I. Clôtures défensives en haies vives
L’Aubépire (Mespilus où Cratægus oxiacantha ; en angl., Hawthorr ou Thorn) est sans contredit l'arbuste le plus propre à former une bonne haie de défense ; une haïe d’aubépine bien faite est impénétrable aux hommes et aux animaux, et souvent plus difficile à franchir que les murs.
Voici de quelle maniere on procède ordinairement pour construire une pareille haie.
On ouvre, au commencement de l'été, une tranchée plus ou moins large, suivant que la haie doit être construite sur un, deux ou trois rangs; on donne à cette tranchée de 45 à 50 centimètres (15 à 18 pouces) de profondeur; on place de chaque côté la terre provenant de l’excavation, qui reste ainsi exposée à la chaleur et aux influences atmosphériques.
Lorsqu'on veut procéder à la plantation, on remplit le rayon plus ou moins, suivant la force du plant ; on place les brins à 16 centimètres (6 pouces) les uns des autres ; on ramène les terres sur les racines, et on appuie cette terre avec le pied ; on recèpe apres le plantage à 4 centimètres (1 pouce 1/2) audessus du sol; on laisse la surface de la tranchée un peu en contre-bas, pour y retenir l’eau des pluies ; on couvre cette surface d’une bonne couche de fumier d’étable ; enfin, on a grand soin, par des binages et des labours fréquens, d'empêcher les mauvaises herbes d'envahir la plantation ; l’on remplace avec soin les individus qui n'auraient pas repris; on tient la haie serrée par des tontes qui ont lieu de chaque coté, et on l’arrête lorsqu’elle est arrivée à la hauteur qu’elle doit atteindre
ar une tonte horizontale, ou en contournant es bourgeons de la partie supérieure en ma:
nière de corde, un peu avant la cessation de leur sève.
Ondoitavoir soin, lorsque la haieest formée de plusieurs lignes, de placer les brins enéchiquier. On mêle quelquefois avec l’aubépine plusieurs sortes d’arbustes épineux, tels que le Prunellier (Prunus spinosa ; en anglais, Crabplum Stock), V'Epine à feuilles de potrier (Mespilus pyrifolia), VEpine écarlate (Mespulus coccinea) ; mais il arrive assez souvent qu’une végélation plus rapide dans l’un de ces arbustes influe défavorablement sur les autres, el empêche le bon effet qu’on aurait obtenu
de la plantation si l’on n’avait employé qu’une seule de ces variétés, toutes très-propres à former seules une haie de défense.
Un propriétaire qui s’est beaucoup occupé de clôtures en haies vives a fait, avec l’aubépine, l'expérience suivante :
Trois haies ayant été plantées en même temps, l’une fut soumise à la tonte par le haut et des deux côtés ; la deuxième, des deux côtés seulement ; et il laissa croître la troisième en toute liberté. A l’âge de 12 ans, ces haies présentaient entre elles une différence remarquable ; les tiges de la première étaient restées très-faibles comparativement aux deux autres ; la deuxième était impénétrable et parfaitement garnie depuis le sol dans toute sa hauteur ;la troisième était aussi trèsforte, mais le bas des tiges était complètement dégarni. Cette expérience, faite par un cultivateur très-capable, prouve que, toutes les fois que les circonstances le permettent, il est convenable de laisser croître les haies d’aubépine en pleine liberté, en se contentant
de les tondre régulièrement des deux côtés, |
AGRICULTURE : DES CLOTURES RURALES
2 fois par an, au mois de mai et à la fin d'août. On forme quelquefois des haies d’aubépine | en suivant une toute autre méthode. On place,
le plant sur un ou plusieurs rangs (fig. 508), |
en donnant alternati- Fig. 508.
vement aux individus une inclinaison opposée entre eux; on les réunitensuite, partout où lestiges se croisent, au moyen de la greffe sylvain ; la soudure s'opère promptement, et l’on traite chaque année de la même manière le prolongement des tiges, jusqu’à ce que la haie soit parvepue à la hauteur qu’elle doit atteindre.
des deux côlés Fig. 510, 511 et 509.
(fig. 510), ou seu- f2
lement d’un seul :
C'est à l’aide des ciseaux à tondre(f2.512),et des croissans (/9.543)
Fig. 512.
qu’on opère la taille des haies; cetteopération s'exécute très-promptenient, et l’on peut presque toujours en utiliser les produits pour la nourriture des bestiaux, ou au moins pour former de la litière.
S'il est incontestable que les meilleures haies de défense se font avec des bois épineux et surtout avec l’aubépine, il est également certain qu'on peut construire de trés-
! bonnes haies avec d'autres arbres ou arbustes?
La méthode Wesphalienne, fort recom-
mandée par les Allemands, ne diffère de la!
précédente qu’en ce qu’on n’emploie point la greffe; les tiges plantées et croisées, ainsi qu'il a été dit, sont fixées à une perche transversale qu’on élève successivement tous les ans, jusqu'à ce que la haie ait atteint toute sa hauteur.
On donne encore aux haies d'aubépine une
très-grande force, en coupant à demi les plus
grandes branches qu’on ploie successivement !
les unes sur les autres, en les entrelacantavec
celles qui restent; ces branches, ployées tou- :
tes dans le même sens, forment des traverses
horizontales d’où partent des jets nombreux | ( o! € l | haies, on fait des plantations, avec Pinten-
qui se mélent aux jets directs,et forment avec eux une défense vraiment formidable.
