HIVER
L’habitude et l’exercice seuls peuvent don ner l’agilité pour faire ces liens promptement et solidement.
Les liens de joncs sont peu usités et peu solides. Le meilleur usage qu’on puisse faire de ces végétaux, c’est d’en tresser des nattes, et d'en faire des ligatures pour palissage.
Pour la récolte des foins comme pour celle des grains, il faut toujours avoir deux endroits de déchargement : Yun pour y déposer les produits bien récoltés, Pautre destiné à recevoir ceux que la pluie ou d’autres circonstances auraient tenus humides; afin que si ces derniers venaient à s’échauffer et à fermenter, on püt les battre ou les faire consommer sans bouleverser la gerbière.
Chacun consultera encore les circonstances qui échappent à la prévision de l’homme : il interrogera les localités et prendra conseil de sa position. Lorsque le cultivateur prudent aura pris toutes les mesures que nous venons d'indiquer, il peut attendre avec confiance le moment de la récolte; le hasard, les événemens imprévus, les changemens brusques de température, le trouveront rarement en défaut.
SECTION 11. — Récoltes des fourrages.
Dans quelques contrées montagneuses ou dans des marécages, les animaux vont euxmémes chercher leur nourriture ; la récolte ne se fait pas autrement que par la dent des animaux : ceci appartient plutôt à l’aménagement des pâturages et à l’économie des prairies d’embouche qu’à la question qui nous occupe.
Nous dirons seulement un mot sur les fourrages donnés en vert à l’étable.
ART. 1°", — Des fourrages récoltés en vert.
IL semble aux domestiques chargés de l’affourragement qu’il n’y a qu’à faucher et à donner. L'époque du vert, qui devrait être pour les animaux une époque de vigueur et de santé, est souvent le moment où les cultivateurs, par leur négligence, font des pertes considérables.
Nous indiquerons les précautions à prendre pour éloigner de semblables désastres, lorsque nous parlerons de Palimentation des animaux. Nous ne pouvons mieux faire, en traitant le sujet qui nous occupe, que de citer les paroles de M. pE DOMBASLE : « Pour la régularité du service, il est nécessaire, dans une exploitation rurale, qu’un individu dé:
terminé soit chargé de faucher et d'amener journellement le fourrage vert pour tous les bestiaux ; sans cela, il en résulte beaucoup de désordre dans le service : c’est toujours un sujet de disputes entre les valets, pour savoir qui n'ira pas. Les bêtes manquent souvent de fourrage, et c’est pour tous un sujet toujours prêt pour perdre beaucoup de temps. Lorsqu’on n’a pas beaucoup de bêtes à nourrir, on peut distribuer cette besogne à tour de rôle entre les valets, en sorte que chacun en soit chargé pendant une semaine ou pendant un mois. Celui qui est de service va au vert aussitôt que les attelages quittent le travail; de cette manière on peut, ay moyen d’une
cHaAP. {1°.
surveillance facile, être assuré que les ordres donnés seront bien exécutés, parce que la responsabilité pèse toujours sur un homme en particulier. C’est un principe dont ne doit jamais s’écarter, pour toutes les branches du service, l'homme qui dirige une exploitation. On imaginerait à peine combien cette attention donne de facilité pour établir l’ordre dans tous les détails. Si l’on nourrit au vert une quarantaine de têtes de gros bétail, le fauchage et la conduite du vert emploient, chaque jour, à peu près la demi-journée d’un homme, pourvu que la coupe soit tant soit peu abondante ; on doit alors en charger un ouvrier autre qu'un valet d’attelage, et lui assigner une autre besogne fixe pour le reste de la journée. Lorsqu'on a 8 ou 10 vaches, on peut très-bien leur faire conduire le fourrage vert pour tous les bestiaux de l'exploitation. En attelant deux vaches à un petit chariot, et lies changeant fréquemment, cela fait pour toutes un exercice salutaire qui ne diminue en rien la quantité du lait qu’elles donnent.»
L'époque la plus favorable à la coupe des fourrages verts est celle où la plupart des plantes sont en pleine floraison ; mais, si l’on attendait jusque là pour commencer le fauchage d’une pièce, il arriverait infailliblement, lorsqu'on toucherait à la fin, que les tiges seraient trop dures et trop ligneuses.
Lorsque le champ aura quelque étendue on Re soin de commencer quelque temps avant la fleur, afin d’avoir toujours des tiges vertes et succulentes. C’est un grand talent pour un agriculteur de savoir combiner son assolement de telle sorte que la nourriture au vert ne soit pas interrompue ni excessivement abondante ; au reste, il vaut mieux que cette dernière circonstance se présente, car ce qui serait surabondant peut toujours être converti ep foin.
