‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 97 sur 467 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

$ IV. —Entretien, taille et plantation des müriers.

Tous les müriers greffés en pépinière, qui ont fait une tige de 7 pieds ou plus, sont coupés au mois de mars suivant à une égale hauteur, le plus souvent à 6 pieds, plus rarement au-dessus ou au-dessous. Les arbres ainsi étêtés poussent au commencement de la belle saison, tout le long de leur tige, de nombreux bourgeons qu’on a soin de supprimer peu après qu'ils ont commencé à pa-' raître, en prenant l'arbre à poignée et en glissant la main du haut en bas ; on ne réserve au sommet que 3 à 4 bourgeons destinés à produire les branches principales qui doivent former la tête de l'arbre.

Déjà à l’automne suivant tous les müriers, qui jusque là seront bien venus, pourront être transplantés à demeure ; ils ont alors ce qu'on appelle, en termes de pays, un an de chapeau, et deux ans de chapeau si on les laisse un an de plus.

Quant à ce qui est du 7nérier greffé en téte, à la hauteur de 5 à 6 pieds, comme le sauvageon a toujours les fibres plus serrées que la greffe elle-même et les branches qui en proviennent, il en résulte ordinairement avec le temps un bourrelet plus ou moins considérable au point de l'insertion, et la tête venant à prendre des dimensions hors de proportion avec le sujet, il lui arrive quelquefois d'être rompue par un coup de vent. Cependant on doit dire que rien n’est mieux tenu dans les Cevennes que les mûriers greffés de cette manière; ils font la richesse du pays, et les Cévennais n'y épargnent pas les soins. Les collines, pour peu qu'il s’y rencontre de terre végétale, sont employées à la culture de ces arbres, pour laquelle on pratique des terrasses, des murs pour soutenir les terrains dont on augmente la fécondité par des engrais, par des transports de nouvelles terres ; aussi des terrains ainsi cultivés qui, sans tous ces soins, seraient de nulle valeur ou n’en auraient qu'une très-minime, sont d’un prix fort élevé dans les environs d’Anduze, d’Alais, et autres lieux des Cévennes, surtout auprès des villes et des villages populeux.

Si cela n’exigeait pas une dépense considerable, il serail fort avantageux qu'on püût défoncer complétement, à 2 ou 3 pieds de profondeur, le lLerrain qu'on destine à une plantation de müriers;mais,commeuntel travail deviendrait trop dispendieux, on doit se contenter de faire des trous de distance en distance, là où l'on doit planter les arbres. La largeur et la profondeur à leur donner peuvent varier selon la force des plants:

mais, en général, ces trous ne doivent jamais avoir moins de 4 pieds de largeur sur 2 de profondeur. On devra augmenter l’une et l'autre de ces dimensions si les müriers sont déjà forts, et, d’ailleurs, on ne risque jamais rien de faire des trous trop grands; car plus il y aura de terre remuée, plus les arbres prospéreront. Le‘comie VERRI, qui a publié un très-bon Traité sur l’art de cultiver les müriers, conseille même de donner aux trous | 8 pieds en carré et 2 pieds 1/2 en profondeur.

Dans tous les cas, il faut choisir pour les creuser je temps où la terre n’est pas mouillée, surtout dans les terrains argileux dont les mottes se durcissent alors au point qu'on ne peut plus quelquefois les rendre propres à la végétation. S'il est possible de les faire creuser plusieurs mois à l’avance, cela n’en vaudra que mieux, parce que cela facilite à la terre fraichement remuée les moyens de se bonifier par l'impression de l'air et des pluies. Il est très-avantageux, en faisant creuser les trous, de faire en sorte que les ouvriers aient le soin de séparer les terres qui en sortent; il faut leur faire mettre sur un des bords la couche supérieure de terre avec les gazons qui recouvraient le sol ; ensuite on leur fait jeter sur un autre bord la terre du fond, et, si le terrain est pierreux, il est bon de séparer toutes les pierres sur un troisième bord, ce qui ne se pratique presque jamais. La terre retirée la première est la plus fertile, elle servira avec les gazons, lors de la plantation, à mettre au fond du trou et à recouvrir les racines afin de leur faire un bon fond et faciliter leur reprise. La terre tirée la dernière sera remise ensuite pour remplir le trou, et on finira par placer les pierres pardessus le tout, pour en faire ure dernière couche à Ja surface du sol. Cette manière de faire entretient la fraicheur des racines et les préserve de la sécheresse ; car l’'observation apprend que les pierres empêchent l'évaporation de l'humidité de la terre, et que le sol qui est placé au-dessous d'elles conservetoujours de la fraîicheur,quelque grande que soit d’ailleurs la sècheresse.

