‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 314 sur 357 · LLV · texte numérisé non relu

LLV

cHapPr #7.

risation du sol.Plus larécolteestconsidérable, plus cet état se trouve dans les conditions convenables; plus le produit est mince, moins le sol est bien préparé mécaniquement.

L'action mécanique que les pommes-deterre exercent sur le sol a également Les résultats les plus avantageux au succès des récoltes ultérieures. Les tubercules, en grossissant, soulèvent la terre iñtérieurement, en écartent les molécules; leur extraction ne peut avoir lieu sans remuer le sol à une grande profoudeur; les façons qu’on leur prodigue ameublissent la surface et détruisent les mauvaises herbes; le feuillage abondant qu’elles produisent couvre 18 sol et empêche l’évaporation. Tout, ici, concourt à faire de cette plante une excellente préparation pour la plupart des autres végétaux, surtout si les circonstances ont permis de faire la récolte de bonne heure. Il ne faut pas oubluer cependant que si cette dernière opération avait été exéculée à une époque trèsavancée, les ensemencemens d'automne que l’on confierait ensuite à la terre se ressentiraient d’un vice de culture qu’on ne doit point rejeter sur la plante elle-même, mais sur l’imprévoyance des cultivateurs. La récolte étant une opération assez longue, il arrive que lorsqu'on cultive beaucoup de pommes-de-lerre , on fait sagement de ne point leur faire succéder des fromens d'hiver ou du seigle, mais des plantes qui se sèment au printemps, comme du froment de mars, de l'orge, de l'avoine. C’est la pratique des meiileurs cultivateurs en Fraace, en Allemagne et en Angleterre.

Dans le second de ces pays, les cultivateurs qui n’ont! pu renoncer euilérement à l'assolement triennal, Vont modifié de manière à suivre le cours suivant, dont on reconnait tous les jours les avantages : 1'° année : pommes-de-terre fumées, en place de la jachère; 2° : orge avec trèfle. dans la sole de grains d'hiver ; 3° :trèfle, dans la sole degrains d'été; 4° : trèfle en place de la jachère (1 coupe); 5° : froment d'hiver; 6° : avoine.

L'ensemencement en céréales qui suit une récolte de pommes-de-terre n’exige pas ordinairement de labour. On sème sur la terre après un coup d’extirpateur, et an enfouit à la herse; quelqnefois même on ne donne aucune préparation, mais alors la semence de céréales s’enfouit au moyen de l'extirpateur. Quelle supériorité n'a point un tel procédé sur une jachère, qui exige beaucoup de labours et ne produit rien!

Les pommes-de-lerre réussissent trés-bien aprés une récolte de printemps consommée de bonne heure. Ainsi, après ües vesces, du trèfle incaroat, du colza pour fourrage, cette plante a souvent donné de plus beaux produits que si l’on n’eût rien demandé préalablement à la terre

Il est même des pays où l'hiver arrive assez tard pour permettre un ensemencement de pommes-de-terre après une récolte parvenue a maturité. Cela a lieu surtout après le colza, le lin, la navette. Il re faut pas croire que cette facilité soit un privilége exclusif des climats méridionaux. Ce procédé est usilé, non seument dans quelques parties du territoire français, mais encore en Hollande et eu Belgique.

DES POMMES-DE-TERRE

L'écobuage rend soluble une telle proportion d’élémens de fécondité, que les céréales y poussent en paille, mais ddhent peu de grains. C'est donc la pomme-de-terre qu’il faut préférer dans cette dernière circonstance. On ne doit pas surtout perdre de vue cette considération lorsqu'on livre à la culture des terrains tourbeux qu'on a écobués ou chaulés. C’est par les pommes-de-terre que doivent toujours commencer les nouvelles rotations.

La pomme-de-lerre n’est point, comme l'ontavancé quelques botanistes cultivateurs, antipathique avec elle-méme. Dans la plaine que baigne la Moselle depuis Epinal jusqu'à Metz, on suit de temps immémorial l’assolement biennal : 1° pommes-de-terre, 2 seigle.

On trouve même, dans quelques parties, des terres qui reçoivent tous les ans un enseinencement en pommes-de-terre, sans qu’on äperçoive aucune diminuiion dans le produit.

ScHWwErTz rapporte des faits très-corcluans.

