C. Salans, salobres ou sansouires
Nous ne pouvons ici qu'effleurer les questions au risque d’omettre souvent des choses essentielles; nous nous bornerons en conséquence à dire que lorsqu'on dispose, au moins parintervalles, d’un cours d’eau supérieur aux terrains salans, ce qu’il y a de mieux pour leur amélioration, c'est de les submerger et arroser le plus souvent qu’on peut, jusqu’à ce que la végétation, trtomphant delasalure, aitconverti ces sansoutres en schores artificiels qu'on traiteensuile comme les schores crdinaires, sauf l'attention de ne donner qu'avec précaution des cultures profondes, de crainte d'amener au-dessus la terre infertile.
D'autres personnes conseillent de cultiver ces sols, puis de lessubmerger;aussitôt après d’évacuer les eaux chargées de sels qu'elles auront dissous puis de les cultiver de nouveau; de les submerger encore, et ainsi de suite jusqu'a ce que l’on puisse les semer avec confiance. Cetle methode, peut-être plus expéditive, n’est pas aussi sûre que la première, car l’humus se dissout et s’en va avec l’eau, Llandis que par le premier procédé il s’accroit sans cesse.
Bien souvent après l’endiguement des salans on n'a pus d’eau fluviale ou torrentielle à portée pour faire cette opération. Alors on a encore le choix entre deux des méthodes analogues. La première consiste à diviser la surface en petits carrés par de pelits fossés ou de forts sillons de charrue, dont les déblais retiennent l’eau pluviale et lobligent à séjourner à l'endroit même oùelle est tombée.
Elle y fait croitre peu-à-peu des végélaux qui à la longue forment une couche d'humus superposée au salant susceptible de donner d’abondantes récoltes.Par la seconde on cultive la terre à grosses glébes, qu'on laisse ainsi sans les briser pour faciliter le lavage de la couche superficielle où doit s’établir Ja culture; on ne permet Jamais à la terre de se tasser, tant qu’elle n’est pas couverte par une végélalion suffisante; car le soleil, en pompant l'humidité supérieure, ferait remonter avec l’eau, par l'effet de l’attraction capillaire, les sels qu’on s'etait efforcé de faire descendre par linfiltration de l'eau fluviale à travers la terre ameublie.
cmapr. 5. CALCULS QUI DOIVENT PRÉCÉDER LES OPÉRATIONS AGRICOLES.
Les plantes cultivées ou non, qui croissent dans les salans, donnent des produits moins abondans, mais de bien meilleure qualité que ceux des autres natures de terrains. Les animaux qui s’y nourrissent (tels que les moutons de prés salés) y sont de bien meiileur goût, la race ovine n’y est pas Sujette à la pourriture, elle est plus robuste, sa laine est plus nerveuse.
Je devrais peut-être parlericide la culture de quelques plantes particulières aux terrains salés, les Salicornia, les Salsola, etc.; mais la valeur de ces produits est descendue si bas depuis qu’on fabrique de la soude avec le sel marin, qu’on ne peut conseiller de les ensemencer, quoique ce soit le genre de plante qui s’accommode le mieux de la salüre du sol. |
Nous avons déjà parlé du tamarix; on ne saurait trop multiplier les arbres de celle espèce ; ils amendent peu-à-peu le sol, donnent un combustible d'autant plus précieux que ce sont les seuls qui y croissent, et leurs cendres contiennent une telle quantité de sulfate de soude et autres sels, qu’on les lessiverait avec avantage si l’on en brülait une assez grande quantité. D'ailleurs, il suffit, pour avoir un tamarin, d’enfoncer en terre, en temps opportun, une cheville de ce bois. ?
Les parties indesséchables peuvent devenir de bonnes pêcheries si on leur a ménagé une communication facile avec un fleuve ou avec la mer. Dans le premier cas, elles sont en même temps converties en-excellentes roselières, dans le secondon pourrait essayer avec profit d’y nourrir des huitres et autres testacés. Mais il serait plus profitable d’y faire des salines, si la nature du sol le comportait et si l’on avait un débouché assuré pour le sel.
Il a été question dans le chap. des amendemens des tangues cu alluvions des bords de la mer (Tome 1", page T6). On a vu que sur les côtes de l’ouest, où il y a beaucoup de lais de mer de cette nature, elles sont d’une prodigieuse fertilité, et qu’on transporte avec succès cette substance pour l'amendement des terres voisines
Conclusion.
J'ai dû abréger ce chapitre, parce que le temps el l’espace me manquaient. 11 n’est pas de paragraphe qui r’eût comporté de plus longs développemens, et cependant j'ai omis plusieurs objets importans qui eussent pu faire la matière d’autres paragraphes:tels que les précaulions sanitaires à prendre pendant et après l'opération du desséchement, la manière d'attirer la population nécessaire à la culture des terrains desséchés; la division en fermes, la colonisation, l’amodiation, et enfin les ventes pour réaliser des bénéfices. La plupart de ces sujets seront traités dans le livre consacré à l'Administration rurale.
Je crois cependant m'être assez étendu pour engager les bons esprits à éludier à fond cette malère, el pour montrer aux personnes prévenues contre les travaux de desséchement, qu'il est peu d'entreprises présenant aulant de chances de succès à ceux qui
savent les diriger convenablement, puisqu'il n’est point de terrain submergé, si mauvais qu'il soit, desséchable ou non, dont l’industrie éclairée d’un habile entrepreneur ne puisse Lirer des produits importans ; encore n’ai-je fouillé qu'avec réserve dans mes notes, et surtout dans celles que j'ai recueillies pour le Foyage en Hollande que je me propose de publier. Baron pe RIVIÈRE.
