‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 92 sur 467 · LIV.li · texte numérisé non relu

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lorsqu'elle est chargée. Il est donc très-essentiel que ce travail soit fait avec soin pour que les perches, une fois chargées de vignes, puissent résister aux ouragans. La terre est ensuite labourée comme de coutume, et on la relève à l’entour des perches pour les consolider.

Le nombre des perches généralement employé pour chaque monticule est de trois; lorsqu'ils sont très-éloignés les uns des autres, on en place quatre. M. Kozs dit que si le terrain est bon, bien fumé et travaillé, et si les plants prospèrent, il suffit cependant de 3 perches pour deux trous de plants; on les tient alors éloignées de 1 pied et demi, distanee à laquelle les ceps se prêtent volontiers, ce qui fait qu'on pe risque pas de blesser les racines. Dans les Vosges, on ne met qu'une perche par monticule lorsqu'ils sont rapprochés à 4 ou 5 pieds. En les supposant espacés de 6 pieds el mettant 3 perches à chaque, on voit que cela nécessite 15,000 perches par hectare; d’après M.Kors et M. Denis, il n’en faudrait que la moitié.

—Les perches employées pour échalasser les houblons ont RE 15 à 18 pieds de longueur; elles ne doivent pas dépasser cette élévation, parce que les plantes, pour gagner leur sommet, s’alongeraient trop, la tige serait moins forte, moins garnie de branches, et la récolte moins abondante. Ces perches se font en bouleau, en frène,en peuplier, en châtaignier, etc. Le châtaignier mérite la préférence.

Quelques personnes ont conseillé de Zer diagonalement les perches, par leur extrémité supérieure, les unes aux autres, afin qu’elles se soutiennent mutuellement et résistent mieux aux vents. On a aussi proposé de remplacer les perches par des tiges de fil de fer.

M. Denis, du département des Vosges, a beaucoup perfectionné ce procédé en proposant en 1828 de substituer l’emploi du fil de fer aux perches, et il a fait connaître dans une brochure les avantages obtenus par lui en cultivant cette méthode. Voici en quoi elle consiste : Il espace les plantes de 8 pieds, leur laisse quatre brins et remplace les perches par de petites baguettes qu’il attache aux fils de fer et qui servent à conduire ces üges à ces fils. Ceux-ci s’établissent de la mamère suivante: à chaque extrémité du champ, sur chaque ligne de houblon qu’on se propose de mettre, on enfonce à coup de masse, en terre, un piquet de chêne de 24 ou 50 pouces de longueur, épointé par un bout, et du diamètre de 4 à 5 pouces à l’autre. On enfonce sur ces piquets un piton en fer assez fort pour qu’il ne plie pas en léchassant dans le piquet, et qui a un @illet à son extrémité hbre. La chaine de fils de fer est composée d'une quantité suffisante de bouts de fils de fer n° 18, coupés par bouts de 3 pieds de longueur, et maillés à chaque extrémité. Tous ces bouts seront réunis les uns aux autres par un double crochet en fils de fer n° 22. Cette chaine est assez semblable à une chaîne d'arpenteur, et on la tend à 5 pieds de hauteur, au moyen de chevalets en bois,en nombre

roportionné à la longueur des lignes de ble, à raison d’un par 30 pieds, sans compter les deux des extrémités. Les fils de

cHaAP. 10°.

fer ont dû être placés exactement dans Palignement des lignes de houblon dont les Liges, une fois parvenues sur ces fils, ont la moitié de leurs brins dirigée d’un côté et la moitié de l’autre. L'auteur termine par le calcul des frais de cette méthode, comparés à ceux de l’ancienne; il en résulte qu’elle offre au cultivateur une économie du cinquième sur la mise de fonds, et de plus de 50 francs par an et par chaque jour de Lorraine, c'est-àdire par 500 mètres carrés environ.