« Ii résulte, dit-il, des observations qui m'ont été communiquées en Alsace, que la pommede-terre ne se repousse pas, lorsqu'elle est cultivée sur un terrain convenable. On m'a montré un champ qui en avait toujours porté de deux ans l'un. Ailleurs on en met 4 ou 6 ans conséculifs sur le même sol, sans que lon aperçoive aucune diminution dans le

| Produit. On cite des champs qui ont pro-

duit 6 récoltes successives de pommes-deterre avec une seule fumure, et cette série de récoltes ful suivie par un ensemencement en orge dont le produit fut très-considérable. Dans un autre endroit, je vis un champ qui, dans l’espace de vingt ans, avait donné une fois de l’orge el 19 fois des pommes-deterre. On cite, dans le Würtemberg, un propriélaire qui, 32 années de suite, avait cultivé les pommes-de-terre sur le même champ, en fumant tous les ans. Mais à la fin les tubercules n’étaient pas plus gros qu'une DOIX. »

Cette propriété de la pomme-de-terre de revenir plusieurs fois sur lemêmeterrain sans diminution dans le produit, simplifie beaucoup sa culture, parce que la terre cst dans un ameubliissement continuel, et que les frais d’entretien sont considérablement diminués. Les mauvaises herbes disparaissent totalement après deux ou trois années. Au- Jourd’hui que la féculation des produits de celle plante est une branche importante de l'industrie agricole, il était nécessaire de faire connaitre les avantages et la latitude que es cultivatenrs peuvent avoir sous ce rapport.

$ V- — De Ia fumure.

On pourrait sans doute cultiver La pommede-terre sans fumier daus un sol amélioré de longue main, mais ce ne peut être que dans quelques cas exceptionnels ;° et l’épargne qu'on aurait cru faire amènerait inévitablement l'épuisement tolal du sol, et la nonréussite des autres récoltes. La vieille force est ur trésor dont on ne doit user que modérément. On se plaint généralement que les morelles contractent une odeur désagréable si on leur applique un engrais de fumier frais ou de gadoue, quoique cette deruière

432 AGRICULTURE : DES PLANTES CULTIVÉES EN GRAND. LIV. +

substance soit fréquemment employée en | chaudes et légères; le fumier long sera ré- Flandre. Dans les terres un peu compactes, | servé pour les sols argileux et froids.

on se trouve bien de l’usage du fumier pail- Pour donner une idée de l'influence que la leux. Je pourrais même ici invoquer des ex- | nature et la quotité de la fumure exercent périences qui prouvent que, dans les sols de | sur le produit de la pomme-de-terre, je crois cette nature, de la paille seule et des chau- | utile de'‘citer les essais qui ont été entrepris mes enfouis au dernier labour ont donné des | sur cette matière et publiés par les meilleurs récoltes extraordinaires. Mais, en général, agronomes du continent et de l'Angleterre. on doit être circonspect dans l’emploi de ces : La disposition par tableaux me dispensera fumures exceptionnelles qui conviennent de toute observation de détail, en même peu à d’autres récolles. Somme toute, le temps qu’elle fera ressortir les résultats avec Jumier décomposé sera appliqué aux terres plus d’évidence.

Tableau des quantités en prix comparés de divers engrais employés pour la fumure des 7 RP : : pommes-de-terre pour un égai produit , environ 300 hectol. de tubercules.

Numéro. Nature de ] engrais. Qaaute None Poids en kilos. Prix. par hectare, par hectolitre.

3 l NOÏCATDIMAlISE VEUT 1 mèt. 1/2. 15 1,500 à 5f. » 75 fr. Résidus des raffineries. . . .« | 2 mèt. cubes. 20 2,000 à 5 » | 100 Chair musculaire en poudre. 6 sacs. 8 600 à 17 » | 102 Sang sec en poudre... . . .. 6 1/2. 520213 650 à 17 » | 110 50 c.l Räpures d'OS 21e hell 15 sacs. 20 1,200 à 15 » | 180 | Zhiffons, laine et soie. . . . 20 balles. 30 2,000 à 8 » | 160 Fumier de cheval. . . .. .. 45 voies. 900 54,000 à 0, 41 | 216

D'autres expériences faites en Allemagne \ on enfouit le fumier. La terre se trouve ainsi sur un sol léger, mais un peu humide, ont | allégée, ameublie, et les facons ultérieures donné des produits qui font clairement aper- | s’exécutent avec plus de perfection. Lorsque

cevoir les avantages des diverses fumures. l’on enterre le fumier, il ne faut pas le faire Si l’on appelle 100 le produit d’un hectare | à une trop grande profondeur, afin que les non fumé, ce produit se portera à : plantes immédiatement en contact avec les

119, si l’on fume avec du fumier frais de | détritus organiques s’en assimilent facilecheval, à raison de 75 mille kil. par hectare ; | ment une grande partie. °

