l'hiver, parce que les Orientaux sont dans l’usage de le faire ainsi, et que les tiges des pavots semés avant l'hiver sont toujours plus fortes et plus vigoureuses, et sur la disposition des plants en lignes régulières qui puissent rendre facile la récolte de l’opium.

D'après le tableau général du commerce de la France publié par l'Administration des douanes, pour les années 1831, 1832 et 1835, la consommation de l’opium dans le royaume parait être, année commune, de 128,000 fr.

SEcTion 1v. — Des Rhubarbes.

Les Rhubarbes (en anglais, Rhubarb; en italien, Reobarbaro; en allemand, Rhabarber) forment un genre de plantes qui appartient à la famiile des Polygonées. Elles croissent naturellement en Chine, en Tartarie. en Perse, en Sibérie et dans l'Himalaya. On en connait 7 à 8 espèces, parmi lesquelles trois sont regardées comme fournissant la rhubarbe du commerce, qui s’emploie beaucoup en médecine, à cause de ses propriétés toniques et purgaiives. Ces plantes ont toutes de grosses racines charnues, presque ligneuses, divisées en épaisses ramifications qui s'enfoncent profondément en terre,ayant une saveur amère et nauséeuse ; leurs feuilles sont grandes, larges, en général plus ou moins arrondies, portées sur de longs pétioles charnus, et du milieu d'elles s’élèvent une ou plusieurs tiges grosses, robustes, hautes de 3 à 6 pieds, rameuses dans leur partie supérieure ; les fleurs sont petites, le plus souvent d’un blanc jaunûtre, nombreuses, disposées en panicule dans la partie supérieure de la tige et des rameaux.

On ne sait point encore positivement à quelle espèce est due la rkubarbe du commerce, où, pour mieux dire, on croit que cette drogue, telle qu’elle nous vient des paysétrangers, est fournie par plusieurs plantes de ce genre, qui sont principalement les trois suivantes. La Rhubarbe ondulée (Rheum undulatum, L.) a ses feuilles fortement ondulées, un peu velues, et ses panicules de fleurs plus étroites. La À. compacte (R. compactum , L.) se reconnait à ses feuilles presque lobées, un peu coriaces, compactes, luisantes en-dessus, bordées de petites dents aiguës. La À. palmée (À. palmatum, L.) diffère des deux premières par ses feuilles divisées en lobes aigus qui les rendent comme palmées.

On distingue dans le commerce troissortes de rhubarbes : 1° celle de Perse qui nous arrive par la Turquie; 2° celle de Russie et de Moscovie;3° celle de Chine.Quelle quesoitl’espèce qui les fournisse, elles sont ioutes plus estimées des droguistes et des pharmaciens que les rhubarbes cultivées provenant de l’une des trois especes ci-dessus indiquées, soit qu'on ne sache pas les preparer convenablement, soit plutôt que le climat leur donne des vertus qu’elles ne peuvent acquérir dans le nôtre.

Les rhubarbes re sont point en genéral cul-

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