‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 308 sur 357 · DES POIS · texte numérisé non relu

DES POIS

La question de donner ou de ne pas donner d'engrais aux cultures de pois se rattache à la place qu’elles occupent dans les assolemens.

— Dans l’assolement triennal, il est des lieux où cette plante remplace la jachère En pareil cas, il faut fumer abondamment si l’on ne veut voir diminuer les produits de la céréale suivante. Il faut aussi ne pas ramener les pois trop souvent, et faire en sorte que leur récolte ait lieu assez tôt pour permettre de donner au sol les facons nécessaires. La grande quantité d'engrais, en ajoutant à l'abondance ou plutôt à la longueur des fanes, diminue peut-être parfois la proportion des graines. Toutefois nous devons constater ici que, lorsqu'on peut user des amendemens calcaires, on profite de l’avantage sans encourir l'inconvénient, par suite de la propriété remarquable de la chaux à ses divers états, de rendre la terre plus grainante. D'ailleurs, sur un sol de qualité moyenne, les pois qui ont été fumés ont toujours la supériorité en grains comme en üges.

THarr affirme que de nombreux essais comparatifs lui ont donné la preuve que le fumier, soit consommé, soit frais et pailleux, répandu sur le sol après l’ensemencement, est non seulement plus avantageux aux pois semes sur une glaise sableuse que si on l’eût enterré avec le labour; mais aussi plus favorable à ia recolte de grains d'automne, qui vient après ces pois. On peut encore enterrer le fumier avec la semence, par un seul et même labour.

La dis aille réussit fort bien sans engrais, et, le plus souvent, à l’aide d’un seul labour sur toute espèce de défriches, de prairies naturelles ou artificielles, de bois; etc., ou après une culture sarclée et fumée. On voit par le premier fait qu’elle n’exige pas une préparation bien soignée ; cependant, je l'ai toujours vue mieux végéler sur les terres fortes, après deux labours qu'après un seul, et je crois pouvoir affirmer d'une manière absolue qu'elle est loin de redouter un sol profondémentameubli.

SIT. — Du choix, de la quantité de graines et du mode des semis,

On sait que les larves des Bruches (Bruchus) altaquent la partie farineuse des pois avec une grande voracité. Quoique leurs ravages pe s'élendent pas toujours jusqu’à l'embryon, et qu’en pareil cas les graines, à moitié rongées,soient susceptibles dé germer à peu près aussi bien que les autres, il serait peu prudent de choisir sans examen, pour la semence, des pois qui auratent élé longtemps exposés aux atteintes de ces insectes destructeurs. — Il serait peu prudent aussi, bien que les grams conservent leurs propriétés germivatives plus longtemps qu’on ne le croit généralement, de ne pas préférer ceux de la dernière recolle, attendu qu’ils lèvent plus promptement et qu'ils donnent des produits plus vigoureux, toutes circonstances restant les mêmes, que les pois plus vieux, fussent-ils encore intacts.

. Les pois des champs s’élevant presque tou- Jours sur une seule tige, et leurs graines

étant d’ailleurs avidement recherchées par les pigeons, on a recommandé avec raison de les répandre plutôt épais que ciatr.Celle précaution est surtout nécessaire lorsqu'on les sème sur raies, ce qui est le plus ordinaire, et qu’onles enterre par conséquent à la herse. — Dans ce cas, on peut considérer le plus souvent 2 hectolitres comme insuffisans. La quantité varie jusqu’à près de 300 litres. — Il ne faut pas perdre de vue, cependant. que le semis doit être moins dru quand on vise à la récolte sèche, que quand on ne veut obtenir qu'un fourrage fauchable en vert.

Hors des jardins et des environs des grandes villes où l’on cultive les pois spécialement pour la nourriture des homes, on les séme habituellement à la volée, du moins en France; car, ex Angleterre, 11 n'est pas rare de les voir cultiver er lignes, tantôt à la charrue, alors on en répand les grains de 2en ? sillons, de la même manière que pour les fèves; —tantôt au semoir ; —tantôt, enfin, au plantoir, quoique ce dernier moyen soit peu usilé.

