‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 146 sur 357 · CHAPITRE VIII. — DES.FAÇONS D'ENTRETIEN DES TERRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — DES.FAÇONS D'ENTRETIEN DES TERRES

Ces opérations portent en général le nom de menues cultures. On comprend sous cette dénomination les travaux qui ont pour but d'assurer, depuis la semaille ou la plantation jusqu’au moment de la récolte, le succès des diverses cultures. Cette partie de l’art agricole intéresse le cultivateur à un trop haut degré pour que nous négligions aucun des détails qui y ont rapport.

SecrTion 1°°.— Facons pour l'égouttement du sol.

Le premier objet qui mérite une sevère attention, c’est Je tracé et l’entretien des rares d'écoulement. Elles ont pour but de soustraire les récoltes à l'influence d’une humidité prolongée et aux désastres qu’occasione aux emblavures d'hiver, l’eau qui ravine les coteaux lorsqu'on n’a pas eu la précaution de lui ménager une issue. On est communément trop disposé à se déguiser à soi-même le tort que fait aux plantes le séjour de l’eau dans le sein de la terre. Des observations que l'expérience semble justifier portent à croire

que le seigle succombe à une inondation qui:

durerait 8 jours, l'orge d’hiver et l’avoine à une inondation de 12 jours, et résiste 38 Jours. Or, quelle différence y at-il

pour ces plantes entre une inondation pen- | plus large et plus profonde (F G) placée au

ue le froment :

dant laquelle chaque partie de l’eau est sans cesse remplacée par une autre, et la stagnation d’une eau qui croupit, fermerte avec les racines des plantes et finit par les décomposer? S'il y en avait une , elle serait à l’avantage de l’eau qui ne fait que passer plutôt qu'à celle qui séjourne. Il est donc d’une grande importance de procurer à l'humidité un écoulement toujours facile. Le moyen est simple et peu dispendieux. On prend une charrue ordinaire et on ouvre un sillon qui serpente du point le plus élevé de la pièce à la partie inférieure, en passant par les endroits où l’eau parait devoir rester stationnaire. On trace un nombre de raies suffisant pour procurer un assainissement complet.

Toutes ces rigoles particulières (A BCDE, fig. 322) viennent se rendre dans une autre

Fig. 322.

AT

cuaApP. 8°.

bas de la pièce et destinée à l'évacuation définitive de l’eau. Lorsque le sol présente une grande inclinaison, il serait peu prudent de diriger le sillon d'écoulement dans le sens de la plus forte pente. L'eau provenant des pluies ou des fontes subites de neige se précipiterait par torrens , entraînant avec elle la terre, les engrais et les plantes. Une direction oblique qui force l’eau à s’écouler lentement et sans dégâts, est beaucoup plus avantageuse. Le fossé qui reçoit les sillons secondaires sera barré par intervalles , afin que la terre et les engrais que l’eau tient en suspension, puissent s'y déposer. Ce limon, provenant des parties supérieures, est enlevé dans un moment de loisir et va féconder les pôrlions qui en ont été frustrées. Cette opération, bien connue dans les pays de vignobles, se nomme terrage. La direction des raies d'écoulement doit prendre insensiblement celle de la grande rigole inférieure. Saus cela l’eau, arrivant impélueusement des hauteurs et rencontrant directement l'eau du canal de dérivation, comme 727, forcerait celle-ci à sortir, et occasionerait souvent de grands dégâts.

Les barrages dont nous avons parlé (fig. 323)

Fig. 323.

seront formés de pieux enfoncés verticalement et assemblés par une traverse horizontale. Ils seront assez éloignés les uns des autres pour laisser passer l’eau, et assez rapprochés aussi pour lui opposer un faible obstacle. Il est même quelquefois utile, pour atteindre ce dernier but, de clayonner le barrage.

Pour tracer les raies d'écoulement, au lieu d'une charrue à un seul versoir qui trace une raie peu régulière et accumule la terre sur une seule épaule du sillon, on se sert du butoir à double versoir, dont le travail est plus satisfaisant. Mais, daus l’un comme dans l’autre cas, il y a toujours de chaque côté un amoncellement formé par la terre sortie de la raie, et qui empêche l’eau d'arriver dans la rigole. Il faut, pour obtenir des raies d'écoulement tout l'effet désiré, rabattre cet exhaussement à la pelle, ou mieux adapter au butoir le rabot de raies ( fig. 324 ).

Fig. 324.

