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enfin, une corde prend du bridon de ceile-ci et va répondre à la main du conducteur qui occupe toujours le centre ; de manière qu’on prendrait cet homme pour le moyeu d’une roue, les cordes pour ses rayous, et les mules pour les bandes -de la roue. Un seul homme conduit quelquefois jusqu’à 6 paires de mulets. Avec la main droite et armé du fouet, il les fait toujours trotter, pendant que les valets poussent sous les pieds de ces animaux la paille qui n’est pas encore bien brisée, et l’épi pas assez froissé.
»On prend, pour cette opération, des mules où des chevaux légers, afin que, battant et pressant moins la paille, elle recoive des contre-coups qui fassent sortir le grain de la balle.
» Chaque paire de mules marche de front, etelles décrivent ainsi huit cercles concentriques en partant de la circonférence du conducteur, ou excentriques, en partant du conducteur à ja circonférence. Ces pauvres animaux vont toujours en tournant, il est vrai Sur nne circonférence d'un assez large diamètre, et cette marche circulaireles aurait bientôt étourdis, si on n'avait la précaution de leur boucher les yeux avec des lunettes faites exprès, ou avec un linge; c’est ainsi qu'ils trottenl du soleil levant au soleil couchant, excepté pendant les heures des repas.
» La première paire de mules, en trottant, commence à coucher les premières gerbes de l'angle ; la seconde, les gerbes suivantes, et ainsi de suite. Le conducteur, en lâchant la corde ou en la resserrant, les conduit où il veut, mais toujours circulairement, de manière que, lorsque toutes les gerbes sont aplaties, les animaux passent et repassent sur toutes les parties.—Pour battre le blé en plein air, soit avec le fléau, soit avec les animaux, 1l faut choisir un beau jour et bien chaud: la balle laisse mieux échapper le grain.
» Le dépiquage se fait toujours en plein atr, Ce qui a de grands inconvéniens à cause de la pluie et surtout des orages Dans ce cas, on perd beaucoup de blé et de paille, quelque précaution qu’on prenne.
» Outre les mules, on emploie aussi des chevaux, des ânes, et même des bœufs. Les chevaux de la Camargue, à demi sauvages, petits et vifs, sont préférés à tous les autres. »
Les avantages que présente le dépiquage sur le battage au fléau se reduisent à 2 principaux : celui de la vitesse avec laquelle s’exécute celle opération, et celui d’améhorer la paille pour la nourriture des bestiaux. Sous ces 2 rapports le dépiquage ne laisse rien à désirer. Le produt d’une ferme assez élendue peut ètre égrené dans un Jour par ce moyen expéditif;, rarement le battage dure au-delà de 15 jours dans les contrées où ie dépiquage est répandu, et 2 mois sont le maximum de la durée de cette opération :
généralement parlant, 15 jours suffisent pour opérer la dépiquaison d’une récolte qui aura nécessité 10 jours de coupe avec 16 hommes, lorsqu'on emploiera le service journalier de 12 à 14 chevaux.
D'après la réponse de M.JAUBERT DE Passa, faile aux questions proposées par la Societe
cuAP. 12°.
centrale d'agriculture (1), un haras de 24 chevaux,dans le département desPyrénées-Orientales, dépique assez ordinairement dans une journée 5,200 gerbes qui rendent jusqu’à 200 heclol. de blé. — Le même agronome relève l'avantage du dépiquage sur le battage au fléau, quant à l’amélioration de la paille.
D'après son opinion, le dépiquage brise mieux la paille ; il la rend plus flexible, plus également mêlée aux débris des épis dont les animaux de travail sont avides, et plus susceptible d’être mélée au-fourrage. Les chevaux de luxe rejettent la longue paille de seigle, et mangent fort peu de paille de blé, si elle n’est foulée.
Ces avantages sont balancés par de grands irconvéniens. Le premier est celui du 2aut préx de ce procédé, relativement à lous les autres modes d’égrenage. Les frais du dépiquage sont évalués par M. DE GaspaRiN presqu’au double de ceux du battage au fléau. Dans les années 1823-24-25 el 1826, les frais du dépiquage montaient, d’après ses réponses aux questions de la Société d'agriculture, dans le département de Vaucluse, à 2 fr.10 c. par hectolitre. ei
Un autre grand inconvénient du dépiquage et qui le rend inapplicable au centre et moins encore au nord de la France, consiste en ce que cette opération, par sa nature, doit avoir lieu en plein air. Le climat moins favorable de ces parties de la France exposerait l'agriculteur qui choisirait ce moyen d'égrenage, à des pertes considérables et presque inévitables. IL est reconnu qe même dans le climat heureux où le
épiquage est en usage, les cultivateurs n’échappent pas toujours aux pertes occasionées par la pluie survenue pendant l’opéra- Uon, sans parler de la détérioration qu'’éprouve la paille, et de l'interruption du travail. ”
L'égrenage, au moyen du piétinement, n'est pas plus parfait que le battage au fléau. La quantité dé grains qui restent dans l'épi quand le dépiquage est bien fait, ce qui n'arrive pas toujours, est évaluée par M. LAURE, autre rapporteur sur les questions précitées, à 1 pour 100. Souvent celte proportion monte à 2 1/2 pour 100, à 4, et même, dans certaines localités, et avec certaines circonstances, de 5 à 10 pour 100. 11 y a des localités où l’on se sert régulièrement du fléau pour extraire les derniers grains des épis.
Voici le tableau du prix proportionnel du dépiquage du blé : Dans le dép. du Var, 10 p- 100; Basses-Alpes et Bouches-du-Rhône, 20 p.100; Aveyron, 8 p. 100; Haute-Garonne, 5 1/5 p. 100; Ariége (partie en argent, partie en nature ),7 p. 100; Pyrénées-Orientales, 8 1/2 p. 100; Aude, 11 1/2 p. 100. 1
Il résulte de cette analyse de l'opération que si le dépiquage a quelques avantages incontestables sur le battage au fléau, ils sont payés bien cher.
Nous allons maintenant passer à l'examen des différens systèmes de machines à battre ; nous espérons démontrer leur incontestable supériorité, et leur voir prendre la
EGRENAGE AU MOYEN DES MACHINES
place du dépiquage,même dans les contrées où il est introduit de temps immémorial, aussitôt que ces moyens mécaniques seront mieux connus, que les machines seront plus à la portée de l’agriculteur, et que leur prix s'abaissera au niveau des moyens bornés des cultivateurs peu aisés.