‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 71 sur 467 · DE GASPARIN · texte numérisé non relu

DE GASPARIN

SECTION 11. — De La Gaude.

La Gaude, espèce du genre Réséda et de, la famille des Capparidées (Reseda luteola L..; angl., W'eld ou Dyer's Weed; all., Waud) (fig. 43), vulgairement aude, où Lerbe à jauair, est une plante imparfaitement bisannuelle, à petites racines fusiformes, et à Lige garnie de feuilles, s’élevant de 1 à 2 pieds. Elle est indigène à la France et à l’Angle-| terre, très-rustique dans son état sauvage, et se rencontre le long des chemins, dan; les friches, les taillis, etc. Elle fleurit natu-! rellement en Juin et juillet, et répand ses semences en août et septembre.

On cultive deux variétés de gaude, V'uvel d'automne, l’autre de printemps; quoique de-| vant leur origine au mode de culture au-f quel elles ont été assujetties, elles sont main-

tenant bien distinctes, en sorte qu'on ne saurait remplacer l'une par l’autre pour les semailles de ces deux saisons.

La Gaude est cullivée dans quelques cantons de la France et de l’Angleterre, principalement dans le comté d’Essex, pour l'usage de la teinture, à laquelle ses fleurs et ses tiges fournissent une couleur jaune, belle, solide et avantageuse pour les éitoffes ; elle est supérieure à la couleur jaune des bois étrangers qui en ont diminué la consommation depuis qu'ils l’ont en partie remplacée, et mérite de leur être préférée. Parmi toutes les plantes tinctoriales, elle offre au cultivateur l’avantage de n'avoir besoin que d’étre coupée et séchée pour être livrable au teinturier. On retire aussi de la Gaude une couleur jaune pour les besoins de la peinture.

La Gaude est une de ces plantes robustes qui peuvent végéter dans tous les terrains ; mais les sols fertiles en donnent les récoltes les plus abondantes. On dit que les mauvaises terres, surtout celles sablonneuses et sèches, produisent plus de matière colorante. Celles où eile réussit le mieux sont des terres de consistance moyenne, légèrement humides, parfaitement ameublées par les cultures précédentes ; il est essentiel de ue placer la Gaude que dans une terre bien propre, attendu que cette plante, ayant une longue enfance, exige des sarclages trèssoignés, et que ce rapprochement des plants rend très-dispendieux. Cette récolte est assez épuisante, mais ne demande jamais de fumier.

On sème la Gaude, soit en juillet et août, en donnant la préférence à la variété d’automne, pour récolter l’année suivante en luin ou en Juillet, soit en mars, en se procurant de la graine de la variété de printemps, pour récolter dans la même année en septembre. M. pe Dompasce trouve que la première méthode est prélérable, parce que les sarclages sont plus faciles et moins coûleux, les mauvaises herbes poussant à cette époque avec beaucoup moins de vigueur, et pouvant même êlre aJournés jusqu’au prin-

temps si la Lerre est un peu propre. La ré-:

AP+Te. DE LA GAUDE.

colle se fait aussi à une époque où il est plus facile d’en opérer la dessiccation ; cependant pour la production, il n’a pas remarqué de différence entre les semailles faites dans l’une ou l’autre saison.

Le sol n'ayant pas besoin d’être fraîchement labouré pour la réussite de cette plante, on peut la semer avec beaucoup d'avantage dans une récolte encore sur pied, au moment où on lui donne le dernier binage, pourvu qu'on n'ait pas besoin de fouiller le sol pour enlever celie récolte : par exemple, dans des haricots du maïs, des cardères, des fèves ; c’est ce qu’on pratique principalement dans les environs d’Elbeuf. Le Recueil de Ja Soc.