FACONS POUR L'AMEUBLISSEMENT DU SOL

Ce n'est autre chose qu'un encadrement formé par deux morceaux de bois réunis par des traverses : il faut que les deux ailes ne soient pas parallèles. A chaque versoir est attachée une chaine fixée pareillement à chacun des deux bras, de telle sorte que lorsque l’instrument fonctionne, le rabot en suit la direction en repoussant et nivelant la terre qui a été amoncelée.

Il est souvent nécessaire encore de curer Les rigoles à la pelle afin que rien n’obstrue le passage de l’eau. Immédiatement après les pluies un peu abondantes et après les fortes averses, on visitera les rigoles avec soin; il peut se former des amas de terre qui forcent leau à prendre une autre direction : une pierre, une branche la détournent quelquefois de la marche qui lui a été tracée. La moindre négligence sur ce point peut occasioner de grands dégâts. Dans les grandes exploitations bien dirigées, où chaque employé est chargé d'une atlribution spéciale qu'il affectionne, un seul ouvrier fait le service des raies d'écoulement. Comme c’est son œuvre à lui, il y prend un intérêt plus particulier, et si quelque chose pèche sous ce rapport, il ne peut en éluder la responsabilité, ce qui arrive trop souvent quand il n’y a pas de spécialité dans les attributions. C’est ordinairement à l'irrigateur qu'est confié le tracé et l’entretien des sillons d'écoulement.

Un avantage important qui résulte des rigoles d'évacuation lorsqu'elles sont établies avec intelligence el entretenues avec soin, c'est que les plantes déchaussent rarement.

Personne n’ignore que ce dernier phénomène se manifeste principalement pendant l'hiver dans les sols humides et qui se gonflent par la congélation de l'eau. Si celle-ci ne s’y trouve que dans une faible proportion, le gonflement n'aura lieu qu'imparfaitement, et ses résultats n'auront pas de suites fàcheuses.

Si, malgré les précantions que nous venons d'indiquer, le déchaussement a lieu et met à nu les racines des plantes, on remédie au mal jusqu'à un certain point en semant sur la récolte un compost formé de terre et de fumier et en roulant énergiquement.

L’engrais pulvérulent forme comme une couche légère sur les racines dénudées, le rouleau les a enfoncées dans le sol et les a recouvertes avec la terre des aspérités provenant des mottes de la surface.

SECTION IL. — Facons pour l’ameublissement du sol.

ART. 1%. — Du hersage des récoltes.

$ IT. — Hersage des céréales.

Les cultivateurs sont assez généralement convaincus de l'efficacité du hersage comme moyen de préparation des terres et d’enfouissement pour les semences, mais ils ne reconnaissent pas tous les résullats avantageux qu'a celte opération pour l'entretien des céréales. Les plantes une fois confiées à la terre, le laboureur français ne s’en occupe plus que pour les récolter ou leur

donner un sarclage insuffisant.

Il ne faut pas se dissimuler que le succès

de cette facon dépend moins de l’habileté dans l’exécution que de la sagacité dans le choix du moment. Si la terre est humide, pàteuse, la herse bouleversera tout, et personne n'ignore que le terrain remué lorsqu'il est trop humide, n’en est que plus disposé par la suite à former croûte en se desséchant. Si l’on herse, au contraire, lorsque la sécheresse a déjà durci la surface, l’instrument ne pénétrera que difficilement et par saccades; la terre s’enlèvera par masse et déracinera les plantes. Le cultivateur placé dans cette circonstance ne devra pas renoncer au bénéfice du hersage. En faisant auparavant passer le rouleau ordinaire, où mieux le rouleau squelette de M. pE DOoMBASsLeE, la terre est brisée en petits fragmens, la herse pénètre sans peine et ameublit le sol qui n'est plus susceptible de s’enlever par plaques. Mais, pour obtenir un plein succès, il faut choisir e moment où la terre se réduit en poussière sous une faible pression et par le moindre choc, bien plutôt que par le déchirement de sa surface. Il faut pour cela un œil vigilant, un tact particulier. L’instant opportun est facile à saisir dans les terres argileuses, mais, dans les terres sablonneuses dites terres blanches, il n’en est pas de même; la couche supérieure est déja souvent trop desséchée lorsque la partie inférieure est encore trop huinide. Pour les sols de cette nature, il n’y a souvent qu'un seul jour favorable au hersage, et ceux qui en cultivent 2e tels devront être aux aguets pour en proiter.

Un des grands avantages du hersage des €

céréales, c'est la production des talles. Le tallement est une sorte de marcotage qui n’a lieu qu'autant que les plantes sont butées avec une terre nouvelle. Tous les moyens qui peuvent rechausser les végétaux procurent ce résultat, mais aucun n’est plus économique ni plus expéditif que le hersage.

