TOME I
178 AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL. Lorsque dans la charrue à roues (fig. 225) Fig. 225.
seront arrivés, la puissance agira comme si elle était immédiatement appliquée à la résistance, où comme si le point d'attache de la corde se trouvait au point de la résistance; — 3° que si la puissance ne s'exerce pas dans Ja direction de la résistance, de a en b, par exemple (/£g. 223), et qu’elle forme avec la Fig. 223. ligne horizontale
unangle aigu bac,
d il enrésultera une décomposition, el par conséquent une perte d’au- N. __ tant plus grande
1. RP Yade la force motrib 4 ce que cet angle sera plus ouvert;
— 4° enfin, que si la puissance, en formant avec la ligne horizontale un angle aigu bac, en forme un autre au point d’attache c, avec le corps inflexible, les trois points a, d,c, selon la seconde proposition, tendront à la placer dans une même ligne droite; mais, par la disposition de la machine, le point d’attache € ne pouvant se meltre en direction avec la puissance el la résistance, il y aura une nouvelle décomposition de force, et une partie de la puissance se perdra en produisant uue pression €, b, perpendiculairement à l’horizon, au-dessus du point d'attache. à :
Ces principes si simples se présentent à chaque iustant dans le urage de la charrue, qui n'est réellement qu’un corps inflexible de orme irrégulière, par l'intermédiaire duquel l’action de la puissance, c'est-à-dire de la force des animaux de labour, se transmet à la résistance produite par le sol, à l’aide d'un corps flexible , les traits. Aussi toute la theorie de M. de Dombasle repose-t-elle sur les propositions précédentes. —Ilen déduit successivement divers théorèmes dont nous
croyons devoir reproduire les principaux :
— Dans la charrue simple (fg. 224), le point Fig. 224.
d'attache est toujours placé à l'extrémité antérieure de l'age, soit directement, soit par suite de l’action du régulateur. Il en résulte que, dans ces sortes de charrues, le point de tirage a, le point d’attache à et le point de la résistance c se placent toujours naturellement dans une même ligne droite, lorsque aucune puissance n’agit sur le manche (2° proposition) — Ainsi, si l’on imagine une ligne droite a c, tirée de l'épaule des chevaux à la partie antérieure du corps de la charrue où se trouve placé le point de la résistance, l’angle que forme cette ligne avec l'horizon ou avec la ligne de résistance de, qui lui est parallèle, c’est-à-dire l'angle a ce détermine la proporlion dans laquelle la force motrice se décompose, et par conséquent la perte qu'elle éprouve. Dans ce cas, le moteur exercera absolument la même action que si les traits s’étendaient jusqu’au point de la résistance et y etaient aliachés (3° proposition).
AV LASES
le point d'attache se trouve précisément dans la ligne droite tirée de l’épaule des chevaux à au point de la résistance c, la décomposition de force qui a lieu est la même que dans la charrue simple.
Si le point d'attache a (3. 226) se trouve
Fig. 226.
placé au-dessus de la ligne & c, tirée du point de la puissance à celui de la résistance, la machine se trouvera placée dans le cas indiqué par la 4° proposition : alors, non seulement la décomposition de force qui s’opère au poiat c deviendra plus considérable parce que la ligne a c forme avec l'horizon un angle plus ouvert que la ligne & c; mais aussi il s’opèrera une nouvelle décomposition de force au point a, où une partie de la force de tirage sera employée à exercer sur l’avant-train une pression verticale, comme dans la fig. 223.— Si au contraire le point d'attache se trouve placé au-dessous de la ligne tirée de l'épaule des chevaux au point de la résistance, il y aura encore au point d’attache une décomposition de force, une partie de la puissance élant employée à soulever l’avant-train.
La perte de force occasionée par lobliquité du tirage est donc au minimum dans la charrue simple, et la plus grande perfection à laquelle puisse alieindre la charrue ‘composée, sous ce point de vue, est de l’égaler. Cette vérité, théoriquement énoncée, a élé depuis si bien démontrée par la pratique, qu'à l’époque où nous écrivons nous pouvons la considérer comme incontestable.
Nous allons voir que si les charrues simples n’ont pas remplacé les autres plus généralement, cela tient à des circonstances qu'il est facile de s'expliquer sans nier leur supériorité, au moins dans beaucoup de cas, en des mains exercées.
ART. u1.— Des araëres proprement dites ou charrues simples.
Tandis que dans un grand nombre de contrées on ne croit pas pouvoir labourer la terre avec une charrue sans avant-train, dans d’autres on considère cette pièce comme inutile, nuisible même, et l'on peut conclure de ce qui précède que ce n’est pas sans raison. — L'avant-train, qui n’augmente ni ne
| diminue en rien la force nécessaire au tirage,
ajoute cependant par lui-même à la résistance. À la vérité, il remédie à l’imperfection de construction des charrues mal conçues ou mal exécutées, parce que la position fixe de l'extrémité antérieure de l’age, qui ramène invinciblement la pointe du soc dans sa direc-
cHaAP. 6°.
tion, corrige tous ces defauts; mais c’est en augmentant encore cette même résistance par la diversité des tendances et en exigeant par conséquent une plus grande force motrice.
A la vérité aussi la charrue simple exige la plus grande régularité dans sa construction, puisque, lorsqu'elle opère dans un sillon, l’action du laboureur doitse réduire à bien établir sa direction, vu que n’ayaut aucun appui à la partie antérieure de l’age, le plus léger changement dans le placement du coutre ou dans l’attache des traits trop courts ou trop longs, rend la marche de la charrue irrégulière et souvent impossible. Mais, lorsqu'elle est bien construite, elle donnelieuà la moindre résistance possible, etelle serait moins difficile à conduire qu'on ne le croit généralement, si le laboureur parvenait à se déshabituer des efforts vioiens qu'il fait avec la charrue à avant-train.
En résumé, une bonne araire entre les mains d’un /aboureur intelligent et habitué a la diriger, est préférable à la plupart des charrues à avant-train. À l’aide d’une force moindre, elle accomplit autant de travail, elle laboure aussi bien, et elle occasione moins de fatigue à l’homme chargé de régler sa marche et aux animanx destinés à la mouvoir.
D'un autre côté, entre des mains peu exercées, elle perd {a plupart de ces avantages, et l’irrégularité de sa marche est telle qu’il n’est pas étonnant qu’on la rejette faute de savoir l’'employer. — Il est certain que sa conduite exige à la fois, plus de soin d'attention et d’intelligence de la part du laboureur que la charrue à avant-train. — Cette circonstance importante , jointe à la force de l'habitude, à la répugnance si natureile que l’on éprouve à oublier ce que l’on sait pour apprendre, tel simple que cela soit, ce qu’on ne sait pas, ont contribué,nous n’en doutons pas,plus que tout autre motif, à retarder sur plusieurs points l'adoption des araires perfectionnées. Toutefois, grâce surtout à M. bE DOMBASLE, « au- Jourd hui il n’est probablement pas un seul de nos départemens où il pese rencontre un nombre plus ou moins considérable de cultivateurs
DES CHARRUES
qui emploient habituellement jaraire dans leur pratique et qui lui accordent une préférence décidée sur toute autre charrue. Dans un grand nombre de départemens, principalement parmi ceux du midi, du centre et de l’ouest, l’usage en est considérablement répandu, et l’araire s’y est implantée de manière à donner la certitude que son emploi ne peut plus que s’y étendre. Plusieurs fabriques se sont établies dans ces parties du royaume pour fournir aux cultivateurs les araires dont ils ont besoin. Le nombre de ces fabriques s’accroit chaque année de même que l'emploi de l'instrument... La fabrique de Roville, seule, a fourni jusqu'ici plus de 3,000 araires aux propriétaires et aux cultivateurs sur tous les points du royaume, et ce n’est pas trop s’avancer que d'évaluer à deux ou trois fois le même nombre celui de ces instrumens qui ont été construits dans les autres ateliers, en sorte qu’il ya vraisemblablement aujourd'hui au moins 10,000 araires fonctionnant sur la surface de la France. »
De semblables faits parlent assez haut en faveur de la charrue simple. — Néanmoins, et nous devons le reconnaître avec tous les partisans impartiaux de l’araire, sans l’avanttrain il est extrêmement difficile de donner, avec quelque régularité, les labours peu profonds d’écobuage, de déchaumage, etc. ; il ne l’estguère moins d'obtenir ur bon travail dans les sols tenaces lorsqu'on les attaque un peu humides, parce que la terre qui s'attache sous le sep et aux diverses parties de l’instrument,tend constamment à le jeter hors de la raie. Cette dernière circonstance surtout mérite attention; seule, elle serait de nature à empêcher de proscrire l’avant-train d’une mamkére absolue.
