M, TESSIER
avantageux, pour l'appliquer au perfectionnement de l’industrie et de l’agriculture, de Perthuis avait cherché à faire connaître et a répandu en France l’usage des kerises de la Perse, espèce de puits perdus où puisards, communiquant avec des galeries ou rigoles souterraines, ouvertes dans le double motif du desséchement des hautes plaines argileuses et de l'irrigation des terres qui manquaient d’eau. C’est par ces kerises, dont quelquesuns ont, dit-on, plus de 50 mètres de profondeur, que ces peuples avaient porté leur culture au plus haut point de prospérité.
$ II. — Desséchement des plaines humides, sans pente, sans écoulement, et des marais plus bas que tout le pays environnant.
Il est facile de concevoir que des plaines sans pente et sans écoulement soient constamment humides, que, dans les années pluvieuses, elles soient imbibées profondément, et que les eaux, ne pouvant s'épancher d'aucun côté, restent stagnantes sur leur surface. Il existe dans beaucoup de pays, au milieu des grandes plaines, de vastes espaces noyés et inondés une partie de l’année, leur fond argileux y retenant les eaux, qui y forment méme quelquefois des marais assez étendus.
L'Allemagne et l'Angleterre offrent de nombreux exemples de plaines inondées et de marais plus bas que tout le pays environpant, autrefois incultes, aujourd’hui parfaitement desséchées, bien cultivées et donnant de belles et abondantes récoltes. Le docteur NuUGENT parait être le premier qui, dans la Relation de son Voyage d'Allemagne, publiée en 1768, ait fait connaitre les procédés suivis par les Allemands pour le desséchement de ces terrains, et l'on trouve dans /’Encyclopédie britannique, à Varlicle Desséchement, une description détaillée et comparée de la méthode des Allemands et de celle qui est suivie en Angleterre dans le comté de Roxburgh.
Lorsque le terrain à dessécher est plus bas que tout le pays environnant, de manière que, pour parvenir à son desséchement, on serait obligé de creuser un grand nombre de tranchées profondes qui coûteraient plus que le terrain ne vaudrait après son détente ment, on commence par déterminer le point le plus bas de la plaine où du marais à dessécher, et on le prend comme centre de l’opération, qui doit se faire dans la belle saison, et surtout dans une année de sécheresse, On s'établit le plus économiquement que l’on peut sur cet endroit avec des fascines et des planches, et l’on perce au centre avec des bêches, des louchets ou des dragues, suivant la nature du terrain, un puits ou puisard que l’on descend aussi profondément qu'il est possible de le faire à travers les terres, les glaises ou les tourbes, en les soutenant avec des branches d'arbres et des planches. On remplit ensuite le puits avec des pierres brutes irrégulières, Jelées pêleamêle et amoncelées sans aucun ordre les unes audessus des autres, autour d’un tube ou coffre de bois placé verticalement dans le centre du puits et destiné à la manœuvre de la sonde.
Lorsque le remblais est fait, on descend la
AGRICUUTURE : OPÉRATIONS AGRICOLES.
sonde dans le coffre et l’on perce jusqu’à ce que la tarière atteigne quelque terrain perméable qui absorbe toutes les eaux de la surface. Enfin, lorsque la sonde a fait connaitre un de ces terrains perméables, en fait, sur toute la surface du terrain à dessécher, des fossés ou des coulisses qui aboutissent au puisard comme à un centre commun. Si le terrain présente une grande étendue, on perce plusieurs de ces puits, et souvent, pour éprouver moins de difficulté dans leur percement, on les ouvre, non dans le terrain à dessécher, mais dans son pourtour, et l’on dirige les fossés, du centre du terrain ou du marais, vers les puits percés en dehors.
Lorsqu'on est assuré que Îes sondages produisent tout leur effet, on remplit les fossés avec des pierres ou des fascines, et on les recouvre de gazon et de terre, en nivelant en-
le] suite toute la surface.
$ IV.— Des puits perdus et puisards naturels, de leurs effets en agriculture, et du desséchement des terrains inondés, au moyen des puits perdus ou puisards artificieis et de sondages.