162, si l’on fume avec du fumier décomposé L’enfouissement du fumier er méme temps de cheval, à raison de 75 mille kil. par hec- | qu’on plante Les tubercules, est le plus comtare ; munément en usage. Cette méthode est ex-

190. si l’on fume avec du fumier frais de | cellente lorsque les produits sont destinés à bœuf, à raison de 75 mille kil. par hectare; | la consommation des animaux ou à la distil- 185, si l'on fume avec du fumier décomposé | lation; mais lorsque les pommes-de-terre de bœuf, à raison de 75 mille kil. par hec- | doivent être livrées à la consommation de tare ; l’homme, elles contractent par ce moyen 148, si l’on fumeavec du compost (2/3 fumier, | une saveur désagréable. Le fumier se place 1/3 gazon), à raison de 75 mille kil: par hect.; | de trois manières. On en met dans chaque 225, si l’on fume avec de l'urine ou du pu- | raie ouverte par la charrue, ou bien seule-

rin. à raison de 75 mille kil. par hect.; ment dans le sillon qui recoit les tubercu- 123, si l'on fume avec du plâtre, à raison | les. Quelquefois même on n’étend le fumier de 75 mille kil. par hect.; que sur la surface même où l’on déposera la

Une chose à remarquer dans ces calculs, | pomme-de-terre de semence. Ces deux derc'est l'effet prodigieux du purin, qui fait | nières méthodes sont préférables toutes les plus que doubler le produit de la récolte. fois que, dans une rotation, la pomme-de-

Quant à l'application mème de La fumure, | terre est regardée comme produit principal, il n’y a pas de règle constante. Les uns con- | et dans les circonstances où l'on éprouve une duisent les engrais à l'hiver, d’autres pen- | pénurie d’engrais. La première mérite la dant l'automne, enfin le plus grand nom- | préférence lorsqu'on regarde la pomme-debre fument immédiatement avant la planta- | terre comme récolte préparatoire des céreation. La question ne doit pas être résolue | les, et lorsqu'on dispose d’une grande masse seulement par les usages locaux; elle est plu- | de fumier. Lorsqu'on enterre le fumier en tôt subordonnée à la nature de l’engrais et | même temps qu'on plante, on ne doit pas à la composition du sol. Dans un so! sec et | perdre de vue deux considérations qu’on est trés-léger, on se trouvera bien de conduire | trop disposé à négliger. Dans les sols humiet de répandre le fumier pendant l’hiver. La | des, les tubercules de pommes-de-terre secouche d’engrais empêche les vents dessé- | ront placés sur le fumier même, afin que cechans du printemps de hâter l’évaporation | lui-ci attire l'humidité contenue dans la de l'humidité, que ces terres retiennent fai- | couche qui couvre les racines, et en rende blement, et qui est pourtant si nécessaire au | ainsi la surface plus sèche et plus facile à succès de la plantation. travailler. Dans les sols légers, au contraire,

Quand le so/ est argileux, on agira d’une | qui souffrent par excès de sécheresse, on manière plus rationnelle si, pendant l'hiver, | place les tubercules d’abord et le fumier

cnap. 17°,

ensuite, afin que ce dernier, qui attire puissamment lhumidité et contracte avec elle uue grande adhérence, tienne les racines toujours fraiches. C’est surtout dans les terres très-calcaires que celte dernière méthode a de bons résultats.

Quelques cullivateurs vantent beaucoup la jumure en couverture. L'engrais, disentils, exerce son action, non seulement sur les pommes-de-terre, mais encore sur les autres plantes de la rotation. On l’emploie surtout dans les sols très-secs ; le fumier se conduit lorsque les premières pousses sortent de terre, et après le hersage qu'on leur donne à celle époque. La fumure superficielle a surtout cet avantage qu'on peut planter les pommes-de-terre quand même on n'aurait pas pour le moment de fumier à sa disposi- Uuon.

Dans les contrées où l’on peut se procurer facilement et à bon compte des chiffons de laine, on ne saurait les employer plus ulilement qu'à la récolte des pommes-de-terre.

On eutoure d'un lambeau chaque tubercule au moment de Ja plantation. C’est un engrais très-puissant.

$ VI. — Préparations du sol.