Araire de Ruville.— Au nombre des araires les plus perfectionnées et les plus répandues en France, nous devons placer d’abord celle de M. MaTHiEU DE DomBasce, heureuse modification de la charrue belge ou brabanconne dont nous parlerons dans un autre paragraphe.
À, fig. 227 (1),soc de forme triangulaire qui prend ordinairement de 9 à 10 po. (0.245 à
Fig. 227.
0" 271) de largeur de raie, et qui peut pénétrer jusqu’à 11 po.(0" 30) de profondeur
dans les charrues de moyenne grandeur. Il est fixé au versoir par un lien de fer solide
(1) Ce dessin et tous les suivans sont accompagnés d’une échelle relative d’un mètre qui facilitera aux yeux du lecteur l'appréciation assez rigoureuse des proportions des charrues dans leur ensemble
et daus les détails de chacune de leurs parties.
et à la semelle par un boulon; il peut être construit en fonte, en fer forgé ou en acier ; — B, coutre presque verlical, placé en arrière de la pointe du soc, à une certaine distance de la gorge de la charrue, et fixé par une vis de pression sur le côté gauche de l'age, dans une coutelière où il peut se mouvoir ;—C, sep en fonte avec son talon C;—D, versoir en fonte coulée, et dans quelques cas particuliers en bois,courtel très-contourné;— EF, étançons qui assemblent invariablement l'age et le sep. Le versoir prend appui sur eux aumoyen de deux verges boulonnées;—F, age horizontal, plus court que celui de la plupart de nos autres charrues ; — G, régulateur ( voyez page 176, fig. 218) garni de sa chaîne, laquelle est attachée au point I à un crochet fixé sous l'age à l'extrémité d’une bande de fer ; — K, mancherons fort courts, sinplement fixés à la partie postérieure de l'age, où se trouve un trou destiné à recevoir Je manche du fouet du laboureur.— Le mancheron de gauche, seulement, s'éloigne de la ligne de l’age.
L’age et les mancherons sont en bois; le bâtis entier, ainsi qu'il a déjà été expliqué, est en fonte. — On voit que ceite construction donne à la machine une très-grande s0lidité; aussi a-t-elle été combinée de manière à pénétrer à une profondeur moyenne de 8 pouces, et à résister indistinctement dans Lous les terrains.
Les araires de Roville, modèles de 1833, sont des prix suivans : grande charrue, bâtis et versoir en fonte, soc entièrement en acier et
un talon de rechange. . . . . . 67fr.
La même avec un versoir en bois. . 65 fr.
Charrue moyenne, même construc-
ton 'quéplat- RENE, MONTE ECG.
La même avec versoir en bois. . . 64fr.
— Versoir en fonte polie avec le T et
les boulons s’adaptant à volonté aux
grandes et aux petites charrues. . 10 fr.
—Versoir en bois garni pour les
Inèmes. #06 4e CAE RME AE His frs — Soc de rechange entièrement en
acier pour les charrues ci-dessus. . 8 fr.
A Grignon, où l’on a adopté l’araire de Roville et où il en a, dès l’origine, été créé une fabrique, on vient récemment de lui faire subir quelques légères modifications : la longueur de l'age, qui mettait trop de distance entre les chevaux et le laboureur, et causait, par suite, des variations qui nuisaient à la régularité du labour, a élé diminuée ; — on a également diminué le sep et par là le frottement; — on a reculé les mancherons du point de résistance, afin de donner plus de puissance et une facilité de conduite plus grande au laboureur; — enfin, on à augmenté l'énergie du versoir et diminué son frottement en l'élevant vers son extrémité inférieure.
Araïre Lacroix, à age court.— «Cette charrue, résultat des méditations d’un hommeindustrieux, a été exécutée d’après les principes de THaEr, SmaLr, Macon ét DOMBASLE, c’est-à-dire sur le modèle des trois meilleures charrues connues. De loutes celles qui ont
AGRICULTURE : FACONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL
concouru (1), c’est celle qui nous a paru mériter la préférence. Le tirage s'exécute par le moyen d’une chaîne attachée sous l'age, tout près du coutre, et dirigée par un régulateur en fer, fixé au bout de l’age. Ce régu- Jlateur détermine avec la plus grande précision l’entrure de la charrue et la largeur de la bande de terre qu’il convient au laboureur de prendre. Cette charrue nous paraît réunir toutes les conditions que nous avons reconnues nécessaires pour former une bonne charrue; elle trace un sillon profond, divise facilement la terre, l’ameublit et enterre très-bien les chaumes; elle convient à toutes les natures de sol : ses avantages se font particulièrement sentir dans les terres fortes et : argiieuses; elle exige une force de tirage moitié moindre que les charrues ordinaires ; elle accélère le travail, car elle fouille en trois sillons un mètre de largeur du terrain; elle rend le travail plus régulier et donne peu de peine à conduire, car l’entrure étant fixée par le régulateur à une profondeur donnée, le laboureur n’est plus oblivé de faire des efforts continuels sur les mancherons pour maintenir la charrue à cette profondeur. Son entretien est presque nul, tout lé corps de la charrue étant en fonte et d’une solidité qui le rend presque indestructible (2).»
Araire écossaise. — L’araire que l’on considère de nos jours, grâce aux perfectionnemens qu’elle a reçus, comme l’une des meilleures charrues de l'Angleterre, était, malgré le nom qu'elle porte, fort peu connue en Ecosse, avant que SmaALL appelàt sur elle l’attention des cultivateurs par la manière de la construire. Cet ingénieux mécanicien, le premier, lui adapta un versoir courbe dont il détermina mathématiquement la forme et les dimensions, et qu'il fit exécuter en fonte. Depuis 1810, tout le corps de la charrue fut généralement exécuté en fer. Les principales modifications de l’araire d’Ecosse sont les suivantes :
L'araire écossaise de Small se distingue particulièrement par la grande concavité de son versoir. — Nous la représentons ici telle qu’elle a été employée par TnaEr. — A (fig. 228), lecoutre; —a, poignée au moyen de laquelle il est fixé dans l’age par deux coins ; —G,tige de fer mobile,taraudée à sa partiesupérieure ; elletraverse un piton en fer fixésur l'age et est surmontée d’un écrou au moyen duquel on peut changer la direction du'coutre et le maintenir solidement sans avoir besoin de serrer fortement les coins. Cette tige a, de plus, l’avantage d'empêcher l’engorgement du chaume et du fumier dans l'angle formé par l'age et le coutre;— F, jambe ou montant assemblé dans l'age au moyen d'un boulon ;— B, soc fixé à frottement seulement sur le pied de la jambe, et qui vient s'unir exactement aux 3 pièces de fer C, D, E; sa pointe 2se trouve à 5 lignes plus bas que la semelle; — c, pièce de fer qui ne forme qu'un avec la semelle proprement dite; — D, seconde pièce de la muraille; — E, plaque supérieure qui, à sa parue antérieure en €,
(1) Dans le département de l'Aude, 1529.
(2) Journ. de la Soc. d'agricullure de GArCassonne,
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TN ss nl ils D
vient embrasser le versoir ; — K, crochet où s'accroche la chaine du régulateur ; — M, age régulateur avec la chaine qui vient se fixer par son autre extrémité en K;— O, manche gauche dans lequel l’age est assemblé.
À côté de cette figure, la /£g.229 représente, sur une échelle moindre de moitié, la charrue dessinée du côté droit; — en e, on voit la ps E de la figure précédente qui vient em-
rasser le bord antérieur du versoir, et par le moyen de laquelle le corps de la charrue forme en cet endroit un tranchant aigu; — en B, le soc dont la douille se réunit exactement au versoir; — en $, le versoir entier ;— en £, la tête d’un boulon, au moyen duquel le versoir est fixé sur le manche.