On désigne communément sous les noms de bottouts, bétoirs où boitards, des puits perdus, ou puisards naturels plus ou moins profonds, de diamètres très-variés, le plus souvent verticaux, et cependant quelquefois obliques sous différentes inclinaisons. Les gouffres, entonnotrs, Où engoultouts ne diffèrent de ces puits que par leurs plus grandes dimensions. Ces puits et ces gouffres sont d’une grande utilité pour l'agriculture dans les pays argileux et de terres fortes et humides, pour absorber les eaux abondantes que la compacité de ces terres retient à la surface, et qui porteraient le plus grand préjudice aux récoltes. C’est à cette propriété d’absorber les eaux que sont dues les dénominations sous lesquelles les babitans des campagnes désignent ces gouflres el ces puits.
Des affaissemens d'anciennes exploitations de maruières ou de carrières, vers lesquels se rendaient naturellement les eaux pluviales et celles des fontes de neige, pour y disparaitre et s’y perdre entièrement, ont dû, il y a long-temps, donner l’idée de creuser des puisards ou boitouts artificiels pour dessécher les terres que la charrue ne pouvait cultiver.
Il existe des terrains perméables presque généralement sous les argiles : ainsi, dans quelques endroits, sous les glaises ou les masses argileuses, on trouve des sables, des graviers, Où des couches de galets; ailleurs ce sont des calcaires lacustres ou des calcaires siliceux, caverreux et chambrés, ou fendus et lézardés dans toute leur épaisseur; ici, ce sont de grands dépôts de gypse où de calcaire marin, dont les couches, rompues et bouleversées, présentent de longues et larges fentes qui se croisent dans tous les sens; là, c'est la grande masse de craie, qui. fendillée par une sorte de relrait qu’elle à probablement éprouvé lors de sa dessiccation, forme un filtre toujours prêt à absorber les. eaux lorsque les argiles de la surface ne s'opposent pas à leur infiltration; au-delà, ce sont les caicaires oolithbiques , coralliques , Jurassiques, etc., qui tantôt sont divisés en lames minces ou feuilletées, tantôt sont caverneux.
CiiaP. 5°.
et tantôt rompus où bouleversés, de manière à donner an libre accès aux eaux de la surface ; plus join, ce sont des terrains schisteux, ui alternent avec des grès, des psammites, des phyllades, des pouddingues et des brèches plus ou moins perméables ; et plus loin, enfin, sont les terres argileuses des pays primitifs, des schistes micacés, alternant avec des gneiss, des porphyres et des granits, qui laissent encore filtrer les eaux entre leurs lits de superosilion, où dans les fissures et les fentes qui es coupent et les recoupent en diverses di rections. D'où l’on voit: 1° que presque généralement partout, en perçant les glaises et les argiles, dont la compacité s'oppose à l’infiltration des eaux pluviales, on trouve audessous des terrains perméables, dans les- — il y a certitude de les faire perdre ou isparaitre plus ou moins promptement; et 2° que parmi les moyens de desséchement des terres cultivables sujettes aux inondatons, quelle qu’en soit daillours la cause, on ne saurait trop recommander aux pro- .priétaires et cultivateurs l’établissement de puits perdus, boitouts où bétoirs artificiels, puisqu'une fois bien établis ils n’exigent plus aucuns frais, et qu'ils remplissent constamment le but proposé sans qu'il y ait jamais aucune réparation, aucun entrelien à y faire, comme aux autres modes de desséchement.
Les embughs des anciens marais de la plaine des Paluns, près de Marseille, aujourd’hui couverts de vignes, sont peut-être le plus bel sn que l’on puisse citer en France d’un grand desséchement au moyen de boitouts arüficiels, et, en Angleterre, ceux du comté de Roxburg.
L'établissement d’un puits perdu ou boitout est facile et peu dispendieux lorsque le terrain à dessécher est plat; mais RE ya des fondrières ou des parties profondes et marécageuses (/£g. 105), il exige plus de temps et plus de frais.
Fig, 103.
Avant d'entreprendre une opération de ce genre, on doit se pourvoir d’une sonde de
DESSÉCHEMENT DES MARAIS. 111
Jontainier-mineur, de 25 à 30 mètres de longueur, avec ses principaux instrumens. La dé: pense peut en être évaluée de 300 à 500 fr., suivant le nombre des instrumens que l’on prend (1). Cette dépense première ne peut ni ne doit arrêter ; cette sonde, qu'on peut d'ailleurs louer, si on ne veut pas l'acheter, devant également servir, d'une part, pour dessécher un terrain inondé, comme pour se procurer des eaux Jjaillissantes, et, d'autre part, pour rechercher des marnes, des plâtres, des terres pyriteuses, etc.; enfin, la sonde peut être successivement louée à tous ceux qui voudront s'en servir pour faire des desséchemens ou faire des recherches.