Mais ces divers procédés sont peu applicables au pois champétre; que l’dn considère chez nous comme une culture étouffante, et que, par conséquent, on a intérêt à voir couvrir entièrement le terrain. Si l’on voulait faire jouir le sol des binages d’une culture sarclée, sans renoncer à celle des pois, on devrait alors choisir une variété mieux disposée à former touffe. Dans les terrains légers, une des meilleures méthodes de cultiver les poisest, après avoir répandu le fumier à la surface du champ, de les semer à la volée et de les enterrer à la charrue, à une profondeur d'autant plus grande que là couche labourable présente moins de consistance. — Dans ces sortes de terres, on ne doit pas redouter de recouvrir de 4 à 5 po.

On peut commencer les semis de pois dés que les fortes gelées cessent d’étre à craindre. — J'ai indiqué une bisaille d’hiver qui mérite d’être connue, surtout dans le midi, où les récoltes de printemps manquent si souvent, faute de pluies suffisantes. Il est hors de doute, cette circonstance même à part, que les semis d'automne seraient plus productifs. Ceux de printemps doivent rarement être différés, versle centre de la France, plus tard que la première quinzaine de mars.

$ IV. — Culture d’entretien et récolte.

Partout où les pigeons sont abondans, on est dans l'usage de faire garder les semis de pois jusqu’après la levée. Une fois que les Jeunes tiges ont pris un cértain développement, on ne leur donne plus aucun soin jusqu’à la récolte

On fauche la bisaille aussitôt qu’une moitié environ de ses gousses sont arrivées à maturité. Si on attendait plus longtemps, beaucoup de graines se perdraient par un temps sec, où pourriraient au bas des tiges par un temps humide. D'ailleurs, es fanes

roduisent ur fourrage d’autant plus succu-

ent qu'elles contiennent encore quelques sucs séveux lorsqu'on les coupe. J’ajouterai

AGRICULTURE : DES LÉGUMINEUSES A SEMENCES FARINEUSES. xav. 1#.

que si les gousses dela sommité dela plante ue sont point assez müres pour s'ouvrir lors du battage, elles ajoutent à la qualité nutritive de ce fourrage, considéré à bon droit comme un des meilleurs qu’on puisse donner, même en sec, à tous les bestiaux.

On bat les pois gris, tantôt au fléau, taniôt à l'aide de simples gaules qui les égrènent fort bien lorsqu'ils sont assez desséchés pour se détacher facilement de leurs gousses. Un soleil ardent facilite beaucoup cette opération, — On vanne ensuite, pour séparer les graines des fragmens de cosses et des nombreux débris de feuilles, auxquels ils sont mélés.

$V.—Des autres variétés de pois cultivées en grand.

Les semis de pois de primeur, qw’on cultive sur d’assez grandes étendues de terrain, surtout aux abords des grandes villes, pour en utiliser les produits à la nourriture des hommes, diffèrent de ceux de la bisaille en ce qu'ils ne se font presque jamais à la volée, mais bien ez touffes ou en rayons. D'une et d'autre manière, quoique la quantité de semence soit réduite d'environ moitié, le produit augmente cependant à peu près dans la même proportion, tant est grande l'influence de l'air et de la lumière solaire sur le plus grand développement de chaque touffe. — En général, les semis en rayons me paraissent préférables, non seulement parce que je les considère comme les plus productifs, mais parce qu’ils permettent les binages à la houe à cheval, binages que l'on doit souvent répéter plusieurs fois, jusqu’à l’époque de la première floraison.

En divers lieux, or butte aussi les pois, de manière à leur tenir le pied plus frais et à les empêcher de se coucher.