. Le mancheron de gauche,qui,dans sa partie inférieure, est en ligne droite avec l'age, s'in-
DES CHARRUES. 181 Fig. 228.
Fig. 229.
Cette disposition a pour but de placer le conducteur plus directement en face de la pointe de la flèche, afin qu'il juge mieux de ses variations. — Ce mancheron recoit l'extrémité antérieure de l’age et se prolonge au-dessous jusqu’à la semelle ; — le second mancheron s’écarte obliquement à droite; c’estluiquireçoit le versoir ; il se trouve uni au maneheron de gauche au moyen d’une forte cheville fixée à environ 3 pouces (0*081) du sommet de l’angle formé par leur union, et d’une verge boulonnée qui lui donne environ 15 po. (0 406) d’écartement à 2 pieds environ (0% 650) de cette même cheville.
Dans cette charrue, le fer de semelle c, la jambe F, les deux pièces dela muraille D, E, et le versoir sont en fonte.
L'araire écossaise perfectionnée en France (fig. 230) diffère principalement de la précé-
cline un peu à gauche à sa partie supérieure. | dente : 1° par la disposition du coutre À qui Fig. 230.
est fixé au moyen d’une fausse mortaise sur le côté gauche de l'age; — 2° par l'absence des pieces de la muraille; — par la noncourbure de l'age B, — et par le mécanisme différent du régulateur C, qui est ici à équerre : sa branche verticale sert à régler l’entrure et sa branche horizontale la ligne de tirage; cette dernière branche est dentée de manière à recevoir et à fixer plus où moins à droite Panneau portant à son extrémité le crochet où l’on attache le palonnier. — Le mancheron D s'éloigne beaucoup plus que l’autre de la ligne droite; il est fixé solidement, au moyen d’un boulon, contre l'age, d’un tenou contre le billot E , et d’une tringle de fer F
‘* boulonnée d’une part à sa face inférieure, et
de l’autre sur l’extrémité de l'age. — Le mancheron de gauche est boulonné contre l'age et le billot. Tous deux sont réunis par une tra-
verse G. — Le soc H forme avec la gorge et le versoir une courbe régulière. — La se-
melle I, les montars /7 et le versoir K sont en fonte. Ce äernier, dont la courbure est très-prononcée, est attaché en avant à létancon ou montant antérieur dans toute sa hauteur; en arrière il est fixé par un arcboutant en fer, boulonné sur le montant postérieur.
Une autre araire anglaise (fig. 231 ), dont nous ignorons l'inventeur, a été figurée par M. Boxrarp dans sa Collection d’instrumens aratoires. Elle est particulièrement propre aux labours des terres légères. L'age À est
AGRICULTURE : FACONS GÉNÉRALES À DONNER Fig. 231.
courbé à sa partie postérieure, qui est ajustée à tenon et à mortaise daus le manche B, comme dans l’araire de Small. — Une bride C tournant à l’exirémité de la flèche, au moyen d’une cheville de fer, sert de régulateur. — Une clavelte de fer D, que l’on place dans un des trous de sa partie supérieure, suffit pour la maintenir et fixer la ligne de tirage.— Le degré d’entrure se détermine en accrochant la chaine du palouinier à un des trous plus ou moins élevés du devant de cettemême bride C.
—Les deux mancherons se rapprochent beaucoup sausse joindre àleur partieinférieure,où ils sont maintenus, comme on voit en E, par une verge de fer.— Le mancheron B s'appuie surla semelleoù ilest boulonné; —le mancheron F est attaché contre le versoir; — l’un et l’autre sont consolidés à une certaine distance de leur extrémité supérieure, par une traverse G. — Le soc, la semelle et le versoir sont en fonte. — Le corps est en fer battu; il est formé de deux fortes bandes boulonnées à la flèche. La principale et la plus forte H descend verticalement jusqu'à la hauteur du versoir, puis elle se courbe pour aller s’y attacher, ainsi qu’au soc. La seconde I se fixe solidement sur la première et vient s’attacher au sep à la même place que le manche.
L'araire de Wilkie (fig. 232), que M. Loupon
Fig. 233.
considère comme la meilleure charrue écossaise, est entièrement en fer, à l'exception de l’extrémité des manches.Ce qui la distingue particulièrement, c’est la longueur et la concavité remarquable de son versoir, qui aété disposé de manière à retourner complètement la bande de terre dans les sols légers et très-peu consistans. — La figure que nous extrayons de l'£ncyclopedia of agriculture donne une idée de la forme de celte araire, sans faire suffisamment connaitre les détails de sa construction.
Les charrues simples de Finlayson ont été construites d’après les mêmes principes. — L'une d'elles, {g. 233, est remarquable par la
Fig. 234.
courbure de l’age, qui a été calculée de manière à éviter tout engorgement dans les terrains couverts de chaumes, de bruyères ou d’autres végétaux. — Celle à laquelle il a donné le nom de cAarrue squelette (fig. 234), non seulement présente le même avantage, son coutre étant porté sur un prolongement particulier au milieu de la bifurcation singu-
lière formée par l’age au-dessus de la gorge, mais le versoir, au lieu d’être plein, est formé de trois ou quatre verges de fer, fixées à leur partie antérieure sous la gorge et le soc, et à leur partie postérieure, sur une traverse, sans doute retenue à distance du corps de la charrue par deux boulons. et dont on doit supposer que la courbure est celle du
versoir ordinaire. Par ce moyen, l'instrument ne présentant tout au plus qu'un tiers de la surface des autres araires, peut labourer avec facilité les argiles les plus tenaces. Il a
DES CHARRUES. {on
été éprouvé, dit-on,avec succès dans le comte de Kent.
L’araire américaine (fig. 235) réunit à une grande simplicité d'exécution toute la légère-
Fig. 235.
De |
D cms ||
té et la solidité désirables.— A ,soc derechange ajustéet fixé sur le versoir au moyen de deux boulons ; —B, versoir à la Jefferson ;—C, sep étroit et mince, élargi en dedans à sa partie inférieure par un rebord. Ces trois parties sont en fonte ; — D,mancheron gauche fixé sur le sep par un boulon; — E, mancheron droit réuni à celui de gauche par deux traverses inférieures FF et une traverse supérieure G. On lui donne une courbure telle, que le versoir s'applique exactement et se fixe à sa partie inférieure à l’aide de deux écrous ; — H, age fixé au sep au moyen d’un étançon antérieuren fer I; d’uneentretoise J, et du mancheron gauche D , dans lequel il est assemblé à mortaise ; — K, coutre coudé à gauche et placé au milieu de l’age, où il est maintenu par un coin et une bride annulaire L; —M, régulateur fixé en N par un boulon qui lui sert d'axe, et maintenu dans la direction de l’age par la clé'O, destinée d'autre part à serrer les écrous. Quand on veutobtenir plus ou moins de largeur de raie, on dirige à droite où à gauche ce même régulateur, qui estempêché de reprendre sa direction première par la même clé qui traverse SES Le régulateur porte des crans dans lesquels se loge l'anneau d'attelage. Cette araire est du prix de 100 fr.
ART. IV.—Des araires à support et à roue.
Entre les araires proprement dites, qui n’ont aucun point d'appui sur le devant, et les charrues à avant-train distinct, montésur deux roues, viennent naturellement se placer Les araires à support fixé sous l’ag?, c’està-dire à roue ou à sabot.