Les mériers qu'on enlève de la pépinière pour les planter à demeure doivent être arrachés avec tout le soin possible ; il faut toujours chercher à leur conserver le plus de racines qu'on pourra, en fouillant largement autour de leur pied, en enlevant la terre avec précaution, et pour éviter de blesser les racines avec la pioche ou la bèche, on les détache du soi avec la main toutes les fois que cela est nécessaire. On ne doit faire arracher les arbres de la pépinière que lorsque tout est disposé pour leurtransplantation,et s’il arrive que celle-ci ne puisse avoir lieu tout de suite, on doit recouvrir les racines avec de la grande paille ou de la litière, afin de les préserver du hâle.

Avant de placer à demeure les müriers dans les rrous qui leur sont destinés, il importe de les tailler réguliérement, et de ne leur laisser que 3 à 5 branches bien disposées,

u'on taille à 2 ou 3 yeux, et on fait la réseclon de toutes les autres. En même temps on rafraïchit les racines, en coupant bien net l'extrémité de toutes celles qui, lors de l’arrachement, ont été mutilées où endommagées par une cause quelconque.

C'est d’après la nature du terrain qu'on devra décider s'il convient de planter les müriers plus ou moins profondément. Quand le sol est léger, rocailleux, ou très-exposé aux ardeurs du soleil, il est toujours à propos d’enfoncer les arbres davantage, sans cependant jamais enterrer la greffe, afin qu'ils soient moins exposés à la sécheresse.

Dans les terrains de cette nature, surtout dans les pays du Midi, il est aussi beaucoup

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plus avantageux de faire ses plantations en automne, parce qu’alors les arbres peuvent profiter des pluies de lhiver, commencer à faire de nouvelles racines avant la fin de cette saison, et entrer plus tôt en végétation au printemps. Dans les terres qui sont au contraire humides, fortes et argileuses, on ne doit planter qu’à la fin de l'hiver , et les racines des arbres n’ont pas besoin d'être placées aussi profondément. Il est bon, avant de planter les müriers, de ficher dans leur trou, immédiatement à côté de la place qu'ils doivent occuper, un pieu assez gros, assez droit et de longueur convenable, auquel on les assujettira avec plusieurs liens d’osier, afin de les garantir des ébranlemens qu’ils pourraient éprouver de la part des vents on des bestiaux.

La distance à mettre entre chaque arbre ne peut être fixée d’une manière absolue, cela dépend de la fertilité plus ou moins grande du sol, et de l'emploi auquel il est destiné. Si les müriers ne font pas la principale culture , et que ceux-ci ne soient plantés qu’en bordure , parce que le champ est d’ailleurs consacré à des céréales, des plantes à fourrage ou autres, ce n’est pas trop, dans les bons fonds, de mettre 30 à 36 pieds d’intervaile d’un arbre à l’autre ; 20 à 24 pieds suffiront dans ceux qui sont médiocres, et 15 à 18 quand ils seront mauvais. Mais, lorsqu'on veut consacrer tout le terrain à une plantation de müriers, on rapproche ces arbres beaucoup plus, et 16 à 18 pieds dans Îles meilleurs sols seront une distance convenable pour ceux à haute tige, et 6 à 10 pieds suffiront pour les nains.

$ V. — Conduite des müriers plantés.

Le mürier en plein vent étant planté à demeure, il ne faut pas croire qu’il ne demande plus de soins et qu’on peut l’abandonner à lui-même; c'est, au contraire, un arbre qui en exige toujours.