On tiendra sévèrement la main à cé que les valets fauchent toujours d’une manière réguliére, en suivaut la direction des billons, surtout pour les fourrages annuels, tels que les vesces, le trèfle incarnat, le seigle, etc. On ne doit jamais manquer, sitôt que la coupe d’un billon est terminée, d'y mettre la charrue pour enfouir les chaumes; on comprend que si la pièce est fauchée sans ordre, on ne peut exécuter ce labour que lorsque la totalité est enlevée.
ART. 11. — Des fourrages secs ou de la fenaison.
Nous arrivons à parler de la récolte des fourrages convertis en foin où de la fenaison. C’est sur l'abondance et la qualité de ses fourrages que reposent les espérances du cultivateur, parce qu’ils sont les élémens essentiels de la production du fumier et de la nourriture des animaux. L'époque varie suivant les saisons d’abord, mais encore plus suivant la nature des plantes et l'espèce de bestiaux auxquels le fourrage est destiné. Nous diviserons la récolte des foins en fourrages ariificiels et en fourrages naturels.
$ I. — Fourrages artificiels.
Les fourrages des prairies artificielles sont ordinairement mèrs les prenfiers. Je n’en-
RECOLTES DES FOURRAGES
tends pas par maturité le tioment où les plantes ont acquis un tel développement que leurs semences puissent servir à la reproduction, mais bien celui où ces sortes de prairies donnent le fourrage le plus abondant et le meilleur.
En général, l’époque où les fleurs commencent à tomber est celle qu'il faut préférer, à moins que le foin ne doive servir à la nourriture des chevaux qui, en général, aiment un foin sec et fibreux. Le contraire arrive lorsqu’on veut nourrir du bétail à cornes. Quelques vétérinaires, en faisant l’autopsie des chevaux abattus, ont remarqué dans leurs intestins de grosses pelottes de feuilles, dont la présence n’est pas sans doute étrangère à certaines affections qui atlaquent le cheval ; souvent, dans les rateliers, on a pu remarquer des amas de feuilles qui nous paraissent trèssucculentes, et qui sont cependant dédaignées par ces animaux. Les bœufs au contraire en sont très-friands, et on a remarqué partout que le fourrage coupé de bonne heure est préférable à l’autre pour l’engraissement. Sans donner à ces considérations plus d'importance qu’elles n’en méritent, je crois que le cultivateur, possesseur de gros bétail, fera bien de prendre les prairies artificielles un peu sur le vert, et de laisser au contraire prendre plus de consistance au système ligneux, chaque fois qu’il aura des chevaux à nourrir. Cela est vrai surtout pour certaines espèces de fourrages dont les graines sont un peu volumineuses et du goût des chevaux, telles que les pois gris, les vesces, le sainfoin.
Dans tous les cas, la fauchaison des fourrages annuels sera devancee de quelques Jours ou davantage, lorsqu'ils se trouveront mélangés d'une forte proportion de mauvaises herbes, afin que celles-ci n'aient pas le temps d'arriver à maturité, de s’égrener, et d'infecter le champ de leurs semences pour plusieurs années.
Pour le fauchage des prairies artificielles, on se sert de la faulx simple ( fig. 383 ). Les
Fig. 383.
Flamands emploient la sape, mais presque partout on commence à renoncer à cet instrument pour Ja coupe des foins. Les faulx nous viennent généralement des pays d’'Outre-Rhin. Leur forme est à peu près la même dans toutes les localités; la manière de les monter diffère presque dans chaque canton.
Nous allons donner le dessin dés principales modifications.
La première (/fg. 384) est employée dans
le nord-est de la France , en Alsace , en Lorraine, etc.; la seconde (fg. 385), dans la Champagne et les pays adjacens ; la troisième (#g. 386). qui est la plus simple, la
. Fig. 386, 385.
plus commode, est généralement répandue en Brelagne. Le manche en est beaucoup plus long qu'ailleurs, et terminé par un morceau de fer destiné à faire équilibre avec le poids de la faulx, et c’est en cela surtout que consiste sa supériorité sur les autres amontemens.
Pour le fauchage des foins, la faulx est rarement armée de quelques accessoires.
En Picardie seulement on attache sur le manche, et près de la douille qui y fixe la lame, une sorte de crochet en fer (fig. 387 ),
Fig. 387.
dont la fonction est de rassembler sur un seul point, ou une seule ligne , toute l'herbe coupée par chaque mouvement de la faulx. Il est trés-utile dans cette contrée pour le fanage des prés arlificiels, parce que là, ainsi que nous le verrons plus tard, on n’éparpille pasles andains pour hâter la dessiccation du foin. Ainsi, l'addition de ce crochet fait, dans ce cas, l'office d’un rateau ; car il serait difficile d’apercevoir entre les andains le moindre brin d'herbe coupée.