«Autour de Paris, la culture des pois de primeur en grand est l’objet d’un produit de première importance, puisqu'on en a évalué le résultat, dans une bonne année, à un million de francs. Ce sont toujours les terrains sablonneux qui y sont consacrés. On lahoure à la charrue ou à la houe, mais plus souvent avec ce dernier instrument, pour pouvoir faire des ados en plan incliné du côlé du midi, ados auxquels on donne 2 pieds de large, et sur chacun desquels on pläce trois rangs de pois, dès la fin de janvier ou le commencement de février, et de 8 jours en 8 jours. — Pour expédier un grand semis en peu de temps, une femme accompagne l’homme qui fait les trous, et jette 5 à 6 pois dans chaque trou, que l'homme recouvre avec la terre qu’il tire du trou suivant. Il en est de même quand on sème à la charrue, c’est-à-dire qu’une femme suit le laboureur et fait tomber des graines à peu près de 4 pouces en 4 pouces, graines qui sont recouvertes par laterre du sillon suivant. Dans ce cas, il faut donner peu d’entrure à la charrue. — On étend sur le semis, ou au moins sur chaque touffe, force boues des rues de Paris, conservée de l’automne précédent. — On bine deux où trois fois le pied des pois, et on pince. Le succès de la récolte dépend beaucoup de la succession des pluies et des chaleurs; le froid, la sécheresse et les pluies

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cap. 16°,

trop prolongées leur étant également contraires. — Jamais, à raison de la dépense, on ne rame les pois de primeur cultivés en plein champ, mais on a soin de les espacer de manière qu'ils ne se génent point, ou peu, en rampant. D'ailleurs, comme les premiers petits pois se vendent dix à douze fois plus chers que les derniers, et qu’ils ne coûtent cependant pas davantage de frais de culture, non seulement on les sème le plus tôt possible, mais onles pince dès qu'ils ont deux ou trois fleurs, ce qui les empêche de s'élever beaucoup au-delà d’un pied. » Bosc, Cours complet d'agriculture théorique et pratique.)

Comme on vient de le voir, la culture des pois peut être fort avantageuse dans les localités où la valeur de leurs produits permet de les cultiver avec lesoin nécessaire.— Il n’est pas impossible de recueiilir de 11 à 12 hectol. de graines par demi-hectare; mais il n’est pas sans exemple, non plus, de n’obtenir que 3 ou 4 fois la semence.

On a calculé que jies pois- primeurs cueillis en vert etencore contenus dans leurs gousses, doivent donner en des circonstances favorables, et à l’aide d’une bonne culture, de 25 à 30 et 40 hectolitres par arpent, ou le double par hectare.

Si le produit en grains est assez casuel, du moins lorsque le sol est convenablement préparé et amendé, on peut toujours compter, bon an mal an, sur un produit assez considérable en farnes desséchées. Une telle récolle est fort importante dans certaines exploitations rurales, et contribue beaucoup à ajouter aux bénéfices que peuvent procurer les cultures de pois.

SECTION v. — Des Lentilles.

La culture de la lentille en plein champ a deux destinations préncipales : la production de ses graines, dont on fait en France une consommation assez considérable, et celle de ses tiges, qui, fauchées en vert lorsque les gousses sont déjà formées, procurent un fourrage dont le peu d’abondance est compensé par l'excellente qualité, puisqu’aucun autre herbage n'est plus riche en parties nu-

Fig. 610. tritives, et qu’on est obligé de ne donner celui-là aux bestiaux, même en sec, qu'avec modération.

$ I°*. — Espèces et variétés.

La Lentille (Ervum); enangl.,Zentil; enall., Lentzen, et en ital., Lenticio (fig. 610), a pour caractères génériques un calice en tube à 5 divisions profondes, qui diffère de celui des vesces parce que ces divisions sont presque égales; —un éten-

ard plus grand qüe les ailes et la carêne, arrondi, légèrement

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