Lorsque les tiges de houblon ont la longueur suffisante pour étre attachées aux perches, c'est-à-dire de 1 à 2 pieds, on choisit les plus vigoureuses au nombre de 4 ou 5 pour chaque perche; on peut encore pour quelque temps en garder une de plus pour remplacer celle qu’un accident pourrait faire manquer, et on coupe tous les autres rejetons en terre, ce qu’il faut continuer de faire tant qu’il s’en montre. On attache les tiges après les perches avec des liens très-lâches,

afin de ne pas nuire à leur développement

par la moindre compression. Les Anglais et M. FopéRÉ prescrivent de ne jamais faire ce travail le matin, parce qu’à cetle époque

| de la journée les tiges sont plus remplies | de sève, et par conséquent plus cassantes.

Il faut avoir grand soin de tourner les tiges à l’entour de la perche, en suivant le cours du soleil; si on les tournait en sens inverse,

elles ne tiendraient pas et tâächeraient tou-

Jours de revenir à leur direction naturelle.

On continue exactement de les lier à mesure qu’elles grandissent, et on a soin de raffermir les perches ébranlées et d’enlever

| les rejetons superflus.

Lorsque les tiges ont pris la plus grande

| partie de leur développement, c’est-à-dire | sont parvenues à une certaine force et gros-

seur, et à une élévation de 10 à 12 pieds, on leur enleve Les feuilles jusqu'à une hauteur de 5 à 6 pieds, ce qui permet à la chaleur de pénétrer plus facilement, et fait porter la sève au haut de la plante où sont les fleurs. — Quelques cultivateurs pincent alors l’extrémité des tiges, à l'exemple de ce qu’on pratique avec avantage pour certains légumes ; l'influence de cette dernière opération sur la fructification du houblon n’est pas encore suffisamment déterminée. — Durant tout l’été, on doit, à l’aide d’une échelle double, continuer d’attacher les tiges aux perches ou aux fils de fer, et rattacher celles que le vent aurait détachées.

Les facons qu’exige la houblonniére pendant l'été se bornent, lorsque le 1°" labour a élé fait à la mi-mars et qu'il ne pousse pas trop d'herbes, à un 2° labour qu’on donne au commencement de juin, par un beau temps , afin que les mauvaises herbes soient plus sûrement détruites. Après les pluies de

| celte époque, on relève les monticules, ce

qui s'opère en rassemblant la terre des allées et l’accumulant sur les pieds de houblons.

Les travaux de la 3° année et des suivantes diffèrent peu de la 2°; il faut seulement au commencement de mars, par un temps sec, procéder à la taille des racines, ce qui s'apposes daus plusieurs pays, châtrer le houlon. On écarte avec précaution, et sans

DU HOUBLON

blesser le chevelu, toute la terre des monti

cules jusqu’à ce que les pieds en soient débarrassés et les racines mises à découvert; celles des tiges qui ont porté fruit sont taillées de manière à ce qu'il ne leur reste que 2 ou 3 yeux qui fourniront les nouveaux re- Jetons. Les jeunes racines, beaucoup moins fortes que les anciennes, sont coupées à 5 ou 6 pouces de longueur pour servir de replants ; elles servent à remplacer les anciennes qui paraitraient disposées à la pourriture, ou à faire de nouvelles plantations.

— Après cette opération, on rapporte du fumier, et on l’enterre en égalisant le terrain ; un mois après, on fait, comme il a été prescrit, la plantation des perches et le labour en monticule ainsi que les autres travaux.

Une houblonnière maintenue en bonne culture peut durer 10 ou 12 ans, et on concoit qu'après sa destruction, le terrain a acquis un haut degré de fertilité. On la conservera surtout en bon état, si l’on a soin, à chaque taille, de remplacer les racines trop vieilles ou qui ont des taches de pourriture ; on pourrait même prolonger bien davantage la durée d’une houblonnière en commençant à la renouveler par 5° à la 8° année, ce qui est facile, puisqu'on peut, à la taille, choisir les replants les plus forts pour cette nouvelle plantation partielle.

