‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 336 sur 357 · GAP · texte numérisé non relu

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mousses, mais de la plupart des mauvaises herbes qui surabondent surtout dans les prés bas, et qu'ils favorisent au contraire le développemeut et la croissance de végétaux plus uliles, parmi lesquels on a dès longtemps remarqué que dominent leslégumineuses. On peut donc supposer que, malgré les différences importantes qui les caractérisent, il y a quelque analogie, sous ce rapport du moins, entre les effets de la chaux et ceux due plâtre. — Ceci doit donner lieu à de nouvelles expériences qui ne manqueront pas d'impôrlance dans les contrées où l’on ne possède que la première de ces substances.—Mais la chaux n'agit pas seulement de cette façon, elle active la décomposition des nombreux détritus végélaux qui se trouvent sur Îles fonds humides.— Elle forme avec leurs élémens de nouvelles conibiuaisons appropriées aux besoins de la vie des plantes ; elle corrige l'acidité des terrains uligineux ou tourbeux, et, dans tous ces cas, elle {favorise encore la croissance des bonnes planies; aussi, pour moi, qui ai mille fois été à même d'apprecier ses actifs résultats, est-elle un des meilleurs, des plus prompts et des plus sûrs moyens d'amélioralion des prairies basses, lorsque les végétaux nuisibles commencent à les envahir.

Les cendres lessivées, — celles de tourbes agissent, sinon de la même manière, du moins d’une masière analogue quant à ses résultats pratiques; — les cendres pyriteuses sont aussi excellentes ; —enfin je me bornerai à rappeler ici la puissance stimulente du plâtre sur les luzernes, les trèfles, etc. — Sur les terres légères et sèches, les argiles marneuses produisent les plus heureux effets.

Dans tout ce qui précède, afin d'éviter des redites, je n’ai point parlé des quantités à employer. On trouvera à ce suj-t toutes les données possibles aux chapitres 3 et 4 de ce volume. Toutefois ii est bon de faire observer que les proportions doivent varier sans cesse, eu égard à diverses circonstances que chacun doit savoir apprécier par soi-même.

— Bien souventaussi/e choïr des amendemens ou des engrais est réglé, non en raison deleurs qualités relatives, m31is d'après la facilité plus ou moins grande avec laquelle on peut se les procurer.

Les époques les plus favorables au transport et à la réparlition sur le sol des substances diverses dont il vient d'être parlé, sout dépendantes surtout de la position des herbages. — Il serait peu prudent de fumer avant l’hiver des prairies sujeltes aux inondations, car,si les eaux débordaient, elles entraineraient en totalilé ou en grande partie les sucs extractifs des engrais. La méme chose aurait inévitablement lieu sur les terrains soumis aux longues irrigations d'hiver et de printemps; mais là, le concours des engrais n’est pas nécessaire. — Sur les prairies sèches qui en ont le plus besoin, j'ai déjà dit qu’on répandait parfois les fumiers longs en automne. Celle coutume parait avoir eu Allewagne de nombreux partisans, parce que les particules de fumier entrent mieux en terre, et qu’une semblable couverture protége les plantes herbagères contre les ef-

lui trouver des inconvéniers, parce que le long fumier fournil une retraite aux souris, aux mulots et aux insectes el par conséquent les atlire;et aussi parce que cetle couverlure chaude rend les plantes trop délicates au printemps, hâtetrop leur végétation, et, par à. leur rend d'autant plus nuisibles les gelées tardives qui surviennent après qu'on a enlevé les pailles. — Quant aux engrais consommés et aux composts qui conviennent également aux prairies ou aux pâturages plus secs qu'humides, la fin de l'automne semble préférable, eu ce sens que les effets de la iumure se font sentir plus promptement et par conséquent plus complètement lannée suivante.

Les amendemens calcaires et alcalins, aveus-nous vu, cenviennept surilout aux bas herbages, et pourtant il est important de remarquer qu'ils 'n’opèrent que fort imparfaitement sur les terrains mal égouttés. L'eau en surabondance noie, pour ainsi dire, leurs effets. Le moment de les répandre est donc subordonné à l'état du sol. Bien souvent on trouvera avaniaseux de saisir celui qui sut immédiatement la fauchaison, pour Îles prairies, el de devancer le plus possible l'époque à laquelle la terre devra être sur-salurée d’eau, pour les päturages. Dans des cas assez nombreux, du reste, il est difficile d’entrer dans les herbages au moment où on voudrait les fumer ou les amender, parce qu'ils sont alors trop mouillés. On s’en rapprochera toujours le plus possible.

$ V., — De l’entretien des herbages par des semis partiels.

