‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 10 sur 357 · CHAPITRE PREMIER. — DU CLIMAT ET DE SON INFLUENCE EN AGRICULTURE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — DU CLIMAT ET DE SON INFLUENCE EN AGRICULTURE

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Dans ses rapports avec les lois de la végétation et les principes de la culture, l'étude du climat comprend celle de l'atmosphère considérée d'abord en elle-même, puis sous l'influence en quelque sorte accidentelle ou variable, d'un petit nombre de circonstances principales, telles que Les alternatives de sécheresse et d'humidité, les changemens de température, et la rupture de l'équilibre électrique

d AGRICULTURE,

ou, en d’autres termes, l’action de la foudre et des orages. Celte étude comprend encore la connaissance des influences de la situation plus ou moins éloignée des pôles ou de l'équateur, et plus ou moins élevée audessus du niveau de la mer, ainsi que celle'de l'exposition, c’est-à-dire de l’aspect au nord, au midi, à l’est, à l’ouest, etc. Ce chapitre sera complété par l'indication des moyens

de juger du climat d'un pays, par celle des signes et pronostics qui permettent de prévoir Je temps plus où moins long-temps à l'avance, et de régler en conséquence les travaux agricoles; enfin, par un aperçu du climat de la France.

Sgcrion 1°. — De l'atmosphère et de son influerce en agriculture.

Le »ulieu aériforme qui enveloppe de toutes

arts le globe terrestre, et auquel on a donné É nom d’atmosphère, est formé d’air; il eontient en outre divers autres corps gazeux, une quantité toujours assez considérable d'eau, du calorique et du fluide électrique.

L'air, qu’on a considéré long-temps comme un élément, est cependant composé de gaz ou vapeurs légères invisibles et impalpables comme lui, qui agissent différemment sur la végétation, et que nous devons par conséquent étudier séparément. — Dans son état de pureté, il contient un peu moins d'un quart de gaz oxigène, et plus des trois quarts de gaz azote. Il est toujours mêlé à une certaine quantité de gaz acide carbonique.

— Bien peu de lignes nous suffiront pour faire comprendre l'importance de ces trois gaz à ceux de nos lecteurs qui ne sont pas familiers avec la chimie.

$ I°.— Action chimique.

L'ay se décompose facilement. Son oxigène se combine naturellement avec une foule de corps. En les pénétrant, il cause leur combustion: il donne naissance aux oxides ou terres qui font la masse du sol arable ; avec l'hydrogène 11 devient eau. Dans d'autres circonstances, il forme les oxacides, qui jouent dans la nature un rôle de prewnière importance.

L'ouigène fait parlie, sous mille formes, de la substance des animaux et des végétaux.

Il alimente la respiration des uns, il préside à la germination et au développement des autres, et, même après la mort, en favorisant la décomposition et la transformation des produits du rè:ne organique, il est un aes agens les plus actifs de la vie. — Il se fait donc continuellement une consommation considérable de ce gaz, et cependant ses proportions ne semblent pas diminuer dans lattnosphère. C’est aux végétaux, alusi que nous le verrons tout-à-l’heure, qu'il a été donné de le régénérer.

L’azote est un gaz simple comme l’oxigène, mais ses effets sur la végétation sont beaucoup moins appréciables. On a pu faire germer et vivre des plantes dans des milieux qui en étaient dépourvus. Aussi suppose-t-on généralement qu'il est plutôt destiné à tempérer par sa presence la trop grande énergie de l’oxisène, et probablement des autres gaz nutritifs, qu’à agir par lui-même. — Cependant il abonde dans tous les animaux, et l’on sait qu'il existe dans un grand nombre de substances végétales.

Le gaz acide carbonique est le résultat de la combinaison de l’oxigène avec le carbone, ou l'élément du charbon. Il se forme jourpellement dans l’atmosphère, non seulement par suite de la fermentation, de la putréfac-

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tion, de la combustion et de la respiration, mais encore de la décomposition naturelle ou artificielle de certaines substances minérales. — Ce gaz est impropre à la respiration des animaux. Lorsqu'il surabonde dans l'air, il cause rapidement l’asphixie. — Sa destination principale est évidemment de concourir à la nutrition des végétaux. — En présence de tant de causes de production, il serait en effet difficile de trouver celles de l'absorption continuelle du gaz acide carbonique qui se fait à la surface du globe, si l’on n'avait découvert que, sous l'influence de Ja lumière, il est inspiré et décomposé par les organes foliacés des plantes, qui retiennent son carbone et émettent en grande partie son oxigne. Nous chercherons plus tard, en parlant de la nutrition des végétaux, à pénétrer dans ses détails ce phénomène, l’un des plus importans, je ne dirai pas seulement de la végétation mais de ja nature enlière.