Une houblonnière doit étre copieusement Jumée tous les deux ans, avec un engrais consommé et court; sans cela, on ne fera Jamais d’abondantes récolles. Le fumier des bêtes à cornes convient mieux que celui de cheval, le premier étant plus nourrissant et maintenant le terrain humide, tandis que l’autre est échauffant et sèche plus vite. En Belgique, d’après AELBROOCK, on considère comme le meilleur engrais pour le houblon, un arrosage d'urine de vache et de tourteaux d'huile délayés dans de l’eau ; on répand cet engrais dans la proportion de 100 à 150 hectolitres par hectare. — Le fumier ordinaire est déposé en certaine quantité sur chaque monticule, ce qui doit être fait aussitôt après la récolte; on défait les monticules, on place le fumier autour des plantes, et on le recouvre de quelques pouces de terre seulement; pendant l'hiver, les principes fécondans se déposent sur les racines du houblon, et lorsqu'on le châtre au printemps, on éparpille le fumier qu’on retrouve, et on n’en laisse point en masse.

Le houbion est exposé à diverses maladies, dont les principales sont désignées par les noms de miellat et de cancer. Cette dernière maladie est produite par un champignon qui vient à la racine; les houblonnières plantées dans les lieux bas et humides, où des amas d’eau et de matières végétales sont en fermentation, y sont plus sujettes.

Il faut donc chercher à assainir le sol, en creusant des rigoles ; quant aux pieds attaqués, on doit les renouveler.— Cesont encore les plants situés trop près d’une haie ou daus un sol trop humide qui sont plus souvent attaqués du riellat ou de la mtellure. La plante s’enduit alors, à commencer par les feuilles du bas, d'une matière douce et gluante qu attire des milliers d'insectes, lesquels, en se multipliant de plus en plus, détruisent les

118 CULTURES INDUSTRIELLES : DU houblons. Une pluie abondante fait quelquefois cesser celte maladie que des injections d’eau salée peuvent aussi faire disparaître.

M. Denis conseille de faire d’abord couper les feuilles tachées depuis terre jusqu’à 4 ou 5 pieds, et de les faire brüler à l'instant, ce qui détruit des myriades de pucerons, puis ensuite de placer au bout d’une perche une bande de linge enduite de soufre. qu'on enveloppe d’étoupes, de vieilles étoffes, etc., à laquelle on met le feu et qu’on promène dans Ja houblonnière; cette poupée produit une fumée épaisse qui, par un temps calme, demeure long-temps, et parait faire périr les insectes. — On remédie encore par des arrosemens artificiels à quelques maladies causées par les grandes sécheresses. — Un autre danger auquel le houblon est exposé, surtout près des rivières et des étangs, c’est la rosée de la nuit, qui cause de grands dommages à l’'époqueoù cette plante esten fleurs. — Un des ennemis les plus redoutables pour le houblon, c’est la puce des champs qui attaque les feuilles par milliers, et les perce d’outre en outre : M. Kozs indique pour les chasser de jeter au pied des perches du hou-

blon cuit sortant de la brasserie.—La larve

d’un autre insecte s’introduit dans les cônes

du houblon lorsqu'ils commencent à se for-

mer, et ne tarde pas à le faire périr : on s’en

aperçoit parce que le fruit se couvre de moi-

sissure. — AELBROOCK regarde comme le re-

mède le plus efficace contre les pucerons

blanchätres et les mouches vertes, ainsi que

contre la rosée farineuse Où moisissure, un

bon arrosage d'urine de vache qui rend les

plants moins sensibles aux intempéries des

saisons, et leur donne la force d'attendre

une pluie douce qui diminue ordinairement

lemal lorsqu'elle ne le guérit pas.

S IV. — Récolte, dessiccation et conservation du houblon.