Ce support,de construction variable,comme on pourra en juger à l'inspection des figures de cet article, est formé le plus souvent d’une tige qui traverse la haye dans une morlaise pratiquée à cet effet, dans le sens de sa longueur et non loin de son extrémité antérieure. Cette tige, susceptible de se mouvoir de bas en haut ou de haut eu bas, pour augmenter ou diminuer l’entrure du soc, et qu'il est facile d’arrèter au point vouiu au moyen d'un simple coin, se Lermine inférieurement par une sorte de sabot, ou mieux par une roue. — Dans l'un ou l’autre
cas, cet appareil est si léger qu’il n'ajoute pas sensiblement au poids dü reste de la charrue.. Le reproche le plus grave qu'on ait dû lui faire, c’est qu'il peut en certaines circonstances, comme Îles avani-lrains, augmenter .la résistance en occasionant une décomposition de force; mais, outre que cet inconvénient bien réel n’est pas irrémédiable, en pratique il est, lorsqu'il existe , infiniment moins sensible que dans les avanttrains à deux roues; — ceux-ci, en effet, reposent toujours plus ou moins pesamment sur le sol, de sorte que, quand ils forment un angle dans la ligne du tirage, cet angle est invariable; — avec le seul support dont nous parlons, au contraire, le sabot rase le plus souvent le sol, plulôt pour Imdiquer au laboureur la profondeur à laqueïle il doit se tenir, que pour iui procurer un point d’appui: et s’il lui en sert parfois pour reprendre la raie, iorsque la charrue à éprouvé un dérangement quelconque, alors on ne peut se dissimuler que cet inconvénient accidentel est compensé par ja facilité et la réeularité du travail. — En somme, l'addition du support, en des mains peu exercées, rend la direction des araires beaucoup plus aisée; aussi l’usage s’en est-1l perpétué dans ceux de nos departemens du nord que l’on peut regarder comme les mieux culüvés, et ne somes-nous pas surpris de les avoir retrouvés, depuis quelques années, dans le centre de la France, chez divers propriétaires dont les garcons de charrue, habitués aux avant-trains, n’arrivaient pas à une assez crande régularité avec l’araire de Roville.
$ 1°". — Araires à sabot.
La charrue la plus généralement employce dans le nord de la France et la Belgique, sous le nom de Pravbant, el, sans nul doute, l’une des meilleures connues en Europe , appartient à la division des araires à une roue ou à un support. Son soc À (fig. 236) se confond par sa courbure avec le versoir C. -- Le sep B est en bois, garni de deux plaques de fer à sa partie inférieure et latérale gauche pour faciliter le glissement. — Le versoir C, en fer forgé, est rivé par-devant sur
AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL. Fig. 236.
un lien soudé au soc et maintenu postérieurement par deux étancons qui prennent leur point d'appui, l’un sur le sep et l’autre sur la haye. — Celle-ci, D, est unie au sep par le plateau E au moyen de3 chevilles F; elle est consolidée, de plus, par les brides GGG. — Le coutre H est maintenu par un coin.— Le support J sert à déterminer l’entrure au moyen du coin A qui le maintient solidement à la hauteur désirée, et du sabot L qui glisse sur la terre à la partie postérieure, et qui se relève à la partie antérieure afin de ne pas
à 12 pouces (0 298 à 0" 325) de largeur, sur 8 à 9 (0" 217 à 0" 244) de profondeur.
La charrue Brabant à maillet (fig. 237), qui a fixé particulièrement l'attention du jury Fis 2372
entrainer les fumiers longs.—Letétard M, vuicideprofil, a été reproduit horizontalement, p.176, fig. 219. Les trous servent à suspendre le palonnier; il est évident que plus on le fixe à droite, plus la tranche s’élargit. Le manche unique N recoit près de son sommet un mancheron O surlequel peut se porter accidentellement la main droite du laboureur.
Dans divers lieux, on remplace le sabot par une roue P ou R (détails de la fg. 236), qui joint à l'avantage de ne Jamais entrainer le fumier, celui de produire un moindre frottement.
D’après les essais qui ont été faits par ordre de la Chambre d'agriculture de Savoie, la charrue Brabant, construite par Macner, d'après des principes qui ne diffèrent pas essentiellement de ceux que nous venons de faire connaître, paraiîtrait conserver une supériorité incontestable sur la plupart des autres, dans les terres très-fortes et pour les labours profonds. — Au dire du rapporteur, elle remonte la terre même sur les pentes de 14 à 16 pouces (0 379à 0433) par toise (1®949); les récoltes sont aussi belles sur le sol qu’elle relève que sur le terrain inférieur; et il est d’autant plus utile de l'employer dans les pays montueux, qu’elle ne dégarnit point le haut des collines, replaçant toujours au second labour la terre qui a élé déplacée au premier.
Cette charrue soulève, à l’aide de deux bœufs et d’un cheval, dans les circonstances les plus difficiles, une bandé de terré de 11
lors d’un concours récent qui a eu lieu dans le département de l’Aisne , où elle était essayée pour la première fois, attelée d’un seul cheval d’une valeur de 250 à 300 fr., a donné, à 3 L po. (0% 095), un labour excellent. À 6 po. (0* 162), quoique son travail fût moins parfait, il n’en a pas moins été jugé fort bon.
Le petit Brabant n’est pas monté pour pénétrer généralement à plus de 4 po. (0 108) dans la terre. Cependant on peut lui donner jusqu'à 6 po. d’entrure (0% 162)et8 po. (0° 217) de raie. — La simplicité, la modicité de son prix (34 à 40 fr. avec les accessoires), la légèreté, l'excellent labour qu’il donne, sont autant de précieux avantages qui le recommandent dans la petite culture.
Le Brabant à maillet est d’un grand usage dans la Flandre , où la culture est .très-divisée. Lorsque le conducteur est parvenu à maintenir le cheval toujours à la même distance de la raie, la conduite en est facile et peu fatigante.— Avec une raie de 5 à 8 pouces (0 ® 135 à 0" 217) de largeur, il laboure de 40 à 60 verges (17 à 20 ares) par attelée de 6 heures de travail.
Le petit Brabant diffère particulièrement de celui que nous avons décrit avant lui, par la plus grande légèreté de sa construction , la forme moins élevée et plus alongée de son versoir , et celle de son support, que nous croyons moins propre à remplir convenablement sa destination, c’est-à-dire à régler l’entrure en glissant au besoin sur le
cHAP. 6°.
sol avec le moins de frottement possible.
$ II.—Araires à une roue.
DES CHARRUES
son régulateur, qui permet de fixer avec une extrême facilité la largeur, la profondeur de la raie, et le point d'attache desanimaux de trait, de manière à obtenir la moindre résistance
L'araire à roue de F. E. Morar» est re- | possible. Un cadre en fer AAA (fie. 238), momarquable par le mécanisme ingénieux de | bile au point B sur un boulon à écrous qui
Fig. 238.
lui sert d’axe, porte tout le mécanisme. — A l'extrémité de Fe est une plaque en fer CC
ercée de trous (vor. les détails), de manière a recevoir plus à droite ou plus à gauche la cheville mobile D qui sert à arrêter le régulateur horizontal au point voulu. — Au bout du cadre sont placés le régulateur vertical E et la bride F, qui tournent dans la même direction que lui, et qui servent : le premier à régler l’entrure au moyen de la cheville G (détails)qui le traverse ainsi que la pièce de fer H, ce qui permet à la roue de se mouvoir de haut en bas et de se porter latéralement sur la ligne de tirage; la seconde à déterminer convenablement la ligne de tirage à l’&de du
crochet. Les autres parlies de la charrue n'offrent de remarquable que l'anneau J qui donne plus de solidité au coutre, et la barre de fer K qui ajoute à la force du mancheron gauche L. Ce dernier s’appuie à mortaise sur e sep; il est fixé sur le devant par un écrou et sur le derrière par le boulon servant d’étancon ou de montant postérieur M. — Le mancheron de droite s'appuie contre le versoir et aboutit également au sep. Le soc N, le corps de la charrue O, et le versoir P, sont en fonte.
La grande araire écossaise à défoncer (fig.
