CHAPITRE XIV. — DES CLOTURES RURALES
Osxvier DE SERRES à dit : « Toutes Les propriéfés conviennent que l’on les ferme, et, soit terres à grains, prairies, pâturages et bois, rapportent plus de revenu clos qu'ouverts. »
Les champs, dans les belles vallées de Ja Normandie, les riches cultures de la Belgique, toutes les parties bien cultivées de l'Angleterre et de l’Ecosse, sont entourées de haies qui sont généralement répandues et appréciées comme étant de la plus grande utilité.
Cependant les clôtures ont leurs partisans et leurs détracteurs; ceux-ci /eur reprochent de prendre beaucoup de place; de tenir le sol humide ; d’occasioner de grands et inégaux amas de neige; d’être des pépinières pour les mauvaises herbes, et d'offrir des refnges aux oiseaux et aux insectes nuisibles ; d’entraver la culture, notamment le labour; de couper la communication des champs et de forcer à des détours.
Mais, d’un autre côté, les clôtures présentent, en effet, des avantages incontestables, dont la plupart des cultivateurs reconnaissent l'importance. Elles garantissent les champs de l’incursion des animaux, et les mettent à l'abri des abus de la vaine pàlure et du parcours ; elles forment des abris aux plantes, augmentent la chaleur du sol et dininuent l'action nuisible des hâles où des vents frais ou desséchans ; elles prolégent les vergers
contre les pillards ; elles ôtentau cultivateur l'inquiétude des dévastations accidentelles qui peuvent endommager sa récolte et troubler ses travaux; elles lui permettent de toujours. labourer, semer et récolter en temps opportun. L'expérience de bien des contrées démontre la plus grande fertilité des champs enclos; l'influence favorable des clôtures sur la santé du bétail qu’on nourrit au pälurage est encore plus considérable. En Angleterre, on paie une rente incomparablement plus forte d’un pâturage entoure de haies, et, d’autant plus, que les clos sont plus circonscrits. L'espace que les haiesenlèvent à la culture est largement payé par le bois qu’on en retire.
Tous ces avantages, et beaucoup d’autres, augmentent d'une manière notable le produit annuel et la valeur réelle d’une propriété. Quant aux inconvéniens qu’on reproche aux haies, ils sont insignifians et peuvent facilement être levés avec un peu de soin.
Du reste, Tnarr conclut des opinions contradictoires sur le sujet quineus occupe : 1° que leshaïes trop multipliées peuvent être . nuisibles sur un terrain naturellement humide et bas, mais qu’elles sont infiniment utiles dans les contrées sèches et élevées, sur les sols légers et sablonneux, et qu’on ne doit pas craindre de les y rapprocher beaucoup:
2° l'utilité des haies est surtout considéralilu
lorsque le sol est consacré, toujours ou alternativement, au pâturage du bétail ou transforméen prairies artificielles consommées sur place, parce qu’elles procurent aux troupeaux un abri favorable et en rendent la garde plus facile. D’après ces considérations,il convient donc de donner aux clos plus d’étendue si le sol est humide et consacré principalement à la cnlture des grains; si, au contraire, leterrain est sec et est principalement destiné au pàturage du bétail, il est avantageux qu’il soit réparti en divisions moins considérables. En these génerale, des clôtures solides et une répartition convenable des terres, opérée par le moyen de haies vives, fortes et suffisamment garnies, contribuent essentiellement à la bonne administration d'un fonds ; facilitant les moyens d'en tirer des produits divers et de le faire pâturer par du bétail de divers genres ; enfin, les volset les dommages sont beaucoup plus rares dans les lieux où des haies sont établies que dans les champs ouverts.
Il y a plusieurs sortes de clôtures, les z2urailles, les fossés et les Lates.
SEcTion re. — Des murailles.
On emploie ordinairement pour la construction des murailles, les #atériaux fournis par les localités qui sont le plus à proximité du lieu où elles doivent être élevées. Ces matériaux sont : le moëllon, la pierre de meulière, la brique, et même la terre lorsqu'elle est de nature à pouvoir être employée à cet usage.
urailles de moëllons. — Les murailles construites en moëllons piqués, liés entre eux par un bon mortier à chaux et à sable, avec des chaînes en pierres de taille, et couverts de dalles de pierre dure, sont les plus durables; mais elles ne s’emploient ordinairement que pour enclore des espaces peu étendus et attenant à une riche habitation, à cause du haut prix auquel reviennent ces constructions. On emploie de la même manière le moëllon brut; mais alors on le crépit avec le même mortier qui a servi à la construction, ou on l’enduit d’une légère couche de plâtre.
Murailles de pierre de meulière.— Ces murailles se construisent comme les précédentes ; mais cette sorte de pierres étant rude et mal unie, il est nécessaire de les crépir en mortier pour en faire disparaitre les inégalités ; on substitue souvent aux dalles qui servent à les couvrir un chaperon fait avec la même pierre, et quelquefois de tuiles ou de briques. Pour cetie partie de la construction, on place sur lextrémité supérieure de la muraille, et des deux côtés si le mur est mitoyen, un rang de pierres plates les plus droites et autant que possible de la même épaisseur, qui débordent de 4 à 5 centimètres. Cette partie se nomme /armier où égout. On
lace au-dessus, et au niveau de la façade de
a muraille, un premier rang de pierres ou de briques, et successivement, en rapprochant chaque assise du centre de la construction, de manière que cette construction setermine par un angle obius que l’on nomme la crête du chaperon, et qui ne doit être élevé au-des-
AGRICULTURE : DES CLOTURES RURALES
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sus du larmier que de 32 à 40 centim., plus ou moins, en proportion de l’épaisseur du mur. Ces chaperons doivent toujours étre faits avec soin, car c’est de leur bonne construction que dépend la conservation et la durée du mur.