Beaucoup trop de personnes pressées <le jouir font cueillir les feuilles de leurs müriers dès la troisième année après la plantation, et même dès la seconde, ce qui est trèspernicieux pour ces arbres. Pour qu’un mürier puisse prospérer , il faut, suivant la fertilité du sol et selon les progrès de la végétation de l'arbre, ne cuetllir ses feuilles qu'à la 4° et même à la 5° année. On lui laisse alors le temps de se fortifier, et les récoltes qu'il donne par la suite dédommagent amplement le propriétaire du léger produit que lui auraient fourni des récoltes anticipées.

Tant qu'on ne cueille pas la feuille des mûriers pour en nourrir les vers-à-soie , il faut les tailler au commencement de mars, où à la fin de ce mois, selon que la végétation est plus où moins précoce dans le pays où l'on est; mais, lorsqu'une fois on dépouille les arbres de leurs feuilles, c’est aussitôt que la cuerllette est terminée qu’on doit les tailler.

Comme c’est principalement de la bonne conduite des müûriers, dans les premières années de leur plantation, que dépend leur réussite future, on ne saurait apporter trop d'attention à les bien gouverner; Voici comme

‘ils doivent l'être. Dans la première année de

Ja plantation, on ne laissera, lors de la pousse,

ue deux bourgeons à chaque bout de branche, en préférant toujours ceux qui sont en dehors et dans un sens opposé l’un à l’autre. Ensuite on visitera souvent les arbres pour retrancher, chaque fois, les pousses inutiles ou mal placées. Îl ne faut rien semer dans le terrain qui est autour du pied des jeunes arbres, mais il faut le biner trois fois ou tout au moins deux fois dans le courant du printemps et de l'été, ce qui devra se renouveler tous les ans de la même manière. — Lors de la deuxième année, on donne, dans le courant de l'hiver ou au plus tard dans le commencement de mars , un bon labour autour des müriers, dans toute l'étendue du trou où ils ont été plantés, et ce labour devra être répété tous les ans à la même époque. Dans le même temps on visite les liens d’osier qui fixent chaque arbre à son tuteur; on renouvelle tous ceux qui pourraient le trop serrer ou n'être pas solides. Quant à la taille, on coupe à une hauteur convenable les pousses de la première année, toujours près des yeux, en ayant soin de ne raccourcir que les jets vigoureux et de laisser intacts ceux qui sont faibles. Lorsque les arbres commenceront à pousser, on les gouvernera comme il a été dit pour la première année.—A la troisième et à la quatrième année, la taille continue à se faire au mois de mars, d’après ce qui vient d’être dit, et elle doit être faite de manière à donner aux arbres une forme agréable à la vue et en même temps commode, c’est-à-dire que leur tèle doit être vide en dedans et bien garnie toutautour.— Règle générale, il ne faut jamais

ratiquer la taille lorsqu'il pleut, n1,lorsqu'on ‘exécute, appuyer d'échelle sur les jeunes arbres, encore moins grimper dessus, parce que les secousses qu'on leur donnerait seraienttrès-nuisibles. On doit toujours, jusqu’à ce que les müriers soient très-forts, se servir d’une échelle double. L'échelle-brouette, recommandée et figurée d’abord par le comte Verri et ensuite par M. Bonwarous et autres, m'a para manquer de solidité et ne pouvoir être employée que lorsqu'elle est réduite à de petites dimensions.

C'est une mauvaise méthode d'abandonner les müriers adultes à eux-mêmes, comme on le fait dans quelques cantons, parce que les arbres donnent alors des feuilles plus petites, en moindre quantité, et surtout plus difficiles à cueillir, ce qui est un grave inconvénient, parce que cela augmente les frais de la cueillette,tout en en diminuant le produit.Cela a de plusunautreinconvénient,c’est quecesarbres rapportent beaucoup plus de fruits, lesquels sont, non seulement nuisibles au produit de la feuille, mais sont encore une cause d’allération pour la litière que les vers laissent après avoir mangé, ce qui peut être pour eux une cause de maladie. La taille, au contraire, rend les feuilles plus abondantes, plus grandes et bien plus faciles à récolter; mais, dans tous les pays où elle est pratiquée, elle ne s’exécute pas de la même manière. Tous les 3 à 4 ans, dans certains pays, on rabat toutes les branches secondaires pour ne laisser que les méres-branches, qui donnent alors des pousses vigoureuses dont les feuilles sont très-larges et dont la cueillette est très-facile;

