‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 167 sur 357 · LIV. 1°, © ART. 1°", — De l’arrosement dans les Cévennes · texte numérisé non relu

LIV. 1°, © ART. 1°", — De l’arrosement dans les Cévennes

Les sources sont fort communes et fort abondantes dans les montagnes des Cévenpes. Chaque hameau, chaque maison isolée a ses fontaines pour l'usage de ses habitans, et nulle part on n’en sent mieux le prix, comme je me propose de le faire voir.

Arthur Youn& a vanté les efforts prodigieux que l'on a faits dans les montagnes du Languedoc pour lParrosement ; 11 dit que les travaux exécutés à Ganges et à St-Laurent sont ce qu'il a vu de mieux en ce genre dans ses voyages, et il les propose comme modèles à ses compatriotes (1). S'il était venu dans nos hautes Cévennes, il aurait certainement admiré l’industrie de ses habitans; il aurait vu qu'ils arrosent tout ce qui est arrosable, et que s'ils laissent perdre un filet d’eau, c’est faute de terres pour Putiliser.

Je pourrais citer des écluses faites à travers des rivières, des canaux creusés à grands frais dans les environs des villes, pour'faire aller des moulins ou d’autres usines, dont l’eau, lorsqu'ils sont pleins, s'écoule par des saignées où des rigoles, et pénètre les terres

ui les bordent. Ainsi, à 1 lieue d’Alais, une

igue traverse le Gardon, arrète et dirige ses eaux dans un canal de 3 à 4 mètres de largeur et d’un à 2 de profondeur, sur lequel sont établis 3% moulins à blé, des moulins à huile, des fabriques de soie et autres usines:

le trop-plein arrose des prairies qui bordent

ce canal jusqu'à la ville. Auprès de Ners, est une autre digue et un autre canal qui font également marcher plusieurs moulins et arrosent toute la plaine de Boucoiran, elc.

Quelques personnes assez forlunées font construire des conduites pour l'usage de leurs maisons, et pour arroser leurs jardins; mais ces travaux ressemblent à ceux qu’on rencontre dans d’autres pays et dont les voyageurs ont parlé. f \

Les moyens d’arrosement que Je vais décrire sont moins connus, et Lout autre qu'un agriculteur ne trouverait pas peut-être qu'ils méritassent de l'être; mais ceux à qui Je m'adresse en sentiront l’importance.

La plus grande simplicité, la plus stricte économie, voilà ce qui convient aux pauvres Cévennois! Je veux prouver qu'avec peu d'art, et sans constructions coûleuses, ils tirent tout le parti possible de leur posi- Uon, qu'ils entendent parfaitement, et pratiquent avec succès l’arrosement de leurs terres, qu'ils conduisent partout où elle peut être utile l’eau de leurs fontaines, et qu'ils savent lutter contre les torrens dévastateürs, et retenir, du moins en parle, les Lerres que les pluies entrainent. u

Les voyageurs qui traverseraient les Cévennes dans les inois les plus chauds de l'année, seraient bien agréablement surpris de trouver, au milieu des châtaigniers, entre des rochers arides, des vailons bien cultivées, piantes de müriers, de cerisiers, de pomumicrs chargés de fruits; des Jardins remplis de légumes; des prairies verdoyantes sur des pentes si inclinées qu’elles semblent suspen-

(1) Joy. en France de 1787 a 1790, t, 1, p. 126; t. II, chap. 6:

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car. 9°.

dues, et, de tous côtés, des eaux fraiches et limpides qui serpentent partout. Il y a des prairies qui font avec la ligne d’aplomb un angle de 12 à 15 degrés ; on est obligé d’attacher avec une corde l'homme qui les fauche. C'est précisément ce qui fait le charme de notre pays, qui n’est beau malheureusement que par le contraste quil présente, lorsque dans les plaines voisines les sources tarissent, el que les champs sont brûlés par les feux du soleil; dans les autres saisons de l'année, convenons-en, il faut être né dans nos montagnes pour y habiter et s’y plaire.

J'ai dit que dans les Cévennes chacun avait de l’eau dans son voisinage; sans doute le premier établissement d'un village, d’une maison de campagne, fut fait près d’une fontaine existante ; mais les paysans connatssent trés-bien s'ils ont des sources dans leur propriété. D'après l'aspect des lieux, la nature du sol, son humidité et les vapeurs qui s’en élèvent, les plantes qui y croissent, et quelquefois sur des indices moins sensibles, ils se mettent à fouiller, et c'est toujours en été qu'ils font ces travaux, bien assurés qu'ils ne seront pas trompés par les apparences.

Lorsqu'un filet d'eau suinte sur le penchant d'une montagne et sort par les fentes d’un rocher, ils savent très-bien le chercher et le faire sortir plus haut: et s'ils peuvent l’amener sur une terre susceptible de culture, ils en font un jardin ou un pré, selon qu'elle est plus ou moins éloignée de leur demeure.

Il arrive quelquefois qu’on va chercher leau fort loin. Lorsqu'il y a une bonne source au milieu des rochers, le Cévennois la conduit par de longs détours pour ménager la pente; il creuse la terre, casse les rochers qui se trouvent sur son passage; 1l la maintient, s’il le faut, au-dessus du sol au moyen d'un pelit mur recouvert de tuiles.

J'ai vu que pour abréger le chemin, ou pour traverser un lorrent, on faisait couler l’eau dans une gouttière faile d’un tronc d'arbre.

Me pardonnera-t-on ce rapprochement ? Je trouve ici une image, bien minime, à la vérilé, d'un travail immense exécuté par les Romains dans ce département (1).

OLIVIER DE SERRES indique la manière de rechercher les fontaines, de faire ces tranchées souterraines que nous appelons valaratié, qui, s’écartant dans tous les sens, réunissent les eaux dans une tranchée principale, « comme les racines des arbres sont » escartées dans terre en divers endroits et » de toutes ensemble s’en forme le tronc. »

Il décrit les bâtimens qui reçoivent les eaux, les serves, les tuyaux de conduite, exactement comme s’il écrivait aujourd'hui ce qui se pratique dans les Cévennes.

Les fontaines des Cévennes près des habitations sont couvertes de treilles, ombragées d'arbres et enfermées dans une maisonnetle ou une niche, afin que les animaux n’aillent pas y boire ou s’y tremper. L'eau qui en coule est reçue dans une auge le plus souvent creusée dans un tronc d'arbre (fig. 369), ou dans un réservoir pour l'usage des aai-

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