‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 284 sur 357 · C. Variétés a grains rouges · texte numérisé non relu

C. Variétés a grains rouges

21. Maïs rouge. — L’égrenage de 100 épis donne 30 livres de grains, et les 23 litres pèsent de 45 à 46 livres. Cette variété, ainsi qu’une sous-variété qui, à la couleur près, se confond avec le maïs à poulet, sont, l’une et l'autre, très-robustes, et mürissent facilement dans les pays tempérés.

22. Mais jaspé. — Le produit de 100 épis est de 17 livres, les 23 litres pesant 46 à 47 livres. La maturité de son grain devance d’une semaine celle du maïs precédent.

$ III. — Choix du terrain et du climat.

A ne considérer le maïs que dans ses rapports avec la culture française, le choëx du terrainn'est plus qu’une question secondaire, tandis que celui de la latitude en devient une de première importance. — En effet, cette céréale, qui aime de préférence un sol argilo-sableux et frais dans le midi, sablo-argileux et facile à échauffer vers le centre, s’'accommode cependant des terres de toute nature, pourvu qu'elles soient suffisamment ameublies etconvenablement fumees. On voit mürir le maïs dansles plaines quartzeuses de la Nouvelle-Jersey ; dans le terriloire de Carthagène, en Colombie, op humide pour que l'orge et le froment y viennent bien; dans les terres arides de la Carinthie, siluées entre Trévise et Bassano. J'ai vu cetie plante prospérer au milieu des plaines sablonneuses qui longent l’Adour. Au pied des Pyrénées, les Basques l’ontacclimatée dans le sol pierreux qu’ils

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habitent. Au-delà de ces monts, sa culture s’accommode des débris de granit et de schiste quiencombrentleterrain.On l'observesur les montagnes du Béarn, à une hauteur approximative de 3,000 pieds. Je l'ai vue réussir aussi dans des terres graveleuses de l'Alsace, dans les terrains séliceux du pays de Baden eldans l'ardoise décomposée de quelques vallées de Maurienne. En France, il serait facile d’ajouter à la masse de semblables faits, en prenant pour point de départ, au sud, les boulbènes et les terres forts du Languedoc ou de la vallée de la Charente, et, au nord, {es sables blanchätres d’une partie de la Sarthe, où le maïs et le sarrasin semblent seuls, à côté des pius, pouvoir donner des produits quelque peu avantageux.

Quant au climat propre à la culture du maïs, on avait cru autrefois pouvoir tracer ses limites approximatives, par une lignetirée obliquement à l'équateur, de la Garonne au Rhin, de sorte qu'a l’est du royaume, cette céréale se serait approckiée du 49° degré de latitude nord, tandis qu’à l’ouest, elle n’aurait guère dépassé le 45°. — Mais on s’est aperçu depuis qu'on avait gratuitement refusé à cette dernière partie de la France un avantage dont elle peut jouir tout aussi bien que l’autre, et dont elle jouit en effet, puisqu'on cultive le maïs assez en grand pour l’engraissement des porcs et des volailles, jusqu’au nord des départemens de la Sarthe et de la Mayenne.—Il y a quelques années, la Societé d’horticulture de Paris chercha à étendre la culture du maïs aux environs de cette ville, et son zèle ne fut pas sans récompense.lli est désormais hors de doute que, dans les années favorables, et en faisant choix des variétés, sinon les plus productives, au moins les plus précoces, on doit en espérer des récoltes avantageuses dans le département de la Seine. Malheureusement, ainsi posée, la question agricole ne peut être considérée comme résolue. Car, d’une part, il ne suffil pas au cultivateur d'obtenir accidentellement de bons produits; et, de l’autre, lors même que ces proäuiis ne seraient pas aussi casuels qu’ils le sont, il faudrait examiner encore si leur abondance et leur valeur les mettraient au-dessus de tous ceux qu'on pourrait demander dans les mêmes circonstances,en même terrain. — En définitive, quoique nous voyons qu'il soit susceptible de mürir ses épis, presque sur les cinq huitièmes de la France, nous ne pensons pas que le maïs devienne jamais, sous le 49° degré, l'ob- Jet d’une culture éminemment productive.

$IV.— De la préparation du terrain.