La nature et la forme des produits de 1a pomme-de-terre exigent un sol meuble. Que cel ameublissement provienue de la composilion même de la terre ou des préparations qu'on lui fait subir, toujours est-il indispensable. Le zombre de labours requis pour arriver à ce résultat ne peut ëèire déterminé d'une manière absolue. On en donne communément 3. Dans les sols bien préparés par les cultures antérieures, on peut n’en donper que 2, tandis que dans ceux qui sont tenaces ou infestés d'herbes parasites, 4 peuvent à peine suffire. Les Flamands, dit ScaweERrTz, ne se contentent pas d'un labour profond dans les sols pesans; ils en donnent deux : plus tôt le premier est exécuté, mieux cela vaut. Dans le Brabant, où en général les charrues ne sont altelées que de deux chevaux, elles le sont alors de quatre, et pénètrent à une profondeur de 15 à 16 pouces dans les terres sablonneuses. Mais jamais on w’enfouit le fumier à une aussi grande profondeur.

Dans l'hypothèse où l’on donne trois labours, le premier s'exécute avant l'hiver et à une grande profondeur (8 à 9 pouces au moins ); le second, un peu moins profond, lorsque les vents desséchans du printemps permettent de le faire; enfin le troisième, au moment de la plantation. Ce dernier couvre les tubercules de semence et enterre les engrais. À ceux qui douleraient de l'efficacité de labours aussi profonds, nous pourrions citer les expériences de M. pe Vocur. Ce célèbre cultivateur, à la suite de ses essais, a été amené à conclure que si le produit d'un terrain Jlabouré à 10 pouces est représenté par 100, celui du même terrain labouré à 15 ponces le sera par 131. ;

Quant à la profondeur du dernier labour, on se tromperait étrangement si l’on pensait qu'elle doit être égale à celle du premier ou du second. Suivant le même expérimentateur, des pommes-de-terre plantées à deux

DES POMMES-DE-TERRE

———“ + © ee

pouces rapportèrent 27 p. 100 de plus que celles qui l’avaient été à 6. Néanmoins, comme un labour de deux pouces s'exécute difficilement avec une certaine perfection, surtout lorsque Pon enfouit simultanément le fumier; comme, d'un autre côté, une profondeur de deux pouces ne soustrairait pas ies racines à l'influence nuisible de la sécheresse dans nos climats, on croit généralement que le dernier labour ne doit pas dépasser quatre pouces ni rester en-decà.

$ VII. — Plantation des tubercules.

I. Avec des instrumens à main. — Ce mode n’est usilé que dans la petite culture.

Il s'exécute soil avec la houe, soit avec la bêche. Ce dernier instrument est toujours le plus convenable. Lorsque la surface du sol a été bien ameublie par les labours, les hersages et les plombages, un ouvrier ouvre, sur une largeur déterminée de la pièce, une rangée de trous. Un enfant tenant un panier rempli de tubercules en dépose un dans chaque trou. Cela fait, l’ouvrier, faisant un pas en arrière, ouvre une seconde série de trous parallèle à la première. La terre extraite de cette seconde rangée sert à couvrir les tubercules de la première. Faisant encore un pas en arrière, il ouvre une troisième rangée de trous, et la terre qui en sort sert immédiatement à combler les trous de la seconde série. Ce procédé est bien préférable à celui qui consiste à ouvrir d’abord des trous sur toute la surface du terrain, à déposer ensuite dans chacun d’eux Ja pommede-terre de semence, puis enfin à les combler.

La plantation avec des instrumens à main donne beaucoup de facilité pour placer les pommes-de:terre à une distance et une proiondeur déterminées. C’est la seule employée dans les jardins etles marais. Lorsqu'on veut obtenir des primeurs, on plante également à la main. On aura laissé auparavant les tubercules dans un lieu éclairé et à l'abri du froid; aussitôt que les yeux se tuméfient et annoncent un commencement de végétation, on plante dans un champ abrité.

Au lieu de recouvrir totalement les trous à mesure qu'on ouvre la seconde rengée, on ne les recouvre que partiellement, er dirigeant avec la bêche la plus grande partie de Ja terre vers le nord.

De celte manière, les vents froids, les gelées qui peuvent survenir à une époque rapprochée de l'hiver, n’ont aucune prise sur la plante qui pousse ses jeunes feuilles dans la cavité, et qui est d'ailleurs abritée par le monticule qu’on a formé. Un peu d’exercice a bientôt appris à l’ouvrier le plus inexpérimenté à saisir le coup de main nécessaire pour couvrir à la fois le tubercule et former le monticule.

II. Avec les instrumens aratôires. — Pour la plantation des morelles avec des instrumens conduits par les animaux, on se sert de la charrue ou du binot comme en Saxe.

C'est donc à la fois une opération préparatoire et une opération de semaille. La plantation des pommes-de-terre ne s'exécute nulle part avec plus d'ordre, de méthode et

Page 1