‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 174 sur 357 · THÉORIE DES · texte numérisé non relu

THÉORIE DES

mieux apprécier les uns et les autres, il faut ranger ces sortes de semis en deux classes :

— ceux dont les produits, suivant à peu près les mêmes phases dans leur végetation, peuvent être récollés en même temps; — et ceux dont quelques-uns des produits doivent prendre leur plus grand accroissement après la récolte des autres.

Pour les mélanges de la première sorte, la très-grande difficulté sera toujours, lorsqu'on visera à la récolte des graines, de trouver des plantes différentes qui puissent mürir exactement à la même époque; sous ce point de vue, ceux dont je viens de parler relativement à nos principales céréales, ne sont pas sans inconvénient. À la vérité, il n’est pas impossible de citer quelques végétaux auxquels le même reproche ne puisse s'appliquer, et je dois rappeler à cet égard, comme preuve suffisante, le succès plus qu'ordinaire de la caméline semée avec la moutarde blanche; mais une pareille coïncidence est bien rare. Lorsqu'on cultive ensemble divers fourrages verts, la même difficulté n'existe plus, et alors je suis tout disposé à admettre que de semblabies mélanges soient fort bons : tels sont les ensemencemens simultanés de fèves, de pois, de lentillons ou de vesces; — de seigle ou d’avoine; — d'orge et de mélilot; — de trèfle blanc et de graminées, etc.

Quant aux récoltes successives produit d’un même semis, il est également hors de doute

u’elles peuvent être suivies,en bien des cas, ds plus heureux résultats. Dans la Flandre, il est assez ordinaire de semer des carottes dans le lin; — ailleurs, c’est avec l’œilleite ; — aux environs de Coutances on sème souvent le colza et la caméline dans un blé; — près de Clermont (Oise), on voit également semer avec l’avoine, la navette qui, sans nuire sensiblement à la récolte de cette céréale, n’en donne pas moins elle-même de trèsbons produits. — J'aurai occasion plus loin de faire connaître un assolement de la vallée de Niévolle, en Toscane, dans lequel entre, comme fourrage, un mélange de lupin, de lin, de raves et de trèfle incarnat, et dont chaque espèce de plantese trouve consommée successivement, depuis l'automne jusqu’au mois de mai, époque de l’ensemencement du maïs. — Aux environs de Neufchâteau, d’après YvarT, un cultivateur sema simultanément à la-fin d'avril du lin, des carottes, des navets, du colza et de la chicorée. Le lin, soutenu par le colza, fut récolté le premier,

crabe. 10°.

à la fin de juillet; — le colza fut coupé quinze jours plus tard; — les navets furent arrachés en septembre; — les carottes en

octobre; — et la chicorée fournit un bon pâturage le printemps suivant.

On peut arriver à des résultats analogues en répandant au printemps une seconde semence sur une culture déjà avancée. C’est ainsi que presque partout on sème le trèfle, souvent la luzerne, et quelquefois le saiufoin avec les céréales, et.peu de temps après la moisson, pour peu que la saison soit favorable,ou peut, sinon obtenir une première coupe, au moins faire päturer sur place la jeune prairie qui sera en plein rapport l'année ou les années suivantes. Ces mêmes plan-

ASSOLEMENS.

tes fourragères peuvent aussi avec les lins, le sarrazin, ete.

Dans la campine on répand au printemps sur le seigle un melange de trèfle, de navets et de carottes, destiné à servir de nourriture d’hiver aux bestiaux. — Près de Lure, dans la Haute-Saône, lorsque le seigle ou l'orge commence à couvrir le terrain, on jette à sa surface des graines de carottes et de navets. Dès que la récolte est achevée, des femmes arrachent le chaume resté sur place, et comme ce travail donne au sol uue sorte de labour, les racines se développent de manière à donner avant les gelées une seconde récolte pour les besoins du ménage, la vente ou la nourriture du bétail.