SECTION v. — Des calculs qui doivent précéder les opérations agricoles.
Quelle quesoit l'étendue des opérations auxquelles on se livre pour améliorer l’état des terres et les rendre cullivables, qu'on les limite à des portions restreintes de ses propriétés, ou qu'on en fasse l’objet de vastes entreprises, il est très-essentiel, avant de s'y engager, d'en calculer approximativement les résultats, afin de constater d'abord si l'opération sera définitivement profitable, et ensuite de s'assurer de la somme nécessaire pour la mener à bonne fin.
D'accord en cela avec la marche tracée par ‘a loi du 16 septempre 1807, qui régit celte matière pour les entreprises faites sur les terrains qui sont la propriété d'autrui, nous dirons que la première chose à faire est de fixer exactement la valeur du sol avant l'opération : la cote des contributions, l’estimation cadastrale, l’enquête faite auprès des habitans du lieu, l'examen du sol et de ses produits, permettront d’assigner sa véritable valeur à chaque parcelle dont l’état doit être modifié par suite de l’opération projetée.
Lorsqu'on n'est pas propriétaire et maître du terrain, cette estimation primitive, base des opérations, doit être rendue publique avec le plan parcellaire et les projets d’exécution, afin d’étre contrôlée et contestée, s’il y a lieu, par les intéressés, et enfin arrêtée après cet examen par des experts. Dans le cas contraire elle n’est pas moins indispensable, puisque c’est elle qui doit décider l'exécution ou l’abandon de l’entreprise.
Le 2° point à considérer est le montant des dépenses de l’opération, ce qui suppose exacte connaissance des travaux à exécuter, et par conséquent un plan préliminaire bien arrêté et un devis détaillé de ces travaux. Il a déjà été dit que, relativement aux travaux d’art, il est le plus souvent nécessaire, pour ces plans et devis, comme pour la surveillance de l'exécution, d’avoir recours aux ingénieurs et architectes. Presque tous les autres travaux se résolveut en maind'œuvre, qu'il est assez facile de calculer à l'avance. Ainsi, lorsqu'on a déterminé si un défrichement s'opèrera à bras d'hommes ou à la charrue, et qu'on s’est bien rendu compte des obstacles; lorsque dans un écobuage on a fixé l'épaisseur des couches degazon à enlever, la forme des fours à incinérer,etc.; quand,pour un endiguement ou un desséchement, on sait quels canaux, quels fossés ouverts ou couverts, quels sondages il faut ouvrir, ou bien à quelle élévation, à quelle distance il faut conduire les eaux affluentes ou surabondantes, etc., on doit, avant de mettre la main à l’œuvre, réduire toutes ces opérations en journées de travail, et, d’après le prix de
158 AGRICUUTURE :
cette journée dans le pays, calculer la somme totale qu'il faudra débourser pour terminer l'opération. Au moyen de quelques mesures ou même d'opérations partielles faites çà el là à titre d’essais, il sera facile de trouver le cube desterres à déblayer ou remblayer, et de mesurer également chacune des autres opérations ; on pourra dès-lors les adjuger à de sous-entrepreneurs ou à des maîtres ouvriers, moyennant un prix à forfait ou par tâches à tant du mètre cube, ou du mètre courant, modes qui sont ordinairement trèspréférables à l’emploi d'ouvriers à la journée. En raison des difficultés du travail, on sait bien ce que peut faire par jour un ouvrier ordinaire : on calcule d’après cela combienil faudra de journées pour l'exécution de tous les travaux, et l’on a ainsi le montant total des dépenses.
La faeilité ou la difficulté de ces opérations, le nombre d'ouvriers dont on peut disposer, et diverses autres considérations, règlent la durée du temps dans lequel on présume pouvoir achever l’entreprise. Ce temps, qu'il est en soi-même intéressant de connaitre, importe aussi pour le calcul des dépenses; car on ne peut négliger, dans ces opérations qui ont souvent une longue durée, de tenir compte des intérêts des capitaux employés à l'exécution des travaux des premières années, et même quelquefois des travaux préliminaires.—On pourra souvent d'un autre côté en défalquer, ou porter en ligne de compte, les recettes présumées à provenir des produits qu'on pourra obtenir des terrains soumis les premiers à l'amélioration projetée.
Lorsqu'on a les connaissances agricoles nécessaires, on jugera fort bien d’avance quels seront sur le terrain les effets de l’opération, et à quelles cultures productives il sera devenu propre après leur achèvement.
On fixera d’après cela quelle valeur nouvelle sera donnée au sol, et on verra si cette nouvelle valeur est supérieure à la valeur primitive du sol, augmentée du coût de tous les travaux, des inlérêts des capitaux, en un mot des frais de tout genre de l’opératiou, et enfin d’un légitime bénéfice, sans l'espérance duquel il serait imprudent de tenter une entreprise quelconque. — L’estimation des terrains avant et après l’opération, détermine donc la plus-value définitive qui est le résullat des travaux entrepris. C’est cette plusvalue dont le partage antre les propriétaires du sol et les entrepreneurs est fixé dans l’acte de concession pour les opérations dans lesquelles intervient l'autorité publique; c'est pour la débattrequeles unset les autres