On concoit, d'après ce qui précède, que cette préparation doit étre infiniment variable, puisque l’une des premières conditions de succès étant que la terre soit suffisamment ameublie, le nombre des labours change selon sa nature, et il devient impossible de le préciser. — Il est telle localité où, comme en Lorraine, on en donne 3: le 1‘ avant l’hiver, le 2° au printemps et le 3° directement avant la semaille. — Dans d’autres, comme la Bourgogne, la Bresse, etc.,on eu donne 2: le 1°* en décembre, le 2° à l’épo-

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que dessemis;— enfin, il n’est pasrare qu'un seullabour suffise, mais alors ce ne peut être que dans un sol naturellement léger; car ce labour, servant à la fois à enterrer le fumier, à préparer la couche labourable, et à recevoir la semence, doit être peu profond, afin que les racines coronales puissent atteindre les engrais à mesure qu'elles se développent.

Si l'épaisseur de La terre végétale était habituellement de 10 à 11 pouces (27 à 30 cent.),on obtiendrait ainsi des produits infiniment plus abondans que lorsqu'elle n’est que de7 où 8 po. (19 à 22 cent.). Mais il est bon de se rappeler ce qui a éte dit ailleurs, que la profondeur des labours doit toujours être proporiionnée à la quantité d'engrais. — Le maïs se trouve toujours assez bien de leur abondance, et s’accommode parfaitement de leurs diverses sortes.—Il vient fort bien sur défriches.A mesure que les Européens ont pénétré dans les deux Amériques, sur les débris encore (umans des vieilles forêts, ils ont commencé leurs cultures par des semis de cette plante. — Les Brésiliens, sans aucun labour préparatoire, Jettent les graines, pour ainsi dire, au milieu des cendres. — Aucuneautre plante, si ce n’est la pomme-de-terre, ne réussit aussi bien aprè: un écobuage. — Enfin, de toutes les céréales, c’est, ainsi que le démontre la pratique du Midi, celle qui peut succéder, peut-être avec le moins d’inconvénient et le plus de succès, au froment.

$ V.— Du choix et de la préparation des semences.

Le maïs, ainsi que le froment, conserve sa propriété germinative plus longtemps qu’on ne le croit généralement. Des expériences que J'airépétées sur plusieurs points, démontrent qu’en certaines circonstances, il peut germer après 10 el mème 12 ans; néanmoins, je regarde comme profitable de préférer les grains de l’année précédente à ceux de 2, et, à plus forle raison, de 3 ans.— Une autre précaution recommandée, et généralement suivie chez les bons cultivateurs,c’est d'éviter deprendre ceux qui avoisinent la base et la sommité de l’épi, parce qu'ils sont toujours moins bien formés et moins gonflés de la substance farineuse qui doit fournir à la première nourriture de la jeune plante.

Le maïs étant sujet au charbon, Bosc avait proposé de chauler les semences avant de les meltre en terre. Depuis que cet agronome concevait l’espérance de voir ainsi diminuer la cause première du mal, quelques faits ont paru justifier isolément ses prévisions.

De nouvelles expériences auraient donc chances de succès.

La submersion des semences dans un liquide qui puisse les ramollir et les disposer à une plus prompte germination, est surtout favorable au maïs lorsque la terre est sèche ou lorsqu'on emploie des grains surannés, parce que ces derniers, toujours plus longs à germer que d’autres, courraient les risques de pourrir, sans une semblable précaution, qui active de plusieurs jours là sortie de leur germe. Cependant elle n’est utile qu’autant que la terre est suffisamment réchauffée pour que la germination ait lieu immédiatement; aultrement, elle serait plus nuisible qu’avanta-

geuse. — L'eau pure, élevée un peu au-dessus de la température atmosphérique, à l’aide du soleil, nous a toujours paru suffire à cette opération.

$ VI. — De l’époque des semis, et de la quantité de graines employées.

Dansles déparlemens méridionaux,comme en Piémont, on séme le mais à deux époques différentes : au printemps, depuis la mi-avril jusqu'au milieu de mal; — au commencement de l'été, depuis le mois de juiv, pour succéder à une récolte de printemps ou remplacer une culture détruite par la grêle, jusqu'après la récolte du seigle et même du froment. Dans ce dernier cas, je préfère à tout autre le maïs quarantain ou à poulet.

