‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 11 sur 357 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

SECTION 11.—De l'humidité, de la sécheresse, et de leur influence en agriculture.

J’ai dit que l'atmosphère contenait toujours une certaine quantité d’eau en vapeur.—Elle est aussi indispensable à la vie des plantes que l'air lui-même, dont nous connaissons maintenant les propriétés. — Les gaz oxigène et hydrogène, qui la composent, font partie de tous les végétaux et de toutes les substances végétales, comme de tous les animaux el de toutes les substances animales.

Diverses plantes végèlent entièrement dans l'eau ; toutes sont susceptibles d’y vivre momentanément, et il n'en est probablement aucune dont les racines ne puissent trouver dans ce seul liquide, amené par la distillation à son plus grand état de pureté, un aliment suffisant pour entretenir plus ou moins longtemps leur existence. Concevoir un elimat entièrement sec, c’est se faire l’idée d’une complète stérilité.

Dans un sens absolu, l’umidité, ce serait l’eau elle-même; Za sécheresse, l'absence totale de l’eau. Mais ici ces deux expressions ont une signification relative. — L'humidité excessive est produile dans le sol par une surabondance d’eau, et dans l’atmosphère par un excès de vapeur du même liquide, rendue sensible au moment où l'air, qui en était saturé, ne pouvant plus la dissoudre tout enüère, en abandonne une partie.

$ IT. — De l'humidité et de la sécheresse du sol.

L’humidité du sol agit différemment selon les saisons. — À l'époque des chaleurs, elle favorise la germination; — elle dissout les substances nutritives, produit de la décomposition des engrais et des terreaux ; —elle sert elle-même d’aliment aux racines; — elle divise le terrain et le rend plus perméable à l'air et aux jeunes chevelus. — Mais, quand elle estsurabondante, sielle ne fait pas pourrir les germes ou les autres parties souterraines des plantes, elle produit une végétation incomplète dans laquelle le développement excessif et le peu de consistance des organes foliacés, nuit à la production et encore plus à la qualité des fruits et des graines.

Pendant les froids, elle contribue à rendre l'effet des gelées plus funestes, comme l’observation l’a ‘démontré de tout temps, même pour les arbres de nos climats, et comme ne l’'éprouvent que trop souvent les propriétaires de vignobles plantés dans les lieux bas.

L'affinité plus ou moins grande, la capacité de certaines terres pour l’eau, et la force avec laquelle elles la retiennent, influent beaucoup sur leurs propriétés physiques. — Les sols humides sont froids, et conséquemment tardifs:; mais ils conservent mieux que d’autres leur fertilité à l’époque des sécheresses. — Ceux qui ne se pénètrent pas d’eau sont, au contraire, précoces ; mais les chaleurs de l’été arrêtent de bonne heure et détruisent souvent leur végétation. — Les premiers donnent ordinairement des produits plus volumineux; — les seconds, des produits plus savoureux. j

Dans tous les cas, le cultivateur a nn égal intérêt à éviter une humidité excessive et à

cuar. 1". HUMIDITÉ, SÉCHERESSE. — DES NUAGES ET DES BROUILLARDS. 5

empêcher la diminution de celle qui se rencontre dans le sol en de justes proportions.

— Pour atteindre le premier but, il peut recourir aux travaux de desséchement et d'écoulement, dont l'importance n’est pas assez généralement sentie dans nos campagnes ; — pour approcher le plus possible du second, aux arrosemens et aux divers moyens propres à retarder l’évaporation, tels que le parllage, les différentes couvertures utilisées en jardinage, et la culture de plantes dont l’épais feuillage couvre promptement le sol d’un ombrage salutaire.

$ II. — De l'humidité et de la sécheresse de l'atmosphère.

L'eau répandue dans l'atmosphère agit sur les feuilles à peu près de la même manière que celle de la terre sur les racines. Elle contribue à la nutrition des végétaux par elleméme et par les gaz qu’elle tient en dissolu- Uon.

Pendant la belle saison, une trop grande humidité de l'air peut devenir nuisible aux récoltes. En causant la coulure des fleurs, elle réagit sur la production des graines, et lors même qu’elle ne diminue pas la quantité des produits agricoles, elle nuit toujours à leur qualité et rend leur conservation trèsdifficile, parfois impossible.

L’excessive sécheresse n’est pas moins dangereuse. Elle entrave, plus encore qu’une humidité surabondante, les travaux importans des labours et des semailles. — Lorsqu'elle se prolonge, les organes foliacés des végétaux, ne trouvant plus dans l’air la nourriture habituelle, et perdant, par l'évaporation, leurs sucs les plus nécessaires, cessent d’exercer leurs fonctions conservatrices; ils se flétrissent, et leur destruction entraine souvent celle de la plante entière. — L'évaporation des feuilles dans une atmosphère desséchée par les effets du soleil ou du vent est parfois si grande que, malgré des arrosemens fré-

uens, elle arrête la végétation. L’humidité du sol ne peut donc suppléer qu’en partie à celle de l'air, et l’on comprend dès-lors de quelle utilité doivent être les arrosemens donnés sur les parties aériennes des végétaux.

