LIV. II
pour les donner à la volaille et aux cochons qu’ils engraissent promptement.
Les /euilles ramassées à l'automne après leur chute spontanée, et séchées, peuvent servir pendant l'hiver pour la nourriture des bestiaux. Quand elles sont fraiches, tous les herbivores les mangent avec avidité.
Le bois du mürier blanc a le grain fin, assez serré, d’un jaune citron agréable, et il est susceptible de prendre un beau poli, ce qui le rend propre à la menuiserie. Dans Îles pays où il est commuau, on en fait de jolis meubles de toute sorte; malheureusement, dit M. pe CHaAPELAIN, il passe bientôt au brun, et les veines, qui étaient très-jolies, perdent alors une partie de leur éclat. Il est aussi propre pour le charronnage, pour douves de cuves et tonneaux, et pour faire des échalas qui sont d’une assez longue durée. Pour l’einpêcher d’être sujet à la vermoulure, il ne faut l’exploiler que pendant l'hiver. C’est aussi un bon bois à brüler.
Quoiqu'il y ait beaucoup plus de 200 ans qu'OLIVIER DE SERRES découvrit qu’on pouvait retirer de l'écorce du mäürier une filasse propre à faire des cordes et des toiles, cette découverte est, cependant, restée presque dans l’oubli depuis le temps du patriarche de notre agriculture, et personne que je sache n’a tenté d'exploiter le mürier sous ce rapport ; la seule tentative que je connaisse à ce sujet, est celle mentionnée dans le Bulletin des sciences agricoles de M. le baron DE FÉRUSSAC (oct. 1823). M. Maprot a retiré en 1820, avec les préparations convenables, des jeunes branches du mürier, une filasse douce au toucher, qui offrait presque l’apparence de la soie, et qui en avait la tenacité. Il a fait teindre cette matière en bleu, jaune, rouge, violet, etc.,et ces couleurs ont paru brillantes et solides. M. Madiot a même fait filer cette nouvelle espèce de filasse qu’il croit susceptible d'être travaillée sur le mélier. Il y a 5 ans que j'avais voulu faire aussi un essai en ce genre, et J'avais fait récolter à ce sujet une vingtaine de livres de cette écorce ; mais l'ayant laissée à la campagne pour la faire rouir, on a échoué dans cette préparation préliminaire. — On peut d’ailleurs regarder cowume certain, d’après les échantillons présentés à la Société d’encouragement dans le concours où M. de La Pierre a remporté le prix, que cette écorce pourrait servir à fabriquer du papier, ainsi que les Chinois et les Japonais le font avec celle de l'espèce nommée Mürier à papier. /
Sous le rapport de l’agrément, Xe müûrier blanc peut être employé dans les jardins des pays méridionaux pour remplacer le hêtre et le charme, qui ne peuvent y réussir à cause de la sécheresse du sol que le mürier ne craint pas, ce qui le rend propre à faire des rideaux de verdure, des palissades, des berceaux, qui remplacent ceux qu’on peut faire ailleurs en charmille, et qui supportent de même la taille au croissant ou aux ciseaux,
$IX.— Culture, multiplication, avantages et inconvéniens du müûrier multicaule.
Le Mürier multicaule se plait dans les terres meubles, légères et un peu substan-
cHap. 11°.
tielles, plutôt humides que sèches. Le grand avantage qu’il présente, c’est de pouvoir être multiplié de boutures avec la plus grande facilité. Lorsqu'il était encore assez rare, en 1827, j'en ai fait des boutures à un seul œil, qui m'ont parfaitement réussi, et quoique cette année 1835 ait été très-sèche, J'ai vu, dans deux localités différentes, untrès-grand nombre de ces boutures, faites au printemps, qui ont bien repris sans avoir jamais été arrosées, et dont il n’a pas manqué plus d’un sixième, malgré l'extrême sécheresse qui à duré pendant près de 6 mois.
Le mürier multicaule n’est pas propre à former des arbres de plein vent, mais il convient admirablement bieu pour des basses tiges. Ces dernières doivent être plantées en quinconce, à 6 pieds de distance les unes des autres. Ainsi disposés, ces arbres peuvent être ravalés lous les ans après la cueillette des feuilles, à 1 ou 2 pieds de terre, et donner ensuite, jusqu’à la fin de la belle saison, de nouvelles pousses de 5 à 6 pieds de hauteur. — On pourrait, à ce que je crois, en former, non pas précisément des prairies à faucher, mais des espèces de täillis serrés qui donneraient une quantité énorme de feuilles, étant recépés tous les ans à 2 ou 3 pouces de terre, après avoir été dépouillés de leurs feuilles. Ainsi, une pépinière d’environ 60,000 individus que j'ai vue dernièrement chez MM. DE GRIMAUDET et LaTour, à Villemomble, à 3 lieues de Paris, dont tous les individusétaient plantés à 7 ou 8 pouces les uns des autres, m’a paru susceptible de fournir, au printemps prochain, au moins 120 quintaux de feuilles, c’est-à-dire de quoi nourrir les vers de 6 onces de graine. Tous les individus de cette pépinière avaient été plantés de boutures au mois de mars, et, quoiqu'’ils n’eussent jamais été arrosés, un tiers de ces plants avait, au 1°" novembre, 3 à 4 pieds de haut, et Lout le reste 1 à 2 pieds.
