I. Rouleaux à dépiquer
Il est impossible de désigner l’époque et l’auteur de la première invention d'une machine à battre le blé; mais nous avons des documens historiques. irrécusables, qui prouvent que plusieurs peuples de l'antiquité connaissaient et se servaient généralement de ce genre d'appareil. Plusieurs passages du prophète Isaïe et de Varnox font voir que les machines à battre étaient en usage chez les Hébreux, les Syriens, les Carthagi-
: nois, les Egyptiens et les Romains.
M.GirarD,dans le Mémoire sur l’agriculture de l'Egypte, donne la description d’une machine à battre dont on se sert dans ce pays, et qui est d’une date très-reculée. Du temps de Varrow, un demi-siècle avant la naissance de Jésus-Christ, on se servait en Espagne, pour le dépiquage, d’une machine qu’on appelait le chariot phénicien où carthaginois.
Ce dernier appareil (#g. 471) consiste en
Fig. 471.
plusieurs cylindres armés de dents et divisés en plusieurs sections orbiculaires; il est trainé par des chevaux et conduit par un homme assis sur une tablette. M. ne LAsrEy- RIE, a fait connaître que de nos jours encore on se sert généralement, dans la Basse-Andalousie, d’une machine qui correspond exactement à celte description.
Le trillo est un appareil en usage presque dans toute l'Espagne, et décrit aussi par le même savant. C’est une table en bois, garnie en dessous de pierres à fusil qui y sont incrustées. Les planches qui forment cette table sont retenues par des traverses, à l’une desquelles est fixé un crochet où on attache les traits des chevaux. Cet instrument est relevé en avant, afin de glisser plus facilement sur les gerbes. Il a une longueur de 5 p. 1/2.
L’Jtalie centrale se sert, pour le dépiquage du blé, d'un rouleau très-simple, appelé ritolo, qu’elle a hérité des Romains.
Le battidore, en usage dans quelques contrées des Apennins, a quelque rapport avec le trillo. C’est un assemblage de plusieurs
(1) Mémoires publiés par la Société royale et centrale d'agric., 1827, tome II,
planches épaisses réunies par une traverse, armées à leurs extrémités de trois grandes fourchettes émoussées et aplaties, et de6 plus petites. Cet appareil porte dans sa partie moyenne une planche double en longueur qui sert de timon, et pose sur la sellette d’un avant-train auquel elle est fixée au moyen d’une corde. Après avoir disposé les gerbes en rond sur une aire, on fait mouvoir circulairement cette machine attelée de bœufs, pour que l’extrémité des fourchettes, en trainant sur la paille, en détache le grain.
Dans quelques autres parlies de l’Apennin et en Corse, on emploie, depuis un temps immémorial, pour l’égrenage, un moyen mécanique, appelé #rity, beaucoup plus imparfait que le rouleau. C’est une sorte de battoir formé d’une pierre triangulaire, avec un timon attaché à la pierre au moyen d’une cheville. On fait passer circulairement cette pierre attelée de bœufs sur les gerbes.—Différentes sortes de rouleaux de dépiquage, ressemblant plusou moins auxrouleaux italiens, sont d’un usage antique dans plusieurs départemens de la France, et nommément dans ceux de l’Aude, de l’Ariége, de la Haute-Garonne, du Lot-et-Garonne.
L'action sur la gerbe des rouleaux et des chariots à roues a beaucoup d’analogie avec le piétiuement des animaux. Ces appareils ont cet avantage sur le piélinement, que les animaux, en trainant les machines, touchent à la fois une plus grande surface de blé répandu sur une aire, que quand les mêmes animaux exécutentle dépiquage par une seule partie de leur corps, le sabot. L'action du rouleau cannelé ou armé de barres a encore sur le piétinement l'avantage du soubresaut que le baitage subit des barres cause au blé, et qui facilite tant la séparation du grain des epis.
Aussi l'usage du rouleau se maïntient-il dans tous les pays où il est introduit. Ce sont les pays méridionaux qui dé tout temps ont donné la préférence à cet appareil, par la raison que la dessiccation parfaite du blé en serbes est une condilion indispensable de ‘efficacité du rouieau, et que là cette circonstance existe. De nombreux essais des rouleaux à dépiquer ont été faits dans différentes parties du nord de l'Europe; mais nulle part leur usage n’a pu se répandre. Le battidore et le trity agissant par le moyen du frottement, l'efficacité de ces machines est bien inférieure, non seulement à celle des rouleaux, mais même au piétinement des animaux. Leur conservation dans quelques contrées prouve létat très-arriéré de lindustrie agricole de ces localités.
Le système des rouleaux à dépiquer, tel que l’antiquité nous l’a légué, a éprouvé en France des améliorations notables. Dans le département de Lot-et Garonne,on a, depuis à peu près 10 ans, substitué au rouleau ‘de pierre massive un rouleau de bois canneié. Il a beaucoup de rapport avec le rouleau 1talien. C’est un cylindre(fg.472) cannelé, formé d’un tronçon d'orme, de frêne ou autre bois dur et pesant, qu’on choisit bien droit, et auquel on adapte 8 solives de même longueur.
Pour le service de ce rouleau, l’aire est char-
AGRICULTURE : CONSERVATION DES RFCOLTES
gée de gerbes disposées en spirale et posées à plat, de l’épaisseur usitée pour le battage au fléau. Quand le soleil a échauffé la paille, on commence par l'extérieur de l'aire en se rapprochant du centre, puis s’en éloignant, et ainsi successivement, jusqu’à ce qu'on juge convenable de remuer la paille. Un seul cheval traine cette machine, servie par 1 conducteur, 1 ouvrier et 4 ouvrières, et elle peut battre 20 hectolitres de blé par jour. On conçoit que les traits du cheval doivent être inégaux en longueur et varier en raison du diamètre de l’aire. Cette machine exécute l’égrenage bien et à bon marché. Les frais du dépiquage, y compris le nettoiement, ne montent qu’à 55 cent. par hectolitre. L’appareil même ne coûte que 40 francs.
Cette machine à dépiquer a été successivement perfectionnée ou modifiée par M. ne PuyYMAURIN, par M. ne Lagous: la Sociéte d'agriculture de Toulouse en a fait construire une qui coûte de 120 à 150 fr. suivant les localités différentes, et qui a encore élé modifiée par M. le comte Dupac-BELLEGARDE.
Cet appareil est armé de 8 battans; le tout est contenu dans un cadre; il a aussi un avant-train avec un siége pour le conducteur. L'épreuve de cette machine a donné pour résultat : 17 journées de chevaux avec conducteur, et 85 journées d’ouvrier ont dépiqué 10,000 gerbes; et ce travail est évalué à 223 fr. Ce même travail, exécuté au moyen du piétinement des animaux, aurait coûté au moins 430 fr. : donc il y a un profit des 2/3 du montant des frais à se servir du rouleau.
Fig. 473.
caaApP. 12°
EGRENAGE AU MOYEN DES MACHINES. 395
Qatre ce profit, il résulte de l'usage de ce |
rouleau une graude économie des forces animales : les chevaux employés à son service ne travaillent que 3 heures par jour, taudis que
le travail du dépiquage au moyen du piéti- |
nement couimeuce au soleil levant el ue se termine qu’au soleil couchant.
Parmi les rouleaux à dépiquer, nous ne devons pas omettre la machine usitée en Suède et décrite par M. nE LASTEYRIE, qui la considère comme l’un des meilleurs appareils de ce genre. La fg. 473 la fait suffisamment comprendre.