‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 91 sur 467 · TOME [Il · texte numérisé non relu

TOME [Il

qui aura été ainsi la pépinière de toutes les houblonnières de la même contrée.

Le Aoublon est trés-cultivé en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Allemagne et en Amérique ; depuis 30 ans il commence à s’étendre dans la Franche-Comté, l'Alsace, le département du Nord, la Lorraine et surtout les. Vosges qui lui consacrent peut-être aujourd'hui plus de 300 hectares ; c’est à Ram-

ervillers que cette culture a commencé dans ce dernier pays. La France est loin de subvenir à la consommation de houblon que fait le grand nombre de brasseries établies depuis un quart de siècle; le gouvernement, les sociétés agricoles et les écrivains agronomiques rendront un grand service à notre agriculture et à notre industrie, en détruisant les préjugés qui, d'une part, arrêtent l'essor de la culture de cette plante, et de l’autre font accorder aux houblons étrangers une prédilection telle que les brasseurs préfèrent les payer en moyenne de 120 à 150 fr.

le quintal, quand le houblon indigène se vend de 50 à 60 francs. Or, M. Sigismond Koze, qui a publié récemment un excellent ouvrage sur la fabrication de la bière et la culture du houblon, ne craint pas de dire que la différence entre ces houblons n'existe réellement que dans l'opinion des brasseurs et pour le profit des marchands ; on a même constaté que les brasseurs de Strasbourg, qui repoussent le houblon de France, vont acheter en Allemagne et sous le nom de Aoublon d’ Allemagne, \e houblon français qui y a été exporté : préjugé à la fois préjudiciable au cultivateur et à l'industriel, et qui, tant qu'il existera, rendra inutile le droit d'entrée

resque équivalent au prix auquel se vend e houblon indigène, et qui avait été établi pour protéger sa culture.

Les gouvernemens ont depuis fort longtemps cherché à encourager la culture de cette utile plante. Dès 1404, le duc Jean de Bourgogne, comte de Flandre, fonda une distribution annuelle de médailles d’or re-

résentant une couronne de fleurs de hou-

lon, et que l’on donrait publiquement à ceux qui présentaient les plus beaux produits. — En 1767, le prince-évêque de Bamberg et Wurtzbourg fit imprimer et distribuer à ses frais une instruction très-détaillée sur cette culture, afin de la propager. — En 1770, une circulaire émanée des états provinciaux de la vieille Prusse et de la Marche de Brandebourg ordonna à toutes les autorités locales d'aider de tous leurs moyens la propagalion de la culture du houblon. On a fait ériger, dans le duché d’Erfurth.,une houblonnière modèle pour l'instruction des cultivateurs qui voudraient se vouer à cette branche de culture. — Dans beaucoup de principautés de l'Allemagne, celui qui défriche un terrain pour en faire une houblonnière est affranchi pendant 10 ans des contributions territoriales de ce terrain; celui qui en établit une sur un terrain déjà cultivé obtient le même privilége pour 5 ans. — Dans d’autres, plusieurs primes de 30 rixdalers (155 fr. 85 c.) sont distribuées annuellement à ceux qui peuvent présenter le plus beau produit, en n’admettant néanmoins au concours que ceux qui présentent une quantité de 12 çuintaux. On

CULTURES INDUSTRIELLES : DU HOUBLON ET DE SA CULTURE. ziv.

pourrait citer encore beaucoup d’autres faits pareils, propres à prouver les soins que l’on prend pour propager cette culture, si nécessaire et si lucrative en Allemagne.

Après avoir cité ces faits, M. S. Kozs dit qu'il ne recommande pas seulement ce genre de culture aux brasseurs et aux propriétaires qui peuvent le faire sur une grande échelle et qui y trouveront plus d'avantage qu’à toute autre culture, mais encore aux petits propriétaires qui, comme en Allemagne, n’eussent-ils qu'un petit coin de terre exposé à l’action libre du soleil, en l’entourant de plants de houblon auxquels ils donneront un soin particulier, en obtiendront un produit marquant et d’une excellente qualité.