d’agric.de l'Eure nous apprend que M. Saup- BREUIL, Cullivateur au Plessis-Grohan. ob- Uent de ja culture de la Gaude, en la semant au mois de mars, dans les luzernes, lrèfles et minetles, un bénéfice notable, puisqu'il n’a d'autres frais que ceux de la récolte. La quantbié de semence nécessaire suivant cette méthode esi d’un litre et demi par hectare, que l’on mélinge bien avec les autres graines ; M. Durer, en l’adoptant, a chtenu par hectare, de 100 à 1£0 bottes du prix de 1 fr. environ. — En Angleterre, on sème généralement en avril où mai pour ne récolter que l'année suivante, et souvent, pour ne pas perdre la première année, og répand les semences dans les récoltes céréales, à la manière du trèfle, ce qui donne de bons résultats, pourvu que la terre soit en bon état, et qu'on ait soiu de biner et sarcler aussitôt apres la moisson. — M. Morprer, et après lui d’autres cultivateurs, ont fait valoir le grand avantage qu'il y aurait à semer la Gaude en élé dans les taills coupés l'hiver précédent ; il suffit d’écoicher la superficie du sol avec un râteau de fer pesant, ou autre instrument analogue, et nul doute que, si l'on donne un ou deux sarclages, joints à l’arrachage qui remuera encore le sol, cette culture ne soil profitable au taillis lui-même.

On sème ordinairement la Gaude à la volée, à raison de 12 à 15 liv. de graine par hectare. On peut employer la graine nouvelle ou celle de deux ou trois ans; il est bon de la faire tremper pendant quelques jours dans de l'eau avant de la répandre. On ne l’enterre presque pas, en passant le rouleau, ou mieux en faisant piéliner par un troupeau de moutons.Les meilleures récoltes qu’on obtient en Augleterré sont celles cultivées isolément et ensemencées au semoir, qui doit tracer les lignes à un pied de distance et placer les graines dans les raies à 6 pouces les unes des autres. Assez souvent, quaud la Gaude succède à une récolte de ble, elle n’est ni éclaircie, ni binée, ni sarclee, et on l’abandonne à elle-même jusqu’à ce que les plantes soient en pleine floraison, époque de la récolte.

Mais en bonne culture, /a Gaude d’automne doit étre sarclée au moins au mois de mars, époque où les plantes, semées l'été précédent, étant déjà fortes, commencent à monter. Celle opération est bien moins dispendieuse que lorsqu'on est forcé de lexécuter dans un moment où l’on voit à peine les jeunes plantes. ce qui arrive pour la Gaude semée au printemps. Ce sarclage peut être donné à la houe à long mau-

che, et doit éclaircir les plantes de façon qu'elles se trouvent espacées de 5 à 6 pouces. 20 à 52 femmes peuvent sarcler un hectare par jour avec cel instrument, à moins que le sol ne soit excessivement dur ou sale. — Après ce sarclage, s’il repousse encore trop de mauvaises herbes, on Ée arrache à la main, lorsque la Gaude est à peu près parvenue à la moitié de sa hauteur.

Pour les semis faits au printemps, le premier sarclage doit avoir lieu en avril et être exécuté à la petite binetle à main ou avec un couteau, comme on sarcle les ognons et les carottes en jardinage; on n'éclaircit pas les plants, à moins qu'ils ne soient extrèmement rapprochés. Ce premier binage est d'autant plus coûteux qu'il faut ordiraitrement le répéter une ou deux fois, jusqu'à ce qu'on n'ait plus la crainte de voir la Gaude élouffée par les mauvaises herbes.

La récolte de la Gaude à lieu en juillet pour la variété d'automne, et en septembre pour celle de printemps. On l’exécute en arrachant toute Ja plante, les teinturiers exigeant qu’elle ne soit pas privée de la racine. Le moment favorable est celui où la fleur s’est développée sur toute la longueur de la tige. Assez généralement à cette époque, la Gaude a de 1 à 2 pieds et demi de hauteur, les feuilles et les tiges sont encore assez vertes, et les graines sont noires dans les capsules à un quart ou uu tiers du développement de la floraison, à partir du bas. 11 paraît qu'on obtient une meilleure matiere colorante, et on a aussi plus de liberté pour préparer le terrain à recevoir des navets ou du blé, en faisant la récolte, sans s'inquiéter de la graine, plutôt avant qu'après l'instant où les plantes commencent à prendre une légère teinte jaunâtre. L'exposition à l'air, au soleil et à l’action des rosées pendant la dessiccation, achève de les faire devenir d’un beau jaune, couleur exigée par les teinturiers et les fabricans qui rebutent ordinairement la gaude restée verte, el au goût desquels les cultivateurs doivent se soumettre. Cependant, M. pe DoMBasLe a constaté que la gaude qui a conservé en séchant sa couleur verte, indice certain d’uue dessiccation prompte et opérée par un beau temps, est tout aussi riche en teinture et donne d’aussi belles nuances que celle qui est devenue jaune.