239) est, sous divers points de vue, un des meilleurs modèles jusqu’à présent connus.
ll |
A A (| ji di
— Elle se compose d’un corps en fonte A, auquel se fixent : 1° les mancherons B, au moyen de simples boulons; 2° le coutre C, dans une coutelière, et 3° l’un des socs de rechange D, de la manière précédemment indiquée (voy.
page 171, fig.197). Cemème corps A porte à sa partie supérieure des crans E destinés à recevoir et à maintenir la chaîne de tirage F, dont on varie la position, selon la profondeur du labour, en la plaçant à différens crans.— L'extrémité de l’age s'adapte, ainsi que l’indiquent mieux les détails de la figure, à une roue H, dont l'axe est coudé de manière qu’elle puisse marcher toujours sur le bord du sillon ; on élève plus ou moins cette roue pour régler , la profondeur de la raie, à l’aide d’une vis à
| pol (l ou
fl DUT
écrou I. — Au point G se trouve un régulateur horizontal propre à recevoir le crochet de tirage. x
Cette araire, ainsi que nous avons déjà trouvé l’occasion de le dire ailleurs (voy.
page 174, fig. 210), se fait remarquer par la manière dont le versoir est fixé. — Toutes les parties frottantes dont elle se compose sont de rechange, et nous pouvons affirmer, d’après les expériences faites dans une ancienne allée de tilleuls du jardin de l'hôtel Vaucanson, qu'elle est à l'épreuve de la force de 8 forts chevaux. — Avec les 3 socs de rechange elle est du prix de 200 fr.
Araire à une roue et à treuil d'AUBERT.
— Pour mouvoir les énormes charrues aux-
186 AGRICULTURE : FACUNS GÉNÉRALES À DONNER AU SOL
quelles les Anglais ont donné le nom de charrues-taupes, parce que, comme ces animaux, elles creusent des espèces de galeries souterraines, on a dû demander aide non plus à un simple attelage, mais à des câbles et à des manéges.Un cultivateur français, Augerr, de Chäteau-Arnoux, qui, peut-être, n'avait pas connaissance de ce fait, a cherché récemment à appliquer le même moyen aux labours ordinaires.
La mécanique dont il se sert pour labourer les quelques arpens qui composent son modeste patrimoine, se compose de deux plateaux de chêne d’une égale dimension, attachés l’un sur l’autre à leur extrémité, par quatre pieds solides. — La longueur des plateaux est de 5” 50, leur largeur de 010, et la hauteur ou vide de l’un à l’autre de 0 ® 50.
— Au centre de ces plateaux se trouve placé un treuil, de 035 d'épaisseur, mu par un axe de fer portant une douille qui s'élève audessus des plateaux, et dans laquelle on introduit un levier de 3 * 33 de longueur, avec un palonnier à son extrémilé. — Autour du treuil se roule une corde d’un diamèlre assez fort pour entraîner la charrue à la distance de 50 à 100 ©. — Sur les plateaux sont percés des trous dans lesquels on introduit successivementun cylindre de fer qui sert d’axe à une poulie libre montant et descendani sur cet axe pour rouler la corde autour du treuil. — Quatre roues très-basses sont adaptées au
rw trs,
bout de cette mécanique pour faciliter son transport d’un lieu à l’autre. Dès qu’elle est fixée sur un point, on concoit que l’araire puisse être entraînée, sans de grands efforts, d'un bout du sillon à autre; et que, reportée chaque fois sur un léger chariot à lorigine d’un nouveau sillon, à l’aide d’un cheval ou d’un âne qui peut servir ensuite à faire mouvoir le treuil, elle recommence successivement le même travail. — A chaque deux sillons on change de trou l’axe avec sa poulie.
D'iprès le rapport qui a été fait au conseil général des Basses-Alpes, cette araire employait 12 minutes pour creuser un sillon de 37 à 40 c. de profondeur et 33 c. de largeur, sur une longueur de 50 mèt.;—elle perdait 8 minuies pour recommencer le travail.
Jusqu'ici une telle innovation ne paraît donc pas présenter d'avantages dans la pratique générale des labours; toutefois, elle est, comme tous les procédés nouveaux, susceptible de perfectionnemens qui pourront la rendre fructueuse, et, sous ce rapport, nous avons cru devoir l'indiquer ici sommairement.
$ I.—Araires à deux roues.
La charrue Rosé, montée en araire (fig.
240), est une de celles qui ont obtenu le plus de succès dans les divers concours qui ont
Fig. 240.
fl
ATARI ATEN
eu lieu depuis un certain nombre d’années aux environs de Paris et ailleurs. Il suffit de dire qu’elle a remporté 16 fois le prix en concurrence avec les meilleures charrues, pour faire son éloge aux yeux des praticiens.
A la seule inspection de la figure, on peut juger qu’elle est construite de manière à agir comme araire simple ou comme araire à support. — En effet, si l’on supprime par la pensée ce support, on voit une araire avec son double régulateur horizontal A et vertical B, disposés de manière qu’on peut régler l'entrure et la largeur de la raie avec une grande facilité, en faisant mouvoir la tige B de haut en bas ou de gauche à droite, et en l’'arrébant au point voulu par la vis de pression C. — Chaque roue EE, portée, au lieu d’essieu, sur une tige percée de trous FF, peut s’abaisser ou s'élever en même temps que sa voisine, de manière à faire piquer plus ou moins la charrue, ou se mouvoir indépendamment de l’autre afin de maintenir le
parallélisme de l’instrument dans les terrains en pente ou les labours en billons. Chacune de ces Liges est maintenue à la hauteur désirée par un simple verrou fixé dans le chàssis qui unit le support à l’age, ainsi que le représente le détail D. L
Ajoulons que le coutre, incliné dans une mortaise percée au milieu de lage, est maintenu dans sa position par une vis de pression adaptée à la gauche de l’age; — que le soc, fixé par deux écrous seulement, peut s’enlever et se remettre avec une très-grande facilité, ainsi que le versoir et même le sep.
Dans cette charrue tout le corps est en fonte.
M. Rosé, pour satisfaire à tous les besoins, a adopté dans ses fabriques 4 modèlés de grandeurs différentes : le 1‘, du prix de 50 f. sans avant-train el de 75 f. avec avant-train ; — le2°, de 65 ou de 95; — le 3°, de 70 ou de 100 ; — le 4°, enfin, de 80 ou de 110. Les versoirs, les socset les seps de ces différens ma-
craP. 6°.
dèles se vendent séparément, savoir, les 1°"* au prix de 12 à 22f., les seconds de 1 f. 25 c. à1 f. 50 c., et lesseps de 3 f. 75 c.
L'araire à roues ou charrue simple pro-
posée par M. CHATELAIN (#g. 241) diffère Fig. 241
beaucoup dans son ensemble de toutes les charrues jusqu'ici employées. — Au coutre ordinaire, qui présente un levier dont le bras de résistance est démesurément long relativement à celui de la puissance, puisque ce dernier est compris en entier dans l’épaisseur de l'age, M. CHATELAIN a substitué une aile du soc A qui se relève comme dans Île soc Hugonet.—Le soc, entièrement plat, est placé sous la semelle, de manière qu'il n’est ni relevé par elle à son extrémité postérieure, ni recouvert sur aucun point par le versoir B. — Le côté inférieur du versoir est une ligne droite également distante du centre de la machine sur toute sa longueur, tandis que le côté supérieur forme un angle de 36 degrés à peu près aussi dans sa longueur; de manière que le côté droit de la bande de terre ne change pas de place, tandis que le côté gauche se soulève, se dresse, etenfin se renverse toujours progressivement, sous un même angle, depuis le commencement jusqu’à la fin.
En adoptant cette nouvelle disposition, M. CnaATELAIN à encore eu en vue que Île versoir ne saisit la terre que quand elle est entièrement coupée horizontalement et verticalement par le soc-coutre. — La haye C est attachée à l’endroit de l'assemblage des mancherons par un boulon, tandis qu’une barre de fer D, qui glisse dans une coulisse fixée sur la face droite de cette même haye par deux écrous, empêche la charrue de s'écarter à droite ou à gauche. — Enfin, ce qui caractérise plus particulièrement encore cette charrue, c'est le moyen de régler sa marche et de la maintenir en équilibre à l'aide d’un triple régulateur; une vis E, qui vient s’appuyer sur un mentonnet adapté à la coulisse dont nous venons de parler, sert à prendre plus ou moins de profondeur. En descendant la vis, on oblige le sep à descendre, et on occasione une pression sur les roues ; en l’élevant on fait remonter le talon et on soulève les roues. La charrue est d’aplomb quand la semelle ne tend pas à quitter le sol et qu’elle n’exerce aucune pression au fond de la raie en même temps que les roues ne font qu'effleurer la terre.—Pour que cette condition puisse subsister dans tous les oas , les divisions de la vis E et celles du régulateur vertical F doivent être en rapport
DES CHARRUES
entre elles et indiquer des mesures relatives et exactes de profondeur. Il est de plus nécessaire que le constructeur fasse connaître, d’aprèsles dimensions des diverses pièces de l'instrument, la longueur des traits des chevaux; et, cette longueur devenant fautive avec des chevaux de taille plus ou moins haute, il donnera avec la charrue un barême qui indiquera la longueur du trait pour chaque centimètre de différence en hauteur des chevaux; ces traits devenant plus courts à mesure que les chevaux sont moins élevés.