La tonte des haies est une partie essentielle de leur direction et de leur entretien; elle contribue beaucoup à leur bonne conservation; nous avons déjà dit qu’elle devait avoir lieu deux fois par an, en mai et en août.
Lorsque la haie envahit trop d'espace, il faut en outre, après quelques années et durant l'hiver, en diminuer le gros bois et rapprocher les branches, quelquefois mème recéper entièrement la haie lorsqu'elle commence à se dégarnir du pied. On donne en général aux haies une élévation qui varie de 1 à 2 mètres (3 à 6 pieds), et une forme pareille à celle représentée (fig. 509). Cependant, queiquefois on lui donne plus de largeur à la base
on emploie à cet effet le Ckarme, le Chéne, le Hétre, Y Orme, l'Erable ( Acer sylvestris), le Merisier (Prunus padus), le Bois de Saintce- Lucie (Prunus mahaleb ), le Buis (Buxus sempervirens), VIf (Taxus baccata), le Houx (Jlex aquifolium); et dans les terres très-humides, le Sureau (Sambucus nigra), plusieurs Saules et Osiers. Ces haïes se contiennent et se dirigent plus ou moins facilement au moyen de la tonte, et c’est une chose digne de remarque, qu'un chêne âgé de 20 ans n’occupe qu’un mètre carré daus une haie, tandis qu’à cet âge, lorsqu'il croît en pleine liberté, sa taille majestueuse atteint souvent une hauteur de 8 à 9 mètres; « c’est ainsi que l’esclavage rapelisse et dénature tous les êtres. »
Mais, lorsqu'il s'agira d’enclore une prairie, un pâturage, on ne doit pas perdre de vue qu'on doit éviter l'emploi des arbres dont les troupeaux aiment à brouter le feuillage, parce qu’à force d’écourter les pousses, 1ls finiraient par détruire entièrement la haie.
Quelquefois, au contraire, on conslruit des
tion d’en employer les feuillages et les jeunes branches à la nourriture des animaux de la ferme ; les arbres et arbustes les plus favorables, lorsqu'on a cette destination en vue, sont : lAcacia (Robinia pseudo-acacta), si l'emplacement ne donne pas lieu de craindre l'influence de ses racines traçantes; le Mürier blanc (Morus alba), où le M. multicaule (M. multicaulis), dont le feuillage pourra aussi servir à là nourriture des versa-soie; l’4jonc (Ulex europæus), le Genét d'Espagne (Spartium junceum ), le Baguenaudier (Colutea arborescens), la Luzerne en arbre (Medicago arborea), le Fréne, VOrme, le Bouleau, le Saule, et tous les arbres et arbustes enfin dont le feuillage plait aux animaux
cHAP. 14°
domestiques et peut contribuer à l’augmentation de leur fourrage.
Il est d'autres haies qu’on nomme aies fruitieres, à cause de la nature des arbres qui les composent, et qui sont susceptibles de donner un produit par leurs fleurs ou leurs fruits; ce sont principalement, plusieurs espèces de Pommiers, de Poëriers, d’Alisiers ou Cormiers (Cratægus), le Sorbier (Sorbus avium), l’Epine -vinette (Berberis vulgaris), le Noisetier(Corylus avellana), le Néflier(Mespilus germanica), le Cognassier (Pyrus cydonia), le Framboisier( Rubus idæus), plusieurs espèces de Rosiers (Rosa), les Groseilliers à grappes et à maquereau (Ribes rubrum et uva crispa), le Prunier de mirabelle, le Pommier d’apis, les Müriers, la Vigne, et, dans le Midi, Je Figuier, l'Olivier, etc.On reviendra sur les
haies fruitières et fourragères dans les arti-.
cles qui‘traitent des fourrages et des vergers agrestes, el nous y renvoyons.
11 arrive assez souvent que pour rendre les haies plus productives, on y place, de distance en distance, des baliveaux ou arbres fruitiers et forestiers (ffg.514).Sans proscrire
Fig. 514.
4) V0 cet usage, qui peut quelquefois accroitre
localités, du prix de la main-d'œuvre, de celui du plant, mais encore d’après les soins qu’on apporte à l’établissement de la clôture et le genre qu’on adopte. Nous citons comme exemple la récapitulalion suivante de la dépense de formation d'une haie en Ecosse, lorsqu’on ne néglige rien pour sa perfection, et d’après plusieurs Mémoires couronnés, en 1834, par la Société de la haute-Ecosse : ce relevé offrira en même temps le tableau de tous les travaux à exécuter ;
Tranchée de 800 pieds de longueur sur
4 pieds de large et 1 pied 1/2 de fr. c.
PR CR NT. “07 S'N50 Fossé de 3 pieds 1/2 d'ouverture,
1 pied 1/2 de profondeur et 1 pied 1/2
delrpearaufônd: + . . . . . 10!»
1 Charge 1/2 d'engrais, à 3 fr. la
5 |, . +. 2460 1000 plants, si l’on fait la haie dou-
ble, en les plaçant à 7 pouces de dis-
tance; 800 placés de 4 à 5 pouces, si
la haie est simple, environ. . . . 25 »
A revorter. 43 »