Le principal usage du houhlon est l'emploi de ses cônes pozr donner à la bière le goût amer aromatique qui caractérise cette boisson; il a entièrement remplacé, pour cette destination, le Buis, le Trèfle d’eau, l'Absynthe, la Gentiane , etc., qu'on y introduisait pour le même objet. La quantité de houblon employée dans la fabrication de la bière est considérable, puisque, sans compter celui qu'on récolte en France et qu’on emploie directement dans nos brassseries, on en tire de l’étranger pour une valeur de plus d’un million et demi, et que cette quantité augmente chaque année. La bière devenant une boisson dont l’usage se répand chez nous de plus en plus, il est probable que la quantité de houblon demandée s’augmentera encore.

Le houblon est employé en médecine comme tonique et dépuratif, etentre dans la préparation de divers médicamens; on prescrit aussi, dans quelques cas, l'emploi de sa sécrétion Jaune, sous le nom de Zupuline. — Dans l’économie domestique, on range les jeunes pousses du houblon comme celles des asperges ; Les feuilles qu’on retire des tiges servent utilement à la nourriture des bestiaux.—Enfin, en Suède et en Lithuanie on extrait de ses tiges fibreuses une filasse qui sert à faire des toiles grossières et des cordes; pour cet usage on enlève les feuilles des tiges. on expose celles-ci, durant un hiver, aux intempéries des saisons, puis on les fait rouir et on les traite comme celles du chanvre.— Le houblon peut produire lui-même les Liens nécessaires pour l’attacher ; à cet effet on a soin de couper, en automne, les bras de cette plante; après en avoir fait des paquets, on les laisse dans l’eau jusqu’à ce qu’on puisse facilement les diviser, puis on les fait sécher et on ies conserve dans un lieu sec. Au printemps, on les met dans l’eau quelques heures avant de s’en servir, et ils constituent alors d’excellens liens.

$ II: — Climat, sol, choix des plants et plantation.

Le climat et une grande partie du sol de la France conviennent parfaitement à la culture du houblon. Les terres qu'on destine à former une houblonnière doivent être profondes de 2 pieds au moins, légères, plutôt sableuses que fortes, afin de permettre aux racines fines et délicates de s’y étendre à volonté ; les sols calcaires et les terres blanches franches, de consistance moyenne, sont les plus propres à cette culture. M. be DOMBASLE

cHaAP, i0°.

conseille de choisir une ancienne prairie rompue ou un terrain qui ait été pendant longtemps un jardin où un verger. Dans ces terrains les plants seront vigoureux et donneront d'abondantes récoltes, les cônes seront abondans en matière jaune; enfin la plantation se maintiendra bien plus longtemps en plein rapport. k

Une exposition convenable est un point essentiel dans la formation d’une houblonnière; elle doit être sud ou sud-est et garantie des vents du nord et de l’ouest ; les emplacemens situés près des rivières el des étangs desquels il s'élève habituellement des brouillards et où les gelées sont plus fréquentes, doivent être rejetés ; on doit encore éviter le voisinage des grandes routes, à cause de la poussière. — En Angleterre, on recherche les localités qui permettent l'irrigation, el l'abondance des récoltes qu’on obtient alors dans les années sèches porte même beaucoup de cullivateurs à arroser à l’aide de tonneaux conduits sur des charrettes, et à verser de l'eau au pied de chaque monticule. — Les houblonnières doivent être bien eztourees de haies vives, et il est bon, du côté où la fréquence et la violence des vents obligent à avoir des abris, de planter des palissades propres à fournir les perches nécessaires.