— À l’aide du régulateur et de la vis, non seulement il est facile de conserver à la charrue son aplomb de l'avant à l’arrière, de manière que, sauf les obstacles accidentels, on peux la faire marcher sans la tenir; mais on peut encore, et c’est un point fort important, faire toujours passer la puissance sur le régulateur en ligne parfaitement droite avec le centre de la résistance, de manière à utiliser pour la traction toute la force de l’attelage. — La sellette s’inclinant à droite ou à gauche, on obtient nne raie plus ou moins large à l’aide d’une vis H et du régulateur horizontal. Quoique la charrue Chatelain, d’invention toute récente, n’ait encore, pensonsnous, été exéculée qu’en modèle, nous croyons que ce qui précède est de nature à intéresser , à certains égards, les agricuiteurs, qui s’occupent de nos jours, plus qu’on ne l’a fait depuis bien long-temps, des perfectionnemens dont est encore susceptible le premier de nos instrumens aratoires.
ART. V. — Des charrues à avant-train.
Autant au moins que les araires, les czarrues à avant-train ont été perfectionnées dans les temps modernes. On pouvait croire qu'à mesure que les premières se répandraient sur divers points de la France, les autres, délaissées de proche en proche, atlireraient de moins en moins l'attention des cultivateurs et des fahricans. Cependant, si l’on en juge par les faits, notamment d’après les concours qui ont eu lieu récemment dans les départie mens voisins de celui de la Seine, il n’en est pas ainsi. — La nécessité presque absolue de recourir aux charrues à avant-train en des circonstances assez nombreuses;—la facilité plus grande qu’elles présentent pour le travail à la généralité deslaboureurs,et l'espérance de parer, par une meilleure construction, à la plupart des inconvéniens quiles avaient fait condamner en théorie, ont tourné de ce côté les vues des agronomes et des mécaniciens. Mieux éclairés qu’autrefois sur la direction qu’ils devaient suivre, ils ont cherché, tout en conservant à ces charrues leurs avantages, à les rapprocher le plus possible des araires sous le point de vue d’un moindre tirage, et nous verrons, dans ce qui va suivre, que leurs efforts n’ont pas été sans succès.
Dans sa composition la plus simple, l’avanttrain d’une charrue comprend ordinairement deux roues de diamètre égal ou inégal et l’essieu qui les unit; —un support quelconque attaché à ce même essieu, et qui est destiné à recevoir et à maintenir plus ou moins fixement l’age ou lahaye;—enfin untimon presque toujours prolongé postérieurement à l’essieu. Il
recoit d’un côté la chaîne qui unit l’arrière à l’avant-train, et sert antérieurement d’intermédiaire entre la charrue et le point d’attache des animaux de trait. Mais la plupart de ces parties varient tellement de forme et de nom, que nous nous réservons de parler de leurs principales modifications en traitant de chacune des meilleures charrues à avanttrain en particulier.
Donner une description de toutes Les charrues des divers départemens de la France ; — de celles seulement que nous avons été à même d'apprécier dans la pratique de différentes localités, ou dont nous avons distingué les modèles dans nos collections, ce serait entreprendre un travail plus curieux qu’utile, el beaucoup trop vaste pour un ouvrage de la nature de celui-ci. Ce n'est pas que, chemin faisant, nous ne dussions trouver cà et là de bonnes choses; mais, dans l'impossibilité de dire tout ce qui est bien, nous chercherons à
AGRICULTURE : FACONS GENERALES À DONNER AU SOL
FIV NAS
résumer ce que nous regardons comme le mieux.
C’est ainsi que, remontant d’abord aux charrues déjà anciennes qui ont à juste titre conservé leur réputation au milieu d’innovations récentes, nous citerons la charrue Guillaume, celle de Brie perfectionnée, la charrue champenoise, etc.; que,passant ensuite aux charrues plus modernes, nous ferons connaitre celles de MM. Mathieu de Dombasle, Pluchet, Grangé, etc., réservant pour la fin de ce paragraphe les charrues à deux versoirs, les charrues tourne-oreilles, et les charrues, trop peu répandues peut-être, à plusieurs socs.
$ I°".—Des charrues à avant-train à versoir fixe. La charrue GUILLAUME, représentée ci-des-
sous (/g.242 ),se fait distinguer desanciennes charrues à avant-train, principalement par la
Fig. 242.
direction donnée à la ligne de tirage. Elle a obtenu, en 1807, de la Société centrale de Paris, un prix de 3,000 fr., comme la plus parfaite qui existât alors en France; car, disaient les commissaires, ce qui constitue une excellente charrue, c’est que sa construction soit simple, solide; qu’eile soit facile à mener; qu’elle tienne bien dans le sol ; que le soc coupe toute la terre retournée par le versoir ; qu'on puisse labourer à volonté à grosses ou à petites raies, profondément où légèrement, et qu’elle exige le moins de force possible pour la tirer. Or, la charrue Guillaume a paru remplir toutes ces conditions.
À (fig. 242), chignon de fer d’une forme convenable pour être fixé le plus près possible du point de résistance, et à l'extrémité antérieure duquel est attachée la chaine de tirage. Il est maintenu sur l’age, à sa partie postérieure, par un boulon à écrous; — B, soc emboitant le sep et la gorge sur laquelle il est boulonné; — C, versoir tenu à écartement fixe par une traverse indiquée en D; —EEE, origine des étancons et de la barre qui joignent le sep à la haye; celui de derrière reçoit et consolide les manches à l’aide du boulon à écrou F, et de 2 chevilles GG; — H, age ou haye; — I, timon sur lequel on peut disposer l’attelage des animaux à volonté; — J, corps d’essieu au-dessous duquel est fixé un essieu en fer, dont le bout, qui se trouve du côté de la terre non labou-
A. THILEASLT. &.
rée, a 6 po. (0"162) de plus que l’autre, pour que les mouvemens de la pointe du soc soient moins sensibles et le train moins versant (voy.pour les détails, p.175, fig. 214); —K, sellettedestinée àsupporterle bout de la haye, et dans laquelle on a pratiqué 2 mortaises pour y passer les 2 régulateurs sur lesquels des trous sont disposés de manière qu’on puisse modifier à volonté l’entrure du soc (voy. de nouveau la fg. précitée, p.175); — L, arcboutant ; — M, point d'attache des traits ; — N, emplacement d'un palonnier.
La charrue de Brie perfectionnée diffèrerait fort peu de celle de Small si on ne lui avait donné un avant-train, et si on n'avait cherché à la rendre plus légère en simplifiant sa construction.— Elle convient particulièrement au labour des terres fortes.
Le corps de la charrue A (7£. 243) est prolongé en col de cygne de manière à recevoir un coutre en fer F, forgé et aciéré, fixé par une vis de pression dans une coutelière en fer. — Le soc G, en fer forgé , estadapté, au moyen d’un boulon, sur le prolongement de la semelle et dusep; une cavité H (vor. le détail) sert à recevoir l’écrou dudit boulon; — le versoir, de la forme de celui de Small, dont on ne voit en I que l'extrémité postérieure, est fixé sur le corps de la charrue par deux boulons à écrou j}j et maintenu dans son écartement par un boulon en fer, rive sur le versoir, d’une part, et boulonné cn K;— l'age ou la flèche L est réunie au
corps de la charrue par 3 boulons MMM; — le mancheron de droite est assujetti sur le versoir par 2? boulons; celui de gauche est maintenu, comme on le voit, à l’aide des boulons N N et de mentonnets OC.