La première condilion pour assurer le succès d’un desséchement, au moyen des puits perdus ou boitouts artificiels, est la /evée du plan et le nivellement exact de tout le terrain à dessécher, pour connaître l'endroit ou les endroits les plus bas, parce que, s’ils sont éloignés des uns des autres, ils détermineront Pouverture dautant de boitouts qu'il y a de fondrières, afin d'éviter le creusement de grandes tranchées pour l’établissement de coulisses ou rigoles souterraines, qui doivent recueillir toutes les eaux de la surface.
On devra profiter d'une année de sécheresse et de la belle saison, pour ne pas s’exposer à être obligé de suspendre les travaux pendant plusieurs mois.
Les emplacemens des boitouts ayant été déterminés par le nivellement, on fera, sur l’un d’eux, un sordage d'exploration, si on ne connait pas encore la nature ou la composition du fond du sol, ce dont on peut communément s'assurer dans les ravins, les escarpemens, ou les marnières et carrières ouvertes dans les environs. Lorsqu'on a acquis la connaissance exacte de la nature du sol, on commence ouverture du boitout sur un diamètre de cinq à six mètres, suivant l'étendue du terrain à dessécher ou la distance d’un boitout à un autre, et l’on pousse rapidement son creusement par banquettes en spirale, autour du cône ou de l’entonnoir, en soutenant les terres avec des pieux et des branches d’arbres ou des palplanches. Si, malgré ces moyens, on craint, ou si l’on éprouve des glissemens et des éboulemens de terre, on donne au talus ou à l’évasement du cône un angle de cinquante à soixante degrés.
La nature du terrain détermine la profondeur du puisard. Fe peut n'être que de 3 à 4 mètres, comme elle peut l'être de 5 à 6 et audelà, ainsi qu'on l’a vu plus haut. Quelquefois, sous les glaises, on trouve, à un ou deux mètres, des couches dures et pierreuses, sur lesquelles on s'arrête, mais le plus souvent les glaises et argiles ont plusieurs mètres d’épaisseur, et alors il faut les creuser entièrement pour former le cône tronqué, au fond duquel on place de grosses pierres brutes en cercles, en laissant entre elles-des intervalles, dans lesquels on fait entrer de force d’autres pierres irrégulières, qui doivent les serrer, lout en laissant cependant des vides ou des interstices pour l’arrivée des eaux. À défaut de pierres, on jette dans le fond du puisard
(1) On trouvera des sondes de fontainier-sondeur chez M. Degousée, ingénieur civil, rue de Chabrol, n°13;et M. Mullot, serrurier-mécanicien à Épinay, près Saint-Denis.
Le
quelques vieux arbres, tels que des chênes, des ormes, des aunes, des saules ou autres, avec des fascines ou des bourrées.
Au centre du cône, on fait un sondage de 5 à 6 mètres de profondeur, jusqu’à ce qu’on atteigne quelque terrain perméable, et l’on place dans le trou du sondage un tube ou coffre de bois d’aune, ou d’orme, ou de chêne, dont l'ouverture dépasse le cercle de pierres ou les troncs d'arbres de quelques décimètres. Pour prévenir l’engorgement du tube, on met dessus quelques épines, et sur celles-ci une pierre plate dont les extrémités portent sur trois ou quatre pierres placées autour du tube. On remplit ensuite tout le cône du boitout soit avec des pierres entassées irrégulièrement les unes sur les autres, soit avec des fascines, jusqu'à un mètre environ de la surface de la terre.
Si, lorsqu'on est arrivé à quelques mètres de profondeur dans le creusement des glaises, l'abondance des eaux ne permettait pas d’approfondir le cône, on devrait se hâter de placer au centre le tube de sondage, puis, comme on l’a vu précédemment, on remplirait immédiatement, soit en pierres brutes et irrégulières, jetées pêle-mêle les unes sur les autres, soit en fascines, le cône du puisard, et l'on procèderait au sondage au moyen du tube.
