‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 168 sur 357 · DE QUELQUES PRATIQUES SPÉCIALES I'IRRIGATION · texte numérisé non relu

DE QUELQUES PRATIQUES SPÉCIALES I'IRRIGATION

DEA PTE

Fig. 369.

maux et pour laver le linge. On la conduit de là, par des rigoles creusées dans la terre, partout où elle est nécessaire.

Les fontaines plus particuliérement desti nées à l'arrosement coulent dans un réservoir plus eu moins grand, qui, lorsqu'il est plein, déverse par des canaux dans d’autres réservoirs inférieurs, à une certaine distance les uns des autres. Nous les appelons tampo OU 20ur20 Dperquee, lorsqu'on y tient du poisson; boutade, s'ils sont destinés à faire aller un moulin.

Ces réservotrs sont ordinairement adossés à la montagne et sont alors formés d’un côté par le rocher même d'où sort la source, et des autres côtés par des murs en maçonnerie ou en pierres sèches, c’est-à-dire sans chaux, ou en terre battue; Je dirai plus bas comment on opère pour la rendre imperméable à l’eau.

Les réservoirs ou bassins en maconnerie sont les plus chers à cause du prix de Ja chaux dans nos montagnes schisteuses ou granitiques. Pour l’économiser, on bâtit quelquefois un mur trop mince pour soutenir la poussée de l’eau, à un demi-mètre de distance on en fail un second en pierres sèches, et l’on rempiit l'intervalle en terre battue (fig. 370}. Au lieu de faire un glacis

Fig. 370.

n larges pierres dont les joints seulement sont garnis de mortier ou d'argile. Ces réservoirs ont le défaut d’être attaqués par la gelée qui soulève les enduits de chaux. Un ciment résisterait mieux; mais pourquoi ferait-on plus de dépenses pour entretenir plein un bassin qu'on vide matin et scir, et lorsque l'eau est abondante?

(1) Le pont du Gard, qui est une merveille, n’est qu’une faible partie d’un aquéduc d'environ 7lieucs,

dont on suit les traces entre Nimes et Usez, tantôt souterrain, tantôt taillé dans le roc

, Soutenu par

des arches plus ou moins élevées ét traversant le Gardon.

Les réservoirs de pierres sèches et de terre sont formés d’un nur d’enceinte de gros

uartiers de roches, autant que possible, ‘un mètre ou d'un mètre et quart de largeur et de hauteur (fg. 371). En dedans on forme

Fig. 371.

fÈ :

un talus de terre battue qui doit avoir environ 3 décimètres de plus de base que de hauteur. Quelquelois, en dehors on fail aussi un autre talus sans le battre.

forme alors un glacis gazonné ou la continuation de la pente de la prairie. C’est presque un rempart pour la plupart de ceux qui liront ma descriplion, mais sa masse n'a rien de choquant dans nos montagnes; elle yest en harmonie avec le paysage, comme les pièces d'eau régulières et revêtues de marbre le sont au milieu d’un parterre élégant.

Lorsque la localité permet que le réservoir soit enfoncé dans la terre au niveau du sol, le mur devient inutile. Après avoir creusé le bassin de manière que ses parois soient perpendiculaires et qu’il ait plus de diamètre et de profondeur qu'on ne veut lui en donner, on forme dans l’intérieur un talus de terre battue, dont la base est à peu près égale à la hauteur, comme dans la précédente construction.

Pour faire cette sorte de pisé, on se sert d'un instrument représenté (Æg. 372), qu'on appelle une masse. C’est un morceau de planche carré, de 4 décimètres de long sur 2,5 ou 3 de large et 7 centimètres d’epaisseur, au milieu duquel est un manche flexible de 8 décimètres de long, un peu courbé. Il faut deux ouvriers pour ce travail, un homme vigoureux habitué à masser, et un Jeune hom- == me pour le servir. Le premier entre dans le creux, et commence à battre fortement le fond ; il marche en tournant à reculons, soulève la masse à deux mains et frappe devant lui, en la dirigeant un coup de la main droite et un coup de la gauche, Pendant ce temps, l'aide remue le tas de terre tirée du creux pour l’ameublir, l'humecte, si elle est trop sèche, et en ôte les ierres. Lorsque la première battue est faite, à Jeune homme avec une pelle jette uo lit de terre dans le bassin, l'autre l’égalise sur toute la surface, de quatre doigts d'épaisseur, et il la bat pour la réduire de moitié et même plus. On fait une troisième battue de la même manière; ensuite on mesure la base du talus, et l’on ne jette de la terre que sur ce cercle qui va loujours en dimiauant

Fig. 372.

AGRICULTURE : DES ARROSEMENS ET IRRIGATIONS

Le tout’

à chaque couche. A mesure que le talus s’élève, on bêche les bords du réservoir, afin que les dernières assises de terre battue aient une certaine largeur. On finit par appliquer quelques bons coups de masse dans l’intérieur sur les parois et sur le fond, et l’on recouvre les bords en mottes gazonnées, en formant une rigole pour laisser couler le tropplein.

Pour arroser, ou faire vider les différens bassins dont j'ai parlé, on place au fond un arbre AB (voy. fg. 370 ci-dessus) percé d’abord de parten part, fermédu côté intérieur par un tampon, avec un trou évasé au dessus C, qu’on bouche au moyen d’un bâton CD. On sent la nécessité de cette disposition, l'épaisseur des parois ne permettant pasd'ouvriret de fermer ces sortes de bondes par dehors. Si ie Cévenpois n’a pas de tarière pour percer un tronc d'arbre de longueur suffisante, il y supplée en le fendant, et en creusant dans les deux moitiés des gouttières qui se correspondent:

il les lie avec des osiers et les dispose de la façon que j'ai indiquée.

Nous avons dans les Cévennes deux manières d’arroser les jardins potagers, dont l’agriculture peut aussi profiter : l'irrigation à raies, la meilleure sans contredit et la plus pratiquée; elle est trop généralement connue pour la décrire ici.

Lorsqu'on ne sait pas, ou qu’on ne veut pas

disposer les planches du potager pour les arroser en raies ; lorsque les légumes sont plantés sans ordre, et il en est qu'on ne peut as mettre autrement, tels que les courges, es concombres, ceux qu’on ne transplante pas, comme les carottes, les épinards, etc. , alors on creuse, de 10 en 10 pas et à chaque étage du jardin, s’il est en terrasse, de petits réservoirs dans la terre, d’un mètre de diamètre et d’un demi-mètre de profondeur; on les fait tous communiquer par une rigole avec le réservoir principal, et avec une espèce de cuillère de bois où écope, on jette en l'air l’eau qui les emplit, comme les bateliers vident celle qui entre dans leurs barques; l’eau tombe en grosse pluie sur jes plantes d’alentour. Nous représentons de face et de profil (#2. 373) l'instrument qu'on appelle asaigadouire (du mot azaiga, arroser).

La fig. 374 est une azaigadouire en fer-blanc, plus chère, mais plus durable; et la 9. 375 en représente une très en usage, qui ne coûte rien au paysan, faite avec une gourde, espèce de coloquiute.

Fig. 373. 374.

Les #g. 376 et 377 représentent differentes

cap. 9°.

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