L'époque de la récolte et de la maturité des fleurs du houblon est indiquée par un léger changement de couleur des feuilles ; les cônes, qui étaient d’an vert jaunâtre, prennent une teinte d’un vert jaune doré, et répandent une odeur forte ; les écailles sont serrées, ont les pointes rosées et offrent à leur base la sécrétion jaune aromatique formant une pâte molle qui s’atiache aux doigts; les graines sont dures, brunes, et leur amande blanche et bien formée. — Il est très-essentiel de bien saisir le moment convenable pour la récolte : le houblon de couleur jaune pâle, un peu blanchätre ou verdätre , a été récolté trop tôt; il n'aura pas les propriétés actives en fortes proportions, il donnera un goût âpre à la bière, et perdra au poids ; car s’il faut 4 livres cueillies en pleine maturité pour en donner une séchée, il en faudra 5 de celui-ci; cependant il pourra encore acquérir la plupart de ses propriétés pendant la dessiccation. Ce qu’il faut surtout éviter, c’est que les cônes n’entr'ouvrent leurs écailles, parce qu’ils laissent alors échapper en pute la poussière jaune odorante. Les hou-

lons bruns ont été cueillis trop tard et ont perdu une partie de leur activité, ce sont

HOUBLON ET DE SA CÜOLTURE uv. nr.

les plus mauvais. Les meilleurs sont ceux d’une couleur jaune dorée, ayant une bonne odeur et qui donnent beaucoup de poussière Jaune.

La récolte du houblon a lieu ordinairement de la fin d’août au commencement d'octobre, selon les variétés et les vicissitudes de la saison; on doit choisir an temps sec et attendre, pour commencer, que la rosée soit séchée ; les cônes recueillis par l'humidité se moisissent souvent, ils prennent une couleur qui annonce leur altération, et ont une odeur moins forte que le houblon cueilli à propos, ce qui nuit à leur vente.

Pour opérer la récolte, on apporte dans la houblonnière de grands paniers d’osier; on établit des chevalets à 10 pieds de distance, on coùpe les ceps à un pied de hauteur de terre; avec un levier en fer ayant au bout une forte pince en pied de biche (/g. 59), ou

Fig. 59.

ayant la forme d’une sorte de tenaille comme dans l’arrache - houblon de M. KNowLes (fig. 60), on enlève les perches de terre, on

Fig. 60.

les couche soigneusement sur les chevalets avec tous les houblons dont elles sont chargées; alors, avec des serpettes bien tranchantes, on coupe toutes les branches auxquelles il y a des fleurs, et on les pose dans les paniers pour les transporter dans les lieux où doit avoir lieu la cueillette. — Lorsque les ceps de différens pieds se sont entrelacés au haut des perches, ce qui arrive souvent, il ne faut pas les détacher par force, mais les couper avec un croissant à long manche.

— Si l’on a parmi les pieds de houblons quelques-uns qui soient plus hâtifs ou plus tardifs, ou dont les produits passent déjà à la couleur brune, il faut en opérer la cueillette à des époques différentes, ou, s’ils sont en petite quantité, les mettre à part, afin qu’ils ne nuisent pas à la vente des produits bien préparés.

cHAP. 10°.

Si l’on adoptait la méthode de M. Denis, en substiluant des fils de fer aux perches, lorsqu'on voudrait faire la récolte, il suffirait d’écarter toutes les branches des chevalets de soutien des lignes de fil de fer, pour abaïisser à volonté la longue guirlande de houblon que l’on mettrait ainsi à la portée de tous sans embarras et sans dépense ; lorsqu'une ligne est récoltée, on coupe aussi toutes les tiges à un pied de terre, on replace les chevalets comme ils étaient auparavant, et on y laisse sécher la fane du houblon jusqu’au moment d’en faire des fagots. :

La cueillette des cônes, qui est ordinairement confiée à des femmes et à des enfans, doit être surveillée avec le plus grand soin, afin que la fieur conserve un petit bout de tige pour qu’elle ne s’effeuille pas, qu'en la cueillant elle ne soit pas froissée entre les doigts, et qu’on ne mêle pas aux produits de Ja récolte des feuilles ou autres substances étrangères, qui diminuent la valeur du houblon et le rendent moins propre à la fabrication de la bière.