La manière de manier la faulx diffère peu d’une contrée à l'autre. Il est toujours 1mprudent de forcer un ouvrier à en changer subitement ; cdr, si quelque défectuosité se fait remarquer dans sa besogne, il ne man-
ue pas d'en rejeler la faute sur la-prétendie imperfection de la méthode qu’on lui a imposée.
Lorsqu'on pourra, sans cependant con-
Liv. 1.
clure de marchés onéreux, faire exécutér le fauchage à la tâche, où à forfait, on y trouvera une grande économie de surveillance.
Mais ce système n’est pas non plus sans inconvénient, parce que la besogne se fait souvent fort mal ; on perd en qualité et en quantité lorsqu'on ne traite pas avec des hommes probes.
Un point sur lequel il importe d’apporter beaucoup d'attention et d’exigence, c’est que les faucheurs coupent l'herbe le plus bas posstble. En supposant à l'herbe une hauteur de 2 pieds et un produit par hectare de 4 milliers de fourrage, il est évident quesi on laisse des tronçons de 2 pouces plus haut qu'il n'est nécessaire, on diminue le produit de 1/12, et, si le fourrage se vend 18 f. le millier, on fera sur chaque hectare une perte de6f.
par coupe ou de 12f. pour deux coupes, ce AUMÉUrpasse les frais de fauchage, puisque dans la plupart des localités on ne paie que 5 f. 50 c. lorsqu'on a une grande quantité à faire faucher. Il résulle encore de cet état de choses un très grand inconvénient, c’est que ces troncons, venant à se dessécher, deviennent extrêmement durs et ligneux, et forcent les ouvriers, dans la coupe suivante, à prendre encore au-dessus et à occasioner une plus grande perte que la première. Dans les prairies naturelles, le dommage produit surpasse de beaucoup la proportion que j'ai indiquée pour les fourrages artificieis. Il est incontestable que c’est dans le tapis qui forme le fond du pré que se trouve l'herbe la plus touffue, la plus nourrissante, telle que les trèfles fraisier, blanc, filiforme, et les feuilles radicales de la majeure partie des graminées.
Ceux qui ont tant soit peu l'habitude du fauchage n’ignorent pas que cette opération s'exécute avec plus de perfection et moins de fatigue lorsque les plantes sont mouillées et couvertes de rosée. Les faucheurs ont l'habitude de commencer leur besogne dès la pointe du jour. Ils font beaucoup plus d'ouvrage ; le travail est mieux fait. Mais cependant il ne faut pas se faire illusion ; ces monceaux d’herbage tout humides de pluie ou de rosée, s’ils ne sont pas répandus immédiatement, ne tardent pas à fermenter et à devenir jaunes; l'humidité fait perdre uue partie des substances nutritives , qui ordinairement sont solubles. Si l’on permet aux faucheurs de commencer dès le malin, il est essentiel de leur prescrire de ne travailler que sur les parties élevées, et non pas dans les bas-fonds où la dessiccation est longue et difficile.
La faulx décrit toujours un arc de cercle’ dans le plan vertical où s'élève l'herbe (fig. 388). L’endroit où cet arc approche Je
Fig. 388.
cHap. 11°.
plus de la terre se trouve vis-à-vis des pieds P du faucheur. L'art de celui-ci consiste à effacer cet arc et à le confondre le plus possible avec la ligne horizontale. Lorsque le redan, c'est-à-dire la largeur parcourue par la faulx, s’étend assez loin, on ne peut éviter que les deux extrémités ne soient coupées à une plus grande hauteur que le milieu.
Communément les faulx et les autres instrumens tranchans employés aux récoltes s’aiguisent avec un grès grossier. Je conseille aux ouvriers de faire le sacrifice de quelques centimes pour s’en procurer à grain plus fin; ils y gagneront doublement : d’abord ils s’usent moins vite, ensuite ils rendent le tranchant plus doux, plus moelleux, et il faut recommencer moins souvent. L'eau dans laquelle on trempe ce grès est prise à la première source venue. Il parait qu’en l’aiguisant avec de l’acide sulfurique, dans la proportion de 1/10 à 1/6, la coupe est plus nette et fatigue moins l’ouvrier. L’acide sulfurique est un liquide que l’on trouve dans toutes les pharmacies, et qui se vend à vil prix.