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mais on reproche aux feuilles venues sur les müriers après cet émondage d'être trop aqueuses et de ne pas fournir aux vers une nourriture de bonne qualité. Cet ébranchement, renouvelé ainsi tous les 3 à 4 ans, nuit surtout à la durée des arbres, et, dans les lieux où cet usage existe, les plantations de müriers dépérissent très-promptement. Il parait donc préférable de tailler ces arbres

tous les aus ét de le faire selon des règles reconnues les meilleures. Ainsi, la taille à laquelle on soumet chaque année les mûriers, après qu'ils ont été effeuillés pour la nourriture des vers-à-soie, doit avoir pour but :

1° de décharger les arbres des branches mortes et de celles qui auront pu être cassées et endommagées par le cuüeilleur; 2° de retrancher les branches d'une végétation trop faible et celles qui, placées dans l’intérieur de larbre, l'empécheraient d’être convenablement évasé ; 3° d'arrêter les branches qui poussent trop vigoureusement, surtout dans la partie supérieure des arbres, afin de s'opposer à ce qu'ils s'élèventoutre-mesure: 4° de raccoureir les branches qui paraitraient vouloir s'étendre horizontalement , et de supprimer celles qui sont pendantes; 5° de replacer dans leur situation naturelle celles qui auraient pu être forcées pendant le cueillage.

On ne doit employer pour la taille que des ouvriers adroits, qui se servent d'une serpette bien tranchante ou du sécateur. Il ne faut pas surtout la confier aux fermiers, auxquels on serait convenu de laisser le produit de l’élagage, parce que ces gens là ne voyant que la perte que leur occasione l'ombre des arbres, cherchent à s'en dédommager en leur faisant couper beaucoup de bois. À ce qui vient d’èire dit, il faut ajouter que pour avoir de beaux müriers on ne doit jamais les effeuiller en automue pour en nourrir les bestiaux; on doit attendre que la feuille tombe d'ellemême. Il faut aussi bien se garder de faire ensemencer autour du pied des müriers, mais tenir au contraire cette partie constamment en labour.

Le bois qui provient de l’'émondage ou de la taille est très-utile dans les Cévennes pour chauffer les fours, les fourneaux, etc., d’après ce que nous a fait connaître M. Ocr. pe Ca- PELAIN, propriétaire-cultivateur dans les Céveunes, qui nous a adressé de fort bons documens sur le mürier.

Après tous ces soins, il ne reste plus qu’à Jumer les müriers : c’est ce qu'on fait ordinairement tous les 3 à 4 ans; outre les engrais ordinaires, la litière des vers-à-soie qu'on a laissée pourrir pendant quelque temps, est très-propre à servir de fumier, et les arbres se trouvent ainsi fertilisés par leur propre dépouille.

$ VI.— Cueïillette des feuilles.

La cueillette des feuilles exige des soins qu'on ne lui donne pas toujours ; ainsi il ne faut pas laisser la moindre feuille sur les arbres, car s’il en reste sur quelques branches, la sève y est attirée au détriment de celles qui sont dépouillées. Les jeunes müûriers doivent être äépouillés les premiers, afin qu'ils aient plus de temps pour pousser

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leurs secondes feuilles. Cela offre d’ailleurs l'avantage de ne donner aux vers, dans leurs derniers âges, que la feuille des arbres âgés qui leur convient mieux. La taille devant suivre immédiatement la cueillette, et, une grande partie des rameaux effeuillés devant être raccourcis, c’est à l'ouvrier chargé de ce dernier ouvrage à remédier au dommage qu'a pu faire le cueilleur. Les échelles doubles sont préférables pour cueillir les feuilles, à celles qui sont simples et qu’il faudrait appuyer sur les arbres, et ce n’est que lorsque ceux-ci sont devenus très-gros qu'on peut se permettre de monter dessus.

Comme les vers-à-soie ne mangent pas les feuilles malpropres ni celles qui sont flétries, il faut éviter tout ce qui pourrait ou les salir ou les flétrir. On doit s’abstenir de cueillir la feuille qui est couverte d'un enduit visqueux nommé vulgairement miellée, parce que cela est coniraire à la santé des vers. Celle qui a des taches qu'on nomme rouille, n'est pas mauvaise pour cela, parce que ces insectes ne mangent que la partie saine.