La préparation du terrain destiné à la plantation consiste d’abord à le défoncer, s’il n’a point été profondément travaillé, et à le purger des pierres, racines, etc. Si ce terrain était en herbages, il faudrait le labourer au printemps, donner un second labour en été, extirper les racines et les brüler : dans ce cas une culture de navets ou de betteraves est une excellente préparation. Si la terre est profonde et déjà en bon état, on laboure en octobre, on herse en février, puis on laboure et herse de nouveau pour aplanir le sol. — Le terrain est rarement assez fertile pour ne pas exiger de l’engrais, car le houblon est une plante très-épuisante; on en met dans la proportion d'un boisseau par monticule, il doit étre bien consommé ou à l’état de terreau. — Lorsque le terrain n’est pas travaillé, engraissé et rendu productif à une grande profondeur , le chevelu des pieds de houblon ne trouve pas la nourriture nécessaire; moins il peut s’enfoncer en terre, plus il souffre d’une longue sécheresse, et il arrive alors que les fleurs tombent avant d’être parvenues à maturité.

La plantation a lieu à deux époques différentes : au printemps, depuis le commencement de mars jusqu’au milieu d’avril, ce qui est la methode générale; à l’automne, au mois d’octobré, lorsqu'on a des pieds enracinés qu’on tire d’une ancienne houblonnière, ou si l’on plantait du houblon sauvage ; dans ce cas on obtient une récolte dès la 1"° année, tandis que le houblon planté au printemps ne produit guère que la 2° année. Ce premier produit se nomme koublon vierge. En généla récolte n’est abondante qu'à la 3° récolte.

Le choix du plant est une considération

importante : on doit s’en procurer à raison de 5 plants par trou; en Alsace et dans le Palaunat, ils coûtent ordinairement 75 centimes le cent. Le point essentiel est d’avoir,

DU HOUBLON

pour la houblonnière qu’on forme, des plants dont les produits ne mürissent pas à des époques différentes, ce qui rendrait la récolte difficile. Ceux des variétés dont la maturité est précoce, comme celui de Spalt, méritent la préférence. Le plant se compose des branches qui poussent de la souche; on se le procure en découvrant , au printemps, les anciens pieds les plus vigoureux et éclatant ses branches. Le bon plant doit avoir la grosseur du doigt, ne pas être creux, avoir de 7 à 8 pouces de longueur et 3 ou 4 yeux ; il doit être séparé de la souche peu avant la plantation et être, Jusqu'à ce moment, tenu au frais. Lorsqu'on remarque des pieds qui méritent la préférence, on doit, lorsqu'on lie la houblonnière, iaisser les branches superflues et, au moment de la taille, les couper et piquer en terre pour en faire des boutures; on obtient de la sorte de bons plants qui produiront dès l’année suivante.

Lorsque le moment de la plantation est arrivé, on fait faire dans le terrain des trous de 2 pieds en carré sur un pied 1/2 de profondeur, et à 5 ou 6 pieds et même ples de distance les uns des autres, en ligne droite ou en quinconce , les ruelles faisant face au sud plein. M. Denis soutient qu’il est préférable de ne mettre que 2 plants pour chaque monticule, et même plus tard de ne réserver que le plus fort. Si le sol n’est pas très convenable pour la culture du houblon, on remplit en parte les trous de la meilleure terre qu'on peut se procurer ; s’il n’a point été suffisamment engraissé, on fait conduire l’engrais consommé ou le terreau au bord de la pièce, et, en le transportant à bras d'homme et le mélangeant avec de la terre, on en remplit les trous qui sont alors disposés à recevoir le plant.