Quant aux autres gaz, produits de la décomposition successive des corps , et qu’on voit, comme le gaz acide carbonique, se former et se transformer sans cesse, lels que lAydrogène à divers états de combinaison, l’'ammoniaque, elc., etc., leur influence générale sur la végétation est encore trop peu connue pour que nous ayons à les signaler ici. — Disons cependant que, quoique les ex périences deschimistes aient démontré, d’une manière aussi précise que le permet létat de la science, que les principes constiluans de l'atmosphère sont sensiblement les mêmes à des hauteurs et dans des climats fort différens, on peut dans un assez grand nombre de cas trouver des exceptions à cette règle.

— Sans parler de ces grottes danslesquelles le gaz acide carbonique vicie l'air au point de le rendre mortel, de ces vallées dont le sol bestilentiel est en quelque sorte blanchi par Fe ossemens des animaux qui s’en sont approchés dans leur imprévoyance, personne n’ignore combien des contrées entières sont rendues malsaines par {e voisinage de marais de quelque étendue.

A température égale, privés de Pair vif et léger des hautes régions, les végétaux des montagnes réussissent difficilement dans la plaine, et ceux de la plaine, lorsqu'ils peuvent croître à de grandes élévations, y végètent toujours moins vigoureusement ; souvent même ils y éprouvent des variations accidenteiles, qui pourraient parfois faire douter de l'identité des espèces. — Les plantes des vallées profondes et abritées languiraient à une exposition découverte; celles des localités marécageuses viendraient mal sur les bords des eaux courantes, et celles de l’intérieur des terres périraient sur les côtes, tandis que le petit nombre des plantes propres aux dunes cesseraient de prospérer, si on les privait des émanations salines des vents de nier.

$ II. — Action physique et mécanique

Mais ces influences ne sont pas les seules que l'atmosphère exerce. — Comme on doit le conclure de la connaissance de sa composilion, l'air est pesant. Sa pression, pour u’être pas sentie, parce qu'elle se Com-

pense en agissant en tous sens, et que la force élastique de nos organes lui est proportionnee, n’en équivaut pas moins au poids d’une colonne d’eau de 32 pieds environ, qui envelopperait de toutes parts le globe terrestre, et cette pression, démontrée jusqu’à l'évidence par le jeu des pompes et les phénomènes du baromètre, est une condition

remière de notre existence. — On a acquis a preuve, en s’élevant en ballon à de grandes hauteurs,et mieux encore,au moyen de la machine pneumatique, que si elle venait à cesser, les vaisseaux sanguins et ceux qui charrient dans les plantes les liquides séveux, se distendraient aussitôt au point de se rompre.

Lorsque l'atmosphère devient trop pesante, la santé des animaux parait en souffrir. -— Lorsqu'elle se cons?rve pendant un certain temps dans un grand état de légèreté, on a cru remarquer que la végétation se ralentit. C’est à cette circonstance qu’on a attribué en partie la moindre élévation des végétaux sur les montagnes que dans la plaine. Ajoutons que le poids et le ressort de l'air, sa dilatation et sa condensation dans les changemens de température, paraissent être un des moyens employés par la nature pour déterminer les mouvemens de la sève.

Les variations dans la pesanteur de l’atmosphère sont presque nulles entre les tropiques ; eiles deviennent de plus en plus sensibles en raison de la pius grande proximité des pôles. — Sous les mêmes latitudes, elles sont généralement moins considérables à une paie qu’à une grande élévation; pendant la

elle que pendant la mauvaise saison. Le baromètre a une tendance générale à descendre à l’époque de la nouvelle et de la pleine lune ; à monter, au contraire, aux approches des quartiers. — Enfin, les vents sont encore une des causes les plus directes des variations du poids de l’atmosphère.

Des vents.—Les physiciens les ont divisés:

en généraux , ceux dont l’action est régulière et continue dans un même rhombe; périodiques, ceux qui soufflent constamment pendant plusieurs mois dans une direction, et pendant plusieurs autres mois dans une direction contraire; £rréguliers, Ceux qui se font sentir dans une même contrée sans observer une marche, une époque, ni une durée précise.

