‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 164 sur 357 · MOYENS ARTIFICIELS DE SE PROCURER DE L'EAU · texte numérisé non relu

MOYENS ARTIFICIELS DE SE PROCURER DE L'EAU

plusieurs exemples. Le plus grand de ces réservoirs est celui de Ternavasio, où l’on réunit les eaux nécessaires à l’arrosement de 57 hectares.

En Espagne, on donne le nom de pantanos à ces réservoirs Où grands bassins qu'on forme dans les vallées pour conserver les eaux pluviales et les faire servir aux irrigations des champs. Celui que nous représentons ( /g.364) serlaux irrisations de la Huerta

Fig. 364

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d’Alicante, et a été construit sous le règne de Philippe 11; on a profité de deux collines dont les masses de rochers sont situées au débouché d’une vallée profonde, sinueuse, qui retient les eaux dans une longueur d’une lieue et demie. Le point de séparation où se trouve la digue, est de 6 mètres à la base, et va en s’écartant Jusqu'à la partie supérieure de la digue, où elle a 78 mètres. Elle a une forme circulaire bombée du côté des eaux, afin de présenter une plus grande résistance à leur pression. À côté de l'ouverture destinée à l'écoulement des eaux qui servent à l'irrigation, en est une plus grande qui sert à vider le pantano, et le nettoyer de la vase qui s’y accumule, ce qui a Jieu environ tous les 15 ans. M. px LASTEYRIE, auquel nous devons le dessin et la description de ce bel ouvrage, ajoute que les Espagnols sont redevables de ce genre de construction aux Romains el aux Maures, qui l'avaient trouvé établi de toute antiquité dans les contrées de l'Asie. Les Indiens en pratiquent dont la digue a un quart de lieue, une demi-lieue et même une lieue de long, et qui fournissent l'eau nécessaire aux irrigations des terres cultivées par 50 ou 60 villages. Des terrains couverts de rizières et d’autres produits demeureraient incultes et déserts s'ils n'étaient vivifiés par ces eaux. Les Arabes ne sont pas moins industrieux :

ils réunissent les montagnes par des digues en pierres de taille, de 40 à 50 pieds d’élévation, et ils forment ainsi dans les vallées des réservoirs qui fécondent au loin les sols les plus arides.

C’est encore au moyen d’un réservoir de 104 ares de superficie et de 6 mètres de profondeur, que M. TALUYERS, que j'ai déjà cné précédemment, a réuni les eaux pluviales et celles de plusieurs petites sources qui se perdaient auparavant sans utilité, el a presque décuplé le revenu d’une propriété de

1200 fr. Combien de vallons (s’écrie M. pe GasPpaRIN) correspondant à une vaste surface de revers, où l’eau s’écoule en torrens après les piuies, sans fruits pour la culture et quelque fois à son grand dommage, qui,s'ilsétaient barrés, se changeraient en réservoirs précieux!

Lorsque les eaux sont réunies dans le réservoir, on établit des rigoles principales et des rigoles secondaires en quantité suffisante.

Toutefois, avant la mise à exécution, il faut que le propriétaire étudie long-lemps les faits, calcule les dépenses et le produit probable qu’il pourra retirer. Trop de précipitation pourrait lui faire commettre des erreurs graves.

Lorsqu'il s’agit du barrage d'une vallée, M. pe GaspaRin dilqu'il faut calculer lépaisseur du mur d’après la hauteur qu'on veut lui donner; savoir : deux pieds pour le preauier pied, en y ajoutant 6 pouces 6 lignes par pied de surhaussement, cette épaisseur exprimant l’épaisseur du sominet. On construit l’ouvrage en talus du côté de l’eau, et d’aplomb du côté opposé, pour que, si elle vient à déverser, elle ne tombe pas sur le talus du mur, qu’elle dégraderait.