L'avant-train se compose de 2 roues, dont les moyeux sont en fonte, le cercle et les raies en fer forgé; — d’un essieu en bois revêtu en dessous de deux lames de fer qui, à leurs extrémilés, lui servent de frête; — d’une sellette en plan incliné P sur laquelle on a pratiqué des trous destinés à recevoir la bride Q qui maintient la direction de la flèche; — d'une chaîne de tirage R qui détermine l’entrure; — d'une chainette S qui maintient le timon dans une position horizontale ; — enfin d’une volée d'attelage indiquée de profil en T, et terminée par un crochet U qui peut servir au besoin à atteler un troisième cheval.
La charrue dite Champenoise diffère surtout de celle de Brie par l'inégalité des roues de son avant-train. Celle de droite, destinée
DES CHARRUES
Fig. 243.
+ TNIEBAUL Z
à tourner dans le fond du sillon, doit avoir un diamètre plus grand que celle de gauche, parce que, sur les terrains labourés en hauts billons, s’il en était autrement, chargée de presque tout le poids de la charrue, elle risquerait à chaque instant de culbuter. — Une disposition analogue se retrouve dens la charrue anglaise de Norfolk et dans diverses charrues modernes. — Enfin, dans la fort boune charrue de M. Rosé, que nous avons dû placer dansle précédent, les deux roues, de même diamètre, mais indépendantes l’une de l'autre, peuvent s'élever ou s’abaisser tour-à-tour.
La charrue de Roville à avant-train n'étant autre que l’araire Dombasle dont nous avons parlé ailleurs , nous nous bornerons à la description de l’avant-train, qui permet de régler l’entrure du soc et la largeur de la raie avec une très-grande précision, quoique par un moyen différent de ceux qui ont été mis en usage jusqu’à Ce jour.
Avec celavant-train (/7. 244), on augmente
Fig. 244.
ou l’on diminue la largeur de la raie en faisant varier, à droite ou à gauche, au moyen d’une boîte à coulisse, l'extrémité antérieure de l’age sur l’avant-train; en sorte qu’on peut obtenir toutes les largeurs possibles dans la tranche, sans cesser de faire marcher la roue au milieu de la raie ouverte. La boîte à coulisse dont jé viens de parler glisse sur une traverse horizontale où elle se fixe au moyen d’une vis de pression, etcettetraverse elle-même s'élève ou s’abaisse à volonté pour régler l’entrure de la charrue. On a néanmoins conservé la chape du tétard, mais c’est uniquement dans le but de donner au laboureur le moyen
de maintenir la direction de l’avant-train, lorsqu'on laboure en travers sur une pente rapide; dans tous les autres cas, la chape reste libre sur son axe, et c’est dans la boîte à coulisse et la traverse qui la porte que l’on doit trouver les moyens d’oblenir toutes les combinaisons possibles pour l’entrure de la charrue et la largeur de la tranche.
J, crochet fixé à l'extrémité d’une bande de fer qui garnit la face inférieure de l'age. A ce crochet s'adapte la chaîne # liant l’avant-train à la charrue, et sur laquelle se fait le tirage; — à, goujon faisant partie de l’avant-train; — rm, piton placés sur l’age.
—Dans ces pilons s'emmanche le goujon b qui y glisse ettourne librement; — 7, boite à coulisse glissant sur la traverse o, et se fixant sur cette dernière au moyen d’une vis de pression & : la boîte à coulisse z est liée au goujon à de manière à former, avec ce dernier, un genou, pouvant se plier dans tous les sens, ce qui permet de faire subir facilement à la charrue tous les mouvemens nécessaires; — 0, iraverse supportant la boite à coulisse. Cette traverse glisse dans un sens vertical le long des montans pp, et se fixe à volonté sur ces derniers au moyen de chevilles en fer; — z, traverse consolidant les
parmi les charrues qui ont concouru depuis quelques années aux environs de la capitale, et notamment à la ferme-modèle de Grignon, une de celles qui oni le plus fixé l'attention des cultivateurs et mérité le plus de prix par la bonté et là facilité du labour.
Le sep (#Æg. 246) est en fonte. Il affleure
Fig. 246.
à sa partie gauche un bâtis en bois B qui est, ainsi que lui, fixé aux 2 étançons C C. — A la partie antérieure de ce bâtis se trouve le soc D, retenu à frottement sur le versoir et le sep, el à l’aide d’un crochet E à la partie supérieure de la gorge. — Le coutre F est maintenu dans une coutelière; — les mancherons sont bouionnés l’un et l’autre à l’extrémité antérieure de l’age et sur l’étançon de derrière. — I'age G n'offre aucune particularité. Le versoir H (f#g. 245) est en fonte et se distingue par sa longueur proportionnelle.
L'avant-train, d’une forme toute nouvelle, se compose d’un cadre O servant de support à la sellette 1; — d’une verge 1 boulonnée dans la sellette d’une part, et retenue par une sorte de collier ou d'écrou K sur la traverse antérieure du cadre susdit. Cette verge étant à vis sur une partie de son étendue, lorsqu'on la fait agir en K , altire ou repousse la sellette sur Lavani-train, de manière à
AGRICULTURE : FACONS GÉNÉRALES À DONNER AU SOL
montans pp; — ss, deux branches formant la chape; — f, boulon formant l'axe de la
chape; — “, boulon formant l’axe du crochet; — », crochet qui recoit la volée; — x, broche en fer servant à fixer la chape à gauche ou à droite, selon le besoin; — y, les armons liés à la chape au moyen de l’axe t; — z,traverse consolidant les branches d’armons ; — gq, rouelles en fer; — r, essieu aussi en fer. ( {nnales de Roville, dernière liv.)
Le prix de l’avant-train seul de la charrue Dombasle, qui peut s'adapter à toutes les charrues du modèle de 1832, est de 65 fr.
La charrue PLiucuer (fig. 245 et 246) est,
m ati pis
à | EAU Le
Æ THAIEBAULT.
augmenter ou à diminuer l'obliquité de l’age avec le sol, et, par conséquent, à soulever le soc ou à le faire piquer davantage.
Les entailles au moyen desquelles la sellette glisse et est retenue sur les 2 branches du cadre, devenant trop larges à mesure qu’elle se rapproche des roues, pour la maintenir fixement M. Pluchet a ajouté un coin qui s’interpose entre elle et la branche droite. — Ce coin, ainsi que la partie correspondante de la sellette, sont percés de trous propres à recevoir une clavette qui les unit invariablement.
La bride de ferL (7. les détails) qui embrasse l’age, se termine par une tige de même métal, mobile latéralement dans une mortaise pratiquée sur la branche gauche du cadre ©.
Cette tige, percée de trous, sert à entraîner l’age et à le fixer, à l’aide de la cheville M, plus à droite ou plus à gauche, ou, en d’autres termes, à déterminer le plus ou moins de largeur de la raie. La tige N, vue de trois quarts dans le détail N, sert à maintenir les traits à une certaine hauteur, pour la plus grande commodité du laboureur.
Cette charrue, que nous avons vue fonctionner avec succès dans des terres difficiles et compactes, construite avec plus de légèreté, quoique d’après les mêmes principes, est particulièrement propre aux labours des sols de moyenne consistance. Parmi les six charrues dont M. Pluchet fait un usage journalier chez lui, à Trappes, il en est une qui, depuis trois semaines, à l’aide d’un seul cheval, et sans que celui-ci paraisse nullement fatigué, retourne chaque Jour un demi-hectare, en prenant une bande de terre de faible profon-. deur. La charrue Pluchet, depuis un an, se répand de plus en plus dans le département de Seipe-et-Oise.—Son prix est de 130 fr. avec :
cuab. 6°.
DES CHARRUES
des balances pour la conduire aux champs, | d’une manière tranchée de loutes les autres
et de 125 fr. avec un seul palonnier. La charrue GRANGÉ (fig. 247) se distingue
charrues à avant-train : za 1° Par le levier A, attaché d’une part à l'a-
Fig. 247.
anne ge nm om ot où de om mn
vant-train en B, et de l’autre au mancheron gauche en C, au moyen de deux chainettes’ que l’on peut serrer de manière que ledit levier appuie fortement sous l’essieu en D.