Il peut arriver qu'après l'extraction des mauvaises herbes, ou par suite de la longue durée du pâturage, il se forme des vides qui se rempliraient leulement,si on abandonraïit ce soin à la seule nature. À la vérité, c’est un indice d'épuisement qui doit engager à changer pour quelque temps la destination de semblables herbages; mais, sans parler de l'impossibilité où l’on se trouve parfois d’introduire à leur place des cultures économiques, il est telles circenstances où l’on a intérêt à prolonger le plus possible leur durée. Les semis partiels en oftrent le moyen; toutefois, pour devenir efficaces, il faut qu'ils aient été préparés par les travaux d’assainissement et de conservation dont il a été parlé dans les paragraphes précédens, et dont ils forment pour ainsi dire le complément.

Ces semis s'opèrent, selon les lieux, en aulonine où au printemps. Le premier élément de leur succes, c'est que le hersage qui les précède ail été énergique et aussi complet que possible. En pareil cas, le scarificateur remplace la herse avec avantage, parce que la forme de ses coutres et la facilité qu'on trouve à le diriger, permettent de le faire mieux pénétrer. Il ne faut pas s’effraver de voir bon nombre de plantes mutilées, coupées même par suite de l’action de crtte machine, car on a remarqué que la division des toufles est déja par elle-même un bon résultat. On ne doit pas s'attendre nou plus à une grande régularité das le tra:

fets du froid; mais souvent aussi on a cru | vail des coutres, maïs celte régularité n’est

nullement indispensable, comme on le conçoit très-bien, puisqu'une simple herse, pour peu que ses dents soient assez fortes, assez aiguës, et qu'elle soit suffisamment chargée, produit ordinairement des résullats salisfaisans. |

Le terrain ainsi préparé, ilest encore utile de le rouler en temps convenable pour unir le mieux possible sa surface, si l'on a fait choix d'espèces dont les graines soient trèsfines ettrès-coulantes, comme celles du trèfle blanc, par exemple, l’une des meilleures plantes qu’on puisse employer en lui adjoignant, dans le cas où les vides seraient un peu considérables, une ou deux des graminées qui paraissent présenter le plus d'avantages et de chances de réussite dans la localité. — Siles graines sont plus grosses, le roulage est inutile avant leur dispersion.

Après le semis, qui ne sera fait, bien entendu, qu'aux endroits où le besoin s’en fera sentir, on devra se hâter de répandre Île plus également possible le compost quiaura élé préalablement préparé pour celte destination; puis on roulera de nouveau, afin de recouvrir les graines et de les affermir dans le sol.

Ce moyen, sanctionné maintes fois par la pratique, a le plus souvent donné des résultlats très-satisfaisans. — Les dépenses qu'il occasione sout subordonnées à la facilité plus ou moins grande de se procurer les engrais et les terres nécessaires à la formation du compost.

$ VI. — Des clôtures.

Partout où les pâturages entrent pour une partie importante dans le système d'assolement et d'éducation des animaux, il est utile de les diviser en petits enclos : 1° parce qu'il est plus facile alors de répartir convenablement les animaux selon leur espèce, leur âge, etc.; 2’ parce que ces mêmes animaux, distribués sur chaque enclos en nombre proporlionné à son étendue, parcourent moins d'espace et gàtent une moins grande quantité d'herbes pour chercher celles qu'ils appètent le plus; 3° parce qu'on a remarqué qu'ils se trouvent beaucoup mieux à l’abri que donnent les haies contre les fortes chaleurs de l'été et contre les vents de printemps et d'automne, que sur de plus grands espaces où ils jouissent de moins de tranquillité ; 4 parce qu'en les faisant passer au besoin d’un enclos dans l’autre, on permel à l'herbe de recroitre dans celui qu'on leur fait quitter; 5° parce qu’enfin les clôtures en elles-mêmes présentent parleurs produits, des avantages de plusieurs sortes.

Daos les riches pâturages d’une partie de la Normandie, de la Charente-Inférieure, etc., les fossés qui séparent les enclos servent en même temps à égoutter les terres pendant la mauvaise saison. Leur largeur et leur profondeur sont combinées en conséquence, et, assez souvent, ils ne sont bordés d'aucune haie, dans la crainte de diminuer les effets de l’évaporation, l'étendue et la qualité de l'herbage. — En des localités où l’on n’a pas àredouter comme là l'excès d'humidité, il est

AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES

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propres à donner de l’ombrage, et à procurer de temps en temps quelque bois de chauffage. — Ailleurs eufin, comme on peut le remarquer dans presque tous nos départeiens de l’ouest, onremplace entièrement les fossés, lorsqu'ils sont inutiles à l’assainissement du sol, par des haies dans lesquelles les tétards de chêne, de frêne, d’orme, elc., se trouvent assez rapprochés pour se toucher de leur feuillage sur chaque ligne.