La possibilité de former un vaste réservoir creusé dans le sol, dépend de la nature des terres dans lesquelles on veut l'établir ; M. Tazuyers recommande, pour s’en assurer, de former, une année à l’avance, une

chaussée d’épreuve, sur de petites dimensious, et de comparer pendant ce temps l’eau qui se rend dans le réservoir provisoire, avec celle qui y reste, augmentée de celle perdue par l’évaporation. Cette précaution est excellente et ne doit jamais être négligée.

La hauteur des digues doit surpasser d’un demi-mètre au moins la plus grande hauteur de l’eau, afin qu'elles ne soient pas dégradées par les flots.

La profondeur du bassin doit être la plus grande possible, relativement à sa superficie, afin que la perte causée par l’évaporation soit moindre.

La chaussée doit avoir à sa partie supérieure une longueur égale à son élévation, et sa base doit avoir trois fois sa hauteur.

C’est sur ces données que l’on établira ses calculs, lorsqu'on aura reconnu l’emplacement d’où l’on tirera au meilleur marché la terre la plus favorable à la solidité de la digue. Dans aucun cas il ne faut la plauter d'arbres qui ébranlent la chaussée dans le temps des grands vents et dont les racines, en sillonnant les terres, y forment des issues pour l'eau.

Les usages locaux apprendront à régler la quantité d’eau nécessaire; daos le inidi, on doit compter sur 10 arrosages complets ou 10,000 metres cubes d'eau par hectare, tandis que M. Tazuvers, dans Le Lyonnais, n’en compte que 360 mètres.

AGRICULTURE : DES ARROSEMENS ET IRRIGATIONS

$ IL. — Des arrosages par les machines hydrauliques.

Lorsque les localites sont dépourvues de cours d’eau, el qu'elles s'opposent à l'établissement des réservoirs artificiels, pour y réunir les eaux pluviales à une hauteur supérieure aux terrains que l’on veut arroser, etque l’on possède une masse d’eau inférieure, on peut encore avoir recours aux machines pour l’élever à une hauteur suffisante.

Sans rappelericiles calculs de M.CarisrraAn, consignés dans sa Mécanique industrielle, il suffit de dire que, la force de l’homme et méme celle du cheval (1) sont, en général, bien coûteuses, pour être employées comuie moteurs à l'irrigation des prairies ; il faut des cullures plus productives, telles que celles du jardivaze, pour compenser de pareilles dépenses.

Les courans d’eau, parmi les moteurs inanimés, sont les plus constans et les moins coûteux; aussi s’en sert-on avantageusement quand on en possède, pour meltre en mouvement des roues à godets qui peuvent élever l’eau à la hauteur de leur diamètre ; on en voit beaucoup sur les bords de PAdige, et, en France, un grand nombre de prairies des environs de Lille ( département de Vaucluse) sont arrosées par ce moyen; mais les siltualions où il est permis de s’en servir sont rares, et alors il reste le vent et la vapeur d'eau.

Le vent a le défaut d’être irrégulier, de manquer souvent au moment où l’eau serait le plus nécessaire; par conséquent, quand où en fait usage, on ne peut guère se dispenser de construire un réservoir qui contienne au moins l’eau d’un arrosage complet et même de deux dans beaucoup de pays. Je ne puis trop recommander, avant l’entreprise de ces travaux, de calculer les frais d'établissement de la machine, et ceux du ou des réservoirs, et de bien s'assurer si ces frais sont proportionnés à l'amélioration espérée ; après cela, quand on aura des vents constans et des terres propres à relenir l’eau pour former les réservoirs, on pourra employer ce moteur avec avantage pour l'irrigation des Lerres.

Quand on est privé de la force du vent, ou peut avorr recours à la vapeur, lorsque le prix de la houille ou de tout autre combustible permet de s’en servir avec une certaine économie, et que l’on peut se procurer des mécaniciens pour les réparations les plus urgentes. Mais, pour user de ce moyen, il faut opérer en grand. |

Certaines contrees peuvent encore se livrer utilement à la pratique des irrigations en faisant forer des puits artésiens ; nous avons parlé de ce moyen au chap. des Desséchemens.