Pour procéder à la plantation, on tasse de queiques pouces, avec les pieds, la terre légère ou l’engrais qui remplissent les trous ; on place les plants dans ces fosses en éloignant leur partie inférieure et tenant à la main les bouts du haut plus rapprochés les uus des autres; on répand doucement de la terre entre les plants, et on la presse contre eux en les arrangeant convenablement. — Une autre méthode consiste à faire avec un plantoir cinq trous dans chaque monticule, un au ruilieu et les autres autour du premier; on place le plant dans les trous faits au plantoir, en me lui laissant pas dépasser la surface du sol, à moins qu’il n’ait déjà commencé à pousser; on rapprocke ensuite la terre de chaque brin en Ia tassant, puis on répand une couche de terre douce et légère, épaisse de 2 à 3 pouces. — Après la plantation, on faconne en cuvette la place occupée par le plant, c’est-à-dire qu’on rend le milieu plus creux que les bords, afin de retenir les eaux des pluies ou des arrosemens.

SII.—Culture, pose des perches, façons d’entretien.

L'entretien de la houblonnière durant la 1"° année commence à la mi-mai lorsque les plants ont poussé une tige; on met un échalas à chaque trou et on y attache les jeunes pousses avec des brins de paille. — Ensuite

on bine le terrain pour détruire les mauvaises-herbes, et, en faisant cette opération, on a soin d'amener avec la binette de la terre, pour combler les trous et les mettre de niveau avec le sol. — Plus tard, il faut encore attacher plusieurs fois les pousses nommées vignes aux échalas, en ayant soin de les tourner autour de gauche à droite, c'est-à-dire selon le cours du soleil, direction qui leur est naturelle. Sans cette attention, les tiges se détourneraient et seraient gènées dans leur croissance. — On bine de nouveau la terre et on en recharge encore les plantes.

On peut, sans inconvénient, principalement cette 1'° année, cultiver deux rangs de féves, des ognons ou autres légumes, entre les lignes de houblons, auxquels cet ombrage parait même favorable. Cette culture est trèsavantageuse et fournit, en outre de ses produits, des fanes qui, macérées en tas, forment un engrais très-convenable pour la houblonnière. M. Denis pense qu'on peut la répéter sans inconvénient les années suivantes. A l'automne ou au commencement de mars, on taille les vignes de houblon à 18 pouces de terre avec une serpette bien tranchante; dans tous les cas, dès la 1° de ces époques, on arrache les échalas qui ontservi deluteurs, et l’on ramène sur les plantes assez de terre

our en former un monticule d’un pied de

aut; en faisant ce travail, on réunit les ceps coupés qui dépassent alors le monticule de quelques pouces. Cet amoncellement de la terre sur les plantes a pour but de les garantir des grands froids et de faciliter l’éconlement des eaux qui, en se portant en tron grande abondance sur les racines, leur seraient nuisibles.

La deuxième année de la plantation, au mois de mars, on donne un labour avec la pioche à deux dents, et on relève les monticules.

Lorsque les tiges sont parvenues à un pied et demi de hauteur environ, c’est le moment de s'occuper du placement des perches qui doivent être droites, fortes et avoir de 10 à 12 pieds de longueur. Avant de les mettre en p lace, un ouvrier leur donne une bonne pointe au gros bout,et un autre les brüle extérieurement ou les goudronne à chaud, à la hauteur de 3 pieds, afin qu’elles se conservent plus long-temps en terre sans pourrir. — Pour les implanter, on a une barre de fer

Fig. 58. ronde, de 4 pieds de long, ayant à l’une de ses extrémités une grosse tête, ou mieux la forme d’un T (fig. 58), et s’effilant en pointe de l’autre; elle sert à faire des trous de 2 à 3 pieds de profondeur, dans lesquels on fait entrer les perches. Le fer ayant fait le trou à la profondeur nécessaire, un ouvrier prend une perche, et, se plaçant les jambes écartées, il la tient perpendiculairement au-dessus du trou et l'y chasse de toute sa force; il sent par le contre-coup s'il a réussi et si la pointe a pris terre, sans quoi il faut recommencer; car, si la perche ne porte pas à fond, elle cède au moindre vent

CULTURES INDUSTRIELLES : DU HOUBLON ET DE SA CULTURE

Page 1