Cependant, on ne doit pas se dissimuler que les haies,et surtout les haies à baliveaux, ont, par rapport aux pâlurages, deux 11Convéniens parfois assez graves: celui d'occuper par elles-mêmes beaucoup de place, et de nuire par leurs racines à la production de l'herbe dans leur voisinage; — celui d’intercepter la lumière au point que, sous leur influence, les plantes s’étioient et perdent une parlie de leur qualité nutritive. Mais ces inconvéniens, qui naissent de l’abus, ne condamnent pas l'usage. Il est possible de choisir des arbres à racines plus pivotantes que traçantes, et, tout en cherchant à produire un ombrage salutaire, on peut facilement éviter d’outre-passer le but en les plantant à des distances trop rapprochées. La plupart, Je dirai presque toutes les pâtures des deux rives de la Loire sont entourées de haies à baliveaux; — on plante souvent sur leur surface des lignes de peupliers, de frènes, de saules, ou même, en dépit de leur disposition à tracer, d’ormeaux laillés en tétards; et lorsque ces plantations sont faites avec discernement, elles ne paraissent pas sensiblement nuisibles aux herbages. Le fussent-elles un peu, il est certain qu'elles ne seraient Jamais aussi dommageables que profitables; car, non seulement l’abattis des branches, qui a lieu tous les 3 ans, est fort lucratif, mais la feuillée, qu’on enlève en automne aux frênes et aux ormeaux, produit un supplément de fourrage d'autant moins à dédaiguer qu'il convieul parfaitement aux vaches, et qu'il leur donne un lait excellent. — Le beurre qu'on en obtient, à cette époque de la saison, est particulièrement estimé.

Je sais que beaucoup d'agriculteurs n’approuvent pas, en général, la plantation d’arbres, et notamment du frêne, dans les haies.

Il est curieux, à côté de ce que l'expérience detoutun pays m'a mis àmême de rapporter ci-devant, de lire le passage suivant dans un ouvrage Justement estimé, celui de sir Joux SixcLaIR; il prouve combien il est difficile de généraliser les théories en agriculture, et combien les effets peuvent changer avec les positions. « Les racines des arbres, en s’etendant dans le champ dans toutes les direclions, nuisent au reste de la haie, endommagent ou font rompre la charrue, et interrompent les travaux de culture. Les grains qui croissent à l'ombre sont toujours de peu de produit, inégalement mürs, et ne peuvent pas se reutrer en même temps que ceux du reste du champ. Dans les saisons humides et tardives, il est même rare qu'on y recueille le grain en bon état, et quelquefois il est entièrement perdu. — Le frêne, en particulier, est un formidable ennemi pour les céréales.

L'influence de ses racines pour absorber l'hu-

rare qu'on ne plante pas les berges de haies ! midité et les principes nourriciers du sol

cuar, 18°, s’apercoit facilement par ie cercle qui se trouve formé auiour de chaque arbre dans ies terres arables. Aussi l’a-t-on appelé le larron complice du propriétaire, parce qu’il dérobe chaque année, au profit du fermier, dix fois la valeur qu'il acquiert lui-mème.— Sous ces arbres, les herbages sont aussi fort inférieurs, comparés à ceux du reste du champ. » (Code d'agriculture.)

De tout ceci, on ne doit pas plus conclure qu'il ne faille jamais planter de baliveaux dans les haies, que, de ce que j'ai dit, on ne peut induire qu’il faille en planter partout. J'ai souvent remarqué que leur influence fâcheuse se faisait sentir davantage du côté du nord que du midi du tronc, et surtout qu'elle s’étendait beaucoup plus dans les terrains peu profonds que dans les autres.

Il y a pour cela deux raisons : d’abord les premiers de ces terrains contiennent une moindre quantité d'humidité, et ensuite la

roximité de leur sous-sol force les racines a s'étendre au lieu de pivoter. En voilà plus

u'il ne faut pour expliquer de grandes différences dans les résultats qu’on a pu observer en des localités différentes.

VI° susET. — Des meilleurs moyens d'utiliser les produits des herbages par le pâturage.

Il y a trois manières de récolter les produits des herbages : — 1° Ze rc proprement dit, qui doit nous occuper plus spécialement ici; —2° le fauchage et la consommation en vert au parc ou à l’étable ; — 3° le fauchage à l'époque de la maturité des herbes, et a transformation en foin.

$ 1°. — Des pâturages dans les prairies.

