‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 182 sur 357 · CHAPITRE XI. — Des RÉCOLTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — Des RÉCOLTES

Ce n’est pas tout de vaincre, il faut savoir profiter de la victoire; de même, en agricullure, ce n’est pas tout de savoir bien cultiver, il faut savoir bien récolter. La moindre négligence dans cette circonstance peut amener des résultats désastreux pour la qualité et la quantité des produits. Nous ne ferons conbaitre ici que des données générales, réservant pour la culture des plantes ce qui est particulier à chacune d'elles. Nous diviserons ce chapitre en plusieurs sections qui sont :

1° Précautions générales ; ® Récoltes des fourrages ; 3° Récoltes des graniféres, ou moissons ; 4° Récoltes des racines.

SECTION 1°. — Précautions générales.

Ne remettre jamais au lendemain ce que l’on peut faire le jour méme, c’est un principe d'économie qui est vrai dans tous les temps, mais surtout à l’époque des récolles.

On commencera donc par s'assurer du nombre de bras nécessaire pour que tous les travaux s’exécutent en temps opportun. L’expérience est le guide qu’il faut surtout consulter, car 1l y a également à perdre si lon emploie trop ou trop peu de monde. Dans le premier cas, les opérations s’embarrassent par leur multiplicité; la surveillance est incomplète et dilficile en raison des points différens où elle s'exerce; il en résulte ordinairement tumulte, désordre, gaspillage. Dans le second cas, les travaux languissent, les produits acquièrent un degré de maturité qui en diminue Ja quantité et en déprécie la valeur.

Il faut aussi que Le nombre des chevaux, des domestiques, soit en rapport avec celui des journaliers. Lorsque l'économie et l'administralion d’une ferme exigent qu'à cette époque on tienne un valet de plus qu’à l’ordinaire, il ne faut pas reculer devant cette dépense. Dans certains pays on les nomme calvaniers.Ordinairement on ne les paie point en argent, mais en denrées dont on détermine auparavant la quantité. Au choix du calvanier doit présider la même circonspection qu’à celui des autres domestiques. Beaucoup de cullivateurs prudens ont à cœur d’avoir toujours les mêmes calvaniers. Les deux parties y gagnent : l’exploitant, parce qu'il n’a plus à faire l’étude de caractères nouveaux, et que ces valets, déjà au fait de la besogne,

perdent moins de temps à prendre les habitudes de l’exploitation ; le calvanier y gagne également, parce qu’il n’a pas à s'inquiéter où 1l trouvera du travail.

Toutes les dispositions étant prises sous ce rapport, on portera son attention sur le matériel. On aura soin que les granges, les gerbières, les fenils ou fointiers soient propres et déblayés de Lout ce qui peut les emibarrasser. Les toitures auront été scrupuleusement visitées et réparées, les murs bien crépis. Une précaution indispensable serait de boucher tous les trous, toutes les fissures où les souris et les rats peuvent se réfugier et en faire le centre de leurs dégâts.

Il ne faudra pas attendre non plus le moment de la récolte pour rzettre Les chariots et les autres véhicules en état de faire un service régulier, et de supporter des charges assez pesantes. On éprouve toujours de grandes pertes en instrumens, en grains, “ de plus grandes pertes encore d’un temps précieux, lorsqu’au milieu du chemin un chàr se brise ou verse.

Pour éviter ces inconvéniens, on se trouvera bien de faire quelques réparations aux chemins les plus fréquentés. C’est une dépense qui se retrouve toujours au centuple, non seulement parce qu’elle empéche les instrumens de se détériorer, mais encore paree qu’elle conserve la force et la santé des animaux. Dans les pièces entourées de fossés ou sillonnées de tranchées ouvertes, soit pour le défrichement, soit pour l'irrigation, on transporlera des ponts mobiles pour donner passage aux voitures. Ces ponts volans et temporaires sont faits en forts madriers. Ils sont bien préférables aux broussailles dont on se sert dans le même cas pour combler les fossés. Des ponceaux en pierres seraient plus durables, mais ils ont l’inconvénient d'exiger plus de dépenses, et de faire perdre à la clôture une partie de ses avantages.

Dans les pays où la moisson se fait par des étrangers, on leur préparera une couche commode. Il est vraiment affligeant de voir des moissonneurs épuisés de fatigues, entassés le soir dans des granges, dans des greniers où ils peuvent à peine prendre quelques heures de sommeil. Les ouvriers sont plus sensibles qu’on ne le pense aux bons procédés, et ils récompensent toujours ceux

qui les traitent avec une certaine libéralité, par un travail plus assidu et par une probité qui se dément rarement.

C’est aussi le moment de préparer des boïssons économiques, pour ces temps de soif dévorante. On a donné bien des recettes de boissons rafraîchissantes ; je crois que cette qualité ne suffit pas et qu'il faut les rendre aussi un peu spiritueuses. Donner de sages conseils aux moissonneurs pour la conservation de leur santé, c’est une tâche que tout homme éclairé s’empressera de remplir ; mais il ne faut pas qu'il s’abuse, qu’il s’apiloie à contre-temps; on exiserait bientôt avec audace ce qu’on n’oserait même demander à un homme moins facile ; il y aurait relâächement. Trop de fierté ou d’indulgence peut compromettre singulièrement, dans ces circonstances, le caractère du chef de l’exploitation.

Peu de temps avant la moisson de chaque espèce de céréales, on préparera les liens suffisans pour l’engerbage. Diverses matières sont employées à cet usage. Les principales sont : le genêt et le coudrier, l’écorce de tilleul, la paille et les joncs. Toutes Les substances ligneuses en général sont peu propres à lier solidement un faisceau d’épis. Si dans quelques contrées, notamment en Bretagne, on se sert de genêls, c’est que là on bat la récolte sans la mettre en grange, et que la gerbe ne demeure liée que deux ou trois ours. Le bois en se desséchant devient plus cassant et occupe moins d’espace que lorsqu'il était encore vert, et on conçoit que les chaumes ne tardent pas à se desserrer et à se perdre. Il en est de même du coudrier.

Dans les pays environnés de taillis où Le tilleul est commun, on écorce les jeunes branches de cet arbre au moment de la sève; la force et la flexibilité de ces écorces, que l'on nomme tlles, les rendent très-propres au liage des céréales, et plus propres encore à celui des foins lorsqu'on bottèle sur le champ même. Ces sortes de liens se vendent 50 à 60 centimes la botte, lorsque celle-ci en contient un cent. Les tilles servent plusieurs fois si l’on a la précaution de les faire tremper quelque temps avant de s’en servir.

La paille, celle de seigle, est la substance que l’on emploie le plus communément. La manière de faire les liens avec la paille est assez connue : on la bat, soit au fléau, soit par le chaubage; on mouille l’extrémité où se trouvent les épis : c’est la partie la plus flexible, et par conséquent celle où l'on fait le nœud. C’est ce qu'on nomme le rzœud droit, le 2œud de mèche. Celui qui a vu deux paysans bretons prendre chacun une poignée de paille et la tordre pendant quelques minutes pour en faire un lien, s’étonne qu'une opération aussi simple et aussi expéditive que le nœud ne soit pas universellement répandue.

C'est ce qui m'engage à en donner ici la figure (Jig. 382).

Fig. 382.

AGRICULTURE : DES RECOLTFS.

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