La manière la plus simple de faire sécher la Gaude, et de lui donner la teinte exigée, c’est de la déposer, à mesure qu’on l’arrache, en javelles peu épaisses qui couvrent le sol ; le dessus en est promptement jauni par le soleil et les rosées ; on retourne alors les javelles pour laisser sécher et jaunir pareillement le dessous. La dessiccation compiète est ordinairement l'affaire d’une semaine. Mais, pour agir airsi, il faut être sûr du beau temps ; on ne peut guère employer celte méthode pour la récolte de la gaude de printemps qui se fait en septembre. — Dans ce cas, et lorsque le temps n’est pas fixé au beau, on ne doit pas laisser la gaude étendue sur terre,car une seule pluie suffirait pour la faire brunir et lui enlever presque toute sa valeur. Si la récolte est peu

Liv. ji, des haies, ou d’autres appuis, et on l’y laissera jusqu'a ce qu’elle soit suffisamment sèche et jaune. Pour des cultures étendues, voici le procédé recommandé par M. pe DompasLe : « On prend des baguettes flexibles, ut peu moins grosses que le petit doigt, et longues de 3 ou 4 pieds; on en forme des couronnes de 8 pouces environ de diamètre, en entrelaçant Ja baguette sur elle-même ; on fait entrer dans chacune de ces couronnes une poignée de gaude, qu'on dresse sur le sol, en écartant les pieds et en plaçant la couronne aux trois quarts à peu près de la hauteur des plantes. La poignée ne doit pas être assez forte pour êlre serrée dans la couronne ; autrement, la dessiccalion se ferait mal à cet endroit. La dessiccation est un peu plus lente par cette méthode qu'en étendant les plantes par terre; mais aussi elles risquent très-peu de chose du mauvais temps ; les pluies modérées accélèrent même beaucoup le jaunissement de la gaude, et elle ne s'endommage pas, si ce n’est par des pluies longues et opiniâtres: lorsque le temps est ainsi disposé, de quelque manière qu'on s’y prenne, 1l est presque 1mpossible de sauver cette récolte. »

Lorsque la dessiccation de la gaude est parfaite, on la Ze en bottes de 10 livres. Cette opération doit s’exéculer sur des draps, afin de ne pas perdre la graine qui tombe et qui fournit uue bonne huile à brûler. — Quelquefois ox récolte la Gaude en vert et on en traite les feuilles et les tiges comme on le fait pour le Pastel et l'Indigo; mais, en général, les teinturiers se servent directement par voie de décoction de la gaude en bottes.

La gaude peut se conserver, sans altération dans ses principes, un nombre d’années indéterminé, pourvu qu’elle ait été bien desséchée et qu'elle soit enfermée dans un lieu exempt de toute humidité ; on dit même qu’elle s'améliore en vieillissant.

Pour récolter la graine nécessaire aux semailles, on choisit un petit nombre des pieds les plus forts et les plus beaux, et on les laisse parveuir à maturilé. La graine est très-fine, très-abondante, et sort très-facilement des capsules.

Le produit de la gaude dépend beaucoup des circoustances de la saison, et sa valeur varie considérablement d’après la demande qui est quelquefois presque nulle et d’autres années très-grande, ce qui en élève le prix. Au surplus, on peut dire que cette culture est peu dispendieuse, en sorte que les profits en sont souvent comparalivement assez importans. C. B. 2e M.

SECTION ut. — Du Pastel.

Le Pastel(Isatis tinctoria,L.;angl., W'oad; all., W'aid; ïital., Guade; esp., Gualda) (fig. 44) est une plante de la famille des.

Crucifères, dont la culture, comme substance tinctoriale, avait autrefois beaucoup plus d'importance qu’elle n’en a aujourd’hui.

Lorsque l'Inde nous envoya l’indigo, le pastel fut presque totalement négligé; aujourd'hui il y a réaction, et si le pastel n’a pas reconquis Son ancienne importance, on l’em-

considérable,on la dressera contre des murs, | ploie en quantité assez considérable en mé :

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