Est-ce une bonne ou une mauvaise méthode de faire péturer les prairies à certaines époques de l’année ? A ce sujet les auteurs se sont prononcés de manières fort diftérentes. Täachons de trouver dans l'observation des faits la solution du problème. — Dans un assez grand nombre de lieux, on met les troupeaux sur les herbages fauchables pendans une partie de l'hiver et du printemps.

Je dis les troupeaux, parce qu’en effet les päturages de cette saison sont d’ordinaire réservés aux bétes à laine. — Presque partout où les regains ne sont pas assez abondans pour procurer une coupe de quelque importance, on les fait également consommer sur pied en automne, et à cette époque c'est aux bêtes à cornes qu’on les abandonne.—}e pâturage des prairies n’est possible que dans ces deux cas.

Au printemps, la présence des bestiaux peut avoir deux inconvéniens principaux : — celui de piétiner an sol encore mal égoutté : — et celui de retarder la croissance des herbes et de nuire par cela même à la production du foin. Sans nul doute cela arrivera, si, d’une part, le terrain n’est pas suffisamment ressuyé, si sa nature très-argileuse le prédispose à un tassement trop considérable, et si, de l’autre, on laisse les animaux séjourner assez longtemps pour que les gramens n'aient plus la possibilité de monter convenablement avant l'époque

AGRICULTURFS

DES PATURAGES

ordinaire de Ja fauchaison:; inais, hors ces deux cas, qu’il est facile de prévôir et trés-important d'éviter, le pâturage présente généralement plus d'avantages que d'inconvetlens. — Les moutons el notamment les brebis nourrices s'en trouvent à merveille. En broutant particulièrement les espèces les plus précoces qui devanceraient les autres dans leur maturité, et diminueraient plus tard Ja qualité du foin, cesanimaux égalisent en quelque sorte la croissance des herbes ; — ils contribuent beaucoup, comme je Vai dit, à la destruction des plantes inutiles, au profit des graminées ; — la pression qu'ils exercent à la surface des terrains poreux, faciles à soulever, est d’un très-bor effet ; — enfin leurs excrémens, en dépit de tout paradoxe, contribuent sensiblement à maintenir la fertilité du sol et à améliorer les fenaisons suivantes. Quant à la durée d’un tel pâturage, il est d’une haute importance de ne pas la prolonger outre mesure. Le moment où il convient de fermer la prairie, est déterminé par l’état d'avancement ou de retard de la végétation, selon les années. « Si le printemps est chaud, dit THAER, le pâturage doit cesser dès le 20 avril dans la partie septentrionale de l'Allemagne, ou du moins au commencement de mai; si la température est froide et que l’herbe ne pousse que faiblement, on peut le prolonger jusqu’au 10 mai.»

— Dans la partie moyenne de la France, ce serait plus d’un mois trop tard. Beaucoup de personnes pensent qu'il ne faut pas continuer de faire pâturer les prairies au-delà du terme des dernières gelées un peu fortes, et leg anciens usages de parcours ont en effet fixé le 25 mars.

Dansles paysouù l’on n’élève pas de moutons, le pâturage de printemps a moins souvent lieu, parce que la pesanteur des bêtes bovines rend le premier inconvénient dont j'ai parlé plus fréquent et plus grave. Leurs excrémens sont aussi moins profilables que ceux des moutons,non seulement parce qu'ils communiquent à l'herbe qu’ils recouvrent une saveur qui en éloigne les bestiaux même après qu'ils ont été enlevés, mais parce qu'avant qu'onait pu les répartir, ce qu’il est impossible de faire fort également, ils sont en grande partie détruils par une foule d'insectes qu’ils attirent et auxquels ils servent de refuge. Beaucoup de personnes croient aussi que les bêtes bovines ont moins besoin que les brebis de cette première nourriture verte; j'avoue que ie ne suis pas de leur avis, et que je la regarde comme fort utile à leur santé, Quoi qu'il en soit, le pâturage au moyen des bœufs, même au printemps, peut être, en des circonstances favorables, une bonne pratique.

Ilest beaucoup de localités où ex automne le pâturage des prairies basses pourrail devenir fort nuisible à la santé des bêtes ovines : on a remarqué maintes fois qu’il leur occasionait la pourriture; aussi, après la récolte des foins, livre-t-on les regains plutôt aux bœufs et aux vaches qu'aux moutons.

Cette nouvelle pousse d'herbe, dit fort bien Tuazr, qui, dans plusieurs localités, n’est jamais plus forte que dans cette partie de féthiée, est très-avantageuse au gros bétail : elle donne aux vaches une augmentation de

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