« Nous trouvons, dit Yvarr, une pratique qui a le précieux avantage d'économiser les labours, établie dans les plaines de Léry et à Oissel, près de Rouen, pour la culture de la gaude et des haricots : — au mois de juillet, lorsque ces derniers sont en fleur, on leur donne le second binage, et après les avoir rechaussés, on profite d’un temps humide pour semer la gaude dans les intervalles qui les séparent; on traine eusuite entre les rangées de haricots un petit faisceau d’épines qui supplée à la herse. Pendant que la gaude lève, les haricots mürissent, et, lorsque les tiges en sont arrachées, la terre recoit un houage facile très-profitable à la plante qui les remplace si avantageusement.

» Nous avons vu egalement semer avec succès, ajoute le même agronoine, des navets dans les chenevières, lors de l'enlèvement du chanvre mâle, et ces plantes éprouvant une opéralion utile à leur développement lors de l’arrachage des tiges femelles, fournissent, la même année, sans frais de culture, une secoude récolle passable, qui aurait pu devenir une troisième, si le chanvre, qui se sème ordinairement assez tard, avait été précédé d’une production fourrageuse au printemps, comme cela a lieu aussi quelquefois sur des lerrains fertiles et bien engraissés. — Le maïs et quelques autres plantes permeltent également quelquefois cette double récolte dans leurs intervalles: — enfin, la plupart des plantes, même les graminées cultivées en rayons, peuvent admettre de la méme manière un ensemencement destiné à une double recolte, à l’époque où on leur donne le dernier houage. » (Dictionnaire d'agriculture théorique et pratique. )

Les cultures de cette sorte sont le plus souvent trés-avantageuses, parce que, sans une grande augmentation de frais de main d'œuvres, elles ajouteut à la somme des produits. Néanmoins il ne faut pas se dissimuler qu'elles ne sont pas toutes sans inconvéniens. Il en est qui épuisent excessivement le sol ; d’autres qui nuisent d’autaut plus à la récolte principale que leur développement est plus vigoureux. J'ai vu des lins dont la croissance étail sensiblement entravée, arrêtée même sur plusieurs points par la végétation du .

trèfle. — La principale condition de succès est donc que la plante choisie comme récolte secondaire soit d’une végétation raoins rapide que l’autre; mais il importe aussi que cette dernière ne couvre pas tellement le sol qu’elle en éloigne l'air ambiant et la lumière,

être semées

272 AGRICULTURE : DES ASSOLEMENS.

— Sous ce double point de vue, l’un des meil- |

leurs exemples qu'on puisse offrir est sans doute la culture simultanée du blé et du trèfle.

La manière dont les végétaux s’ombragent réciproquement peut, comme on voit, influer puissarnment sur la possibilité ou la nonpossibilité de les réunir. Dans les contrées méridionales l'ombrage des arbres est souvent nécessaire à la belle végétation des plantes herbacées. Sur le territoire de Tacape (non loin de Tripoli en Afrique), on apercoil d’abord, dit Pine, le palmier, le plus élevé des arbres de cette contrée ; l’olivier vient ensuite; le figuier se trouve plus bas, et après lui le grenadier que suit la vigne. Au pied de cette vigne, on cultive successivement, dans la même année, le froment, les légumes et les plantes potagères, et toutes ces productions se prêtent réciproquement un ombrage salutaire. — En Toscane on voit souvent des oliviers ombrager des citronniers sous lesquels mürissent les céréales, el croissent les prairies légümineuses. En France une pareille culture serait impossible; mais nous avons cependant des assolemens dans lesquels figurent à la fois plusieurs espèces de végétaux ligneux différens, ou de végétaux ligneux et de plantes herbacées. Tantôt ce sont des pêchers, des amandiers, des cerisiers qui unissent leurs produits à ceux de la vigne; d’autres fois des müriers et des oliviers. — Tantôt ce sont des pommiers, des noyers, des châtaigniers qui marquent les limites des champs et souvent les traversent; —des frènes, des ormeaux, des saules taillés en tétards qui croissent en lignes régulières dans les prairies, etc., etc.; mais de semblables mélanges offrent aussi parfois leurs dangers. A mesure que la vigne se rapproche du nord, elle a besoin de recevoir tous les rayons du soleil; — les céréales s’étiolent lorsqu'elles en sont privées, et il n'est pas jusqu’au foin qui ne perde de sa consistance et de sa qualité nutritive en croissant à l’ombre.

