‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 309 sur 357 · DES LENTILLES · texte numérisé non relu

DES LENTILLES

À, te.

courbé et creusé de deux fossettes au-dessus de l'onglet ; — des ailes obtuses; — un légume oblong, contenant de 2 à 4 graines plus ou moins comprimées.

On cultive en grand deux espèces et trois variétés de lentilles : a grande ( Ervum lens major ), la petite ou lentillon ( Ervum lens miñor),el la Lentille à une fleur (Ervum monanthos ).

1. La grande Lentille \ fig. 611 ) est une des plus cultivées. On l’ap- Fig. 611. porte abondamment sur les marchés de Paris, des sables quartzeux des environs de Rambouillet, des sols volcaniques du Puy, et des terres calcaires et légères du Soissonnais. Le grain de cette lenlille est de couleur blonde, fortement comprimé et large d'environ 3 lignes (0 007 ).

2. La petite Lentille, Lentille à lareine, Lentille rouge fig. 612), est plus petite de près de moitié que la précé- Fig. 612.

dente. Ses grains, plus bombés et plus colorés,sont regardés dans Deaucoup de lieux comme plus délicats. C’est cette variété qui, sous le nom de /eztillon, est cultivée le plus fréquemment dans les champs comme fourrage, quoique l’autre soit également propre à la même destination.

3. La Lentille uniflore, assez répandue dans le Loiret, sous le nom impropre de Jarosse, et dans le Roussillon sous celui de petite Lentille,diffère essentiellement des autres lentilles, par ses stipules dont l’une est linéaire et entière, tandis que l'autre est beaucoup plus grande et divisée en 6 ou 7 lanières grêles et profondes. Les 3 ou 4 grains de la gousse sont irrégulièrement sphériques (Jig. 613). Cette espèce est cultivée comme fourrage et pour Fig. 613.

ses fruits.— Nous verrons, en parlant des prairies, qu’elle offre une précieuse ressource sur les terrains sableux les plus médiocres.

Toutes les lentilles sont des plantes pro-

res aux assolemens des terres légères ; elles redoutent latrop grande humidité plus qu’elles ne craignent la chaleur. Aussi croissentelles beaucoup mieux que les fèves, les pois même et les haricots, sur les sols sablonneux d’assez médiocre qualité; sur les terrains sablo- calcaires ou calcaro-sableux, peu susceptibles de donner d’autres produits aussi avantageux.

On les séme ordinairement comme cultures jachères, sur un ou deux labours, tantôt en augets ou en touffes de la manière que jai indiquée pour les haricots; tantôt ex rayons ou en lignes, tanlôt enfin à la volée.

Les deux premières méthodes sont particulièrement applicables aux cultures de lentilles dont on veut récolter les graines. Les semis en quinconce, par touffes, qui se font nécessairement à la main, ainsi qu’on l’a dès long-temps remarqué, ont non-seulement l'inconvénient d’être lents et par conséquent peu praticables en grand, de rendre les binages à la houe à cheval impossibles et les autres plus difficiles, mais

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encore de réunir ou plutôt d’accumuler sur un seul point, contre tous les principes de la végétation, un nombre plus ou moins considérable de plantes qui s’affament else privent réciproquement des influences bénignes de Pair et de la lumière. — Les senus en lignes sont donc préférables. On les fait derrière la charrue, au fond du dernier sillon qu’elle vient de tracer, et en laissant successivement un sillon sur deux sans grains.

Un homme qui suit le semeur recouvre à l’aide d’un léger ràteau, si mieux on n’aime le faire à la herse de branchages, qui remplit le même but plus économiquement et souvent avec une perfection suffisante. — « Le résultat des expériences comparatives que nous avons faites de la méthode ordinaire et

de celle qui vient d'être décrite, écrivait no-

tre savant confrère YvarT, a été, en faveur de la dernière, économie de semence, Céiérité et régularité dans les travaux, diminution de frais,augmentation de produits; et la terre laissée dans un état de netteté et d’ameublissement très-favorable aux cultures subséquentes. Nous ne saurions en conséquence trop la recommander... »

Le lentillon, cultivé comme fourrage, se sème presque toujours à la volée, à raison de 150 litres environ par hectare. Assez souvent on le mélange à une petite quantité de seigle pour le soutenir. En pareil cas, on peut réduire d’autant la proportion de la semence.

Les cultures de lentilles réservées pour leurs graines, soit qu’elles se pratiquent en augets ou en rayons, exigent une quantité moins considérable de semence.

Les semis commencent, sous le climat de Paris, dans la dernière quinzaine d’avrii. La lentille à une fleur se confie seule à la terre en automne. Elle résiste très-bien au froid.