Les ouvriers chargés de cueillir les feuilles sont munis de grands tabliers dort ils relevent les deux coins du bas en les fixant à leur ceinture, et lorsqu'ils ont rempli ces tabliers, ils descendent de l'arbre et mettent ce qu'ils ont de feuilies dans des sacs.

La feuille cueillie avec les précautions convenables peut facilement se conserver deux à trois jours et même jusqu’à quatre, en ayant soin de la tenir dans des lieux bas, secs et privés de lumière. Quand on en fait des amas un peu considérables, parce qu’on craint la pluie, on doit toujours éviter que les feuilles ne soient trop pressées, et 11 faut avoir la précaution d’y enfoncer la main plusieurs fois par jour, pour s'assurer qu’il ne s’y développe pas de chaleur et par conséquent de fermentation. Si cela arrivait, on remueeton agite les feuilles; par là on prévient cet accident qui pourrail altérer assez la feuille pour la rendre hors d’état de servir.

Pour les autres délails de la cueilleite des feuilles de mürier, nous renverrons à l’article des Arts agricoles (Tom. 111. pag. 124), où il en est traité à propos de l'£ducauon des vers-asoie.

Dans tous les pays où les habitans des campagnes et même des villes se livrent à l'éducation des vers-à-soie, les feuilles du mürier se vendent au quintal pesant, et d’après l'estimatiou des personnes expérimentées en ce genre. On estime en général qu'un mürier dont les rameaux bien garnis peuvent couvrir une, deux ou trois toises carrées de surface, doit fournir autant de quintaux de feuilles. Le prix courant du quintal, en général, poids de table ou seulement de 80livres métriques, est depuis quelques années de 3 fr., mais il va quelquefois jusqu’à 5 fr.

$ Vil.— Des müriers nains, en prairies, en haies, en taillis.

Après avoir parlé avec détail du mürier planté en plein vent pour faire de grands arbres, je vais dire quelque chose de ceux qu'on réduit à de plus petites dimensions el

AGRICUITURE,

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que pour cela où appelle witriers nains.

Ils ne peuvent guère être placés en bordure, il faut leur consacrer exciusivement tout le terrain dans lequel on les plante. M. Camille BEAUvAIS a planté ainsi presque tous ses müriers. Dans les premiers temps, il laissait entre chaque arbre 12 pieds d’intervalle dans ua sens et 6 pieds seulement dans l’autre, et ainsi espaces, un arpent pouvait en contenir environ 500; mais, depuis deux ans, il met 12 pieds d'intervalle dans tous les sens entre chacun de ses müriers, et par conséquent il n'en a plus que 250 par arpent. Il trouve par celte dernière pratique, que la culiure de ses arbres est plus facile, et il espère que ceux-ci deviendront plus beaux. M. C. Beauvais dispose en vase tous ses müriers ainsi plantés, et chaque année, après la cueillette des feuilles, il les fait ravaler sur 3, 4 à 5branches principales et à 2 pieds ou 2 pieds 1/2 de terre. Chacun de ces arbres nains, âgé de 7 ans, lui a fourni cette année 40 à 50 livres de feuilles, c’est-à-dire beaucoup plus de 100 quintaux par arpent. J'ai vu aussi aux Bergeries une plantation de müriers sauvageons faite dans 24 perches seulement, et plantés à 3 pieds les uns des autres, laquelle a donné 58 quintaux de feuilles, ce qui paraitrait prouver qu'il y aurait de l'avantage à rapprocher les müriers nains, puisqu’en supposant qu’un arpent entier fût planté de celte dernière manière, il pourrait rapporter plus de 200 quintaux de feuilles, tandis qu’en espaçant les müriers à 12 pieds, on n’en oblient guère que la moitié. ;

Les müriers pains, comme on vient de le voir, ont le grand avantage de fournir beaucoup de feuilles, et d’une feuille irès-facile à cueillir ; car ces arbres ne devant pas s'élever au-dela de 8 à 9 pieds tout au plus, cela permet de saisir leurs branches les plus élevées étant placé sur le sol même de la plantation. Ce mode de culture, encore nouveau chez nous, est très-anciennement usité à la Chine, car le P. pu HALDE, dans la description de cette contrée, dit que dans la province de Tche- Kiang, qui est la plus riche de l'empire en sole, on voit quantité de champs remplis de müriers nains, qu’on empêche de croître, et qu’on plante et taille à peu près comme les vignes.

