DES CHEMINS VICINAUX
leurs chernins vicinaux, surtout en considérant qu’elle leur procurera sur les frais ordinaires de main-d'œuvre une économie annuelle, supérieure au montant du premier déboursé.
Les communes qui n'auront pas de revenus suffisans pour faire cetle dépense, pourront s'entendre facilement avec des communes voisines, pour avoir en commun des instrumens qui serviront successivement à chacune d’elles, pendant nn nombre de jours déterminé dans chaque mois; en outre, quelque pauvre que soit une commune, il s’y trouve presque toujours des propriétaires riches,ou du moins aisés, qui, posstdant ou culiivant de grandes étendues de terre, sont plus intéressés que les autres habitans au bon état des chemins vicinaux ; et il y en aura sans doute d’assez éclairés pour reconnaître qu’il leur sera véritablement avantageux de faire exécuter à leurs frais des cylindres et des chevrons, qu’ils emploieront à leur propre usage, pour leurs chemins particuliers d'agrément ou de culture et pour le roulage de leurs terres, et alors ils pourront les prêter ou les louer, pour les travaux de Ja commune. On vient de dire que ces cylindres peuvent être employés au roulage des terres; en effet, avec leur poids simple, sans charge additionnelle, ils valent beaucoup mieux que les rouleaux, toujours trop légers, qu’on emploie ordinairement pour rompre Îles mottes ei pour tasser les terres légères ou ies prairies. Pour rendre les cylindres propres à ce service, il faut.
comme on vient de ie dire, enlever la charge supplémentaire intérieure, qui n’est nécessaire que pour les chemins ; alors 1ls peuvent, à raison de leur grand diamètre, être trainés partout facilement avec deux chevaux, et font un excellent travail.(Quelques cultivateurs de la Brie ont déjà adopté ces cylindres formés avec de vieilles roues.)
Quand on veut appliquer les cylindres alternativement à ces deux services différens, au lieu de faire le chargement supplémentaire en remplissant l’intérieur de terre ou de pierres, pour rendre le chargement et le déchargement plus faciles, on supprime les deux fonds du cylindre et on forme le poids additionnel avec des troncs de bois dur ou des pierres longues, ou bien encore avec des saumons ou de vieux tuyaux en fonte, qu’on passe dans les rais des deux roues, et qu’on fixe en enveloppant les extrémités saillantes hors des rais avec des cordes serrées au moulinet (Æg. 492).
Fig. 492.
(1) Sur huit ou dix voituriers pris au hasard pour conduire les denx premiers cylindres de compression que nous avons employés, d’un mètre et demi de diamètre, pesant 4.000 kilog..et l’autre de 2 mèt, de diamètre, pesant 6,000 kilog., et qui ont été employés à Versailles, à Orsay, à Gometz, et récemment à Paris, sur la chaussée du pont du Carrousel et aux Champs-Elysées, aucun n’a éprouvé de dif-
ficulté à manœuvrer ces cylindres.
ope
Les communes qui ont des revenus suffisans et les propriétaires riches, feront encore mieux d'acheter des cylindres en fonte, qui coûteront de 12 à 1500 francs, et qui, élant garnis sur les côtés de fonds pleins, fermant bermétiquement, se chargent en les remplissant d’eau, et se déchargent par son simple écoulement (77. 493 ).
Fig. 493.
Quand une expérience suffisante aura prouvé la facilité d'amener un chemin en terre ou en cailloutis à un bon état d’entretien, et de l'y maintenir à peu de frais, en employant les moyens indiqués et surtout en le roulant fréquemment, on trouvera dans chaque commune à traiter, à l'année et à forfait, pour l'entretien habituel de chaque chemin, ei on n'aura plus alors d'autre embarras que celui de veiller à l’exécution des marchés.
Ces marches peuvent être très-simples, car il suffit de fixer les quantités de matériaux de diverse nalure, qui seront fournis chaque année par les habitans et par la commune, ainsi que les lieux et les époques de ces fournitures; et de stipuler que l'entretien devra être tel que jamais il n’y ait sur le chemin ni flaches ni ornières d’une profondeur supérieure à une quantité déterminée, en expliquant que cette profondeur sera mesurée par la hauteur de l’eau que la flache ou l’ornière pourra contenir.
Pour assurer le bon état des chemins vicinaux, il faut empêcher qu’ils ne soient écrasés par des surcharges extraordinaires, qui sont d'autant plus à craindre que ces chemins seront en meilleur état; comme on ne peut songer à y établir des ponts à bascule qui, d’ailleurs, ne remplissent que très-imparfaitement leur but sur les routes royales, il faut chercher un moyen plus efficace et moins dispendieux. Un des meilleurs, à notre avis, est celui qui aété proposé
ar la Société d'agriculture de Seine-et-Oise: il consiste à fixer les dimensions des fusées des essieux des roues à leur origine en dedans des moyeux, parce qu'alors on ne pourrait surcharger sans s’exposer à faire rompre ou plier les essieux, et que la vérification de cette prescription pourrait se faire facilement et sans frais, en tout lieu et par tout le monde.
ART. IV. — Des inspecteurs-Voyers.
Nousavons observé que pourarriverpromptement et sûrement à l’amélioration générale des chemins vicinaux et pour assurer l'emploi utile des sommes et des efforts qu y sont consacrés, le meilleur moyen était de confier la direction et la surveillance des travaux et de l’entretien à des inspecteurs ou conducteurs voyers capables de ane les travaux de ces chemins avec les soins et l’économie qu'ils exigent, et d’exercer une surveillance active et constante; parce que ce n’est qu’en réparant les petiles dégradations à mesure qu'’elles deviennent sensibles, qu’on évite les ornières profondes et les grandes dépenses.