La manière la plus ordinaire de procéder à la dessiccation du houblon, consiste à le transporter, à mesure qu'il est cueill et en ayant soin de ne pas trop l’entasser dans les paniers, ce qui l’altérerait et le rendrait susceptible de s'echauffer, dans de vastes greniers où on l’éparpille autant que l’emplacement le permet, et où on le retourne chaque Jour avec une pelle en bois et un râteau, jusqu’à ce qu'il soit assez sec pour être mis en grands tas et emballé quelque temps après. Maïs la dessiccation peut être opéréé bien plus promptement en l’exécutant dans des étuves, des séchoirs ou des tourailles disposées à cet effet, comme le pratique M. DE DomgasLe. La touraille dont MM. PAYEN et CnevaLLIER donnent le dessin est construile comme celle des brasseurs, si ce n’est que la plate-forme qui la recouvre, au lieu d’être faite en toile métallique qui laisserait perdre une partie de la matière Jaune, est composée de grands carreaux en terre cuite, percés d’un petit nombre de trous; cette touraille a la forme d'une pyramide tronquée et renversée, dont la grande base constitue la plate-forme(Voir ladescrip- Uon et la figure de cet appareil à l’art. Brére, t. III, Arts agricoles). — En Alsace et dans les Vosges on établit pour séchoir des rayons en baguettes d’osier ou des cadres en lattes de sapin, traversés dans leur longueur par des ficelles placées à 6 lignes de distance entre elles ; on les charge de houblon à l'épaisseur de 2 ou 3 pouces, et on les suspend les uns après les autres aux plafonds d’appartemens ou aux charpentes de greniers bien aérés, en laissant entre eux un intervalle d’un pied environ. Un appareil de ce genre, très-léger et peu coûteux, ménage beaucoup l’espace; le houblon y étant exposé au courant de l'air de tous côtés, y sèche très-vite et n’a pas besoin d’être relourné, ce qui altère souvent la fleur ; il suffit de remuer tous les jours une ou deux fois le houblon, en frappant légèrement dessous les ficeiles avec un bâton. On peut defaire et ranger cet appareil quand la dessiccation est opérée. — Il faut avoir soin, pour le houblou desséché dans une étuve et

DU HOUBLON

étendu sur des toiles, de ne pas élever la température de l’étuve à plus de 30 degrés, de renouveler les surfaces, et deretirer le houblon lorsqu'il est convenablement desséché, ce que lon reconnaît à ce que la queue des cônes est dure et cassante, et parce que les écailles se détachent aisément, sont peu flexibles et se brisent facilement.

Lorsque le houblon est sec, on en forme des tas dans les magasins ou les greniers, et on l'y laisse séjourner quelques jours pour qu’il reprenne un peu d'humidité en absorbant celle de l'atmosphère. Si on l’emballait en sortant de la touraille, il ne manquerait pas de se briser. -On reconnait que les cônes de houblon sont bons à emballer lorsque, frottés entre les doigts, ils paraissent souples et ne peuvent être ainsi réduits en poudre. Si on ensachait le houblon trop sec, il perdrait une partie de la matière jaune, ainsi que de son odeur, sa couleur, sa saveur, et par conséquent sa valeur réelle; lorsqu'il est trop peu desséché, il prend une couleur brune et une odeur désagréable, analogue à celle de moisi, ce qui le fait rejeter par les brasseurs.

L'emballage du houblon est indispensable pour conserver pendant plusieurs années ses propriétés actives et son arome ; mis simplement en sacs et légèrement foulé, il perd promptement son huile essentielle, et sa valeur devient presque nulle au bout de 3 ou 4 ans. Pour l’ensacher, on dispose dans le plancher un trou de la circonférence de Ia balle, on l’y fixe fortement par le côté ouvert, et un ouvrier y entasse autant que possible le houblon, à mesure qu’on l'y apporte. Dans la Flandre on conserve les houblons dans des chambres obscures, boisées, où ils sont fortement entassés, et où les brasseurs viennent les enlever en les foulant dans des sacs. MM. PayEN et CHEVALLIER font ressortir les avantages d’un embaliage fait à l’aide de presses très-fortes, et font remarquer que les houblons d'Angleterre, préparés de la sorle, ont encore une qualité supérieure au bout de plusieurs années de récolle et après avoir traversé les mers, tandis que des houblons d’une qualité au moins égale au Imoment de la récolte, ensachés en France par les moyens ordinaires, ne sont bientôt plus vendables qu’à vil prix.