On a proposé de faire des semis de müriers en plein champ, et l'on a dit qu’on pourrait les faucher deux fois par an. Je ne crois pas ce moyen pralicable, du moins dans nos chimats, parce que les semis de müriers exigent beaucoup de soin pendant leur première année et même pendant les suivantes. Mais, en supposant qu'on püt faire des prairies de müriers en repiquant de jeunes pourretles à 3 ou 4 pouces les unes des autres, ces prairies seraieut très-dispendieuses à établir, et elles ne donneraient cependant qu’un mince produit, parce que leurs petites tiges, toujours rabougries, ne pourraient pousser que de faibles bourgeons, et que les mauvaises herbes les auraient bientôt détruiles, à moins de soins réltérés et coûteux de sarclages, car il m'a paru qu’il serait très-difficile de les faire biner. J'ajouterai que, d'après les essais que j'ai faits en ce genre,

| ces espèces de prairies ne pourraient jamais

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donner qu'une seule coupe par an, et non 2 à 3 comme on l’a avancé.

Des aies de 5 à 6 pieds de hauteur, plantées à la même distance les unes des autres, ou en remplacement des haies actuelles pour enclore les héritages, et taillées à la manière des charmilles, seraient beaucoup plus faciles à cultiver : elles seraient d’un entretien beaucoup moins dispendieux, et elles fourniraient certainement deux à trois fois plus de feuilles que le semis à faucher. La cueillette sur les haies de mürier est facile et économique; elle peut se faire soit aux ciseaux, soit au croissant.

Rosier a conseillé de planter le rzirier pour en faire des taillis, dans les pays dénués de bois, dans ceux où l’on cultive la vigne et où l’on a besoin d’échalas, dans les terrains montueux, rocailleux, dont on ne saurait tirer presque aucun parti. Mais, d’après les essais que j'ai faits en ce genre, il m'a paru, au moins dans le climat de Paris, que cet arbre ferait de fort mauvais taillis. Ayant laissé sans culture, il y a 4 ans, et d'ailleurs dans un bon sol, une assez grande quantité de müriers, tous ces arbres sans exception ont cessé de s'élever d’une manière bien sensible; ils ont formé des buissons épais, hérissés d’une multitude de branches secondaires, et, loin d’être propres à former des échalas comme l'espérait Rosier, ils ne pourront faire que d’assez mauvais fagots, et tout autre bois à leur place eût produit beaucoup davantage.Il ne pourrait d’ailleurs en aucune manière être planté avec d’autres bois, parce qu'il serait promptement dominé par les autres essences.

On trouve encore dans les auteurs qui ont écrit sur la culture du mürier, que cet arbre s’accommode de toutes sortes de terrains, et qu'il réussit dans toutes sortes d'expositions. Mon expérience m'a encore prouvé le contraire; J'ai perdu une grande quantité de müriers pour les avoir plantés dans un terrain calcaire peu profond, et il m’a paru que, dans les climats septentrionaux surtout, le mürier ne pouvait réussir que dans des terrains un peu fertiles et ayant une certaine profondeur ; ceux qui sont sableux ou argileux m'ont paru lui convenir, et il aime surtout une exposition chaude. — Le mürier adulte n'a rien à craindre du froid de nos hivers; il supporte, sans en souffrir sensiblement, ceux de la Prusse etmèême de certaines parties de la Suède et de la Russie; mais, comme la végétation de cet arbre se prolonge jusqu’en automne, ses dernières pousses sont assez souvent frappées de la gelée avant qu’elles aient pu s’aoûler ; cependant ces gelées lui font en général fort peu de tort. Il a au contraire beaucoup à craindre les froids tardifs qui surviennent au printemps, el qui, en brülant ses jeunes bourgeons, peuvent anéanür en totalité ou en partie l'espoir de la récolte des cocons.

$ VIIL. — Des autres produits des müûriers.

Les fruits du mürier blanc sont en général négligés ; on les cueille rarement pour les manger; mais on peut jes faire ramasser

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