Dans beaucoup de lieux les vignes sont espacées de manière a permettre entre leurs rangs des cultures intercalatres. Aux environs de Bordeaux on les laboure à la charrue, et on cultive jusqu’à une faible distance des ceps presque toutes les plantes de grande culture; — aux environs de Paris ce sont particulièrement des légumes dont les abords de cette grande ville assurent le débit. — Près de Marseille, les interlignes connus sous le nom de ourllères, qui se trouvent entre chaque rang, sont soumis à un véritable assolement. Lors de la plantation des crossettes, on commence par des semis de melons, de betteraves, de tomates, de haricots et de pominesde-terre, qui réussissent particulièrement bien sur la défriche ; la seconde et le plus souvent la troisième année on a encore recours à des plantes sarelées. La quatrième on sème du blé en raies qui revient ensuite aussi souvenL que le permet l’état du sol. Il me serait facile de trouver ailleurs bon nombre d'exemples analogues.

La longueur et la direction des racines permettent certains rapprochemens dans Îles assolemens simultanés et en proscrivent cer-

tains autres. Il est de toute évidence, en effet» que deux espèces, l’une à racines traçantes, l’autre à racines pivotantes, vivront mieux sur le même sol, parce qu'elles trouveront leur nourriture à des profondeurs différentes, que deux autres espèces dont les racines suivraient une même direction. Cette considération est surtout importante dans les pays du centre, où l’on combine la culture des grands et des petits végétaux ligneux, car les arbres nuisent moins encore par leur ombrage que par les nombreux sucçoirs qu'ils envoient selon les espèces à une faible profondeur dans la couche labourable, et qui s'emparent à la fois des engrais, de l’eau et de l’air qui devraient profiter aux cultures voisines. — [Il n’est probablement aucun agriculteur qui n’ait vu quelques parties de ses champs ainsi stérilisées par le voisinage d’un seul arbre à racines traçantes.

Enfin, pour Lerminer par une dernière remarque ce que j'avais à dire, dans ce trop court paragraphe, des récoltes mélangées, 11 faut, autant que possible, que quelques-uns des végétaux qui les composent prètent aux autres un appui par suite de la direction et de la consistance de leurs tiges. Dans celles de nos colonies où l’on a tenté la culture de la vanille, on a toujours attaché une grande importance au choix des arbres qu'on lui destinait pour support. Il en a de tout temps élé de même au sud de l’Europe, relativement à la vigne. — Dans nos champs on se trouve bien de réunir à la vesce, aux len- Uillons, aux pois, les chaumes élancés de l'avoine, de l'orge, ou les tiges plus coriaces du mélilot; — de semer les haricots dans le voisinage des plantations de maïs, et, sur nos prés, de mélanger le trèfle rampant aux graminées.

Quant aux secondes récoltes obtenues dans le cours d'une même année à l’aide de semis faits après une première récolte, elles sont moins fréquentes. Tantôt elles ont pour but d'augmenter directement la somme totale des produits de l’assolement; — tantôt d'ajouter à la fécondité du sol dans lequel on les enfouit vers l’époque de la floraison. Ce sont alors de demi-fumures dont on n'appréecie pas toujours assez l'importance.