Dans la circonférence, on ouvre 4, 6, 8 /ossés, où un plus grand nombre, suivant le terrain à dessécher. Ces fossés ont d’un à deux mètres de profondeur; on les garnit, à leur embouchure dans le puisard, de pierres brutes, ou de branchages et fascines, que l’on recouvre de tuiles ou de pierres plates.
Enfin, et avant de fermer les tranchées, lorsqu'on n’a pas de pierres à sa disposition, on met des fascines, des branches, où des gazons, et l'on recouvre le tout en nivelant les terres, pour que la charrue et les voitures puissent passer partout et dans tous les sens.
Ces puisards ou boitouts peuvent rester ouverts, mais les accidens qui en résultent souvent pour les hommes et pour les bestiaux qui s’y précipitent, doivent en décider la fermeture. A cet effet, sur les pierres qu’on y a entassées, on met des fascines ou bourrées, de la paille, des feuilles, de la mousse, du gazon et de la terre. Ainsi recouverts ou fermés, ils produisent leurs effets aussi bien que les boitouts ouverts et ils n’en présentent point les inconvéniens.
Ce mode de desséchement une fois bien établi, l’est pour toujours: Il est infaillible, il est peu dispendieux, il n’est sujet à aucun entretien. Enfin, il n’est point subordonné, comme celui de PATERSON, à l’assentiment de tous les propriétaires où cultivateurs d’une commune où d’un canton, assentiment si difficile et malheureusement presque toujours impossible à obtenir, indépendamment de l'inconvénient qu'il présente encore de couper toul un pays de fossés dans toutes les directious, outre celui de l’entretien annuel.
On pourra objecter que cette méthode exige des frais et des dépenses plus élevés que la valeur du terrain à dessécher; aussi ne la conseillera-t-on que lorsque l'étendue du terrain et la certitude d’en recneillir des récoltes abondantes pourront dédommager de ces premières avances, comme on l’a fat avec
AGRICULTURE : OPERATIONS AGRICOLES
OA
tant de succès en Allemagne et en Angleterre. Quant à l'acquisition de la sonde, on ne doit pas hésiter, puisque cet instrument peut servir à tout autre usage, el que, d'ailleurs, on peut louer une sonde pour la durée des opérations du sondage, ou les faire faire par un sondeur.—Une autre objection mieux fondée est la crainte que le sondage, au lieu de produire le desséchement par la perte des eaux dans le terrain perméable, ne ramenât au contraire des eaux ascendantes à la surface de la terre. Il est bien vrai que des sondages profonds pourraient produire ce résultat; mais ce ne sont pas des coups de sonde aussi peu profonds que ceux dont il est question qui doivent ramener des sources Jaillissantes : d’ailleurs, le remède serait encore dans la cause même du mal. La sonde offre en effet le moyen de se débarrasser des eaux jaillissantes lorsqu'on ne veut pas les employer, puisqu'elle fait connaitre à toute profondeur des terrains perméables dans lesquels on peut replonger et faire perdre les eaux ascendantes. Ainsi, dans le grand sondage que M. Murcor d'Epinay a fait sur la place aux Gueldres, à Saint-Denis, après avoir, par deux tubes placés l'un dans l’autre, ramené de deux profondeurs différentes (de 53 mètres et de 66 mètres) deux sources Jjaillissantes l’une à 1 mètre et l’autre à 2 mètres au-dessus du pavé de cette place, cet habile mécanicien a établi un troisième tube d’un plus grand diamètre et contenant les deux premiers, au moyen duquel il fait perdre à volonté l’une de ces deux sources, ou même toutes les deux ensemble par leurs infiltrations dans un terrain perméable, lorsqu'on ne veut pas les laisser couler à la surface de la terre.
Enfin, lorsqu'on veut éviter la dépense des boitouts que ne comportent point de pelites surfaces qu'il est cependant important de dessécher, on peut se borner à ouvrir des coulisses ou rigoles souterraines, dans lesquelles on donne de distance en distance quelques coups de sonde. De tels sondages ont été faits en France avec le plus.grand succès dans plusieurs endroits, pour faire perdre les eaux pluviales sur des terrains dont la dépression causait annuellement l’inondation. L'ingénieur DEGouséE a fait plusieurs sondages de ce genre,et je citerai entre autres celui qu'il a exécuté aux Thermes, près Paris, parce qu’il prouve la facilité avec laquelle, dans tout établissement, usine ou manufacture, on peut, à peu de frais, perdre les eauxmères et infectes que, trop souvent dans les villes où faubourgs, on laisse couler sur la voie publique, à son détriment et au préJudice de tous les voisins.