La dilatation de l’air par la chaleur solaire, sa condensation par le froid, les commotions électriques et les ébranlemens qui en résultent dans l’almosphère, peuvent servir à expliquer l’origine des vents. Il suffit, en effet, FR par l’une de ces causes l’air ait été raré-

ié sur quelque point du globe, pour que celui qui n’a pas éprouvé le même effet se répande aussitôt de ce côté, avec d'autant plus de rapidité que la raréfaction est plus grande. — Les vents agitent sans cesse el mélangent les diverses parties de l'atmosphère; sans eux, les gaz délétères retenus par leur propre

oïds à la surface de la terre la rendraient ientôt inhabitable ; des contrées entières seraient privées de pluie, etc., etc.

Selon les contrées qu’ils ont parcourues, ils possèdent des propriétés fort différentes. Quand ils sont saturés d'humidité, surtout lorsque cette humidité est accompagnée de

AÏR : MOYENS DE LE CONNAITRE. ë

chaleur, ils favorisent les progrès de la]végétation , ils sont nourrissans, comme le disent les habitans des campagnes; quand ils n’en contiennent pas, ils produisent un effel tout contraire: sous leur influence désastreuse, on voit souvent, pendant le cours de la belle saison, le sol se dessécher plus rapidement que par l'effet d’un soleil ardent: la germination ne peut avoir lieu, les feuilles se flétrissent, les fleurs et les fruits tombent.

En France, les vents dominans semi. sur tout le littoral et Jusqu'à une distance assez considérable des bords de lOcéan, ceux d'ouest et de sud-ouest; dans les départemens du nord, ceux du sud-ouest, et dans les départemens méridionaux, ceux du nordouest et du nord-est. — Les deux premiers sont presque toujours pluvieux et parfois très-violens. — Les vents du midi charrient aussi fréquemment d’épais nuages. — Ceux dü nord accompagnent d'ordinaire le beau temps. — Ceux de l’est et du nord-est sont vifs et desséchans.

Si tout effort humain vient échouer devant les effets terribles des tempêtes et des ouragans, l’impétuosité des vents n’est pas toujours si grande qu’on ne puisse la contenir ou la modérer. — Les montagnes, les forêts, forment autant d’obslacles naturels qu’un cultivateur intelligent peut mettre à profit, lorsqu'il connait bien le climat qu’il habite. — Des murailles, des massifs de plantation, de simples palissades, deviennent des abris suffisans pour la petite culture.

$ II. — Moyens de connaître la pression, la force et la direction de l’air.

De tous les instrumens de météorologie, le baromètre est le plus utile pour le cultivateur. Quoique son but principal soit d'indiquer la pression de la colonne d’air, les variations de cette même pression sont, comme on le verra à la fin de ce chapitre, si étroitement liées avec les divers auires phénomènes atmosphériques, qu’on peut presque Journellement recourir utilement à ses Fig. 1.

indications.

Le baromètre, en sa plus grande simplicité, est un tube recourbé en siphon (#g.1), fermé par le haut, élargi en poire du côté opposé, complètement vide d’air et en partie rempli de mercure. — Lorsqu'on place ce tube verticalement, le métal, après quelques oscillations, se fixe à une hauteur qui représente le poids de l’atmosphère, et qui varie en plus ou en moins, selon que ce poids augmente ou diminue.

Au muyen d’un mécanisme ingénieux, Torricelli a adapté au baromètre à syphon un cadran (#g.2) sur lequel une aiguille indique extérieurement les mouvemens du mercure.

Quoique le frottement des poulies qu’il a été obligé d'employer rende les résuilats moins sensibles, comme on est parvenu à en dimiauer beaucoup l'effet, cet instrument, assez répandu, peut néanmoins être consulté avec fruit.

ñ AGRICULTURE : CLIMAT.

Fig. 2,

Le baromètre ( fg. 3) offre, avec les précé- ‘dens, cette différence, que le tube, au lieu d’être recourbé, plonge perpendiculairement ans une cuvette en partie remplie de mercure. Il est fixé à une planchette, graduée d'un côté en pouces et lignes, de l’autre en centimètres et millimètres.

Un bon baromètre à cuvette coûte 36 fr., celui à cadran 20 fr., et le baromètre à Syphon de M. Gay-Lussac, très-commode pour les voyages, parce qu’il tient dans une canne, est du prix de 50 fr.

L’anémomèétre fait connaitre la force, la direction et la rapidité du vent, Il n'aurait guère, pour le cultivateur, plus d’utilite que les girouettes. — Les meilleures sont celles qui, sous le plus grand volume, offrent le moins de poids possible. Nous en donuons divers dessins (#9. 4, 5, 6). Leur

Fier. À, construclion est simple et peu dispendieuse; l'essentiel est que leur pivot soit placé bien verticalement et qu’elles tournent facilement sur ju”.

Fos.,5.

Fig. 6.

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