Probablement que le mürier multicaule, lanté aussi serré, épuiserait promptement e sol dans lequel il serait; mais en supposant
qu'il püt seulement y rester 3 ans, ne donnerait-il pas encore un produit considérable ? Il est probable qu’on pourrait prolonger jusqu'à 5 ou 6 ans, et peut-être davantage, l'existence de ces arbres nains, en les plantant moins serrés, à 12 ou 15 pouces, par exemple, eten leur fournissantrégulièrement des engrais. Une plantation de ce genre aurait besoin d’être labourée à la fin de l'hiver ei binée deux fois pendant la belle saison : la première fois en juin, lorsque les tiges, après la cueillette, auraient été recépées, et la seconde fois au mois d'août; peut-être même que ce dernier binage ne serait pas nécessaire, parce que, les tiges étant très-pressées et donnant beaucoup de feuilles, 1l serait possible que les mauvaises herbes ne pussent pas croître au-dessous.
Déjà plusieurs éducateurs de vers-à-soie ont employé les feuilles du mürier multicaule pour en nourrir ces insectes, et jusqu'à présent ce qu'ils ont fait connaître de leurs expériences a été à l’avantage de ce nouveau murier. La santé des vers a été bonne, avec ce nouvel aliment; les cocons produits ont égalé en poids ceux des meilleures éducations,
DU MURIER
et enfin la soie a été d’aussi belle qualité. Moi-même, en 1829, j'ai fait aussi, avec ces feuilles, une petite éducation de quelques centaines de vers, et j'ai également obtenu de beaux coconset en quantité désirable, quoique cependant l’éclosion de mes vers eût été retardée jusqu’au mois de juillet, et que par conséquent la feuille fût bien plus dure qu’elle n’eût été en mai et juin; mais j'avais la précaution de ne la donner que coupée en morceaux assez petits, précaution qu'il faut toujours prendre dès que la feuille du multicaule à acquis certaines dimensions; mais avec de grands ciseaux c’est une besogne qui n'est pas difficile.
Quant à ses propriétés pour nourrir les vers-à-soie, d'après les essais qu'a faits M. CHevrEUL, de la soie des vers qui avaient été nourris avec les feuilles du mürier mul!ticaule, chez M. Mauporz, dans les environs de Venise, ce savant chimiste a reconnu que les vers nourris avec les feuilles du müûrier multicaule peuvent donner une soie d’excellente qualité, tant sous le rapport de la force et de la finesse que sous celui du produit de la soie décreusée, et que celle-ci se blanchit et se teint parfaitement. D’après cela, les personnes qui élèvent des vers-à-soie peuvent en toute assurance les nourrir avec la feuille du nouveau mürier, sûres qu’elles seront que la soie qui sera produite sera d’une qualité égale à celle qui proviendra des feuilles de l’ancien.
Tels sont les avantages que paraît devoir présenter le mürier multicaule ; mais je dois dire en même temps que plusieurs personnes lui reprochent d’être sujet à de grands inconvéniens. M. le baron n'Homgres FirMas a résumé touc ce qu'il y avait à dire contre cet arbre dans un Mémoire inséré dans le Bulletin de la Société libre du Gard pour août 1834. Voici les principaux reproches que cet agronome fait au nouveau mürier : Cet arbre craint plus les gelées que le mürier blanc: ilredoutesurtoutles grands venisquilacèrent et flétrissent ses feuilles et brisent ses branches ; il exige un meilleur terrain, qui conserve toujours de la fraicheur, parce que la sécheresse Jui est contraire ; quand on est obligé de cueillir sa feuille moutilée, elle est bien plus difficile à sécher ; mise en tas, eile fermente plus facilement que celle de l’espèce ordinaire. — Si je ne puis disconvenir de plusieurs des inconvéniens reprochés au mürier multicaule, Je crois cependant que M. d'Hombres les a unpeu exagérés, el que, dans le Nord etlecentre dela France,ilserait exempt de plusieurs des inconvéniens auxquels ikest sujet dans le Midi; cela ne doit don& pas empêcher la culture de cet arbre; car. si l'expérience du temps prouve en sa faveur, il aura certainement une grande influence sur la propaga- Lion des magnaneries dans le Nord, à cause de l’extrême facilité avec laquelle on peut le multiplier et le culliver. Au reste, d’après les nombreuses plantations qu'en ont faites MM.Camille BEAUVAIS, DEGRIMAURET, LATOUR etautres, et les immenses multiplications de M. SOULANGE-BoOpIN à Fromont, près Ris, on ne tardera pas à savoir à quoi s’en tenir sur les véritables qualités de cet arbre,
$ X.— Calcul des frais et produits.
Si nous estimons à 3 francs le quintal de feuilles de müûrier, prix moyen auquel nous avons cru devoir le porter, un demi-hectare, planté depuis 7 ans en müriers greffés, espacés de 12 pieds, selon que le fait M. Camille BEAUVAIS, pouvant rapporter 100 quintaux de feuilles, peut par conséquent donner un produit brut de 300 frauc:; et même, selon M. Amans CARRIER, qui depuis une douzaine d’années s’est occuné, avec un zèle infatigable et en même temps avec succès, de la propagation du mürier et des vers-àsoie dans le département de l'Aveyron, le rapport d’un demi-hectare de müriers serail encore plus considérable; à la vérité il estime à 4 francs le quintal de feuilles: à ce prix, un hectare planté en müûriers depuis 11 ans pourrait rapporter 160 quintaux de feuilles, ce qui ferait 640 francs de bénéfice, saus autres frais que ceux de la culture des arbres (Ann. de l’agric. franc., 3° série, t.XIIT, p. 298). Mais le même habile agronome offre encore un plus grand béuéfice aux propriétaires qui exploiteront eux-mêmes leurs müriers en faisant chez eux des éducations de vers-à-soie; Car voici commeul, dans les mémes Annales, tom. XII, page 296, il établit le compte de la dépense et du produit d’un demihectare planté en müûriers depuis 11 ans.
CULTURES INDUSTRIELLES : DU MURIER ET DE SA CULTURE