C’est en empêchant l’évaporation produite par la sécheresse qu’on peut faire réussir les greffes, les boutures chargées de leurs feuilles; —qu'on peut transplanter avec succès les plantes herbacées, même les arbres, au cœur de l’été;—qu'on peut, enfin, rendre fertiles, par des plantations, des terrains arides et brülans.

La sécheresse du sol augmente avec celle de l'atmosphère, et l’une et l’autre s’accroissent en raison de la force et de la durée de la chaleur; aussi se foht-elles sentir avec plus d'intensité dans le midi que dans le nord, Cette circonstance apporle des modifications importantes dans la végétation des divers climats. — Les régions intertropicales sont peuplées principalement de grands végétaux ligneux, dont les racines peuvent trouver encore, à l’époque des sécheresses, l’humidité qui s’est conservée à des profondeurs considérables. —A mesure qu’on se rapproche des pôles, on voit, au coutraire, diminuer le

nombre des arbres et augmenter celui des plantes herbacées, base des cullures les plus productives des climats tempérés.

$ II. — Des nuages et des brouillards.

La vapeur d’eau répandue dans l’atmosphère s’y rencontre sous forme de vésicules imperceptibles à l'œil nu, creuses comme des bulles de savon, qui se dilatent et se dissolvent dans l’air lorsque la température s'élève; qui se condensent et se tranforment en nuages, en brouillards et en pluie, lorsqu'elle se refroidit.

Les nuages, en raison de leur légèreté, s’elèvent plus ou moins au-dessus de la surface de la terre. Luke Howard, dans un travail curieux et qui ne manque pas d'intérêt pour les cullivateurs, a cherché a les déterminer et à les classer d’après leurs formes particulières et la place que leur assigne leur densité dans les basses ou les hautes régions de l'atmosphère.

Les nuages les plus simples affectent trois formes principales : — tantôt ce sont des espèces de filets parallèles, tortueux ou divergens, susceptibles de s'étendre dans toutes les directions (fig. 7, A, voir en tête de ce chapitre ); lantôt des masses convexes ou coniques à base irrégulièrement plane (B); tantôt enfin, de longues lignes horizontales et continues dans toutes leurs parties (C). — En se réunissant de diverses manières, ils forment les zuages intermcdiaires, dont on peut prendre une idée sur la figure précitée aux lettres D et E, et les zuages composés, qui résultent de la combinaison de tous les autres (Foy.F, G. H).— Les nuages simples de la première des modifications que Je viens d'indiquer semblent être les plus légers: ce sont aussi généralement les plus élevés. Ils varient beaucoup en forme et en étendue. On les voit paraître les premiers sur un ciel serein. Aux approches des tempêtes, 1ls s’épaississent et s’äbaissent ordinairement du côté opposé à celui d’où soufflera le vent. — Ceux de la seconde modification sont les plus denses. Ils se rapprochent par conséquent davantage de la terre. Une petite tache irrégulière, qui parait d’abord dans l'atmosphère, forme er quelque sorte le noyau autour duquel ils se condensent.

Lors des beaux temps, ils commencent à paraitre quelques heures après le lever du soleil, parviennent à leur maximum au moment de la plus forte chaleur, et se dispersent totalement aux approches de la nuit. Avani la pluie, ils s’accroissent rapidement ; leurs contours se dessinent en larges protubérances floconneuses. Leur agglomération sous le vent, lorsque l’air est fortement agité, présage du calme et de la pluie. Lorsqu’au lieu de disparaitre ou de s’abaisser au moment du soleil couchant, ils continuent à s’élever, on doit s’attendre à de l'orage pour la nuit.—Enfin les nuages de la troisieme modification, quoique d’une densité moyenne, sont cependant ceux qui s'élèvent le moins.

Leur base repose communément sur le sol même. Ils se forment pendantla nuit detoutes ces vapeurs blanchâtres qu’on voit le matin se répandre comme une vaste inondation du fond des vallées ou de la surface des lacs et

des rivières, et disparaître bientôt ou se transformer diversement sous l’influence des rayons solaires. On sait qu’ils sont un indice de beau temps.

Non seulement les nuages sont les dispensateurs de la pluie et les principaux moteurs des orages; ils interceptent les rayons s0laires ; — ils diminuent les effets de l’évaporation, et s'opposent à l’émission du calorique de la terre par le rayonnement.

Les brouillards sont de véritables nuages que leur densité plus grande retient dans les basses régions de l’atmosphère. Lorsqu'ils s’élèvent par l'effet de la dilatation, ils se transforment en nuages proprement dits, et lorsque les nuages s’abaissent par suite de leur condensation, ils forment les brouillards.

