‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 15 sur 357 · REGIONS POLAIRES D» E S · texte numérisé non relu

REGIONS POLAIRES D» E S

avant d'atteindre la région des neiges perpétuelles; tandis qu’en s’éloignant de la zone torride ou des tropiques, dans la direction de l’un ou l’autre pôle, on rencontre, à des hauteurs de moins en moins grandes, le froid susceptible d'empêcher toute végétation.

$ 1°". — De la latitude.

Peu des plantes utiles à l'homme viennent partout indifféremment; et parmi celles qui appartiennent à l'agriculture, on n’en trouve guère qui soient dans ce cas, hors les graminées prairiales annuelles, qui donnent les pâturages et les foins , et les graminées céréales annuelles, telles que le blé, le seigle et l'orge. Mais, en même temps qu'on les retrouve en plus de lieux, leur courte durée et la nécessité de leur réensemencement artificiel empêchent deregarder comme tout-à-fait impossible l'hypothèse de leur disparition complète. D’un autre côté, l’avoine, les pois, les haricots, les navets, les pommesde-terre et les graminées vivaces composant le fonds des prairies ne peuvent croître dans des régions ou trop chaudes ou trop froides ; il faut au maïs, au millet, au riz une contrée chaude , à l’avoine une région tempérée. Les racines et fruits de ce qu’on appelle les climats chauds , tels que le manioc, l’ygname,

| le bananier, l'arbre à pain, etc., y sont ri-

goureusement limités; et il en est de même des grands arbres fournissant les bois de construction, tels que le chêne des pays tempérés, el l’acajou de la zone torride.

Les animaux sont soumis au climat aussi bien que les plantes ; et, parmi les animaux domestiques, il en est qu'on trouve partott, comme le bœuf, le cochon, tandis que d’autres sont confinés dans certaines contrées, comme le renne, le chameau, l’éléphant. Le cheval et l’âne suivent aussi l’homme à peu près soustoutes les latitudes. Le mouton peut vivre aussi dans l’Inde et au Groënland, mais il y perd sesqualités utiles : au Groënland, il a besoin d’être abrité pendant neuf mois de l'année ; dans l’Inde, la laine se transforme en poils, et la chair est trop maigre pour donner de bonne viande de boucherie.

La culture de chaque espèce de plantes, comme la conduite des animaux, sont donc matériellement subordonnées au climat; la quantité et la valeur des productions d’un pays en dépendent dans quelques cas. La méme espèce d'arbres qui, sous un climat tempéré, s'élève à une grande hauteur, ne produit qu'une tige petite et chétive dans une situalion exposée aux vents froids. Sous un climat favorable et chaud, les sols les plus stériles, qui dans une contrée moins favorable resteraient incultes, peuvent avec avantage être livrés à la culture. La nature des produits dépend même du climat; ainsi, sir J. SiNcLAIR nous apprend que dans plusieurs des parties les plus élevées de l’Angleterre et de l'Ecosse, on ne peut pas cultiver le froment avec avantage. Dans plusieurs des comtés seplentrionaux de l’Ecosse, on a trouvé nécessaire de semer, au lieu de l’orge à deux rangs, la petite orge quadrangulaire, quoique de qualité bien inférieure; lexpérience a fait voir que l'avoine, à cause de sa rusticité, était d'un produit plus certain et plus profitable que toute autre espèce de grains ; dans les districts humides on ne peut cultiver les pois avec avantage à cause des pluies. Chaque localité offre des phénomènes de ce genre, qu'il est indispensable au cultivateur d'étudier, pour ne pas être trompé par les résultats de ses cultures.

Celui qui n’a pasvoyagése fera difficilement une juste idée des grandes variations que le climat apporte dans la culture des espèces de plantes. En Italie et en Espagne,où prévalent és cultures inondées , et où la plupart des récoltes, en grains où en racines, demandent un copieux arrosage, 1l en est quelques-unes cependant qui viennent de la manière ordipaire, dans la saison des pluies, telles que les melons en Italie, et les ognons en Espagne.

— Mais en Arabie, en Perse et dans l'Inde, on ne peut entreprendre aucune culture sans eau, excepté sur les parties les plus élevées des montagnes. Dans ces contrées, le procédé fondamental de la culture est de préparer la surface du sol à recevoir l’eau, à l'y faire circuler dans des fossés ou rigoles, et à s’en procurer autant qu’il en faut, à l’aide de machines qui l’élèvent de la profondeur des puits ou du lit des rivières. Le manque d’eau nécessaire à l'irrigation des champs les prive de toute culture régulière, et s'oppose invinciblement à la production du blé. Mais la

nature, dans de teiles situations, produit spontanément des récoltes périodiques de plantes annuelles, succulentes ou bulbeuses; ei l’homme peut, jusqu'à un certain point, imiter la nature et tirer parti du climat en substituant, dans ces circonstances, des plan'es annuelles bulbeuses utiles à des plantes de même nature qui ne le sont pas. Cellesci, dans plus d’un cas, pourraient être avantageusement remplacées par les autres.