Voici comment on opère en Angleterre pour réunir le houblon en masses dures et compactes, et lui garder son entière valeur pendant plusieurs années : « Le houblon, recueilli et séché avec les précautions ordinaires, est mis dans de grands sacs de forte toile et foulé le plus possible ; on soumet ensuite ces sacs debout à l'action graduée d’une forte presse à vis. Le houbion, au fur et à mesure qu’il est comprime, occupe Inoins de volume; le sac, devenu trop grand pour le contenir, forme des plis nombreux et de plus en plus considérables. Pour empêcher je houblon de se gonfler de nouveau, lorsque la pression cessera d’agir sur lui, on développe les plis, on tend le plus possible l'enveloppe du sac, on coud fortement ensemble les parties rapprochées, on applique la portion de toile doublée sur le corps du sac, on fait à la jonction une deuxième coulure très-serrée, et le pli, ainsi arrêté solidement, ne peut plus

se prêter au gonflement du houblon Jarsque l’on desserre la presse. —Le résultat de cette forle compression est de diminuer tellement les vides existans entre les cônes légers du houblon, que les produits volatils, à abri de la circulation de l’air, ne peuvent se dégager qu’en proportions très-faibles.Ces balles compactes offrent encore l’avantage d’être moins volumineuses, par conséquent plus faciles à transporter, moins embarrassantes dans les magasins secs où on les renferme. L'eau contenue dans l'atmosphère pendant les temps humides ne peut les pénétrer ; enfin, il est facile de concevoir que la plupart des chances d'altération sont éloignées. On ne saurait donc trop recommander ce moyen de conservation qu'on rendrait encore plus parfait en enduisant l’extérieur des sacs, ainsi comprimés, d’une couche de brai gras minéral, sur lequel on appliquerait des feuilles de papier. »

$ V.— Conservation des perches, produit d’une houblonnière.

Lorsque la récolle du houblon est rentrée, on doit disposer Les perches pour passer l'Aiver; quand ou n’a pas de hangars assez vastes pour emmagasiner un si grand nombre de grandes perches, on les laisse dans la houblonnière, où il paraît qu'avec les précautions suivantes elles se conservent aussi bien, si ce n’est mieux. Après avoir dépouillé quelques-unes des plus fortes tiges de houblon de leurs feuilles, on en forme un fort anneau assez ouvert pour y passer 5 ou 6 perches par la pointe, et on le fait descendre de 4 à 5 pieds vers les gros bouts qu'on écarte alors en forme d’entonnoir renversé en les placant à égale distance; tout autour on appuie des perches, de manière à maintenir l'équilibre et laisser un libre passage à l'air ; les tas formés de }a sorte ont cent perches qui, étant bien posées, résisteront à tous les coups de vent et seront moins exposées à devenir vermoulues que lorsqu'elles sont emmagasinées. Les perches conservées avec ces précautions durent de 7 à 8 et même 10 ans ; autrement elles sont hors de service au bout de 3 ou 4. — Quant aux tiges de houblion, on commence par les dépouiller de leurs feuilles, puis on les coupe à une certaine longueur, et on les lie par fagots pour servir de combustible. — Le docteur CRaNz estime que la valeur des feuilles qu’on retire des tiges du houblon sur un arpent est égale à celle de 15 quintaux du meilleur foin, et la justesse de cette estimation est confirmée par le dire des patriciens les plus expérimentés de la Franconie.

Le produit d'une houblonnière varie considérablement selon les saisons et les soins qu'on lui donne; la valeur du houblon dans le commerce éprouve aussi les plus grandes variations selon les années ; ainsi, tandis que le prix moyen n'est pas de 30 sous la livre, on la vu monter, par suite de spéculations énormes favorisées par les suites d’une récolte manquee, jusqu’à 6 francs. Au surplus, en conservant le houblon avec les précautions

CULTURES INDUSTRIELLES : DU HOUBLON ET DE SA CULTURE

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