Le Codecivil n’assugettit les fonds inférieurs à recevoir les eaux des fonds supérieurs, que lorsqu'elles en découlent naturellementet sans que à main de l’homme y ait contribué; le moyen de desséchement que nous venons d'indiquer évitera donc encore les difficultés sur l'interprétation de cette disposition, et permettra de ne plus jeter sur les fonds inférieurs les eaux que la main de l’homme aurait rassemblées dans les fossés du champ supérieur pour le dessécher.
En rédigeant cette instruction sur le desséchement des terres cultivables sujettes à être
cHaAP. 5°.
inondées, je n’ai point oublié que la pratique éclaire bien plus que la théorie. Je me suis donc attaché à décrire des méthodes connues et pratiquées avec succès. J'ai voulu parler aux agronomes et aux cultivateurs de toutes les classes. J’ai voulu les faire participer aux avantages que les nouvelles étoiles ont procurés à ceux qui les ont adoptées en Flandre, en Hollande, en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, etc. Heureux si, par le desséchement de nos terres inondées et de nos marais infects et pestilentiels, nous pouvons enfin parvenir à en faire des campagnes fertiles comme on l’a fait dans ces différens pays!
Voilà le vrai point de grandeur et de prospérité; voila les hautes destinées auxquelles Ia France est appelée et qu'il faut sans cesse aveir devant les yeux, disait, il y a trente ans, l'un de nos collègues, le bon et estimable CHAsSIRoN, en nous exposant son grand système de desséchement!
Paris, 4 juillet 1834. — L. HÉRICART DE THauRrY.
$ V.—De la confection des fossés ouverts et couverts.
Le succès des opérations de desséchement des terrains marécageux dépend en grande partie des soins qu'on apporte dans l’établissement des fossés ouverts où couverts; 1l est donc utile d'entrer à cet égard dans quelques détails particuliers de pratique.
Dans la confection des fossés ouverts il est très-essentiel d’en jeter la terre assez loin, non seulement pour qu’elle n’exerce pas sur les bords de ce fossé une pression nuisible, mais encore pour que, dans le cas assez fréquent où l’on serait obli:é de rélargir ce fossé, la terre enlevée la première fois n’y apporte pas d'empéchement. Pour ces sortes de fossés, il ne suffit pas de les tracer et les creuser, 11 faut encore avoir soin de les curer et entretenir. Par conséquent il faut prévoir et calculer non seulement les frais d'établissement, mais encore ceux d'entretien, lesquels varient suivant les localités et les circonstances.
Dans les terres composées de chaux ou de glaise tenace , les labours n’ont ordinairement ieu que très-superficiellement à cause de la difficulté. du travail dans les sols de ce genre; il en résulte que la couche inférieure se durcit fortement, de sorte qu’elle ne laisse point écouler l’eau de la couche supérieure, et que lorsque les pluies viennent en ajouter une nouvelle quantité, la terre se trouve transformée en une espèce de bouillie, état très-nuisible aux plantes, qui occasione la putréfaction de leurs racines, et par conséquent leur mort.— Dans ces cas on ne doit pas pratiquer de fossés couverts, car ces tranchées étant recouvertes de 9 à 10 pouces de terre au moins, cette couche de terre est trop épaisse pour que l'eau puisse passer au travers et pénétrer dans la coulisse. C’est pour ne pas avoir tenu compte de ces circonstances qu'on a quelquefois accusé les tranchées souterraines de ne pas produire d'effets ou de n'avoir qu’une très-courte durée , parce que la terre dont on les avait recouvertes, quoique meuble alors, n'avait pas tardé à se durcir et à former au-dessus de la tranchée une masse imperméable, Les tran-
DESSÈCHEMENT DES MARAIS
PE oo
chées ouvertes sont dont alors préférables, et
lorsqu'on y a recours, on leur donne la direction où la penteest la plus sensible, c’est-à-dire celle qui conduit plus promptement l’eau dans le lieu où elle doit arriver.