Parmi les fourrages, les navets, es choux, le maïs, le sarrasin, eiC.,elc., peuvent, élant semés où plantés immédiatement sur les chaumes, donner de bons produits d’automne ou d'hiver. — Diverses plantes propres aux arls Semées également sur le chaume, à l’aide d’un seul labour à la charrue, ou, dans quelques cas, à l’extirpateur, fournissent au printemps de l'année suivante une première récolte assez hâtive pour être avantageusement suivie d’une seconde; tels sont le colza, la navette, la caméline. — On comprend que le succès des doubles récoltes de celte dernière sorte est malheureusement subordonné aux variations atmosphériques, et que dans un climat à longs hivers, comme dans celui où les pluies d'été ne sont pas assez fréquentes, il est trop souvent impossible de les tenter.

cap, 10°.

Secrion 11. — De la pratique des assolemens.

Si, dans la section précédente, je ne suis pas resté trop en arrière de l'importance de mon sujet, et si, dans les limites nécessairement restreintes d’un ouvrage général, j'ai été assez heureux pour résumer ce qu'il importe le plus de connaitre avant de passer de la théorie à la pratique des assolemens, je pourrais à la rigueur regarder ma tâche comme accomplie, et laisser chacun déduire, selon les lieux et les circonstances, les conséquences de chaque règle fondamentale. Cependant il est utile de donper des exemples d'application; de les multiplier, de les varier eu égard à la différence des climats et des terrains, et de discuter mème leur mérite relatif, non seulement pour ajouter à l'intelligence de ce qui précède, mais encore pour étayer les préceptes

ar des faits. — Je parlerai d'abord des assoemens à plus court terme, de ceux de deux ans.

$ 1°". — Des assolemens biennaux.

Les assolemens à très-court terme ont le grave inconvénient de ramener trop souvent aux mêmes places-les mêmes végétaux. Le retour périodique et sans jachère de deux céréales n’a pas seulement le défaut d’épuiser le sol, il le salit bientôt au point qu'il faudrait interrompre l’assolement, lors même que l’abondance des fumiers permettrait autrement de le continuer. Il est vrai que les blés n’effritent pas le sol autant qu'ils le salissent. Aussi n'est-il pas sans exemple, en Angleterre, d’après la méthode de Ducket ou du major Beatsun, soit en les semant en lignes et en leur donnant des binages à la houe, soit en ameublissant la terre et en la nettoyant pe de nombreuses façons à l’extirpaleur, de

es voir occuper le terrain pendant plusieurs années de suite avec succès.

Mais, sans ces précautions dont nous ne devons pas discuter ici l'opportunité, et même à la longue, dans la plupart des cas, avec ces précautions, le dépérissement des récoltes s'ensuit inévitablement.

Pour qu'un assolement biennal, dans lequel figurent les céréales seulement de deux en deux ans, puisse se maintenir, il faut que la culture intercalaire contribue à nettoyer le sol. —Telle est celle du lin, qui exige des sarclages altentifs, des labours soignés, et dont la récolte se fait assez Lôt pour qu'on puisse donner les facons nécessaires au blé; —celle du chanvre, qui étouffe complètement les mauvaises herbes. — Telles sont encore, dans la vallée de la Garonne, celle du maïs, que l’on butte au moins deux fois pendant sa végétalion, et ailleurs, pour les sols argileux, celle des fèves, qui reçoivent plusieurs binages. — L’assoleinent biennal avec jachère, blé, orge ou avoine, et repos, qui s’est étendu dans une grande partie du Languedoc et des provinces voisines, a élé calculé d’après les mêmes principes.

Avec tout cela, sauf un bien petit nombre

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de cas où il y aurait de la duperie à ne pas profiter de la fertilité extraordinaire de quelques terres pour cultiver sans interruplion les végétaux les plus productifs, puisque le solne montre aucune répugnance à les porter, les assolemens biennaux sont d'autant plus mauvais qu’ils se prêtent fort mal à la production des plantes fourragères, et qu'ils exigent des fumures fréquentes. — En rappelant les exemples suivans, je suis donc loin de les recommander comme pratique générale.

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