Pour assurer cette surveillance, il faut que celui qui s’en charge s’en occupe exclusivement; ainsi, il vaut mieux donner à un insecteur toute l'étendue des chemins qu'il peut diriger à la fois, sur deux ou trois communes, que d’en charger tune personne dans chaque commune, parce que les émolumens qu’une commune rurale peut accorder à un voyer ne pouvant suffire pour assurer son existence, il serait obligé de se livrer à d’autres occupations qui pourraient le retenir aux époques où sa présence sur les chemins serait le plus nécessaire, tandis que la réunion des traitemens alloués par 3 ou 4 commuues, doit être suffisante pour faire de ces foncüons un état assez avantageux pour qu’on craigne de le perdre, et pour permettre d’exiger l'exclusion de toute autre occupation, en sorte que l’inspecteur-voyer n'aura à penser qu'à ses chemins, et acquerra beaucoup plus d'expérience et d’habileté que celui qui ne s’en occuperait que temporairement.
Un inspecteur-voyer aura dans chaque commune un ou deux ouvriers intelligens et de confiance qu'il formera avec soin ; il leur fera faire les petites réparations habituelles suivant les besoins; et quand il jugera à propos de former des ateliers ambulans, ce seront ces ouvriers de confiance qui les dirigeront et qui veilleront au bon emploi de leur temps: l'inspecteur,ayant la responsabilité dutravail, doit toujours être libre de choisir et de renvoyer ces chefs-ouvriers.
La surveillance sur ces inspecteurs s’exercera par les maires et par les conseillers municipaux. lesquels pourront déléguer un commissaire spécialannuel,etparles propriétaires intéressés au bon état de chaque chemin, qui, dés qu'il y aura un service organisé, Y veilleront avec l’activité de l'intérêt particulier, parce que, pour chaque habitant, le bon état des chemins dont il se sert habituellement, est un véritable intérêt personnel.
Quoique ces moyens de surveillance soient assez directs et assez multipliés pour préves nirou pour réprimer promptement les fautes et les négligences, nous pensons qu il faut encore y ajouter un moyen d'action plus puissant, celui des peines et des récompenses, Pour cela, il faudrait que le traitement de chaque inspecteur-voyer fût composé de deux parties: l’une, fixe, seraitseulement suffisante pour assurer convenablement son existence; et l’autre, variable, dépendrait des autorites. locales ; cette partie variable serait, comme la
Cuar. 14°.
partie fixe, divisée en autant de parts qu'il y aurait de communes comprises dans l’inspection : ces parts seraient toujours portées au budget communal, pour garantir la possibilité du paiement immédiat, mais elles ne seraient allouées à l’inspecteur, qu'autant
u’on serait satisfait de sa conduite et de l’état
e ses chemins dans chaque commune.
Pour bien remplir les fonctions d’inspecteur des chemins vicinaux. il faut une z#struction théorique élémentaire, et surtout l’expérience des pre procédés d'exécution. Or, 1l y a très-peu d'hommes capables de remplir ces fonctions, plus difficiles qu’on ne pense, et il faut d’ailleurs que ceux qui voudront les exercer apprennent à bien appliquer les procédés les plus convenables, el sachent les modifier au besoin suivant les localités : pour remplir ce but, il faudrait former une Ecole ie d'application et de pratique, dans chaque département. Mais on manque généralement d'hommes capables de diriger ces écoles, car ceux mêmes qui y sont propres par ieur instruction, ignorent les nouveaux procédés et pourraient les mal appliquer.
toutes les fois qu'il s’agit d'innovations en travaux manuels, il faul que ceux qui veulent en faire usage commencent par pratiquer sous les yeux de ceux qui ont une expérience acquise, et comme il n’y a encore qu'uu très-petit nombre d'hommes expérimentés dans celle pratique, il faut nécessairement commencer par former aux environs
de Paris, dans le département de la Seine ou ! dans celui de Seine-et-Oise, au centre de 2 ou !
DES CLOTURES RURALES.
3 chemins vicinaux à améliorer, une Æcote normale pratique destinée à former des sujets capables de diriger ensuite des écoles semblables dans les départemens. On y admettrait des jeunes gens d’une bonne moralité, ayant en arithmétique, en géométrie et en dessin linéaire, une instruction première, que l’on compléterait en la dirigeant vers le but de leur spécialité; on leur ferait ensuite exécuter les divers travaux d'amélioration et d'entretien des chemins voisins de l’école :
uand ils auraient acquis l'instruction et l'expériencenécessaires pour enseigner à leur tour, on leur donnerait des diplômes pour être admis comme directeurs d’écoles pratiques locales dans les départemens, ou comme inspecteurs-voyers de cantons.
L'amélioration des chemins vicinaux étant véritablement un objet d’intérêl général, il serait Juste que les frais du matériel et de l'enseignement de l’£cole normale fussent au compte de l’Etat, et ceux des Écoles Locales aux frais des départemens. Quant aux dépenses à faire en travaux d'expérience el d’amélioration, qui s’exécuteraient sur des chemins vicinaux voisins de chaque école, pour l'instruction des élèves, ils devraient être partagés, savoir : pour l’école normale, par tiers entre le gouvernement, le département et les communes traversées par les chemins sur lesquels s’exécuteraient les améliorations, et pour les écoles départementales, entre le département et les communes intéressées.