Dans les pentes des montagnes on rencontre quelque fois des portions de terrains marécageuses, superposées les unes aux autres, parce que les inflexions ou concavilés des roches où des couches d'argile retiennent les eaux à différentes hauteurs. Dans ces situations, lorsque quelques coupures dans le sol (#g. 106) sembleraient devoir dé-
Fig. 106.
barrasser facilement des eaux, il peut arriver qu'on ne fasse que les reporter un peu plus bas; il est donc préférable de faire courir les eaux à la surface ou de les faire plonger par un trou de sonde au-dessous du banc d'argile le plus inférieur.
Les tranchées souterraines, pour produire leureftet, ne doivent jamais être disposées dans le sens de la pente du terrain, parce qu’elles ne rassembleraient pas toutes les eaux qui découleraient du sol; elles doivent au contraire couper cette pente transversalement. Cependant elles doivent, dans cette direction, avoir une légère inclinaison vers le point où l’eau a son écoulement; mais cette inclinaison ne doit pas aller au-delà d’un pouce sur 10 mètres, autrement elles pourraient facilement se combler.—La meilleure issue à donner à ces tranchées souterraines, c'esl dans un fossé ou canal d'écoulement qu'on garnit de pieux afin qu'il ne s’éboule pas. Quelquefois on réunit plusieurs coulisses dans une seule; mais cette pratique est à éviter autant que possible, parce qu'il n’est pas rare que les rigoles se bouchent et qu’alors on ne découvre pas facilement où est le mal.
On donne aux tranchées souterraines des profondeurs variées : si, sous une couche de terrain poreux, il s’en trouve une it: perméable, il faut pénétrer jusqu'a celle-ci et y creuser le canal dans lequel l’eau doit couler; si au contraire la couche de terre argileuse à peu d'épaisseur, il suffit que la tranchée soit recouverte d'un pied de terre où même seulement de 10 pouces, lorsque la terre qui est à la surface du sol est passablement tenace; bien entendu, cependant, que lelabour ne doive pas excéder 6 pouces de profondeur. Dans les terres légères et meubles, il faut quelquefois
ue la tranchée soit recouverte de 18 et même de 24 pouces de terre. Quant à la partie de la tranchée qui est destinée au passage de l'eau, il suffit qu'elle ait de 9 à 10 pouces de hauteur et une largeur souvent fort peu considérable. Cela dépend au reste de la nature des matériaux: si la tranchée doit être garnie avec des pierres brutes, on peut lui donner jusqu’à 16 pouces à sa sommuté et 10 au bas; si on doit
la remplir avec des branchages , il ne faut pas dépasser 12 pouces et même 9 dans la partie supérieure, et 2 ou 3 dans l'inférieure. Quant
à l'ouverture à la superficie du sol, on lui.
donne assez de largeur pour qu'on puisse travailler commodément dans le fossé et creuser à la profondeur nécessaire. (THAER.)
Une précaution qu’il ne faut pas omettre dans les champs assainis par des coulisses, rigoles ou tranchées souterraines, c’est de ne pas laisser passer des voitures fortement chargées précisément dansle sens de leur direction longitudinale.
Dans tous les cas où cela est possible, et ils sont fort nombreux, on doit farre usage de la charrue pour commencer l'ouverture des fossés et même pour en remuer la terre à une certaine profondeur, de manière à ce que les ouvriers n'auront plus qu'à la ramasser et la jeter à la pelle. Le travail s'exécutera de cette manière beaucoup plus promptement et plus economiquement ; au premier trait de charrue on l’introduit à environ un pied de profondeur et on éloigne le plus possible la terre du bord; au second trait on s'efforce de fouiller le sol à 6 ou 8 pouces plus bas. On accomplit alors le creusement avec des instrumens à main, soit la louche ou bêche ordinaire (voir à l’art. Labours), soit plutôt avec deux ou trois instrumens analogues dont le premier est très-large et les suivans vont toujours se rétrécissant, comme le représente la #2. 107. En disposant
Fig. 107.
ies ouvriers à la suite les uns des autres pour enlever la terre remuée par la charrue, donner le premier, le second et enfin le troisième coup de bêche, la besogne marche très-vite et la tranchée est immédiatement achevée.