Murailles en briques.—On procède pour la construction des murailles en brique, en tout point comme il a eté dit ci-dessus pour les murailles en pierres de meulière; mais dans ces constructions en moëilon brut, pierre de meulière et brique, on substitue souvent,
ar économie, un mortier en terre au mortier a chaux et à sable; alors on élève de distance en distance une chaine en maçonnerie faite avec du bon mortier, d’une largeur de 1 m.
à 1 mèt. 32 cent. pour remplacer les chaînes en pierre de taille, et on crépit le tout en morlier à chaux et à sable.
Murailles en pierres sèches. — Ce n'est guère qu’autour des cours et jardins qu’on trouve les véritables murailles dont nous venons de parler; mais il arrive souvent qu'on entoure les possessions rurales demurs en pierres sèches ou en terre. Les premières (fig. 494 )se construisent en superposant, sans mortier, des pierres de toute nature, telles que le local les fournit, et quelquefois ramassées par le cultivateur dans le champ même qu’il veutenclore. Ces murs, couverts d’un bon chaperon et crépis de chaque côté, sont peu coûteux et se maintiennent longtemps.Quelquefois même, sansles crépir, on n’emploie d'autre couverture qu'un chaperon sans mortier, mais dont les pierres sont placées avec soin sur 2ou 3 rangs seulement, pour que les vents aient moins de prise et qu'ils puissent leur résister; enfin,onse borne le plus souvent à unir les pierres avec de la mousse ou des plaques de gazon. Si l’on n’a que peu de pierres plates el larges, 11 ne faut pas donner au mur beaucoup d’élévation:
on le couvre avec du gazon et on y plante des groseillers ou des ronces, qui y réussissent fort bien; cesarbustes donnent aux murs plus de solidité, et rendent la clôture plus défensive.
Murs en plätras. — Les murs en plâtras, tels qu'on en voit chez les maraichers de Montreuil près Paris, se bâtissent avec les débris de vieilles constructions en plâtre liées ensemble avec du mortier en terre et crépis des deux côtés, ou seulement du côté de la culture, parune légère couche de plâtre. Ces murs sont propres, durent assez longtemps et forment d’excellens supports pour les arbres palissés à la loque.
Murailles en terre. — À défaut de pierres, et lorsque la terre offre assez de consistance, on en fait des murs en la comprimant lit par lit entre deux planches; ces murs sont presque toujours recouverts par un petit toit en chaume, ou par un chaperon en plaques de gazon : ces constructions durent assez de temps et sont très-économiques, puisqu'elles ne coûtent que la main-d'œuvre. D'ailleurs, la terre qui ies compose, exposee aux 1nfluen-
cuaAP. 14°
ces de l’atmosphère, devient très-propre à l'amendement du sol.
Murs en torchis. — On appelle torchis un mortier fail de terre argileuse, dans lequel on met une quantité relative de paille longue de gros foin, et quelquefois de laiche et de jonc. Le torchis est achevé lorsque ces pailles sont bien enduites, bien peuétrées du mortier dans lequei on les a plongées. Pour en faire usage, 1l faut d’abord planter des pieux charbonnés de la hauteur du mur, et placés assez près les uns des autres. On les croise
ar des perches de toutes longueurs fixées
orizontalement aux pieux par des liens de paille, des osiers ou des harts. On prend ensuite par poignées les pailles ou autres matières imprégnées de mortier que l’on maintient dans toute leur longueur, et on entrelace le torchis en le passant successivement dans les vides formés par les pieux et les perches, jusqu'à ce que ces vides soient entièrement remplis. On ragrée ensuite des deux côtés avec le même mortier dans lequel on a mêlé de la menue paille ou du foin haché. Ces murs sont terminés par des chaperons en gazon ou de petits toits en chaume.
Ils ne sont pas ordinairement d’ure grande étendue ; mais, dans quelques contrées de la France, on voit assez souven: des chaumières entièrement construites de cette manière, qui, lorsqu'elles sont bien entretenues, durent fort long-temps.
Murailles en plaques de gazon ou de bruyére.
— On emploie quelquefois des plaques de gazon ou de bruyère, et mème des mottes d’une terre arsileuse fort compacte que l'on écarrit, pour élever des murs d'une étendue peu considérable. Ces clôtures agrestes se couvrent de chaume eu forme de toit, de gazon et quelquefois seulement en terre, à laquelle on donne la forme d’un chaperon, pour écarter les eaux du centre de la construction.
SECTION 11. — Des fossés.
Le fossé est une excavation longitudinale plus ou moins large, plus ou moins profonde, dont on environue un champ pour le défendre contre les hommes et les animaux ; pour protéger les haies et barrières intérieures contre la dent ou les altaques du bétail; pour dessécher les terres et le sol des chemivs en recevant les eaux surabondantes et les tenant à la portée des racines des arbres qui sont dans le voisinage.
Il y a plusieurs sortes de fossés : simples, doubles, revêlus en maconuerie et plantés.
On distingue dans le fossé : l'ouverture, les glacis, le fond, la berge et la crête. L'ouverture est la partie de la tranchée qui sépare les deux glacis à l’extrémité supérieure. Les glacis sont la partie qui commence au niveau du sol et descend de chaque côlé jusqu’au fond du fossé. Le /ond est la partie opposée à l'ouverture où viennent aboutir les glacis. La berge est l'élévation en talus formée le long du fossé avec la terre provenant de l’excavation. La crête est la partie la plus élevée de cette berge.
L’inclinaison des glacis doit être plus ou moins considérable, suivant que la terre a