Aussitôt qu'on a commencé à faucher une pièce d’herbage artificiel, on se hâte, dans certaines contrées, de répandre les andains sur toute la superficie. C’estune faute, quelles que soient d’ailleurs les circonstances de position et de température. En effet, si la pluie menace, il faudra remettre le fourrage en petits tas, et /’épandage aura été une opération inutile. Si le temps marque unetendance à rester au beau fixe, les feuilles des plantes, surprises par une chaleur intense, se crisperont , se dessècheront trop promptement et tomberont à la moindre secousse.
Nulle part le fanage des prairies artificielles n’est mieux entendu que dans certaines parties du département de l’Oise. Je vais exposer les procédés que l’on y suit, mais qui pe sont point invariables. Tout ce qui est fauché le matin est laissé en andains, tels que les a faits le fauchage. Vers midi ou une heure onles retourne,maison ne les éparpille
as. Cette opération a seulement pour but de es faire également ressuyer des deux côtés.
Ce qui est fauché le soir est laissé intact. Le lendemain matin, aussitôt que la chaleur du soleil a fait évaporer la rosée, on r2et en petits tas de 25 à 30 livres tout ce qui a été fauché la veille indistinctement. On a soin de les soulever le plus possible, afin que la chaleur et le vent les pénètrent dans tous les sens. On les retourne 1e jour même et les suivans jusqu’à ce qu'ils soient secs, mais toujours sans les répandre. Aussitôt qu'on s'aperçoit que la dessiccation est terminée, on apporte des liens de paille ou d’écorces de tilleul qu’on a préparés dans les cours pendant que la rosée ne permettait pas de travailler , et on lie ce qui est sec; le lien est étendu par terre et chargé de deux des petits monceaux dont j'ai parlé précédemment.
Les oavriers les plus faibles chargent les liens, et les plus forts, ou mieux les plus adroits, lient les bottes sans trop les secouer. Par la dessiccation ces sortes de fourrages se réduisent ordinairement au quart du poids qu’ils avaient étant verts. Ainsi,
RECOLTES DES FOURRAGES
chaque botte pèse à peu près 12 à 15 livres.
Aussitôt le bottelage terminé. on rz2et le tout en dizeaux de 95 à 50 bottes.
La manière de faire ces dizeaux mérite d'être connue. Un ouvrier tient dressée la botte À (3. 389), pendant que les autres
Fig. 389,
dressent contre celle-là les bottes B, C, etc., jusqu’à ce qu’il y en ait neuf dans la ligne. Il y a deux rangs accolés l’un contre l’autre. La disposition du dessin n’a permis d’en figurer qu'un. Lorsque les dix-huit bottes sont dressées en donnant un peu d’inclinaison aux dernières. on les recouvre avec sept bottes D, posees en travers et formant un peu le toit. On comprend que s'il vient à pleuvoir, il n’y aura .de mouillées que les bottes supérieures qu’on pourra ôter et faire sécher lorsque le temps le permettra. Cette disposition a encore un mérile qui lui est particulier : c’est qu’il est facile au cultivateur de s'assurer immédiatement et sans beaucoup de peine, du nombre de bottes de fourrage qu'il a récoltées.
Le bottelage sur le champ méme a pour but de conserver au fourrage la majeure partie de ses feuilles. Quiconque a été présent au chargement et au déchargement d’une récolte de fourrages artificiels, comprendra aisément quelle économie présente cette méthode comparativement à celle qui consiste à les emmagasiner sans lesavoir bottelées auparavant.
Comme on le voit, le point principal qui différencie le fanage picard des autres modes usités dans la presque totalité du territoire français, consiste à opérer la dessiccation du foin en petits tas, au lieu de l’éparpiller. S'il arrive des ondées pendant l'opération, on n’a d'autre besogne à faire que de retourner de temps à autre les monceaux, afin d'empêcher le dessous de jaunir. Si on eût dispersé tout le foin sur la surface du sol, la pluie aurait lavé toutes les tiges, occasioné la chute des feuilles, et chaque partie de la récolte étant soumise incessamment à l’action dissolvante de l'humidité, tous les brins sont comme /essivés et perdent à la longue leurs principes nutritifs. Le fourrage devient blanc, et n’a plus de qualité pour la vente, parce que dans la réalité il ne possède guère d'autre mérite que celui de la paille.
Cet inconvénient a été senti partout : dans
uelques pays on a essayé d’y remédier par dou méthodes. Les cultivateurs qui ne voudraient pas pratiquerla méthode picarde, que nous venons de faire connaître dans toute sa simplicité, pourront tenter celle qui estusitée dans quelques provinces allemandes et dans le Milanais : c’est la méthode dite à la CLAPMAYERK, ainsi appelée du nom de celui