Charrues-taupes. — On a proposé divers appareils sous le nom de charrues-taupes, pour établir des rigoles souterraines, sans ètre obligé d’ouvrir des tranchées, ni d’employer des matériaux étrangers au sol. Ces appareils sont très-compliqués , et par conséquent difficiles à manœuvrer et dispendieux , notamment celui de William Romrnson, décrit par M. ByerLey et figuré dans les Mémoires de la Société royale d’Agriculture (tome 1, de 1827), ce qui nous porte à ne pas le représenter; on peut en dire autant de ceux indiqués dans l’ouvrage de M. Loudon. La charrue-taupe dont nous
donnons le dessin (2. 108) nous semble, |
AGRICULTURE : OPÉRATIONS AGRICOLES
Liv, 1°, Fig. 108.
Se AN 4
après quelques tentatives, devoir remplir son obiet; nous n'avons encore pu la faire construire d’après ce dernier modèle ni la livrer à l'essai dans des terrains difficiles. On conçoit que les tiges de support qui remplacent le coutre et s’attachent au coulissoir M, L qui tient lieu de soc, doivent être minces et tranchantes, afin d’occasioner moins de résistance et de couper le terrain sans y laisser de traces ; le coulissoir doit être long et très-pointu afin d'agir à la manière d’un coin et de laisser derrière lui une rigole parfaitement cylindrique. Il serait facile d’ajouter à cet appareil un système de leviers analogues à ceux de plusieurs nouvelles charrues,etaumoyen duquelon pourrait toujours douner aux rigoles un tracé horizontal, malgré les légères inflexions de la surface du sol. Du reste, ces appareils ne peuvent avoir plein succès que dans les terrains un peu ou très-Lenaces, et surtout dansles prairies. C. B.nE M.
$ VI. — Des machines à épuiser l’eau.
Lorsque les terrains sont inondés parce qu'ils forment des bas-fonds moins élevés que le lit des cours d’eau; que par conséquent ils ne peuvent se débarrasser des eaux surabondantes qui arrivent des hauteurs environnantes, ou qui suintent et transsudent dans les terres en y formant des marais, des eaux croupissantes ou des mares; si l’on ne peut avoir recours aux boitouts où percemens à la sonde our leur donner écoulement, et qu’il soit égaement impossible de couper les eaux qui descendent des collines au moyen d’un canal, dans une position assez haute, quelque éloignée qu’elle soit, pour les conduire dans le courant qui doit lesemmener:ilnereste plus qu'a avoir recours à des z#72achines pour puiser les eaux dans les bas-fonds et les élever dans un canal de transport dont le niveau soit supérieur à celui de la rivière. Ce sont les Hollandais qui ont devancé tous les habitans des contrées basses, par leurs inventions et leurs modèles en ce genre. Généralement leurs machines à épuiser sont mises en mouvement par le vent; les qualités qu’on doit le plus rechercher dans ces machines, sont de n'avoir pas besoin de beaucoup de vent pour être mises en mouvement, et d’être d’une construction qui les mette à l'abri de fractures ou de dérangemens
DESSÉCHEMENT DES MARAIS. 145 de ces machines pour pouvoir élever l’eau à la hauteur convenable, notamment avee les moulins hollandais; i en existe un grand nombre de variétés : celui à palettes (3. 109 ),
cHar. 5°.
fréquens: sans cela elles se trouveraient sou-
vent hors de service au moment où elles seraient le plus nécessaires.—On est quelquefois
obligé de mettre en œuvre à Ja fois plusieurs l'ig. 109.
mm
Tu : mt É de = —
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DEEE EEEE ET OR NL HS
cet art.), et notamment la pompe à chapelet , le xorta & godets de cuir coniques
donné par MooLEx20oKk, n’élève guère l’eau, en la poussant, à plus d’un pied et demi ou deux
pieds. À
On peut encore employer comme machines à épuisement la plupart des machines qui servent à élever l’eau pour les érrigations (voir
(Sig. 110)
Vis. 111), et la vés d’Archimède( fig. 112), qui
n'ont pas besoin de description, et qu’on met
en mouvement soit avec un manége auquel ou
attèle un mauvais cheval, un âne ou une va- TOME I. 16
Fig. 110.
ANR