La culture, dans le nord de l'Europe, consiste au contraire, en grande partie, plutôt dans l’art de débarrasser les terres de leurs eaux superflues, que dans celui de leur en procurer artificiellement. Si l’on y a recours à l'irrigation, elle est limitée aux prairies, et c’est moins pour en accroître l'humidité, que our en stimuler la végétation par la dissoution plus prompte des engrais qu’on leur donne, et pour augmenter ou diminuer la chaleur de la terre. Cette opération doil être conduite avec beaucoup de soins pour ne pas devenir plus pernicieuse qu'utile. — Elle n’offre, au contraire, aucun danger dans les pays chauds, et elle y sert à modérer plutôt qu'à augmenter la température du sol. L’eau, dans le nord de l'Europe, est fournie à la terre par l’atmosphère en quantité souvent plus que suffisante aux besoins de la végétation.

Aussi le principal objet du cultivateur y estil de maintenir le sol dans un parfait état d’égouttement à l’aide de rigoles superficielles et de conduits souterrains; de le tenir bien ameubli pour que l'humidité s’évapore et que les racines s’y étendent à l’aise; de lui fournir des engrais chauds et abondans; de le tenir déharrassé des mauvaises herbes, et d'employer en un mot tous les moyens propres à faciliter l’accès de la lumière, de l'air, et de toutes les influences atmosphériques, aux plantes cultivées qui doivent en profiter.

Toutefois ces deux grandes divisions géographiques que l’on peut faire de l’agriculture, en agriculture du Midi et en celle du Nord, ne sont pas tellement rigoureuses qu’elles doivent être uniquement déterminées par des degrés de latitude. Elles sont, au contraire, lres-souvent modifiées par des circonstances physiques, telles que l’élévation du pays au-dessus du niveau de la mer, l'aspect qu'il présente par l'abondance de ses eaux, de ses forêts, de ses montagnes; son caractère topographique de continent, d’ile ou de péninsule; sa constitution géologique ; enfin la nature du sol cultivé.

$11.--- De l'élévation.

L'élévation, quand elle n’est pas considerable, ne nuit pas aux divers procédés de la culture , ni aux habitudes des animaux.

Mais la valeur d’une ferme diminue si, par sa position et celle des terres, il est difficile et dispendieux d’y exécuter les transports.

La situation locale mérite done, de la part du cultivateur, une sérieuse attention. Le maïs, le riz et le millet, qui donnent en Asie et en Afrique desi abondans produits, ne réussissent point dans le nord de l'Europe; différentes espèces de grains, de légumes, de racines prospèrent dans certains cantons de la France et non dans d’autres. Les graminées

crap. 1°°.

vivaces se plaisent mieux aux lieux où la température et la lumière sont modérées pendant toute l’année, comme dans le voisinage des côtes, où la douceur du temps est due à l'influence de la mer, et la continuité de la lumiere à l’absence ou à la courte durée de la neige. Dans le nord de l'Amérique et en Russie, où l'intensité du froid n’éprouve point de relâche durant tout l'hiver, et où le sol reste enseveli six ou sept mois sous une épaisse croûte de neige, toute la végétation herbacée périt. L

Le froment, le seigle, l'orge, l’avoine, se cultivent avec profit, quoique la chaleur moyenne annuelle descende au-dessous de 2° centigrades, pourvu que la chaleur de l’été se maintienne entre 11 et 12°. L’orge, suivant Wahlemberg, donne en Laponie une bonne récolte partout où les mois d’été atteignent une température de 8 à 9°; c’est pourquoi on trouve les céréales ainsi que les pommes-deterre jusque dans les plaines de Lynger , à 69° 1/2 Line. et, près de Munioniska, au 68° degré, mais à la hauteur de 116 toises. Dans la zone tempérée, par exemple à Edimbourg, le froment donne une abondante récolte, si, pendant7 mois, du 20 mars au 20 octobre, la température moyenneest de 13°; la chaleur moyenne de ce climai descend souvent à 10° 1/2; à 2° plus bas, l’orge, l’avoine et les autres céréales ne müriraient pas. Dans les Alpes maritimes et auprès d’Alais, M. De Candolle a trouvé le seigle cultivé à la hauteur de 1100 toises, et le froment à celle de 900. Les diverses espèces de froment supportent difficilement les chaleurs de la plage équinoxiale. Cependant, par l'effet de causes locales particulières, non suffisamment observées, le froment se cultive dars la plaine de Caracasena, près de Victoria, à la hauteur de 270 toises: et, ce qui est plus remar-

uable encore, dans la partie intérieure de l'ile de Cuba, lalitude 23°, près de Las Quattrovillas, dans une plaine peu élevée au-dessus de la mer. (Humboldt.)

Si, au contraire, l’élévation est considérable,elleexerce sur l’agriculture une influence rigoureuse; elle oblige surtout l’agriculteur d'isoler son habitation, et de demeurer constamment au milieu de son exploitation; c’est le cas de la Suisse et dela Norvége. En Suisse, les villages sont souvent situés à cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Les maisons sont construites en bois, avec un toit saillant, et couvertes en ardoises, tuiles ou bardeaux. L’extrême division des propriétés fait que chacun est obligé de cultiver la sienne, et cette obligation entraine celle de la résidence. Les pommes-de-terre et l'orge

euvent être cultivées en Savoie à 4,500 pieds ; e fromage, le lait, un peu de maïs pour le potage, complétent la nourriture des paysans. La moisson, qui se fait dans les plaines à Ja fin de juin, n’est müre dans les montagnes qu’à la fin de septembre. Dans les régions montagneuses de la Norvége, les habitations rurales ne sont point non plus réunies en corps de villages, mais elles sont éparses et bâties séparément sur le terrain que le propriétaire cultive. Elles sont faitesen planches, et couvertes d’écorces de bouleaux ou de

gazons (fig. 15).

Ca

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