$ IL.—Hersage des plantes sarciées.

Si quelques cultivateurs ont appréhendé que le hersage des céréales ne détruisit un trop grand nombre de plantes, à plus forte raison tremblera-t-on à la seule idée de voir une herse dans une pièce de betteraves, de colza, de navets, etc. Comme cet instrument marche un peu au hasard, on pourrait craindre qu’en somme le résultat ne fût pernicieux. Certainement, lorsque les plantes ont acquis une grande dimension, il serait difficile que la herse ne fonctionnât pas sans occasioner de très-grands dégâts. Il n'en est pas de même lorsqu'elles sont à leur première enfance. Il est prudent de se servir d’une herse dont les dents soient presque perpendiculaires au sol. Quand l'instrument a passé, le champ semble quelquefois ravagé : aussi les Belges disent proverbialement que « celui qui herse des navets ne doit pas regarder derrière lui. » Cette culture ne s’applique pas exclusivement aux plantes semées à la volée, elle agit d’une manière aussi efficace et aussi avantageuse sur celles qu’on a semées en ligues.

D'ENTRETIEN DES TERRES. LEvVAI.

$ IL. — Du hersage des prairics

Cette opération, si profitable aux prairies en général, et aux prairies artificielles en particulier, est encore inconnue de la plupart des cultivateurs français. Pourtant la proportion dans laquelle elle augmente le produit dans certains cas est à peine croyable. Elle a pour but, dans Les prés naturels, de rechausser le gazon, de l’ouvrir aux influences de l'air, et par conséquent de le renouveler. En Allemagne, on ne se contente pas du hersage, on scarifie (voy. pour les Scarificateurs, Ci-devant p. 203).Ce travail est utile surtout pour enlever la mousse et donner passage aux engrais qui pénètrent alors plus facilement dans la terre, et ne courent point le risque d’être entraînés par les eaux pluviales loin des lieux qu'ils devaient féconder. Le hersage produit sur les prairies artiftcielles un résultat absolument semblable, mais plus énergique; de plus, il détache du sol les pierres qui s’y trouvaient enchâssées, et qui se fussent opposées à l’action de la faux. On les amasse ainsi avec la plus grande facilité et une économie notable. En Angleterre, on se sert pour cela d’un instrument spécial invenié par M. Bazpwin (fig. 325); quoique

Fig. 325.

destiné à la culture de la luzerne semée en lignes, il pourrait fonctionner avec avantage dans toutes les prairies artificielles. On pourrait croire que le déchirement des pieds de sainfoin , de luzerne, etc., amènera la mort des individus lésés ; il n’en est rien, la nature cherche constamment à réparer ses pertes, la sève afflue avec abondance vers la partie offensée, et la végétation se ranime.

ART. 11.—Du binage.

Ce que nous avons dit de l'efficacité de la pulvérisation du sol par le hersage s’applique avec bien plus de raison encore aux résultats obtenus par le binage. Généralement on est disposé à tomber dans 2 graves erreurs relativement à cette façon. La première c’est de croire qu'il n’est indispensable que lorsque la terre est couverte de mauvaises herbes; la seconde, d'être persuadé que les résultats sont nuisibles aux récoltes, qu'on met le feu dans la terre, si on en ouvre le sein par un temps Sec. L'opinion de Tuez, de Cosserr et de quelques autres agronomes qui croient pouvoir attribuer toute la fertilité à l’aération du sol, milite contre la dernière de ces opinions, et la plus simple observation des phénomènes qui se passent sous nos

yeux tous les jours, nous convaincra de sa

fausseté.

On n'apprécie pas assez non plus l’effet de la

rosée; c’est elle seule qui empêche de se des-.

sécher les plantes cultivées sous les tropiques, où l’évaporation est si abondante. et où cependant la végétation se montre plus riche et plus luxuriante qu'ailleurs. La rosee est peu utile, il est vrai, sur une terre batlue, mais il n'en est pas de même si elle a été bien ameublie par des binages fréquens. Dans celle-ci, la moindre pluie, l'humidité des rosées elle-même , qui se dépose à la surface, descendent ensuite jusqu'aux racines , et se logent dans les interstices du terrain soulevé, comme dans les cellules d'une éponge. Dans celui qui n’a pas été aussi convenablement préparé, l’eau des pluies s'écoule sur la superficie comme sur un parquet, el n’est que d'une utilité secondaire pour la végétation.

Au reste, celui qui ne serait pas persuadé par les raisons que nous venons de donner, servirait mal ses intérêts, s’il ne tentait l’expérience au moins sur une petite superficie.