— L'odeur fétide qui émane assez souvent de ces derniers prouve suffisamment qu'ils peuvent retenir et entrainer divers gaz, ei donne à penser qu’ils doivent agir chimiquewent sur la végétation. On a pu remarquer, en effet, qu’en général ils fertilisaient la terre; mais, d’un autre côté, il est vrai qu'ils contribuent indirectement, en abaissant la température et en entretenant une humidité particulière, à faciliter la propagation de la rouille des blés, l'avortement des fleurs, ia fermentation des fruits, etc., etc.

$ IV. — De la pluie.

Les pluies sont dues principalement au refroidissement des couches d’air saturées de vapeurs d’eau, et à l’action électrique des nuages.—Elles contiennent une quantité souvent inappréciable d'électricité, de l'air, du gaz acide carbonique, et quelques sels minéraux.

Toutes choses égales d’ailleurs, on sait qu’il pleut plus souvent dans le voisinage des grandes masses d’eau que dansles contrées arides, sur les montagnes que dausles plaines, dans les localités couvertes de grands arbres que dans les lieux découverts. — Il est aussi démontré qu'il pleut plus abondamment dans les pays chauds que dans les pays froids, quoique, dans ces derniers , les pluies soient plus fréquentes. La quantité moyenne d’eau qui tombe annuellement à Saint-Domingue est environ de 308 centimètres; à Calcutta, de 205; à Naples, de 95; à Paris, de 53, et à Saint-Pétersbourg de 46 seulement. — À mesure qu’on s’éloigne de l’équateur, les pluies sont donc moins abondantes ; mais, comme elles deviennent plus fréquentes, et comme l’évaporation diminue, il en résulte que les pays froids sont plus humides que les pays chauds , et que si, dans le midi, il n’est pas de cultures possibles sans arrosement, dansle nord il en estpeu de productives sans desséchement. — Dans quelques parties des vastes déserts de l’Afrique, des contrées septentrionales de l’Asie et de la côte occidentale d'Amérique, depuis le cap Blanc jusqu’à Coquimbo, il ne pleut presque pas; mais partout où il existe de la végétation, des rosées abondantes et d’épais brouillards suffisent pour l’alimenter ei l’entretenir.

Chez nous, les pluies les plus fréquentes et les plus favorables aux travaux et aux produits dela culturesontgénéralement celles de printemps et d’autoinne.—Fn hiver, elles pénètrent profondément le sol et régénèrent

les sources. — En été, elles réparent les pertes occasionées par l’excessive évaporation.

Enumérer ici tous les avantages et les inconvéniens des pluies, ce serait répéter ce qui a été dit au commencement de ce chapitre, où entrer, saison par saison, dans des détails que nous devons renvoyer à la pratique de chaque sorte de culture.

$ V.— Des instrumens propres à déterminer lhumidité ou la sécheresse de l'air.

Pluviomètre. Un vase de forme carrée, au fond duquel on aurait adapté un robinet , et qu'on aurait placé dans des circonstances telles qu'il pût recevoir librement l’eau du ciel, serait le plus simple des instrumens de ce genre; mais il aurait l'inconvénient d'offrir une trop grande surlace à l'évapora- Uon. — Pour éviter cet inconvénient, on emploie de préférence des vases à gouleau étroit, surmontés d’entonnoirs dont on connait le diamètre. — Voici la description et la figure données par M. Bailly de Merlieux, dans sa Météorologie, d’un des pluviomètres à la fois les plus simples et les plus exacts: — « Il consiste en un entonnoir de cuivre cu de ferblanc (/ig. 8) de 5 pouces de diamètre à son ouverture, et qui communique avec un tube de verre, muni d’un robinet à son extrémité inférieure. On examine l’instrument chaque jour à dix heures, et s’il a tombé de la pluie dans les 24 heures, on en mesure la quantité dans ce même tube d’un 5° de pouce de diamètre, et pourvu d’une échelle divisée en pouces et en 10° de pouce : de la sorte, la pluie tombée sur une aire circulaire de 5 pouces de diamètre, étant rasseniblée dans un espace d'un 5° de pouce, les pouces et dixièmes de pouce d’eau du tube correspondent à des centièmes et à des millièmes de pouce de pluie tombée sur la surface de la terre.»

Le pluviomètre de la fig. 9 fait conpaître, sans mesurage, la quantité d’eau tombée, par la longueur dont la tige portée par un morceau de liége sort du vase.

Conime il a été démontré par de longues observations que la quantité moyenne des pluies est à peu près annuellement la même dans chaque pays, et comme les expériences faites mois par mois donnent des résultats assez variables, il ne faut pas s’exagérer l’importance des pluviomètres.

Les Aygromètres sont sans Contredit plus utiles. En indiquant la progression croissante de l'hnnidité ou de la sécheresse de l'atmosphère, ils mettent le cultivateur à même de prévoir et d'empêcher, dans plu:

sieurs circonstances, les fâcheux effets de l'une et de lautre.

L'hygromètre le plus répandu et le plus parfait, mais aussi le plus cher (il coûte 30 f.), est celui de Saussure ( fig. 10); il est formé

Fig. 8.

| d’un cheveu préalablement lessivé, qui fait

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