Pour les départemens du centre, il faut attendre qu’on n'ait plus rien à craindre duretour des gelées et que la terre soit échauffée plus qu'elle ne l’est d'ordinaire dans le couraut d'avril. — Les semailles tardives entrainent, à la vérité, des récoltes tardives ; mais des semis faits à contre-temps, lorsqu'ils ne compromettent pas le succès de la culture, contribuent bien peu à avancer ses produits, puisque les graines ne lèvent que lorsqu’elles trouvent dans le sol unelempéralure convenable. :

Pour indiquer la quantité de graine que comporte une étendue de terrain déterminée, il faudrait, non seulement être fixé sur le mode de semis et la qualité du terrain, mais sur la dimension que doit prendre individuellement chaque touffe, selon la variété à laquelle elle appartient. — Dans le Piémont, où la culture du maïs est très-perfectionnée, lorsqu'on sème à la volée la variété n°1, on répand la moitié d’une émine (11 à 12 litres) par arpent. — Il y a peu d’inconvénient à semer plus épais, parce que les plantes surabondantes servent à nourrir le bétail et donnent ainsi un produit souvent bien supérieur à la légère augmentation des dépenses et de maind'œuvre, occasionée par l’excédant de semences et par l'arrachement.

& VII. — Des diverses manières de semer.

On en connaît deux principales : 1° celle dont nous venons de parler, qui consiste à répandre les grains à la volée et à les recouvrir à la herse, méthode regardée comme décidément vicieuse, parce qu'elle donne des résultats irréguliers, et parce qu'elle s'oppose ultérieurement à l'emploi, pour le binage et les butages, des instrumens nouveaux qui simplifient à un si haut point ces importantes opérations ; — 2° celle qui a pour résultat l’espacement régulier des plantes en lignes parallèles.

Ce dernier mode de semailles comprend les semis sous raies, les semis en sillons, ceux au plantoir ou à la houe,et ceux au semoir.

Poursemer en rayons, sous raies, Un homme préeède la charrue lors du dernier labour; il dépose, à des distances à peu pee régulières, déterminées par le choix de la variété du maïs, deux ou trois graines à chaque fois, sur l’arête du dernier sillon, de manière que

AGRICULTURE : DES CEREALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE. xaiv. 1°

la charrue qui le suit les recouvre à une fai ble profondeur. — Quelquefois on laisse un ou deux sillons vides entre chaque rang, pour obtenir tout de suite l’espacement convenable; — d’autres fois, afin de se ménager du fourrage, on sème sur tous les sillons.

Pour semer en sillons, le semeur suit la charrue, et, au lieu de laisser tomber les semences sur l’arête du dernier sillon, 1l la dépose avec la même régularité au fond de la pelite raie formée par la jonction de ce même sillon et de celui qui l'a précédée. — Dans ce cas, on recouvre avec le dos de la herse.

Pour semer à la houe, on fait de petites fosses en quinconce avec cet outil ; et si le terrain n'a pas été préalablement fumé, on jette au fond, avant de placer les deux ou irois grains, une pelletée d'engrais ou de compost. — Dans plusieurs cantons de l'Amérique méridionale, et, à leur exemple, dans plusieurs endroits voisins des Pyrénées, on ne laboure pas la totalité des champs destinés au maïs, on fait seulement 2traits de charrue par chaque 3 pieds, et on les coupe à angles droits par deux autres traits semblables ; c’est dans les points de Jonction de ces traits qu'on creuse à la bêche ou à la houe un trou d’un 1/2 pied carré, daus lequel on met une poignée de fumier et des grains de maïs.

Pour semer au plantoir, comme on le pralique aussi en Amérique, et fréquemment en Piémont dans la pelite culture, on a recours à un plantoir à une ou plusieurs pointes (voy. page 222), pour faire les trous à des distances égales, dans le sens des sillons ou le long d’un cordeau;on introduit dans chaque trou deux ou trois graines, et on les recouvre aussitôt avec le pied.