Dans l’état de repos, les choses étant ainsi disposées, le levier, en pesant sur l’armor, tend à en abaisser Ja partie antérieure. — Dès que les animaux de trait sont en marche, le contraire arrive: c’est-à-dire qu'ils relèvent, avec cette partie de l’avant-train, l'extrémité B de la perche; que celle-ci, maintenue sous l’essieu, abaisse par conséquent le mancheron, faisant ainsi l'office du laboureur pour maintenir la charrue à sa profondeur dans la raie.
2° Par le levier E, attaché antérieurement à droite du timon, postérieurement à la traverse du versoir ou à la droite de l’age, et maintenu le long du montant droit de la sellette. Ce levier, qui n’agit que lorsque les animaux de trait nemarchent pas,équilibre alors l’action de la perche À et empêche le palonnier de toucher la terre lorsque la charrue s’arrête pour tourner à la fin de chaque sillon.
Dès qu’elle a repris la direction voulue et que les chevaux relèvent de nouveau les armons, la chainette F se détend et le premier levier agit seul. — Plus tard on a rendu inutile ce second levier, en prolongeant cette chainette et en la fixant directement à l’age.
3° Par un troisième levier G, dont l’action, indépendante des deux premiers, n'a pour but que de soulever la pointe du soc lorsqu'on tourne la charrue au bout de chaque raie. Il est fixé sur le devant à la partie antérieure de l’age, et disposé de manière à basculer au point H des montans de la sellette. — Pour obtenir l'effet voulu, il suffit donc d'accrocher ce levier en I.
De cette triple addition résultent évidemment deux grands avantages : — Le travail de l’homme qui tient la charrue est sensiblement diminué, parfois nul; — le levier A, en liant d’une manière fixe les deux parties de cette charrue et en rejetant presque tout le poids de l'avant sur l'arrière-train, la transforme en une araire véritable à roues modératrices, dont il devient l’age, et la résistance se trouve ainsi sensiblement diminuée.
Aussi, d’après les expériences dynamométri-
CCE LL LL L'OPPTETSS
t-elle donné que 6 à 8 kilog. de plus de tirags que les araires de cet établissement.
Ce n'est pas tout : enhardi par ses premiers succès, M. Grangé a voulu obtenir encore plus.Non content d’avoir simplifié beaucoup le travail du laboureur, il a cherché à le rendre inutile partout ailieurs qu’à l’extrémité des sillons, ou, en d’autres termes, à obtenir une charrue qui se maintint seule dans la raie. — En théorie, il ne fallait pour cela, une fois l’entrure réglée, que maintenir le soc dans son horizontalité et sa direction première, et le moyen d'y arriver c’étail de fixer invariablement l'age à son point de jonction sur la sellette. Il le fil donc carré à cet endroit, le placa entre deux forts montans, également carrés, et ie lia de plus à l’aide de deux chaines au lieu d’une, de sorte qu’il ne pût s’incliner ni à droite ni à gauche qu'avec lavant-train. Toutefois cette dernière innovation, dont il serait injuste de ne pas reconnaitre le mérite, présenta aussi en pratique d’assez graves inconvéniens.
Si ia charrue labourait dans un terrain parfaitement plane à sa surface et homogène dans sa Composition, de manière qu'aucune butte, aucune sinuosité ne püt élever ‘ou abaisser une des roues plus que l’autre, et qu'aucune racine, aucune pierre ne vint déranger la direction du soc, il n’est pas douieux que le but de l’inventeur eût été parfaitement ei complètement rempli. Malheureusement, il en arrive assez souvent autrement, et alors, non seulement celte charrue ne peut marcher régulièrement seule, mais l’homme qui veut la maintenir éprouve autant, au moins, de difficultés qu'avec une charrue ordinaire. Cette difficulté augmente en raison de la légèreté du sol et du peu de profondeur du labour ; car alors, ainsi que l’attestent trop bien les essais faits aux environs de Paris, la charrue Grangé, n'étant pas maintenue en terre par la cohésion ou l’épaisseur de la bande, dévie d’un côté sur l’autre au moindre obstacle et peut à peine tenir en raie. — Dans les sols plus consistans, un pareil inconvénient est moins sensible et moins fréquent. Là il est certain que le laboureur peut souvent marcher, les bras croisés,derrière la charrue ; mais, à moins de
ques faites à Grignon, la charrue Grangé n’a- | circonstancesparticulièrement favorables;en.
core faut-il qu'il soit là tout prêt à la redresser au besoin; et dès-lors il est permis de se demander si la fixité de l'age qui entrave l’action des mancherons, est une chose heu-
reuse, el si la difficulté plus grande de remé- |
dier en certains momens à l’imperfection du travail, ne compense pas un peu la facilité remarquable qu’il présente dans beaucoup d’autres. — Du reste, cet inconvénient a été si bien senti, que M. Grangé lui-même a dû rendre ultérieurement l’age légèrement mobile entre les deux montans de la sellette.
Voici, d’après lui, les deux moyens à employer pour obtenir la profondeur et la largeur de raie désirées : — C’est d’incliner le corps de la charrue à droile pour avoir une plus grande largeur, à gauche pour l'obtenir moindre. Cette inclinaison se donne à droite, en élevant la sellette d’un ou plusieurs trous, au moyen du régulateur en fer qui se trouve placé perpendiculairement sur l’essieu ; elle se donne à gauche, en abaissant plus ou moins celte sellette vers l’essieu. Pour régler la profondeur du labour, il faut abaisser ou élever la broche en fer qui traverse horizontalement les deux jumelles et soutient la haye ; en élevant cette broche on a moins de profondeur, en l’abaissant on en obtient davantage.-— La charrue Grangé, fabriquée sous ses yeux à Monthureux-sur-Saône, arrondissement de Mirecourt (Vosges), ou chez le sieur Mathon, charron à Epinal, est du prix de 115 à 120 fr.
La charrue Grangé modifiée par M. Ma- THIEU DE DoMeasLe, diffère particulièrement de celle qui vient d’être décrite : 1° par une pièce en fer fixée sous l'age, dite régulateur des chaïnes, et à laquelle celles-ci sont en effet attachées. On égalise leur longueur en portant à droite ou à gauche la queue du régulateur, qui est percée de trous au moyen desquels on peut la fixer à l’aide d’une goupille. Cetie queue est également fixée à l’aide
AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES À DONNER AU SOL
d’une chaînette qui s’oppose à de trop grands écarts, lorsque la goupille n’est pas mise; de sorte qu'on peut, dans la plupart des circonstances, se dispenser de mettre cette goupille, et laisser libre la queue du régulateur; — 2° par la vés de rappel, qui sert à incliner le corps de la charrue à droite ou à gauche et qui unit le manchon à l’age ; — 3° par la disposition du levier de pression, qui entre à son extrémité antérieure dans un anneau ou collier fixé sur un des armons;ce collier s’élève ou s’abaisse à volonté à l’aide de deux écrous, afin qu'on puisse toujours le placer au point convenable pour que le levier exerce par-derrière une pression suffisante sur les mancherons, et qu'il soutienne pardevant les armons. Lorsqu'on tourne à l’extrémité du billon, l'extrémité postérieure du levier est engagée dans un autre collier mobile sur une barre de fer placée en forme de traverse entre les mancherons ; — 4° et enfin par la suppression du second levier rendu inutile par suite du double emploi du premier.
À laide d’un tel arrangement, on peut employer la charrue directement à la manière de M. Grangé, ou si l’'ontrouve que l’immobilité de l’age sur la sellette soit, ainsi que nous le disions plus haut, un obstacle à sa facile direclion en cas de dérangement, il devient facile de la transformer en charrue à avanttrain maniable, en faisant tourner la vis de rappel du manchon jusqu’à ce qu’elle sorte de son écrou. — L’age peut alors se mouvoir librement au gré du laboureur.—Cette charrue, prise à Roville, vaut 160 fr.
Lors d'un concours qui a eu lieu en 1834, sous les auspices de la Société industrielle d'Angers, cette charrue, que la commission a jugée digne par sa perfection de la réputation de M. de Dombasle, a été essayée comparativement avec une aulre charrue également modifiée d’après l’invention Grangé, celle de M. LAURENT ( f£. 248),
Fig. 248,