La culture d'entretien des lentilles semées à la volée se borne assez souvent à des sarclages répétés. Cependant cette plante se trouve à merveille des binages qu’on ne manque pas de lui donner lorsqu'on le peut. De là le grand avantage des semis en lignes, toutes les fois du moins qu'on vise à la récolte des graines.

Le moment favorable pour récolter les Lentilles est celui où les feuilles inférieures se détachent d’elles-mêmes de la tige, et où les gousses prennentune teinte roussätre. Onles arrache alors ; — on les laisse sécher par petites bottes, et on les bat au fléau au fur et à mesure de la consommation qu’on en fait dans le commerce.

Indépendamment de Za graine de lentille, qui a toujours une assez grande valeur, on ne doit pas perdre de vue que son fourrage vert ou sec est un des plus nourrissans connus. À l’état de paille, beaucoup de personnes le considèrent encore comme préférable au meilleur foin. Aussi la culture des lentilles peut-elle être considérée assezsouvent comme une des plus productives sur les sols médiocres.

SECTION vi. — De quelques autres plantes de la méme famille.

Le Pois chiche (Cicer arietinum) { fig. 614)est une plante légumineuse, voisine des lentilles,

dont il se distingue surtout par son légume ovoide, renflé, vésiculeux et renfermant une ou deux graines arrondies, parfois raboteuses,sur lesquelles la place occüpée par la radicule est plus ou moins proéminente.

Le Pois chiche, garvance ou cicerole, cultivé exclusivement dans les jardins du centre de la France, l’est beaucoup plus en grand dans le sud de ce même pays et de l’Europe. — Il se fait en Asie et en Afrique une consommation considérable des grains de ce végétal, soit rôlis et encore chauds, soit bouillis el diversement préparés. Dans plusieurs de nos départemens méridionaux on les mange en purées,et on les utilise, chez les restaurateurs, pour préparer les potages aux croûtons, justement renommés par leur délicatesse. — Les fanes du pois chiche sont un excellent fourrage.

Dans les contrées où la température des hivers ne s’oppose pas à la culture en grand du cicer, on le sème en automue, le plus souvent à la volée et sur un seal labour. — Plus au nord, on ne peut le confier à la terre qu’au printemps, aussi son produit y est-il de beaucoup inférieur. — On le récolle à la manière des lentilles.

La Vesce blanche ( Vicia sativa alba, ou lentille du Canada, est une variété qui se distingue de l'espèce la plus ordinairement cultivée comme fourrage parla couleur blanche ou blanchitre, et la grosseur plus considérable de ses grains. Dans plusieurs cantons. les habitans de la campagne les mangent en

urée, ou mêlent en petite quantite sa farine a celle des céréales, pour en faire du pain.

— La vesce blanche n’en est pas pour cela moins bonne à faucher en vert. Ses usages sont donc multiples, et sous ce point de vue je crois qu’on devrait la préférer à l’autre. J'en ai vu souvent dans l’ouest de fort beiles cultures. (Foy. l'art. Prairies.)

La Gesse cultivée ( Latyrus sativus ), ou lentitle d'Espagne, est aussi cultivée pour son fourrage et pour sa graine, que l’on mange tantôt en vert, comme les pelits pois, tantôt en purées. — Dans plusieurs cantons du midi de la France, les cullivateurs pauvres s'en nourrissent pendant une partie de l'année.

— Les enfans la mansent grillée; — en cet état, après avoir été réduite en poudre, on en fait des infusions analogues à celles que l’on obtient du lupin, de l'orge, de la chicorée, etc.

La Gesse blanche est une variété de la precédente.

La Gesse chiche (Latyrus cicera), est une espèce voisine qu’on cultive en Espagne, et dont, sous le nom de petits pois chiches, on estime beaucoup les grains.

Les gesses comme les cicers sont des plantes du midi; leur culture est la mêmie, c’est-à-dire qu'on les sème en automne, partout où l’on n’a pas à redouter les effets de l'hiver, el au printemps, lorsqu'on peutcraindre les gelées. (Foy. l’art. Prairies.)

Le Lotier comestible croit dans le midi de l’Europe et sur plusieurs points du nord de l'Afrique. En Egypte on mange, dit-on. ses

Fig. 614

gousses remplies, avant leur maturité, d'une pulpe sucrée, d'un goût analogue à celui des petits pois. On peut aussi appliquer au même usage le Lotier cultivé (lotus corniculatus).

Il serait possible d'ajouter encore à ce chapitre quelques autres plantes légumineuses

DES POMMES-DE-TERRE

dont on peut ou pourrait, en cas de besom, manger les graines. Mais aucune, à ma conpaissance, n’a sous ce rapport assez d'importance pour trouver place dans un livre plutôt pratique qu’historique.

Oscar LECLERC-THOUIN.

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