Enfin, quand on fait usage du semoir, comme il y a un incontestable avantage à le faire partout où l'on possède une de ces machines, qui peut à la fois rayonner, ouvrir le sol, répandre l’engrais, semer et recouvrir, on met ? ou 3 grains, par pied de longueur, dans laligne.—Plus tard on éclaircira, de manière que chaque touffe des grandes variétés se trouve à environ 3 pieds en tous sens de la voisine ; — les variétés moins élevées doivent ètre beaucoup moins espacées. Du reste, nous répétonsque Îa distance doit varier, non seulement en raison de l'espèce qui fait l’objet du semis, mais aussi par suite de la quanlité et de la fécondité plus ou moins grande du terrain. — En arrachant progressivement les pieds qui se trouveraient de trop, il faut avoir soin qu'à toutes les époques de leur croissance, les autres puissent jouir complètement de l'influence de l'air et de la lumière.

Une précaution générale, que nous n'avons pas encore trouvé l’occasion de recommauder, relativement aux semis de maïs, c’est de ue pas les faire trop profondément, dans la crainte d'occasioner la pourriture d’une partie des graines, surtout dans les terres coinpactes et un peu humides, ou lorsqu'on sème de bonne heure. — Une couverture trop épaisse compromet la réussite de beaucoup de semences; elle retarde sensiblement la levée de toutes. — On regarde qu’un pouce au plus dans les terres fortes, un pouce et demi

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dans les terres légeres, sont la profondeur convenable.

$ VIII. — Des cultures d'entretien du maïs.

Lorsqueles jeunes pieds de maïs ont atteint quelques pouces de hauteur, qu’ils montrent leur 3° ou 4: feuille, ordinairement vers le commencement de juin, or procède à un premier binage, soit à la main (voy. pag. 226 et suiv.), ce qui peut paraître préférable à cette époque de la végétation, soit à la houe à cheval (voy. pag. 228 et suiv.). Pendant l’opération, 1l faut avoir soin d'éviter de recouvrir la tige, ce qui pourrait la faire pourrir, surtout s'il entrait de la terre dans Île cornet. — On commence à éclaircir les pieds trop rapprochés; — on en repique, où on sème de nouveau dans les places vides. Si on préfère lepremiermoyen,quoiquele pluslong, pour en obtenir les merlleursrésultats possibles, on fera bien, à l’aide d’unehoulette, d’arracher les jeunes plants de repiquage en mottes. Encore, malgré cette précaution, éprouveront-elles sur les autres un retard marqué. — Si l’on choisit l’autre moyen, que nous avons trouvé généralement préférable, on doit semer le maïs quarantain ou toute autre variété assez précoce pour alteindre la maturité du premier.

La seconde facon se donne 15 ou 20 jours après la.première, à la charrue à deux versoirs. dite cullivateur. Elle procure à la fois un binage, un sarclage et un butage parfaits, qui a pour but, moins encore d’affermir la plante que d’ajouter à sa vigueur par suite de la sortie des nouvelles racines. — A cette époque, on supprime les tiges latérales qui poussent du collet, et qui affameraient la tige principale sans donner en compensation des produits suffisans. — C’est aussi le moment d'achever d’éclaircir. Les pieds de maïs ayant acquis 15 ou 18 pouces peuvent être utilisés à l’étable.

Dans quelques localités, avant de buter, on est dans l’usage de déposer au pied de chaque touffe un supplément d'engrais pulvérulens ou liquides. Sur les sols de consistance moyenne et wn peu frais,le noir animalisé etla poudrette produisent, de cette sorte, de puissans effets.— Les Lucquois emploient les matières fécales délayées dans l’eau. C’est à cet arrosemeut distribué avec parcimonie au pied de chaque plante, qu’ils doivent ces abondantes récoltes de maïs quarantain qu'ils retirent des terres où ils ont semé ce grain aussitôt que le blé en a été enlevé.

Presque partout on neglige un troisième binage, parce que, une fois que fe maïs couvre suffisamment le terrain, il y a beaucoup moins à redouler la croissance des mauvaises herbes, et parce que les butages perdent de leur importance à mesure que la végétation approche de sa fin. Cependant, vers l’époque de la floraison, une dernière façon, moins profonde que la précédente, est añsez souvent profitable lorsqu'elle peut s’'executer à peu de frais.

Peu de temps après la- fécondation, on casse, dans beaucoup de lieux, la sommité des tiges de maïs pour les donner aux bestiaux. Sans doute il y a quelques inconvé-

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