La seconde erreur que nous avons signalée, c’est de confondre le binage avec le sarclage, et de croire qu'il n’est réellement efficace que dans les cas où les mauvaises herbes tapissent le sol. De cette erreur en découle nécessairement une autre, c’est qu'afin d'éviter les frais d'un binage, on ne commence à biner que lorsque les plantes ont envahi la surface de la terre, étouffé les plantes qui les avoisinent, et vécu aux dépens de la substance destinée à la véritable récolte. Il s’en faut de beaucoup que cette économie, même dans le sens étroit que l’on donne ici à cette expression, se réalise toujours d’une manière certaine. En effet, si, en reculant l’époque des binages, on parvient à r’exécuter cette opération que 2? fois au lieu de 3, par exempie, je pose en fait que ces 2 binages coùteront plus que les 3 ou 4 qu’on eût donnés lorsque les mauvaises herbes commencent seulement à poindre, et que la superficie de la terre n’est pas encore endurcie. Dans cette dernière

ypothèse, les instrumens, soit à main, soit à cheval, ne rencontreront que de faibles obstacles, la terre s’ameublira sans difficulté, les herbes parasites n’opposeront aucune résistance et seront complètement détruites : tandis que, dans le premier cas, la terre, dure comme une pierre, se laisse à peine entamer, même après plusieurs coups répétés, la houe glisse sur les racines, et souvent j'ai vu des binages ainsi retardés demander préalablement l'extraction à la main des plantes inutiles, pour être exécutés d'une manière tant soit peu profitable. On perd dans cette circonstance l'avantage de pouvoir utiliser les bras des femmes et des jeunes gens, qui d'ordinaire ont assez de force pour soutenir un binage fréquemment renouvelé, mais qui ne peuvent résister à la fatigue du binage dans un terrain qui a été négligé. Ajoutez que la plupart des plantes parasites, lorsqu'on les croit seulement en fleurs , ont déja développé leurs graines que les secousses de l’opération détachent et répandent de nouveau sur la terre. Je ne dirai rien de la diminution dans la récolte, je suis convaincu par des faits multipliés qu’une

FACONS POUR L’AMEUBLISSÉMENT DU SOI

négligence de la nature de celle dont je viens de parler, fera perdre dans bien des cas 1/3 des produits qu’on eût obtenus en suivant une marche opposée.

$ I. — Du binage des céréales.

Les binages sont rarement appliqués aux céréales,soil parce que cetlteopération, entre-

rise sur une grande superficie, exige des

ras nombreux que l’on ne peut souvent se procurer, soit parce que la dépense est audessus des ressources dont peuvent disposer à cette époque la plupart des cultivateurs.

C’est là une difficulté avec laquelle il faut souvent iransiger. La dépense se monte d’ordinaire de 15 à 20fr. par hectare : 20 personnes , femmes et enfans, binent ceite superficie dans un jour, lorsque la semaille à élé faite à la volée. C'est pour diminuer les frais de ce binage, et pour d’autres avantages encore, qu'on a cherché dans ces derniers temps à exécuter en ligne la semaille de toutes les espèces de culmifères. Le semoir Hugues est celui qui jusqu'alors remplit le plus grand nombre des conditions désirées dans ces sortes d’instrumens. Son inventeur a de plus imaginé un saercloir monté sur deur petites roues (fig. 326), et qui abrége beau-

Fig. 326.

coup le travail. Lorsqu'on n’a pas semé par rangées, on se sert avec avantage de la ser- Jfouette ( fig. 327).La la- Fig. 327.

me tranchante extirpe

et coupe les mauvai-

ses herbes; le bident

passeentre les tiges,re-

mue la terre et donne

une culture utile aux

chaumes de la céréale.

L'homme qui a fréquenté les halles et les marchés à grain, sait qu’un binage a, sur la netlelé des produits, une influence qu:

auÿmente souvent la valeur du blé de 2 fr.

par hectolitre. En supposant un produit moyen de 18 hectol. à Een un binage de 15 fr. donnerait ainsi une augmentation de 36 fr. sur le produit brut, et de 21 fr. sur le produit net. J’ai suppose dans ce calcul que l'amélioration ne porte que sur la qualité, mais je suis persuadé aw'’elle agit aussi favorablement sur la quantité.

Encore une réflexion en faveur du binage : celui qui n’envisage que la recolte présente ne voit qu’un côté de la question.

Le sol est purgé des mauvaises herbes qui eussent infesté le sol pendant les années suivantes de la rotation. Le trèfle que l’on

Page 1