De PerTauis indique comme machine trèséconomique pour arroser 5 à 6 hectares de

(1) Pour donner un exemple, je citerai, d’après M. DE GASPARIN, une des machines les plus perfectionnées, celle de M. MÉNESTREL D’ARLES, qui ne produit que 378 mètres cubes d’eau par cheval et par jour, le reste de la force étant perdu dans les frottemens ; il faut donc plus de deux journées et demie par hectare, et, à supposer le prix de la journée de 2 fr., l’arrosage d’un hectare coûterait 5 fr. et 50 fr. pour les dix arrosages reconnus nécessaires dans le midi, sans y comprendre encore les frais

d'établissement et d’entretien de la machine,

caap. 9°.

pres, lorsqu'il ne faut élever l’eau d’une rivière que de 1 mètre à 1 mètre 33 au-dessus du niveau de la naissance de la prairie, une simple vis d'Archiméde de dimensions convenables (voy. f£g. 112, page 116). Ces eaux, arrivées dans le réservoir placé à la partie supérieure de la vis, s’écouleront dans des chéneaux en bois supportés par des chevalets aussi en bois, et seront ainsi conduites dans le canal de dérivation.

Les machines qu'on peut employer à élever l'eau, et par conséquent à Scie les irriga tions, sont multipliées à l'infini. Le rzoulin hollandais ( fig. 109, page 145) servira à cet usage lorsqu'on n’a pas une grande élévation à surmonter ; toutes les pompes, qui offrent presque autant de variétés que de pays, et dont plusieurs ont reçu dernièrement des modificalions importantes, peuvent encore recevoir la destination de tirer l'eau d’un puits pour la répandre sur le sol : nous rappellerons la pompe à chapelets {fig. 110, p. 146) et le noria à godets (fig. 111, p.146), qu'on peut faire fonctionner dans un puits tres-profond. Parmi les pompes les plus récentes et les plus perfeclionnées, nous citerons la pompe américaine de M. FARCOT, rue Sainte-Geneviève, n° 22, à Paris; celles rotatives et portatives de MM. DIETz el STOLTZ, rue Coquenard, n° 22 ; a pompe sphérique et continue de M. TuuiLLier, rue Monceau, n° 12, appareils qu’on à pu remarquer au milieu de beaucoup d’autres à l'Exposition de l'industrie en 1834. Le Mémorial encyclopédique (juin 1834) a décrit une machine de M. Edward Lucas, de Birmingham, propre à élever l'eau, et qui a pour objet de tirer parti du plus petit courant d’eau, pourvu qu'il soit continu.

Nous croyons devoir encore citer la pompe de M. ARNOLET, ingénieur à Dijon, et la roue hydraulique oblique de M. Léo- RIER de Tonnerre ( Yonne ), qui sont décriles et figurées avec beaucoup de détails dans le tome II des Memoires de la Societé centrale d'agric. pour 1822, ces ingénieurs ayant reçu une honorable distinction de la Société royale et centrale d’agriculture pour avoir appliqué ces machines aux irrigaons.

M. La PERELLE a présenté, il y a peu de temps, à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, une machine à épuisement (/ig.365), à manége pour un cheval tournant toujours dans le meme sens, et établie à Ath en Belgique, où elle remplace trois grandes vis d'Archimède. M. le vt* HéricarT DE Tuury, chargé de faire le rapport, en a fait l'éloge, comme pouvant être appliquée aux irrigations, l'effet ordinaire et régulier de cette machine est de 2,800 mètres cubes d'eau élevés d’une hauteur de 3 mètres 14.

Le prix de la machine de M. La Perelle est de 1,000 fr., et il fallait pour remplir le même objet à Ath trois vis A rl mègé du prix de 800 fr. Le prix du mouvement de ces vis est de 30 à 35 fr. par jour et même plus, suivant sa force. Celui de la machine à cuveaux de M. La Perelle ne revient qu’à 12 ou 15 fr.

et permet l'emploi de chevaux d’une médiocre valeur et qu’il est très-facile de dresser à ce service,

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